‹ Œuvres de Saint Bernard (volume 3)Chapitre 137 sur 179 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Rien ne surpasse la félicité d'en haut.

1. Notons qu'il y a deux béatitudes et deux misères : la première de ces béatitudes est celle qu'Adam posséda et perdit au paradis terrestre, la seconde celle qu'ont au ciel les saints anges que Dieu y a admis. Une de ces misères est celle qu'à tout moment nous endurons ici bas ; l'autre se rencontre dans le cachot de l'enfer, elle est après la mort, le partage des hommes perdus. La béatitude d'Adam au paradis fut temporelle : la seconde est céleste et c'est elle que l'éternité nous destine. Les misères ou tribulations que nous endurons présentement ont une fin : celles de l'enfer n'en ont pas; on leur donne encore le nom de seconde mort.

2. La béatitude promise aux saints est si grande, si admirable que l'œil n'a rien vu, l'oreille rien entendu, le cœur rien senti de pareil. Mais si sa grandeur nous empêche de

la voir, considérons ce qui dans la vie présente nous charme naturellement, ce qui nous serait bon, honnête; nous trouverons là quelque chose qui donnera une lumière plus vive, et une saveur plus agréable à cette merveille que l'œil n'a pas vue, ni l'oreille entendue. La promesse faite aux élus est exprimée en termes bien courts : elle est si voilée, si couverte, si distante de nos faibles esprits! Efforçons-nous de dire quelque chose d'une grâce si excellente, et pour pins de clarté, divisons la en plusieurs parties. En effet donnez donc une grosse pomme à manger à un enfant : sa bouche délicate et petite ne lui permettra pas d'y mordre : mais coupez-la en morceaux l'enfant s'en nourrira. Ce fruit dont il ne pouvait connaître d'abord la saveur, parce qu'il était entier, divisé et coupé devient mangeable. Réservant donc cette invisible promesse de Dieu, pour notre arrivée au séjour où nous le verrons tel qu'il est, examinons attentivement ce qui convient à nos corps

1 Rom. xii, t, 3. — ■ Isale xxiv, t6.

AUX FRÈRES DU MONT-DIEU

et à nos âmes, ce qu'ils peuvent souhaiter et goûter librement et sans péché, assurés que nul honneur, nul bien, ne manque à ceux qui sont entrés dans cette félicité.

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