‹ Œuvres de Saint Bernard (volume 3)Chapitre 14 sur 179 · SUR LA NAISSANCE DE SAINT BENOIT · texte numérisé non relu

SUR LA NAISSANCE DE SAINT BENOIT

l'Apftfre qui tous offre ce rameau, l'apôtre dans lequel tous lisez : Ayez en vous les sentiments de Jésus-Christ. Bien qu'il fût dans la forme de Dieu et qt/il nût9 sans usurpation, se dire égal à Lieu, il s'est anéanti, en prenant la forme d'esclave, il s'est fait semùiaole aux hommes et en a pris tout F extérieur*. C'est pourquoi , mes frères , anéantissez - vous à votre tottr, humiliez-vous, devenez comme une semence, faites-vous petits jusqu'à vous perdre. Semez un corps animai, et il ressuscitera un corps spirituel. Perdez vos âmes et vous les conserverez pour la vie éternelle. Voulez-vous savoir comment l'apôtre a réalisé cet enseignement qu'il vous adresse? Si nous sommes hors de nous-mêmes, nous dit-i!, c'est pour Dieu*. Si nous sommes sobres, c'est pour vous*. Et qu'y a-t-il donc pour vous? Moi, répond-il, je suis un vase cassé1. En effet, il se met au rebut puisqu'il ne fait rien pour lui-même. Toutes ses intentions, tous ses désirs n'ont d'autre objet que le bon plaisir de Dieu et l'utilité de ses frères. Car, malheureux ceiui qui semé dans la chair pareeque de la chair il ne mois- - sonnera que corruption \ Mais, ailleurs, il est écrit : Heureux ceux qui sèment sur toutes les eaux%\ Mais comment sur toutes les eaux? Peut-être sur ces eaux dont il est dit : Les eaux qui sont au-dessus des deux louent le nom du Seigneur9 : ce sont les vertus angeliques et les peuples du cieL Tel est bien le sens de ce texte, puisque nous sommes en spectacle au monde, aux anges et aux hommes1.

10. Semons donc pour les hommes de bons exemples par des œuvres qui frappent leurs regards: semons pour les anges une grande joie, par nos soupirs secrets et par d'autres œuvres analogues connues d'eux seuls. Car, les anges éprouvent une grande joie de la conversion d'un pécheur, ce qui faisait dire à l'Apôtre : Faisons le bien, nonseulement devant Dieu, mais devant les hommes*. Nous sommes parfaitement connus de Dieu : aussi, en disant devant Dieu l'Apôtre veut-il marquer ceux qui sont sans cesse devant la face de Dieu. Ceux-ci, en effet, se complaisent à nous voir prier en secret, repasser en notre esprit quelque psaume, ou nous appliquer à quelque exercice pareil. Semez, fructifiez de cette façon; oui, semez: tant d'autres ont semé avant vous! Portez des fruits : ils ont semé pour vous. Race d'Adam !

1 Phflipp. n, 5, 7. — * II Cor. v, 13. — * Ps. xxx, 13.

— * GalaL vi, 8. — * Isaïc xxxn, 20. — • Ps. cxlviii 4,

— 7 I Cor. rvr. 9. — • II Cor. vin. 21.

combien ont semé en toi et quelle précieuse semence ils y ont jetée ! Aussi combien misérable, combien méritée sera ta perte, si tu laisses périr, avec une telle semence, le travail de ceux qui l'ont répandue ! A quel châtiment te condamnera le laboureur, si tout cela est perdu pour toi ! La Trinité tout entière a semé dans notre terre : les anges et les apôtres, les martyrs, les confesseurs et les vierges y ont semé à leur tour. Dieu le Père y a semé, car son cœur a épanché son Verbe, la bonté même. Le Seigneur a versé sur nous sa bénédiction et notre terre a donné son fruit. Le Fils a semé à son tour ; c'est lui qui est sorti pour jeter son grain. Le Père n'est pas sorti, mais le Fils procédant du Père est venu dans le monde , de façon qu'après avoir été une pensée de paix dans le cœur du Père, il est devenu notre paix dans le sein de sa Mère. L'Esprit-Saint a aussi semé : car il est venu en personne , et des langues de feu se sont distribuées sur la tête des apôtres. Ainsi, la Trinité tout entière a semé. Le Père a répandu du haut du ciel la Paix, le Fils la Vérité, et l'Esprit- Saint la Charité.

11. Les anges ont semé, à leur tour, quand ils sont restés debout au milieu de la chute de leurs frères. Lucifer, cessant de porter la lumière pour amener les ténèbres et les ombres de la nuit, a dit: J'irai m' asseoir sur la montagne du testament et je serai semblable au Très- Haut1. Impudent et imprudent! des milliers d'esprits le servent et des millionsd'autres l'assistent*: et toi tu oseras t'asseoir ? Au dire du Prophète, les chérubins se tenaient debout', ils n'étaient pas assis. Qu'as-tu donc fait pour t'asseoir? Tous les esprits sont des ministres envoyés au service de ceux qui doivent recevoir l'héritage du salut, et tu prétends t'asseoir? Qu'as-tu donc semé pour moissonner déjà? Nonl non! ce n'est pas là ton lot, mais celui de ceux à qui le Père Ta réservé. Pourquoi leur porter envie? Oui! un jour ils s'asseoiront. Oui, ces vers de terre deviendront des juges et siégeront sur un tribunal: et toi, au lieu de t'asseoir, tu paraîtras devant eux pour être jugé. Ne savez-vous pas, dit l'Apôtre, que nous jugerons les anges eux-mêmes* 1 0ui, ces mêmes hommes qui s'en allaient, jetant leur semence en répandant des larmes, reviendront dans les transports de la joie, les mains chargées de gerbes8? Il y a deux ger-

« Iaaïe xiv, 13, 14. — * Dan. vu, 10. — » Isaï. vi, 2, et Efcéch. x, 3.— ♦ I. Cor. vi, 31. — • Ps. cxxv, 6.

bes que vous enviez, celle de l'honneur et celle du repos: vous rêvez de vous élever et de vous asseoir. Mais cela ne peut être, 6 impie! cela ne peut être: vous ne moissonnerez pas ; vous n'avez pas semé. Ceux qui ont semé le travail et l'abaissement recueilleront, à la fois, honneur et repos. En retour de la confusion et de la honte, leur terre leur rendrn double récolte, c'est ce qui faisait dire à un de ces semeurs : Voyez mon abaissement et mon travail1. Et vous avez entendu aujourd'hui le Seigneur dans l'Evangile, promettre et dire à ses apôtres: Vous siégerez sur des trônes et vous jugerez les douze tribus d'Israël1. Siéger, voilà le repos, juger, voilà l'honneur. Et le Seigneur lui-même n'a voulu arriver à ces biens que par l'humilité et le travail. Il a été condamné à la mort la plus infâme et livré à tous les tourments, rassasié d'opprobres, afin de couvrir de confusion son ennemi et tous ceux qui, à son exemple, quittent le droit chemin. C'est lui, Esprit unique, c'est lui qui doit aller prendre place sur le trône de majesté, car il est semblable au Très-Haut et Très-Haut comme lui. C'est à quoi ont pensé les saints Anges qui n'ont point partagé l'apostasie de cet esprit méchant et qui ont été les témoins de sa chute; ils nous ont appris, parleur exemple, à nous tenir comme eux au rang de serviteurs. Que ceux qui fuient le travail, qui poursuivent les honneurs, sachent qu'ils sont les imitateurs de l'Ange qui a rêvé l'élévation et le repos: si sa faute ne les effraie pas, que son châtiment les épouvante. Tous ses projets ont été renversés, il est devenu un sujet de risée et un feu éternel lui a été préparé. Afin de nous faire éviter ces malheurs, les saints Anges ont semé pour nous la prudence, qu'ils ont montrée pendant que les autres tombaient.

12. Les apôtres nous ont aussi semé cette vertu, quand ils s'attachèrent au Seigneur, au moment où s'éloignaient de lui ceux qui suivaient la sagesse de ce monde, folie devant Dieu, et la prudence de la chair qui

, xjuv, 18. — "Math, six, 28.

opère la mort et qui est ennemie de Dieu. Ces déserteurs scandalisés de l'entendre parler du sacrement de sa chair et de son sang ne marchèrent pas plus longtemps à sa suite. Interrogés s'ils voulaient aussi s'en aller, les disciples répondirent: A qui irions -nous? vous avez Les paroles de la vie e'ternelie. Nous avons besoin, mes frères, d'imiter cette prudence. Il en est encore beaucoup qui marchent avec Jésus, jusqu'à l'heure de manger sa chair, de boire son sang, de partager ses souffrances (c'est ce qui signifient ces paroles et ce sacrement:) mais, à cette heure, ils sont scandalisés, ils reculent en disant: Cette parole est trop dure1. Pour nous, soyons prudents comme les apôtres et disons avec eux: Seigneur, à qui irions-nous? Vous avez les paroies de Vétemelle vie. Nous ne vous quittons pas: vous nous vivifierez. L'homme ne vu pas seulement de pain, mais de toute parole sortie de la bouche de Dieu*. Le monde ne possède pas seul des délices: vos paroles en recèlent de plus grandes. C'est pourquoi le Prophète s'écrie : Que vos paroles sont douces à mes lèvres* Ik qui donc irions-nous? Vous avez les paroles de la vie éternelle, Seigneur, supérieures à toutes celles du monde. Non-seulement le Seigneur est la vie, mais la promesse de l'éterneUe vie et l'attente des justes, leur joie, et une si grande joie que tout ce qui excite nos désirs ne saurait y être comparé. Voilà donc la prudence que les saints apôtres nous ont semée. Il est évident que les martyrs, de leur côté , ont semé la force, les confesseurs la justice qu'ils ont suivie durant toute leur vie. Car, entre les martys et les confesseurs, il y a la même difiérence qu'entre Pierre quittant tout à la fois et Abraham employant à de saints usages les biens de ce monde. Les uns, en peu de temps, ont vécu de longs jours : et les autres ont passé leur vie en de longs et infinis martyres. Pour les vierges sacrées, il est manifeste qu'elles ont semé la tempérance en foulant aux pieds les passions.

« Jean, vi, 67, 68, 69» 6U *- ? Matiu nrf 4. — • Ps. cxviii, 103.

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