CHAPITRE IV
// faut aimer Dieu pour lui-même, et tout le
reste pour Dieu.
9. L'amour dont vous entourez ceux qui vous aiment, dans votre bonté pour vos créatures, consiste, Créateur aimable, à leur inspirer et le désir de vous aimer et l'affection qu'ils vous portent. Car, quand vous nous aimez, vous n'êtes ni modifié relativement à nous, ni affecté par nous : le sentiment que vous éprouvez, c'est votre essence, qui n'est pas modifiable ; or, votre essence, c'est la bonté, bonté en vous, pour vous, et bonté pour toute créature en vous. Quant à nous, nous sommes modifiés par vous, pour vous et en vous, quand nous vous aimons, nous qui avons la malheureuse possibilité d'être sans vous aimer, d'être et d'être mal. Quant à vous, quiètes éternellement le même,vous ne recevez de notre amour pour vous aucune addition à votre être, comme vous ne perdez rien si nous vous quittons. Si vous nous aimez, ce n'est que pour vous, puisque la règle rigoureuse de la souveraine justice nous défend de rien aimer en dehors de vous. Et il est certainement possibleà l'amour fftift cœur qui aime Dieu ,avec;i'aide d'une grande grâce, il lui est possible de n'aimer ni lui-même ni
Vous pour lui-même, mais d'arriver à n'avoir dans ces deux sentiments d'autre motif que vous: aussi se trouve-t-il renouvelé sur le type même d'après lequel vous l'avez créé, vous qui, par la vérité de votre nature si parfaite et par la nature de votre vérité,ne sauriez-vous aimer qu'en vue de vous-même et ne pouvez aimer ni l'ange ni l'homme que pour vous. 10. Heureuse, mille fois heureuse l'âme qui mérite d'éprouver pour Dieu et sous l'action même de Dieu un sentiment tel que, par l'unité de ^l'esprit en Dieu, elle n'aime que Dieu, et non son intérêt privé, et ne s'aime elle-même qu'en Dieu : que Dieu aime en elle ou y approuve ce que Dieu doit aimer ou approuver, c'est à savoir lui-même, ou plutôt ce qui seul doit être aimé,et par le Dieu créateur et par une créature de Dieu ! Le nom d'amour ou le sentiment qu'il exprime n'appartiennent et ne sont dus qu'à vous seul, ô amour vrai, ô aimable Seigneur! Et voici la volonté de votre Fils en nous, voici sa prière pour nous à vous son Père : Je veux que, comme vous et moi, nous sommes un, Us soient aussi un en nous K C'est ici la fin, la consommation, la perfection ; c'est la paix, la joie du Seigneur, la joie dans l'Esprit-Saint, le si. lence au ciel. Ici-bas, l'amour goûte bien quelquefois le silence d'une paix fortunée dans le cœur, dans l'âme du juste, siège de la sagesse : mais cette paix ne dure guère qu'une heure ou une demi-heure, et sa pensée vous compose de ses restes une longue fête. Hais dans la vie bienheureuse, dans la vie éternelle de laquelle il est dit : Entre dans la joie de ton maître ', nous goûterons cette joie éternelle et parfaite et avec une félicité d'autant plus vive, que tous les obstacles qui la ralentissent seront écartés, que l'éternité de son amour sera absolue, sa perfection sans péril, et le bonheur qui en découle incorruptible.