CHAPITRE V
Ne rien aimer au-dessus de Dieu, au delà de qui on ne peut rien désirer.
11. O amour, venez en nous, possédez nous. Ah 1 périssent en nous et devant vous tous les noms honteux dont la concupiscence de la chair et des yeux, l'orgueil de la vie ont déshonoré ce sentiment, dont ils ne sont que des pousses bâtardes ; ce sentiment, qui en nous s'appelle amour, et qui trop souvent
1 Pb. œxxviii, 24. — * Philippe m, 12, 15.
Jeanxvn, il, 21. — « Mattb. xxv, 21, 23.
TRAITÉ DE LA CONTEMPLATION DIVINE
est eorrompu par les maladies de l'âme créée par tous et pour tous ! Faite uniquement pour vous, notre affection rebelle à la loi naturelle, est contrainte de s'appeler gourmandise, luxure, avarice, et d'autres noms analogues, elle qui, pure et fidèle à sa nature, s'adresse exclusivement à vous, Seigneur, à qui seul l'amour est dû. En effet, selon le langage d'un de vos serviteurs, l'amour de Tame raisonnable est un mouvement, ou un arrêt paisible, ou une fin audelà desquels la volonté ne désire rien bu ne juge devoir rien désirer. Mais au-delà de vous, ou plus haut que vous, cherche-t-on un objet préférable ; c'est chercher le néant, puisque rien n'est meilleur, n'est plus doux que vous. C'est donc en vain qu'on s'éloigne de vous, de vous seul, objet vraiment digne d'affection. C'est en vain que le cœur se prostitue à des affections étrangères , décorées, je l'ai dit, d'autres noms. L'amour, je le répète, et il faut le redire, n'a d'autre but que vous, Seigneur, puisqu'en vous seulement se rencontre tout ce qui est vraiment, puisque vous êtes le seul port assuré et tranquille. Craindre Dieu de la chaste crainte de l'amour et observer ses commandements, c'est là tout l'homme.