CHAPITRE VI
Dieu nous a aimés le premier par son Fils, il nous provoque à V aimer.
12. Loin donc de moi toute injustice ; que je vous aime, vous, mon maitre et mon Dieu de tout mon cœur, de toute mon âme et de toutes mes forces : point de rivalité. Qu'avec vous je n'aime rien que je n'aime pas pour vous, ô amour uniquement vrai, ô mon maître véritable ? Mais quand j'aime quelque objet pour vous,ce n'est pas cet objet que j'aime, c'est vous, motif et but de mon affection. Vous êtes notre seul Seigneur; vous seul pouvez régner sur nous, et nous sauver : à nous de vous servir et d'être ainsi sauvés par vous. Et en quoi consistent et le salut qui vientde vous, et la bénédiction que vous répandez sur votre peuple, sinon à vous aimer et à être aimés devous,grâce dont vous êtes la source? C'est pour cela que vous avez voulu que le Filsdevotredroite,quel'homme, affermi par vous, fût appelé Jésus, à savoir Sauveur : Car c'est lui qui sauvera son peu- » pie du péché l. En dehors de lui, pas de
* Matth. i, 21.
salut '. Il nous a appris à vous aimer, quand il nous à aimés le premier jusqu'à la mort de la croix, nous a purifiés en nous aimant, en nous relevant, afin qu'à notre tour, nous aimions Celui qui a commencé par nous témoigner une tendresse infinie. Chez les enfants des hommes, la justice se formule ainsi : Aime-moi, que je t'aime. Rares sont ceux qui peuvent dire : Je t'aime pour que tu m'aimes. Et c'est ce que vous avez fait ; car, comme le crie et le proclame le disciple de la dilection : Vous nous avez aimés le premier ». Et c'est bien la vérité.Vousnous avez aimés le premier pour acheter notre amour, non que vous en ayez besoin, mais parce que vous nous avez faits pour cela, et que nous ne pouvions exister qu'en vous aimant. C'est pourquoi, après avoir mille fois et en mille façons jadis parlé de nos pères par l'organe des Prophètes, Dieu, en ces jours, nous a parlé par son Fils ', par son Verbe, par ce Verbe dans lequel les cieux ont été affermis et au souffle duquel ils doivent toute leur vertu. Et parler dans votre fils, pour vous, ça été placer votre tente dans le soleil, dans la lumière.
A 3. A quel degré, de quelle façon vous nous aimez, >vous qui n'avez pas épargné votre propre Fils, mais l'avez livré pour nous tous M Et le Fils à son tour, comme il nous a aimés et s'est livré pour nous *. Voilà ce Verbe parti de vous et qui vient à nous,cette parole toute puissante qui, au milieu du si* lence universel, quand les ténèbres enveloppaient le monde, est descendue de votre trône royal, dur adversaire de nos erreurs, et doux panégyriste de l'amour •. Tout ce que le Verbe a fait, tout ce qu'il a dit sur terre, jusqu'aux opprobres qu'il a endurés, jusqu'aux crachats, aux soufflets, jusqu'à la croix, jusqu'au sépulcre, n'a été que votre parole, parole qui nous était destinée,parole dont votre Fils était l'organe, qui nous provoquait par votre amour et suscitait notre amour pour vous. Car vous saviez, ô Dieu créateur des âmes , que l'amour du cœur humain ne peut être contraint, et qu'il faut l'éveiller en lui ; vous saviez que la coaction exclut la liberté, et que l'absence de la liberté est l'absence de la justice. Mais vous, ô Dieu juste, vous vouliez nous sauver,vous qui ne sauvez, qui ne perdez jamais que justement ; vous qui instruisez notre cause avec
1 Act. îv, 12. • • Rom. vin, 32.
- « I Jean rv, 19.— 8 Hébr. i, 1, 2. —
— » Galat h, 20. — * Sagesse xvm,
TRAITÉ DE LA CONTEMPLATION DIVINE
équité, montantsur votre trône et jugeant la justice, mais la justice que vous avez faite *, afin de réduire toutes les bouches au silence, afin que le monde entier soit soumisàDieu1, quand vous avez pitié de qui vous prenez en pitié et que vous vous montrez miséricordieux envers ceux sur lesquels il vous plaît d'exercer votre indulgence 8.Vous avez donc voulu que vous nous aimassions, nous, incapable de mériter le salut sans cet amour, nous, impuissants à vous aimer si cet amour ne procédait de vous. Donc,Seigneur,comme le dit l'Apôtre, votre ami spécial, et comme nous l'avons dit nous-mêmes, vous nous avez aimés le premier et vous êtes le premier à aimer tous ceux qui vous aiment.