‹ Œuvres de Saint Bernard (volume 3)Chapitre 151 sur 179 · CHAPITRE VII De quel amour Dieu nous aime · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII De quel amour Dieu nous aime

14. Nous, Seigneur, nous vous aimons d'un amour mis par vous en nos cœurs ; mais vous, source de toutes les bonnes affections dont l'âme est le siège, est-ce d'un amour accidentel et survenu que vous aimez ceux que vous aimez ?Etes-vous affecté en quelque façon et en quelque chose, vous, principe de tous les hommes et de toutes les choses? Non. Une pareille idée est absurde contraire à la foi et à l'idée que nous devons concevoir du Créateur. Comment donc nous aimez-nous si vous ne nous aimez pas d'amour > Mais votre amour, c'est votre bonté, ô sou . erain bien, ôêtre souverainement bon c'est ^'Esprit-Saint qui procède du Père et du Fils et qui,au commencement de la création, plane sur les eaux *, c'est-à-dire sur les cœurs flottants des enfants des hommes, s'offrant à tous, attirant tout à lui par ses inspirations et ses aspirations, écartant le mal, ménageant le bien, unissant Dieu à nous et nous à Dieu. C'est ainsi, en effet, que votre Saint- Esprit, appelé l'amour du Père et du Fils, leur unité, leur volonté, qui, par sa grâce, habite en nous et qui nous fait sentir le prix de la charité dirine, qui, par elle, nous rend Dieu favorable, nous unit à lui par la bonne volonté qui nous est inspirée. La véhémence de cette bonne volonté en nous s'appelle l'amour par lequel nous aimons ce que nous devons aimer, c'est-à-dire vous, car l'amour n est pas autre chose qu'une volonté véhé-

mente et bien ordonnée. Vous vous aimez donc,ô Dieu aimable,quand en vous,du Père et du Fils, procède l'Esprit-Saint, amour du Père pour le Fils et du Fils pour le Père ; et cet amour est si grand qu'il produit l'unité, et cette unité est si grande qu'il y a consubstantialité ou identité de substance du Père et du Fils. Vous vous aimez aussi eu nous envoyant l'Esprit de votre Fils en nos cœurs, Esprit qui, par la douceur de l'amour et la véhémence de la bonne volonté qui nous est inspirée par vous, pousse en nous ce cri : O Père ' 1 Et vous nous rendez vos amis, ou plutôt vous vous aimez vousmême en nous, et après avoir espéré, car nous connaissions votre nom, Seigneur , et nous mettions notre gloire en vous ; après avoir aimé en vous le nom, du Seigneur, et sous les inspirations de votre grâce, par votre esprit d'adoption, assurés que tout ce qui esta votre Père est à nous, nous osons vous appeler, en vertu de notre adoption par la grâce, du nom même que vous donne votre Fils unique par nature.

15. Hais parce que tout cela vient de vous, pour qui aimer, c'est faire du bien, de qui descend tout don excellent et parfait, ô Père suprême des lumières1 ! vous vous aimez vousmême en nous, et nous en vous, quand nous vous aimons par vous, et nous vous sommes unis autant que nous méritons de vous aimer, et nous participons (on l'a dit déjà) à cette prière du Christ votre Fils : Je veux que, comme vous et moi nous sommes uny ils soient un en nous \ Car nous sommes votre race, Seigneur, la race deDiéu,comme le dit votre Apôtre, transportant une pensée païenne d'un vase souillé en un vase excellent. Oui, nous sommes la race de Dieu mime \ des Dieux, des fils du Très-Haut. Une sorte de parenté spirituelle nous permet de revendiquer une grande affinité avec vous, puisque, par l'Esprit d'adoption , votre Fils ne dédaigne pas de prendre notre nom, et que, formés par de salutaires préceptes, façonnés à une école divine, nous osons dire avec lui et par lui : Notre Père, qui êtes aux deux * . Vous nous aimez donc en tant que vous nous inspirez de l'amour pour vous et nous vous aimons en tant que nous recevons de vous votre Esprit, qui est votre amour, et qui pénètre et possède les plus intimes replis de nos cœurs, les convertit à la vérité pure, à la vértiable pureté, à une entière adhésion à

1 Pb, ix. 5, — * Rom. m, 19.— 8 Id. ix, 12. — * Gen. x, 2.

1 Galat. iv. 6. — * Jacq. i, 17. — » Jean xvn, 11, 2.1 — 4 Act.XYii, 29. — * Math. vi,9.

TRAITÉ DE LA CONTEMPLATION DIVINE

Cr

votre amour : de là naît une union si grande, une telle adhésion, une jouissance si vive de votre douceur, que votre Fils, Notre-Seigneur, Ta qualifiée d'unité par ces paroles : Qu'ils soient un en nous; et il y a là une dignité, une gloire telle qu'il poursuit et ajoute : Comme vous et moi, nous sommes un. 0 joie ! ô gloire ! ô richesses ! ô orgueil ! car la sagesse a son genre d'orgueil, puisqu'elle dit : Avec moi sont les richesses, et la gloire, et l'opulence superbe, et la justice* .

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