CHAPITRE v
Dangers et dommages de la grâce négligée; éloge de la charité véritable.
H. Mois ici se rencontre un grand obstacle, celui des tentations qui, si on ne le combat, entrave la -marche jusque-là prospère et heureuse de bien des gens* ou qui leur fait rebrousser chemin, quelquefois jusque dans les lâchetés de la tiédeur. Les secours que la bonté d'un père leur a ménagés pour les empêcher de défaillir sur la route leur paraissent suffire i ils fixent comme terme de leurs progrès le point même où ce progrès s'arrête; et ainli ils commencent à baisser là où ils cessent d'avancer, ils vont plus loin ; ils foulent aux pieds la grâce de Dieu , ils s'en servent pour se forger contre elle une vaine confiance * et soit de bouche, soit dans leurs cœurs, ils se vantent de n'être pas délaissés de Dieu ; ils mangent, ils boivent leur jugement aussi souvent qu'ils reçoivent la grâce de la visite et des consolations célestes, et leur présomption s'appuie ainsi non sur l'exécution des volontés du Seigneur, mais sur celle de leurs volontés propres. Les ennemis du Seigneur, dit le pBalmiste, lui ont menti, leur temps s'étendra dam tous les Siècles; et il les a nourris de la plus riche substance du froment, il les a rassosies du miel du rocher*. Voyez, ils sont nourris, et ce Sont des ennemis; ils ont été rassasiés, et ils ont menti. Dieu leur a prodigué non-seulement le froment, mais ce qu'il a de plus riche : ce n'est pas la pierre, mais le miel de la pierre, à savoir la grâce divine et cachée des sacrements dont ont été rassasiés ceux qui » sont convaincus ici d'hostilité : sans cette hostilité ils n'auraient pu être si vite rassasiés ; car celui qui est rassasié ne demandé pas plus qu'il ne reçoit ; il est rempli, ce qu'il a lui suffit. Etainsi, comme dit l'Apôtre, après la première illumination, après avoit goûté le don ce leste, participé à CEspnt- Saint, goûté également la bonne parole de Dieu et les vertus du siècle à venir, pécher volontairement, pécher après avoir connu la vérilé, c'est crucifier de nouveau en soi le fils de Dieu, le fouler aux pieds, souiller le sang de