‹ Œuvres de Saint Bernard (volume 3)Chapitre 160 sur 179 · P». LXXX · texte numérisé non relu

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l'alliance, source de sanctification, et outra-

fer l'esprit de grâce. Et crucifier en soi le ils de Dieu, qu'est-ce sinon faire le mai pour obtenir un bon résultat, pécher avec confiance et mettre sur la croix de Jésus- Christ ses offenses? OUI si ceux qui tiennent une pareille conduite entendaient la suite du texte : une terre qui boit la pluie venant souvent sur elle et qui produit une herbe utile à ceux qui la cultivent est bénie de Dieu; mais quand elle produit des épines et des ronces, elle est abandonnée et bien près de la malédiction, on finit par y mettre le feu. Mais revenons à de meilleures idées, comme dit le même Apôtre, à des pensées plus salutaires K

Déjà donc la jeune âmequi laisse présager de si bonnes espérances et dont Dieu réjouit la jeunesse, commence à grandir vers la perfection, à la mesure de l'âge de la plénitude de Jésus-Christ '. Déjà en effet l'amour se fortifie en elle* s'illumine, se transforme en un sentiment et en un nom d'une plus grande vertu et d'une dignité plus haute; car l'amour illuminé c'est la charité. Oui l'amour venu de Dieu, qui a Dieu pour objet et qui vit en lui, c'est la charité. Mais la ûharité c'est Dieu, comme dit saint Jean * : si cet éloge est court, il renferme tout. Tout ce qu'on peut dire de Dieu peut se dire également de la charité, à la condition pourtant de considérer ici la nature du don et celle du donateur, et d'entendre que dans le donateur la charité est un nom de substance et un nom de qualité dans le don : que c'est par emphase que le don de la charité est appelé Dieu, en ce que plus que toutes les vertus la charité unit et s'assimile à Dieu. Que dirons-nous de cette vertu? Sa retommée Seule est parvenue jusqu'à nous : nous ne la connaissons pas elle-même, nous ne l'avons pas vue. Mais l'Apôtre la connaît, lui qui, la proclamant une route plus sublime que les autres, la célèbre avec effusion et s'écrie : Je vais vous montrer une voie plus excellente encore : quand je parlerais le langage des hommes et des anges} si je n'ai pas la charité Je suis un airain sonnant et une cymbale retentissante. Et quand j'aurais le aon de prophétie, que je connaîtrais tous les mystères et toute la science, quand f aurais de la foi jusqu'à transporter les montagnes, si je n'ai pas la charité, je ne suis rie?i. El si je distribue aux pauvres tous mes biens, si

i Hébr. 6, 4-9, 10 , 26-29. — * Ephès. iv , 13. — 8 I Jean iv, 10.

TRAITE DÉ LA NÀTMË ET DE LA DIGNITE DE L'AMOUR

je livre mon corps aux fleur mes sans avoir la charité, cela ne me sert de rien. La charité est patiente, elle est douce : la charité n'est pas envieuse, elle n'agit pas insolemment, elle ne tf enfle point, elle ne s'irrite point, elle n'est point ambitieuse, elle ne cherche point son propre intérêt, elle ne pense pas le mal. Elle ne se réjouit point de l'iniquité; mais elle met sa joie dans la vérité; elle souffre tout, elle croit tout, et le espère tout, elle endure tout. La charité ne finira jamais, pas même lorsque les prophéties s'anéantiront, que les langues cesseront et que la science sera détruite, maintenant demeurent la foi, tespéi%ancc, la charité; mais la plus grande de ces vertus cest la ch& rité{. Voilà le joug suave du Seigneur, son fardeau léger, ce fardeau qui porte celui qui le porte et lu rend léger ; ce léger fardeau de l'Evangile, suave à ceux à qui le Seigneur lui-même dit ; Je m vous appellerai plus des esclaves, mais des amis*. Celui qui, en effet, était d'abord incapable de porter les préceptes de la loi, a trouvé les préceptes de l'Evangile allégés par la coopération de la grâce. Celui qui d'abord était incapable de remplir ce commandement : Tu ne tueras point\ a trouvé légère l'obligation dï/wmo/tfr son d/n* pow% ses frères , et ainsi des autres commandements. On met une lourde charge sur un cheval qui l'épouvante ; alors on fait avancer un chariot aux roues agiles, c'est l'Evangile qui court à travers le monde en tirant, sans travail et doublé, le fardeau d'abord estimé trop pesant. Ainsi l'oiseau nu, encore sans plumes et sans ailes, était impuissant à se porter -, mais avec le poids surajouté de ces plumes et de ces ailes, il vole rapidement. Ainsi encore, le pain dur qui seul ne pouvait passer, lorsqu'on y adjoint du lait ou un autre liquide glisse aisément à travers le gosier.

13. L'amour a donc débuté par des efforts et par une affection dont la charité est le terme. Et la main de la charité opère avec une légèreté d'autant plus grande qu'elle est aidée par l'œil illuminé. D'abord nous opérons par la main, puis la main puriflo l'œil, ce qui fait dire à David : Vos préceptes m9 ont donné {intelligence*. L'âme commence par avoir l'intelligence de ses œuvres, par discerner ses affections; puis les vertus la pénètrent si bien que de même qu'en Dieu l'être et la bonté se confondent, ainsi pour un cœur juste et saint, exister c'est vivre dans la sainteté, la justice, la piété : dans la sainteté re-

i * 1 Cor. xii, 31. xin.— * Jean xv, 15. — • I Jean ht, 16. — * P». cxviiij 104.

lativement à elle-même, dans la justice relativement à tous les hommes, dans la piété relativement à Dieu. Par l'accroissement de la grâce, le sentiment de la justice affecte Si bien l'âme juste, que désormais, en aucune partie d'elle-même, pensées, affections, actions, elle ne sait plus, elle ne peut plus qu'être juste; son être tout entier est pénétré et rempli de cette idée de justice. C'est pourquoi l'Apôtre dit: La charité ne meurt pas. Nos affections ou nos œuvres chancellent quelquefois ; elles dévient, tant que cette vie condamne la charité à ûe voir que partiellement, en un miroir, eu énigme ; mais le sentiment de la charité subsiste entier, ferme dans toute son énergie,

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