‹ Œuvres de Saint Bernard (volume 3)Chapitre 162 sur 179 · CG · texte numérisé non relu

CG

TRAITE DE LA NATURE ET DE LA DIGNITÉ DE L'AMOUR

force et de vigueur daii9 l'espoir de fruiftf excellents. C'est ce que dit saint Jean : Quiconque est né de Dieu ne fait pas le péché, car la semence de Dieu demeure en lui, et il ne peut pécher parce qu'il est né de Dteu1. Remarquez ici la force des mots : Une fait pas le péché. En effet , celui qui est né de Dieu le souffre plus qu'il ne le commet. Et il ne peut pécher , c'est-à-dire persévérer dans le péché, puisqu'à la loi divine qui déjà régit son esprit, il se hâte de soumettre aussi sa chair qui, sous l'influence d'une tentai on et du péché, semblait esclave delà loi du pèche. Pierre en péchant ne perdit pas la charité a. Il a plutôt péché contre la vérité que contre la charité, en déclarant par un mensonge des lèvres qu'il n'appartenait pas à celui à qui son cœur était tout entier. Aussi la vérité de la charité lava-t-elle sur le champ dans les larmes une fausse négation". Ainsi encore David, en péchant, ne perdit pas la charité ■; il est plus juste de dire qu'en lui la charité fut frappée de stupeur à la violence du coup porté par la tentation. Non, la charité ne fut pas détruite en lui : elle y sommeilla, elle se réveilla à la voix énergique du Prophète, et

1 1 Jean m, 9. — « Math, xxvi, 69-75. — • II Rois xi»

(A). Co quo l'auteur dit ici du péché de saint Pierre, naint Thomas se l'est déjà objecté (II II, q. xxiv, art. 12) en citant ce passage comme s'il était de saint Bernard ; preuve que ce n'est pas d'aujourd'hui que ce traité est attribué à notre saint docteur. 11 répond que la charité se perd de deux façons : 1° directement par un ménris actuel, saint Pierre ne l'a pas perdue en ce sens ; 2° indirectement, quand on fait quelque chose de contraire à la charité sons l'impression de la concupiscence ou de la crainte. C'est ainsi que saint Pierre agissant contre la charité l'a perdue, puis vite recouvrée. Mais cette réponse ne satisfait pas le docteur Du val qui apporte une autre explication sur ce passage. (II II, q. n. De la Charité, art. 7). Il ne s'agirait pas ici de la charité surnaturelle et théologique qui se perd par un péché mortel, mais d'une certaine charité acquise, d'une bienveillance toute humaine de saint Pierre envers Jésus-Christ. Ce sentiment n'a pas été évidemment éteint par le péché , mais seulement assoupi. Il en faut dire autant de David. Avouons pourtant que la solution de saint Thomas est assez conforme à la pensée de l'auteur qui insinue que Pierre en péchant n'a pas perdu la charité, parce que, ditil, il a plutôt péché contre la vérité que contre la charité. On pourrait dire que le langage ici employé est une figure oratoire en vertu de laquelle ce qu'on recouvre vite n'est pas perdu. Et comme ce môme auteur dit que l'homme ué de Dieu ne pèche pas, parce qu'il ne persévère pas dans le péché, ainsi a-t-il pu dire que saint Pierre, que David n'ont j>as en péchant perdu la charité, en persévérant jusqu'à la fin dans la privation de cette vertu. C'est précisément l'idée de l'abbé Gillebert disant au 47* sermon sur le Cantique des cantiques : ii La tache du péché n'est pas imputée... parce qu'e lo ne demeure pas. Il semble qu'on n'est pas sorti quanti on se hâte de rentrer! »

éclata soudain dans cette confession, fruit d'une charité très-ardente: J'ai pèche contre le Seigneur, et aussitôt il mérita de s'entendre dire : Le Seigneur vous a déchargé de votre péché y vous ne mourrez pas1.

45. Ajoutons ceci à l'éloge de la charité : il y a de l'amour dans la foi et dans l'espérance. La charité subsiste en elle-même et par elle-même. Il peut arriver aussi que la foi et l'espérance existent f ns charité; mais que la charité ne renferme pas la foi et l'espérance, c'est impossible. Car la foi établit la réalité de ce que nous aimons 9 et l'espérance nous le promet. Celui donc qui aime dans la foi et l'espérance aime, comme il est possible d'aimer, ce qu'on se borne à croire et à espérer. La charité possède l'objet de la foi et de l'espérance ; elle le tient, elle l'embrasse. L'amour de foi et d'espérance aspire donc à voir Dieu, parce qu'il aime ; la chanté aime parce qu'elle voit. Elle est ellemême l'œil à l'aide duquel Dieu devient visible. L'âme, en effet, a ses sens ; elle a une vue, un œil qui perçoit Dieu. Comme le corps a ses cinq sens à l'aide desquels il est uni à l'âme, par l'intermédiaire de la vie, l'âme a aussi cinq sens qui l'unissent à Dieu par l'intermédiaire de la charité. Ce qui fait dire à l'Apôtre : Ne voue conformez pas a ce siècle, mais renouvelez-vous dans la nouveauté de vos sens afin déprouver quelle est ta volonté de Dieu, volonté bonne, agréable, nar faite*. Nous avons ici la preuve que les sens du corps nous précipitent dans une sorte de sénilité et nous rendent mondains; tandis qu'à l'aide du sens de l'esprit nous nous renouvelons dans la connaissance de Dieu, dans une vie nouvelle, selon la volonté et le bon plaisir de Dieu. 11 y a cinq sens du corps, sens animaux ou corporels eux-mêmes, à l'aide desquels l'âme communique la sensibilité à son organisme (je commence par ce qu'il y «ici d'intérieur): le toucher, le goût, l'odorat, l'ouïe, la vue. De même il y a cinq sens spirituels à l'aide desquels la charité vivifie l'âme ; ce sont l'amour de la ebair et des parents, l'amour social, l'amour nature), l'amour spirituel, l'amour de Dieu. Par les cinq sens du corps et l'intermédiaire de la vie, le corps est uni à l'âme ; par les cinq sens spirituels et l'intermédiaire de la charité, l'âme se trouve unie à Dieu.

1 II Rois xxii, 13. — * Rom. xn, 2.

TRAITÉ DE LA NATURE ET DE LA DIGNITÉ DE L'AMOUR

Page 1