‹ Œuvres de Saint Bernard (volume 3)Chapitre 168 sur 179 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

Ce q :ie nous devons à Dieu. De la nécessité

d'un médiateur.

82. Ceô quatre attributs de Dieu exigent de nous deux choses. Il y a en lui puissance; sagesse, charité, vérité ou éternité, ce qui ne fait qu'un , puisque l'existence vraio suppose l'immutabilité. A ces attributs il nous faut repondre de deux façons : A la puissance qui peut nous châtier, à la sagesse à qui rien n'échappe, nous devons une crainte véritable, c'est-à-dire une crainte que n'entravent ni la torpeur de la sécurité, ni la dissimulation. Et il y a dissimulation soit quand nous prêtons au précepte de fausses difficultés, soit quand nous prêtons à Dieu une miséricorde contraire à la raison. A la charité et à la vérité nous devons aussi un amour vrai, un amour que n'embarrassent ui de tiédis affections, ni de scrupuleux soupçons, w/que doit-on à la chanté, sinon la charité? Et la vérité dans la charité et la charité dans la vérité écartent tout scrupule et tout sonneon. Mais j'appelle soupçon la crainte que la charité n'aime pas, que la vérité ne trompa que l'éternité ne fuie. Ce qui fait dire a saint Paul: Afin que vous puissiez comprendre avec tous les saints quelle est la longueur, la largeur, la hauteur, la profondeur*. La hauteur c'est la puissance, la profondeur c'est la sagesse , la largeur c'est la charité, la longueur c'est l'éternité ou la vérité, c'est la croix de Jésus-Christ. Et ailleurs le même prophète exprimant plus clairement la vertu de la souveraine sagesse en nous: C est pourquoi, dit-il, moi aitssi apprenant votre foi en Dieu, votre amour pour tou% les saints, je ne cesse de rendre grâces pour vous, me souvenant de vous dans toutes mes prières, a finque le Dieude Notre Seigneur Jésus-Chris!, le père de la gloire, vous donne F esprit de sagesse et de révélation pour le connaître ; qu'il éclaire les yeux de votre coeur , pour que vous sachiez quelle est l'espérance à laquelle il vous a appelés, quelles sont les richesses de gloire de Fhériiage destiné aux saints, quelle est lagrandenrsuréminente de sa vei tu en nous qui croyons, selon l'opéra tion9 de la puissance delà ver tu qu'il a exercée dans

* Ephès. m, 8-18. — * Ibid. m, 18.

le Christ, le ressuscitant d'entre les morts '.

*;3. Quand donc à la prière de l'Apôtre, et Dieu nous exauçant, l'esprit de sagesse nous est donné, avec la grâce de le connaître, afin que nous en ayons le sentiment et le goût, ou que lui-même soit en nous ce goût; quand nos yeux sont illuminés pour nous montrer le bien, pour nous communiquer l'intelligence de ce bien vers lequel nous attire l'espérance de notre vocation, c'est-ànire pcui comprendre les richesses glorieuses que l'éternité destine aux saints : en tout oela apparaît la bonté ou la bénignité du JJieu qui nous illumine et nous appelle. Mais quand à tout cela s'ajoute la vertu qui nous fait répendre aux appels du ciel, l'expérience môme de l'espritde sagesse nous révèle la nature et la grandeur de sa vérité en nous. Dès lers, l'âme étant ainsi disposée, le palais guéri pai le goût de la divine contemplation discerne tout et juge tout. Dans le Christ, auteur de tous les biens, elle goûte, premièrement sa conversion à Dieu, puis la rémission de ses péchés, puis un accroissement multiple de grâce substitué à la colère dont nous étions les fils, et toutes ces faveurs elle les tient uniquement de Notre Seigneur Jésus-Christ. Car il est notre médiateur, notre sagesse, et en lui la folie est plus sage que la sagesse humaine4.

34. La bonté divine étant si riche et offrant ses trésors à tous, comme il n'y avait personne pour les recevoir, personne qui pût les recevoir, ou enseignât le moyen de le faire, personne qui fût capable de monter à la source de ces biens ou d'y élever les autres, il fallait entre Dieu et nous un médiateur qui, en nous rapprochant de Dieu, rapprochât aussi de nous les biens de Dieu. La Trinité tout entière forma donc ce dessein qui a fait dire au Prophète : Que votre antique projet se réalise*. Car Dieu voyait bien qu'en l'homme tout était confusion, trouble, instabilité, désordre. 11 voyait l'homme parti si loin dans le pays de la dissemblance, qu'il était incapable de savoir ou de pouvoir revenir en arrière. L'ange dans sa présomptueuse Usurpation de la divine ressemblance avait dit : Je placerai mon trône du côté de F Aquilon, et je serai semblable nu Très- Haut*. L'homme prétendit être Dieu j sou tour, a la suggestion du serpent qui lui avait dit: Vous serez comme des dieux*. Eli ' «juci, dit alors Dieu le Père, mon Fils, la splendeur de

* Ephto. if 15-âO. — * I Cor. i, 25. — » P*. xxxi;, ifclon les Sept. — » Isafe, xiv, 13, 14. — • Oco. m, 5*

TRAITÉ DE LA NATURE ]LT DE LA DIGNITÉ DE L'AMOUR

ma gloire, la figure de ma substance ', aura dans la ressemblance tant de jaloux, de rivaux et de compagnons I L'ange et l'homme furent dont jetés à bas. Dieu le fils, image de Dieu, à la vue de Fange et de l'homme créés sur cette image et qui périssaient pour en avoir conçu un désir désordonné, s'écria : Hélas ! la misère seule est à l'abri de la jalousie ! Venons au secours de celui que nous pouvons aider sans blesser la justice 1 Je vais me présenter à lui sous les traits d'un homme méprisé, du dernier des êtres, d'un homme de douleurs, familiarisé avec toutes les infirmités ', afin qu'il imite avec ardeur en moi l'humilité qui le conduira à la gloire qu'il rêve, et qu'il puisse entendre de mes lèvres ces paroles : Apprenez de moi que je suis doux et humbie de cœur, et vous trouverez le repos de vos âmes*.

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