‹ Œuvres de Saint Bernard (volume 3)Chapitre 169 sur 179 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

Plan et marche progressive de la Rédemption

humaine.

35. Le Fils de Dieu, si j'ose dire, se met donc en route, il entreprend de reconquérir par l'humilité celui que la superbe avait précipité dans une ruine réparable. Il s'interpose entre Dieu et l'homme , l'homme qui, s'écartant de Dieu, avait été pris et enchaîné par Satan ; et ainsi il joue le rôle et rempli \ la fonction d'un bon médiateur. Il devient homme : Une tige est sortie de la racine de Jessé, et une fleur a couronné cette tige, et sur cette fleur s* est reposé Fesprit du Seigneur, esprit ae sagesse et d'intelligence, esprit de conseil et de force, esprit de science et de piété, esprit de crainte*. Figurez-vous ici notre vaillant athlète entré dans l'arène de ce monde, oint pour la lutte de l'huile du Saint-Esprit, pour s'élancer en géant dans la route de la carrière humaine'. Et notez bien q'ie le Prophète commence par en haut pour descendre ensuite, parce qu'il annonçait la descente du médiateur. Pour nous, dans l'étude que nous entreprenons, avec l'aide do la grâce du Saint-Esprit du Médiateur, de se a œuvre, et de son retour dans les hauteurs, nous commençons par en bas, c'est-à-diro par la crainte! Le Christ a donc éprouvé de la crainte pour son Père, mais une crainte juste, filiale qui l'a porté à l'honorer en tout, ce qui lui fait dire: Ma* nourriture est de faire la volonté de mon

1 llébr. i,3.—' Isaïe un , 3. — » Math, xi

1 Ilebr. 1,3.—* Isaie mt , * Iaaî* xi, i-3, — * P», xy«iâ 6.

Père qui est aux deux1 ; et dans le Psaume : Que mon cœur se réjouisse afin de craindre votre nom f, et mille choses analogues. Cette crainte le portait encore à s'abaisser, à s'humilier, à s'oublier etàrendreà son père, restauré et remis à neuf, l'ouvrage que le Père avait fait par lui, mais qui avait péri.

36. De cette façon donc, notre médiateur auprès du Père eut, si j'ose dire, en haut la crainte, et en bas la bonté pour réconcilier avec Dieu l'homme malheureux ; et de part et d'autre la science, puisqu'il connaissait ce qu'il devait à chacun. Mais pour remplir son ministère de médiation, il avait en haut la volonté bienveillante de son Père; dans l'homme gisant misérablement en bas, il ne trouvait rien. Or, la raison et l'idée même de médiation demandaientici quelque chose : il exigea donc de lui la foi. Il exigea la foi, sa bonté fit les avances. Exigence puissante. Et il n'était pas difficile à r homme malheureux de se fier à une bonté qui le prévenait. Mais comme il ne pouvait se confier à celui en qui il n'aurait pas eu d'espérance (et comment se fier à qui ne vous inspire nulle espérance?), l'homme ajouta l'espérance à la foi. et à l'espérance la crainte sans laquelle l'espérance est impossible, afin de n'être pas délaissé d'un si doux médiateur. Et le médiateur ayant reçu du coupable un gage si puissant de salut, retourne vers son Père quand il monte sur la montagne pour y prier seul, ou lorsque tombé en agonie il prolonge son oraison dans une sueur sanglante. Père, Père, s'écriait-il, glorifiez votre Fils afin que votre Fils vous glorifie à son tour*. Voilà ce que j'offrirai à l'un et à l'autre ; voilà ce que j'ai de vous et ce que je tiens de lui. Je suis médiateur, et tout dans ma médiation paraît concourir au salut de l'homme. L'homme est captif, chargé de chaînes. Le fort l'a lié, et seule l'intervention d'un plus fort peut lui ravir ses armes. Mais étendez votre main du haut des cieux, et j'arracherai l'homme à ses redoutables ennemis. Moi votre vertu , votre force, je le sauverai avec l'esprit de force. Car je sais bien ce que je dois faire. Innocentée mourrai pour le coupable, et ma bonté aura incomparablement plus de puissance que la malice de l'ennemi, la peine portée par mon innocence que le châtiment infligé à la désobéissance de l'homme.

37. Et je l'ai glorifié, dit le Père, et je le glorifierai*. 11 nous faut pour médiateur

i Jean iv, 34. — » P». ucxxv, u. — * Jean , xvn, 1. — * Jean xu, 28,

TRAITÉ DE LA NATURE ET DE LA DIGNITÉ DE L'AMOUR

puissant l'esprit de conseil ; car si le prince du monde avait compris, jamais il n'eût crucifié le Seigneur de la gloire *. Le Fils de Dieu lui a donc caché absolument la vertu de sa divinité ; il ne lui a présenté en sa personne que l'infirmité de la cnair ; et par la justice de sa vie il a suscité contre lui l'envie de l'enfer; l'infirmité de sa chair laissait espérer au démon la victoire en même temps que sa jalousie s'allumait à la vue des prodiges qui confirmaient la foi en la médiation réconciliatrice du Christ. Trompé lui-même, l'antique trompeur infligea la peine du péché, la mort la plus cruelle à celui qui était innocent de tout péché. Le juste mis injustement à mort pour la justice, obtint justice de rennerai, justice pour le trépas auquel on l'avait iniquement condamné. Cette justice, inutile à lui-même puisqu'il était sans péché, il la communiqua à l'homme criminel, et le coupable fut absous par le supplice de l'innocence ; il lui mit dans les mains son corps et son sang : mange, lui dit-il, bois, et puise la vie dans cet aliment. Puis le présentant à son Père : mon Père, ajouta*t-il,voicileprix de mon sang. Si vous recherchez le crime de cet homme, voici mon sang donné pour lui. Seigneur mon père, sous l'effusion de votre bonté la terre de mon corps a donné son fruit : bientôt la justice marchera devant vous, et vous poserez vos pieds dans la route qui conduit les hommes au salut*. Et pour sauver justement celui dont la perte avait été si juste, vous Seigneur vous avez tenu une conduite très-droite, vous avez exercé la justice et le jugement dans Jacob \

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