‹ Œuvres de Saint Bernard (volume 3)Chapitre 170 sur 179 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

De la véritable sagesse des amis ou des

enfants de Dieu.

38. Rassasié du fruit de cette oeuvre, l'homme par la médiation de la divine sagesse n'est pas seulement réconcilié, il est devenu sage. Il goûte en effet ce qu'il mange. Il mange, il boit le corps et le sang de son Rédempteur, manne céleste, pain des anges, pain de sagesse, et en les mangeant il se trouve transformé dans la nature de l'aliment même qu'il prend. Car manger le corps de Jésus-Christ qu'est-ce, sinon devenir ce corps, devenir le temple du Saint-Esprit? Et quand ce temple orné des vertus prescrites aura reçu la dédicace et la consécration voulue, il ne pourra plus recevoir d'autres titres ni

*1 Cor. h, 8. — * Prf. lxxxiv, 13, 14.— »Ps. xcvm, k

To m. IV.

d'autre hôte que le Dieu qui l'a créé. Désor mais cette âme n'aime plus, ne cherche plus rien de terrestre, rien de matériel, rien de corruptible, depuis qu'elle a délaissé la place réservée aux bagages dont eHe use en passant, mais sans y placer ses jouissances. Si elle rencontre la prospérité, elle passe sans s'arrêter ; l'adversité ne la trouble pas. Tout ce qu'elle prend est pour elle plein de saveur, et l'amour seul peut saisir la saveur de tout ce qui descend comme une céleste salive de la tête de Jésus-Christ. Tout ce qui touche au corps, soit bien, soit mal, est extérieur et ne peut atteindre jusqu'à celui qui est au dedans. C'est pourquoi l'Apôtre plongé dans les misères et les chaînes du corps, et quant au corps couronné de tribulation et de misère, écrivait à ses disciples : Je vous enverrai Timothée, dit-il, afin que vous connaissiez ce qui est autour de moi1. Ce qui est autour de moi, c'est-à-dire dans l'homme extérieur, dans ma tunique de chair, ce qui n'arrive pas jusqu'à moi qui suis au dedans.

39. C'est là cette sagesse dont l'Apôtre dit : Nous prêchons la sagesse aux parfaits, et nous en parlons comme des gens qui en ont ouï parler eux-mêmes sans la voir. Ainsi ferions-nous d'une ville que nous n'avons pas vue, mais dont on nous aurait longuement entretenus. Celui qui l'aurait visitée en parlerait différemment. Mais à cette sagesse en est opposée une autre, au nom malheureux, cette sagesse que l'Apôtre appelle la sagesse des princes de ce monde ' , qui forme avec eUe le contraste du noir au blanc, des ténèbres à la lumière ; de l'une il est dit : La sagesse triomphe de la malice 8. La malice est la saveur du mal, et sagesse vient aussi de saveur, quand donc nous avons le goût du mal, que nous y joignons l'adresse ou la volonté de le faire ; la sagesse des princes de ce siècle est opposée en tout à la sagesse d'en haut : c'est là cette malice haïe de la sagesse. L'une, en effet, est le goût du bien en luimême, et l'autre le goût même du mal assistés l'un de la prudence, l'autre de la fourberie.

40. Mais entre elles il est une sagesse intermédiaire, comme il y a une nuance entre le blanc et le noir, et soit qu'elle se rapproche de la sagesse supérieure, soit qu'elle penche vers l'inférieure, dans les deux cas elle se conduit de manière à atteindre le but de l'intention et des désirs de celui qui a

* Philippe h, 23,— *Cor. h, 6.— * Sagesse vu, 30,— * Cor. il, 6-7.

TRAITÉ DE LA NATURE ET DE LA DIGNITÉ DE L'AMOUR

recours à clic. C'est cette sagesse que l'Apôtre appelle la sagesse mondaine 9 et qu'il met entre la sagesse de Dieu et la sagesse des princes de ce monde \ Elle n'a d'autre but que Futile et l'honnête, et elle est réglée par une

{irudence calculée. Elle consiste à peu près out entière à savoir discerner prudemment, et juger entre l'utile et l'inutile, entre l'honnête et le déshonnête, ne fussent-ils pas d'ailleurs appliqués à la conduite. Cette science enfle, la charité édifie1 : ou bien on se livre à ces laborieuses études uniquement afin de savoir, ce qui satisfait seulement la curiosité ; ou bien pour paraître savoir, et passer pour savants, ce qui sert uniquement à la vaaité. Mais tous ces efforts, toutes ces études n'élèveront jamais qu'à la sphère où la raison est capable de parvenir sans l'amour.

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