POUR LA FETE DE SAINT PIERRE ET SAINT PAUL
cueillez-en même les restes pour qu'ils ne se perdent pas. Car la terre qui reçoit souvent la pluie et ne porte pas de fruits, est une terre réprouvée et voisine de la malédiction *. Ainsi encore, ce figuier dont parle l'Evangile, si, quand le cultivateur Ta bêché et entouré d'engrais, il reste stérile, la hache ne le frappera-t-eile pas à la racine " ?
2. Et moi je vous dis : Si Dieu trouve dans les séculiers moins de bien, il aura pour eux plus de patience que pour nous à qui son amour a réservé la rosée des consolations célestes, et à qui n'a manqué ni le travail de la discipline, ni l'engrais d'une condition humble et obscure. Et n'est-ce donc pas un fumier que ces abominations de l'Egypte que nous immolons à notre Dieu? Oui, un fumier méprisable à l'œil, mais fécond en fruits. N'en fuyez pas l'odeur fétide, si vous désirez la fécondité : de ce monceau informe de fumier qu'on porte au champ surgira un beau monceau de gerbes qu'on rapportera des champs : ne dédaignez donc pas ce qui est précieux sous un vu aspect : estimez plus que les trésors de l'Egypte le mépris enduré pour Jésus-Christ. Cependant à ce fumier qui vient de la terre, la pluie du ciel ne fait pas défaut, je veux dire les pieuses prières, le suave murmure des psaumes, la douce méditation, la consolation des Ecritures ; encore une pluie que vous recevez par mes lèvres, si du fleuve impétueux qui réjouit la cité de Dieu, si du torrent de ses délices, quelques gouttes, à notre voix, arrivent jusqu'à vous.
3. Hais je dois bêcher autour de l'arbre puisqu'on m'a établi gardien et cultivateur des vignes. Hélas ! Moi qui n'ai ni gardé, ni cultivé la mienne, je dois, tant que j'occupe cette place, travailler la terre et y mettre des engrais : tâche pénible, mais à laquelle je ne puis me refuser : car je sais que la hache nuira plus que le hoyau, et le teu plus que le fumier. C'est pourquoi il faut de temps en temps reprendre sévèrement : et je n'ignore pas qae la parole sévère est une sorte d'engrais qui, à moins que la nécessité n'en excuse l'usage, déplaît même à celui qui l'empioie. Mais que faire si ce fumier qui engraisse les uns lapide et endurcit les autres ? C'est pourquoi il est écrit: Le paresseux sera lapidé avec du fumier cte bœuf*. Et n'estil pas comme engraissé celui qui, sévèrement repris, reçoit doucement la éorrection, répond avec mansuétude, et travaille à s'a-
méliorer ? Il y a un engrais salutaire et fécond dans la correction que le juste m'adresse avec miséricorde. Mais l'huile du pécheur n'oindra pas ma tête. Car de l'engrais produit par l'huile du pécheur sortent plus abondantes les épines, les ronces et les racines amères. C'est pourquoi donner le nom de miséricorde à la réprimande du juste, c'est indiquer qu'il faut la recevoir avec bienveillance, cordialité et reconnaissance. Si nous la recevons ainsi, elle sera un engrais salutaire qui, au lieu de produire des vices comme l'huile du pécheur, portera, selon le mot de l'Apôtre, des fruits de sanctification \ Mais vous, paresseux, que cette miséricorde irrite et exaspère, comment vous traiteronsnous? N'avions-nous pas répandu du bon fumier sur votre champ? Pourquoi est-il plein de pierres? C'est vous, homme ennemi, (car celui qui aime l'iniquité haït son âme *), vous, dis-je, qui avez fait cela ; vous qui, loin de secouer votre nonchalance, persévérez à l'excuser, avez changé l'engrais en pierres, et qui êtes lapidé par ce qui devait vous féconder. Ces choses vous sont dites, mes frères, afin que vous sachiez avec quelle bonne volonté il faut écouter, avec quel empressement il faut recevoir, avec quel soin il faut conserver tout ce qui intéresse le salut de nos âmes, et l'écouter, non comme une parole humaine, mais comme la parole de Dieu (ce qu'elle est vraiment) : qu'elle soit d'ailleurs une parole qui console , qui avertisse, ou qui reprenne. Je l'avoue, me voilà sorti de mon sujet ; et j'ai presque oublié la fête d'aujourd'hui ; mais ce ne sera pas sans profit pour vous, si vous avez prêté à mes paroles une attention sérieuse.
4. Essayons maintenant de parler, ne fûtce que brièvement, de la solennité même. Nous célébrons la fête des apôtres du Christ que nous devons grandement honorer, je le sais : mais quel honneur pouvons-nous leur rendre ? Car il est dit : Vos amis, 6 mon Dieu, ont étt honorés à Fexcès : et leur principauté a été singulièrement affermie* . Eh! Quoi? Si déjà, sur terre, ils pouvaient tout, non par eux-mêmes, mais en Jésus- Christ, que ne pourront-ils présentement qu'ils vivent avec lui dans l'éternelle félicité ? Mortels et près de mourir, ils semblaient posséder l'empire de la vie et de la mort ; d'un seul mot ils donnaient la mort aux vivants et ils ressuscitaient les morts. Ils sont bien plus puissants maintenant qu'ils sont au
1 Hébr, VI, 7, «. — f Lue un, 6, 9, — «Bccli. xxii,2, * Rçm, vi, 22. — • Ps. x, 6. — • P*
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comble <te l'honneur et de la puissance 1 Mais quoi, mes frères? En célébrant aujourd'hui la bienheureuse mémoire des apôtres, faisons-nous aussi solennellement mémoire de leur naissance, de leur conversion, de leur vie ou de leurs miracles ? Non, mes frères, ce n'est pas ici la fête d'une naissance humaine, comme vous avez célébré récemment l'anniversaire de celle du bienheureux Jean. On honore la naissance de celui-ci parce qu'il naît sanctifié. En saint Jean seul la naissance est plus célèbre que la Passion; car il est mort pour Jésus-Christ, puisqu'il a succombé pour la vérité et la justice, il est plus visiblement né pour lui, et il est venu dans le monde pour rendre témoignage à la vérité1 . Mais nous ne rappelons aujourd'hui ni la conversion des apôtres, ni leurs prodiges, comme en d'autres jours et en de joyeuses fêtes, l'Eglise nous remet sous les yeux la conversion de saint Paul et la délivrance de saint Pierre tiré du cachot par un ange. Nous vénérons plus spécialement leur mort, c'està-dire ce qu'il y a de plus efirayant au jugement des hommes,
5. Considère?, mes frères, le jugement de la sainte Eglise qui juge selon la foi et non sur des apparences. Dans la fête des apôtres, c'est principalement leur mort qu'elle honore. Aiyourd'hui Pierre a été crucifié; aujourd'hui Paul a eu la tête tranchée ; voilà l'objet de cette solennité, et celui de nos joies. En faisant d'un tel souvenir un jour de léjouissance, l'Eglise a certainement l'esprit du Seigneur devant qui, dit le Prophète, la mort des saints est précieuse** Combien de spectateurs présents au supplice de nos saints étaient loin d'envier leurs morts précieuses ! Aux yeux des insensés, ils paraissaient mourir; leur trépas était réputé un malheur, et c'est ainsi qu'aux yeux des insensés ils semblaient pénr. Pour moit rçion Dieu, dit je Prophète, vos amis sont au comble de l'honneur et, leur puissance est solidement affermie, Mes frères, les amis de Dieu paraissent périr, au jugement des insensés: mais à celui des sages, ils s'endorment seulement. Lazare dormait parce qu'il était l'ami de Jésus8- et quand Dieu aura donné le sommeil à ses bien-aimés, alors viendra l'héritage du Seigneur*.
6, Efforçons-nous donc de vivre de la vie des Justes, mais souhaitons surtout de mourir de leur mort. La sagesse, en effet, dans les Justes, préfère la fin, et elle nous juge là
1 Jean i, 7. - * Pa. cxv, 15. — • Jean xi, il. — Pa. c*xyi»2&
où elle nous trouve. Il est absolument nécessaire que la fin de la vie présente se relie au commencement de la vie future : ici toute dissemblance est insoutenable. Si Ton veut, (permette? cette image) si l'on veut coudre ou attacher ensemble deux ceintures, on s'inquiète moins des autres parties, mais qn a soin que les bouts destinés à être unis se ressemblent: ainsi, je vous le dis, quelque spirituelle qu'ait été notre vie, si la fin en est charnelle, elle n'a plus aucun rapport avec cette vie spirituelle, et ni la chair ni le sang ne pourront posséder le royaume de Dieu. Mon fiis, dit Salomgn , souvenez-vous de vos fins dernières ei vous ne pécherez pas1. Ce souvenir, en eûet, inspire la crainte : la crainte repousse le péché et préserve de la négligence,
7. C'est pourquoi Moïse a dit en parlant de certains hommes : Plût à Dieu qitiis comprissent et qxim pressent &ftn%\ Dans ces
Saroles trois choses nous sont recommanées: la sagesse, l'intelligence, et la prévoyance ; et ces trois choses peuvent se rapporter aux trois divisions du temps, en sorte que nous rétablissons en nous comme une image de l'éternité, si nous réglons le présent avec sagesse, si nous jugeons le passé avec intelligence, si nous savons prévoir l'avenir avec précaution. Tout le fonds de l'exercice spirituel, toute la forme du travail qu'il suppose consiste à disposer le présent avec sagesse, à repasser le passé dans l'amertume de notre cœur, et à prévoir avec sollicitude l'avenir. Vivons en ce siècle avec sobriété, justice et pieté ; dit l'Apôtre1, en sorte que nous pratiquions la sobriété dans Je présent, que par une juste satisfaction nous rachetions le passé écoulé sans aucun fruit de salut; et qu'aux périls de l'avenir nous opposions le bouclier de la piété. Seule la piété est utile à tout, et la pieté c'est le culte de Dieu, humble et dévoué, Prévoir l'avenir c'est songer sérieusement à tous les dangers qui nous menacent, apprendre à nous défier de notre habileté et de nos mérites, nous confier pieusement en la divine protection, et reporter nos intentions vers Celui de qui vient le don excellent, le don parfait par excellence, une fin heureuse, et une mort précieuse.
8. Vous trouvez ces trois points recommandés par l'Evangile , dans le sermon du Seigneur : Heureux, dit-il, heureux les pauvres, heureux les doux, heureux ceux qui
« Eccli. vn, 40, «•» s Coûter. va» <#*-»• Tito u, là.