SUR LA FÊTE DE SAINT PIERRE ET SAINT PAUL
Îleurent1! Heureux ceux qui goûtent les biens venir et au cœur desquels le désir des choses célestes inspire pour les choses présentes un dégoût profond 1 Heureux ceux qui prévoient leur fin dernière, qui gardent dans la douceur la parole mise en eux et qui peut sauver leurs âmes, et que la piété du cœur guide vers l'héritage à venir I Heureux ceux qui comprenant leurs erreurs passées, arrosent leur lit de larmes fréquentes ! Voyezvous ce que désire, ce que souhaite un saint à ceux pour lesquels il prie'? Plût à Dieu, dit-il, qu'us lussent sages, qu'ils comprissent et prévissent leur fin ! Comme s'il disait ; Plût à Dieu qu'Us eussent l'esprit de sagesse,
d'intelligence et de conseil I Puissions-nous avoir ces biens, mes frères, afin que la sagesse nous porte à tout régler en nous avec douceur, l'intelligence à condamner nos péchés passés, et le conseil à prévoir l'avenir I Puissions-nous être sages pour bien conduire notre vie présente, intelligents pour corriger notre vie écoulée I Puisse une entière confiance en Dieu nous inspirer la prudence, afin que par sa miséricorde nous fassions une heureuse fin ! Car, tel est le triple lien qui nous tire vers le salut : une vie réglée, un jugement droit, une foi pleine de dévoue" ment.
SERMON III
Sur cette leçon tirée du livre de la Sagesse. « Ce sont des hommes do miséricorde, etc.
(Eccli. ch. xlxv, 10, il.)
1, C'est avec raison i mes frères, que l'Eglise , notre Mère , applique aux saints Apôtres ce qu'on lit au livre de la Sagesse : Ce sont des hommes de miséricorde, dont la justice n'est pas ensevelie aans l'oubli : leurs formes œuvres demeurent avec leur ra§e. Us sont hommes de miséricorde, soit parce qu'ils ont obtenu miséricorde, soit parce qu'ils sont remplis de miséricorde, soit parce que Dieu nous le? a donnés en sa miséricorde. Et voyez quelle miséricorde ils ont obtenue I Interrogez Paul sur lui-même, ou plutôt écoutez sa confession volontaire : J'ai été d abord un blasphémateur, un persécuteur $ un méchant: mais j'ai obtenu miséricorde*. Qui n'a ouï parler du mal qu'il a fait aux saints à Jérusalem ? Et ce n'est pas seulement à Jérusalem, c'est par toute la Judée que sa fureur déchaînée le portait à déchirer les membres de Jésus-Christ sur la terre. Il s'en
allait emporté par cette rage ; mais il est
prévenu par la grâce. Il s'en allait ne respirant crue la haine et méditant la mort des disciples du Seigneur, et il devient disciple lui-même, et il lui sera montré tout ce qu'il doit endurer pour le nom de Jésus, Il s'en allait exhalant par tout son corps un venin mortel : et tout à coup il est changé en vase d'élection , et son cœur ne laisse plus échapper qu'une parole bonne, pieuse : il s'écrie : Seigneur, que vouiez*vous que je fasse l ? Ce changement est l'œuvre de la main du Très- Haut : et Paul disait avec vérité : Ç'e$. une parole fidèle et digne (Titre reçue : te Seigneur Jésus est venu sauver les pécheurs, moi le premier*. Recevez de saint Paul, mes frères, cette parole de consolation et de foi, afin que la conscience de vos fautes passées ne vous tourmente pas trop, mais vous humilie seulement comme l'Apôtre lui-même : Moi, dit-
« Math, v, 3, 5, — » I Tim. i, 13.
' Act, ix. — • I. Tim. i, 5»
il, je suis le dernier des Apôtres, je ne suis pas même digne d'être appelé Apôtre, puisque j'ai persécute l'Eglise de Dieu1. Humilionsnous donc aussi sous la main puissante de Dieu, et ayons confiance, puisque nous avons obtenu miséricorde, que nous sommes purifiés et sanctifiés. Voilà pour nous tous : car tous nous avons péché, et nous avons besoin de la grâce de Dieu.
2. Mais je trouve pour vous en saint Pierre, une leçon d'autant plus précieuse qu'elle est plus rare, et sa rareté la rend sublime. Paul a péché : mais dans l'ignorance et l'incrédulité : Pierre est tombé les yeux ouverts. Or, là où le péché a abondé a surabondé la grâce. Pour ceux qui pèchent avant d'avoir connu Dieu, et éprouvé ses miséricordes, avant d'avoir porté son joug si doux et son fardeau si léger, avant d'avoir reçu la grâce de la dévotion et les consolations de l' Esprit-Saint, pour ceux-là, dis-je, il y a une abondante rédemption. Et nous avons tous été dans cette situation. Mais pour ceux, jui, après leur conversion , sont retombés dans le péché et le vice, qui ont été ingrats envers la grâce reçue, qui, après avoir mis la main à la charrue, ont regardé en arrière, 4111 sont devenus tièdes et charnels, ou qui, ayant connu la route de la vérité, ont reculé, véritables apostats, vous en trouverez peu qui après ces excès reviennent à leur premier état : ils se plongeront plutôt de souillures en souillures : et le Prophète pleure par eux quand il s'écrie: Comment l'or s'est -il obscurci? et encore: ceux qui avaient été nourris aans la pourpre ont embrassé la fange1.
3. Pourtant ne désespérons pas de cet homme s'il consent à se relever promptement. Car , plus il demeurera en cet état, plus difficilement il en sortira. Mais heureux celui qui saisira et brisera contre la pierre les enfants de Babylone! Si on les laisse grandir, on aura peine à les maîtriser. 0 mes fils ! je vous tiens ce langage pour que vous ne péchiez pas. Mais si quelqu'un pèche, nous avons auprès du Père un avocat qui peut ce que nous ne pouvons pas : seulement que celui qui est tombé ne se précipite pas dans l'abîme du mal : qu'il se relève, dans la confiance que le pardon ne lui sera pas refusé, s'il avoue sincèrement ses fautes. Si Pierre, dont nous parlons, après une si grande chute s'est élevé à une sainteté éminente, qui donc pourra désespérer pourvu
qu'il consente à sortir de ses pèches?
Remarquez ce qui est écrit : // sortit dehors il pleura amèrement1. Par la sortie de Pierre entendez la confession des lèvres ; et par les larmes amères la componction du cœur. Remarquez aussi qu'alors seulement il se souvint de la parole de Jésus: qu'il fût pour la première fois touché de ce mot qui lui annonçait sa faiblesse, quand s'évanouit sa témérité présomptueuse. Malheur à vous qui après une chute vous croyez plus fort ! Pourquoi vous roidir ainsi pour votre perte ? Inclinez-vous plutôt, pour mieux vous relever: n'empêchez pas de briser tout à fait ce qui est tordu, afin qu'on le rende plus solide. Pourquoi vous indigner contre les reproches du coq? Retournez votre colère sur vous-même.
Seigneur, dit le Prophète, vous réserverez à votre héritage une pluie volontaire, car il est affaibli. Heureuse faiblesse réservée à l'héritage qui ne repousse pas le médecin ! Les endurcis, Dieu les brisera sous la verge de fer de son indignation, comme des vases d'argile, mais mur l'héritage affaibli, vous Pavez retabti1.
4. Vous avez entendu quelle miséricorde ont obtenue nos Apôtres. Que personne de vous donc ne conçoive de ses péchés une confusion exagérée, sous l'aiguillon de sa conscience. Eh quoi! vous avez peut-être péché dans le monde : êtes-vous plus coupable que Paul ? Vous avez péché en religion : est-ce plus grièvement que Pierre. En faisant pénitence de tout leur cœur, les apôtres sont arrivés non-seulement au salut, mais à la sainteté : ils ont été élevés à un ministère de salut, et à la fonction d'enseigner la sainteté. Imitez-les : car c'est pour vous que l'Ecriture les appelle des hommes de miséricorde : oui, ils ont mérité, en effet, d'être l'objet d'une grande miséricorde.
5. On peut encore donner à ces paroles un autre sens très acceptable : les apôtres ont été des hommes de miséricorde c'est-àdire des hommes remDlis de miséricorde, ou bien donnes misencordieusement à l'Eglise. Car, nous le savons, ils n'ont pas vécu pour eux ; ils ne sont pas morts pour eux, mais pour celui qui mourut pour eux : ou plutôt ils ont vécu, et sont morts pour nous, à cause de lui. Quel profit ne tireronsnous pas de leur justice, quand nous avons vu leurs péchés nous devenir si utiles? OuJ, leur vie est pour nous, pour uous leur doc-
1 I Cor. xv, 9. — « Thren. iv, 1, 5*
1 Malh, xxvi, 75* — * Ps< lxvix, ifc
POUR L'ASSOMPTION DE LA B. V. MARIE
trine, pour nous leur mort. Car les apôtres nous ont apporté la continence dans leur conversion, la sagesse dans leur prédication, la patience dans leur passion. La miséricorde dont ils sont remplis ne cesse de nous valoir, même aujourd'hui, un quatrième bien, le fruit de leurs saintes prières. Vous pourriez encore en trouver un autre dans leur vie, c'est la confiance qu'ils nous ont inspirée par leurs miracles. Et qui pourrait compter tous les bienfaits qui nous sont venus de cette source ? Ah ! que l'Ecriture a sujet de dire, en parlant d'eux : Ce sont des hommes de miséricorde : et d'ajouter : leur justice n'est pas tombée en oubli1.
6. Voulez-vous que la vôtre ne soit pas oubliée non plus? Préservez-la d'un triple danger , et elle fleurira éternellement devant le Seigneur. Car vous lisez : Parce que vous êtes tiède, n'e vous vomirai de ma bouche9. Vous Usez encore : Si le juste se détourne de sa justice, etc., j'oublierai toutes ses justices*. Vous lisez enfin qu'au jugement, il sera dit à quelques-uns : ie ne votes connais pask, à ceux qui ont déjà reçu leur récompense. Donc toute justice tiède, passagère, vendue, sera en oubli devant Dieu. Telles ne sont pas les justices des apôtres : c'est ce qui résulte des paroles qui suivent: Leurs bonnes actions demeurent avec leur race. Les vestiges des apôtres subsistent, en effet, jusqu'à nous, et leur religion, parce qu'elle vient do Dieu ne
saurait périr. Les habits des Israélites restèrent entiers, au désert, pendant quarante ans1; à plus forte raison les vêtements des apôtres mis par eux sur l'ânesse qu' poita le Sauveur. Avec leur race, est-il dit. Quelle est cette race, puisque le texte ajoute : Leurs enfants sont un héritage satnt? Race et enfant c'est la même chose. Vous vous souvenez, car je parle à des auditeurs qui connaissent la loi; vous vous souvenez des préceptes de la loi, qui ordonnaient à un frère de susciter des enfants à son frère mort sans postérité *. Qui est sans postérité ? Je suis seul, est-il dit, jusqu'à ce que je passe*. Aussi à peine ressuscité, Allez, dit-il, dites à mes frères k: c'est-à-dire: Ils sont mes frères: qu'ils se conduisent en frères. Ils nous ont donc engendrés par l'Evangile. Ils nous ont engendrés non pour eux, mais pour ïésus- Christ, puisqu'ils l'ont fait par son Evangile. C'est pourquoi saint Paul ne pouvait tolérer de voir des chrétiens se dire les enfants de ceux qui les avaient enfantés par l'Evangile, et il s'indignait contre ceux qui disaient: Je suis à Paul, je suis à Céphas, je suis à Avolton*. 11 voulait qu'ils fussent au Christ et qu'ils en portassent le nom. Nous sommes donc la race des apôtres par leur prédication: mais par l'adoption et l'héritage nous sommes la postérité de Jésus-Christ et les petitsfils des apôtres.
POUR L'ASSOMPTION DE LA B. V. MARIE
SERMON PREMIER
Sur la doubla réception du Christ et de Marie:
4. La Vierge glorieuse qui monte aujourd'hui au ciel a ajouté certainement quelque chose aux joies de la cité d'en haut, ou plu-
1 Ecclï. xuv. — * Apoc m, 16. — * Ezécb. xviu, 2i. - * Math. vu. 13.
tôt elle y a mis le comble. C'est elle dont la voix et le salut firent tressaillir ceux qu'enfer-
1 Deutér. vin, 4. — * Gcn. xxxvih, 8, et Deutér. xxv, 5. — « Ps. cxlv, 10. — * Jean xx, 17. — » I Cor. i, 12, tt in, 4.
maient encore les entrailles maternelles1. Si l'âme d'un enfantse fondit, avant sa naissance, à la seule parole de Marie, quels ont donc été, je vous prie, les transports des habitants du ciel, quand ils entendirent sa voix, quand ils virent son visage et qu'ils méritèrent de jouir de sa présence ? Et pour nous , mes chers frères, quelle source, quelle occasion de joies, quelle abondante matière de réjouissance dans son Assomption I L'univers entier est illustré par la présence de Marie ; tellement que la céleste Patrie, elle-même éclairée par les rayons de cette lampe virginale, brille aujourd'hui avec un nouvel éclat. Mais pendant que les voûtes du Ciel retentissent avec raison de cantiques de louanges et d'actions de grâces, ne semblet-il pas que nous devrions nous livrer à la tristesse plutôt que de partager sa joie ? Car autant le Ciel a raison de se réjouir de sa présence, autant il parait raisonnable que nous nous attristions ici-bas de son absence. Cessons cependant de nous plaindre ; car ce n'est pas ici le lieu de notre demeure ; nous aspirons à celle où la bienheureuse Marie est parvenue aujourd'hui. Or, si nous devons un jour en être les citoyens, et que nos noms y soient déjà inscrits, il est bien juste que même dans le lieu de notre exil, en gémissant sur les rives du fleuve de Babylone* nous pensions et nous participions à cette joie, dont l'abondance remplit aujourd'hui toute la cité de Dieu ; que nous recevions aussi sur la terre quelques gouttes de cette céleste rosée. Notre Reine nous a précédés, et la pompe glorieuse avec laquelle elle a été reçue nous inspire à nous, ses faibles serviteurs, la confiance de suivre le Seigneur, en criant avec l'épouse : Tireznous après vous, et nous courrons à V odeur de vos parfums*. L avocate de notre pèlerinage est allée devant nous, afin de traiter efficacement comme mère de notre Juge, et mère de miséricorde, l'affaire importante de notre salut.
2. Notre terre a donc aujourd'hui adressé au ciel un présent précieux ; et cet échange heureux de marques d'amitié unit les choses humaines aux divines, les terrestres et les célestes, la grandeur et la bassesse. En effet, ce fruit sublime de la terre est monté au lieu d'où découlent les dons excellents et parfaits. En montant au ciel , la bienheureuse Vierge fera donc, elle aussi, des présents aux hommes. Et que ne leur donnera-t-elle paâ,
Luc i, 41. — * Caotiq. i, 3.
puisqu'elle ne manque ni de puissance ni de volonté ? Elle est la reine des cieux, elle est pleine de miséricorde : elle est la mère du fils unique de Dieu. Faut-il rien de plus pour établir l'étendue de sa puissance, à moins que le fils de Dieu cesse d'honorer sa mère ? Ou pourrions-nous douter que les entrailles de Marie soient des entrailles de miséricorde, lorsque nous pensons que la charité de Dieu même y a habité corporellement pendant neuf mois ?
3. Je dis cela pour nous, mes frères, car je sais qu'il est difficile de trouver dans notre misère cette charité parfaite qui ne se cherche pas elle-même. Taisons pour le moment les biens que la glorification de Marie nous attire : si nous l'aimons nous nous réjouirons de la voir aller rejoindre son fils* Oui nous la féliciterons, à moins que nous n'ayions le malheur d'être ingrats envers celle qui a trouvé grâce. Celle qui a reçu la première celui qui a daigné descendre dans le château de ce monde, en est aujourd'hui reçue, et est introduite dans les tabernacles de la sainte cité. Avec quel honneur, avec quelle pompe croyez-vous que se fasse cette entrée ? De même que sur la terre il n'y eut jamais de lieu plus digne de Dieu que le temple du sein virginal dans lequel Marie reçut le fils de Dieu, de même il n'y a pas dans le ciel de trône royal au-dessus de celui sur lequel Marie est aujourd'hui élevée par son divin fils. Réceptions heureuses toutes les deux : toutes les deux ineffables, et qui surpassent la pensée humaine. Pourquoi, en effet, liton aujourd'hui à l'église ce passage de l'Evangile où il est raconté qu'une femme bénie entre les femmes a reçu chez elle le Sauveur ? C'est afin que la réception, objet de cette solennité, par comparaison avec celle-ci, nous apparaisse par sa gloire incomparable, supérieure à toute appréciation. Et qui donc, parlât-il la langue des hommes et des anges, pourrait expliquer comment, par l'opération du Saint-Esprit et à l'ombre de la vertu du Très-Haut, le Verbe s'est fait chair, lui qui a fait toutes choses ? Et comment le Dieu de majesté, pour qui le monde est trop étroit, en se faisant homme* s'est enfermé dans le sein d'une vierge ? Mais qui pourrait seulement imaginer la gloire de l'entrée triomphante de cette Reine du monde dans le Ciel; la dévotion et /empressement avec lesquels toute la multitude des célestes Intelligences s'est pressée à sa rencontre, les
glorieux cantiqueô qu'elles chantèrent en la
POUR L'ASSOMPTION DE LA B. V. MARIE
ti
conduisant sur sôû trône ; l'aimable modestie, la sérénité éclatante qui parut sur sa face, lorsque son divin fils la reçut entre ses bras et lui prodigua ses divins embrassements ; comme il réleva au-dessus de toute créature, avec tout l'honneur que méritait une telle mère et une magnificence digne d'un tel fils ? Heureux sans doute, Marie, les baisers que tous donniez à Jésus, lorsqu'on le nourrissant de votre lait, vous le serriee sur votre sein virginal I Mais plus heureux encore ceux que vous recevez aujourd'hui de Celui qui est assis à la droite de son Père I C'est aujourd'hui qu'eta montant sur le trône de votre gloire, dans l'instant où il vous reçut, vous navei pas clraint de le saluer, eft lui disant avec l'Epouse, dans le transport de votre atnour ; Qtfil me baise d'an baiser dé sabotiche*.
5. Qui pourra , me* frères , raconter la génération de Jésus-Christ, et l'Assomption de Marie 1 Car autant elle a été élevée en grâces sur la terre au-dessus de toutes les créatures, autant aussi elle est élevée en gloire dans le ciel. Si l'œil de l'homme n'a point vu, ai l'oreille n'a point entendu, si son
esprit n'a jamais pu imaginer Ce que le Seigneur a préparé à ceux qui l'aiment , qui osera parler du bonheur destiné à celle qui lui a donné naissance > et qU'il aime plus que toutes les créatures ensemble?
Heureuse et mille fois heureuse Marie I soit qu'elle reçoive le 6auveur dans son sein, soit que le Sauveur la reçoive lui-même dans le cieL Admirable dignité de Vierge Mère, quelque part qu'on la considère 1 Bonté ineffable et tout aimable de la majesté divine, c'est ici votre ouvrage. Jésus entra dans un certain château, et une femme le reçut en bu maison1. Mais il vaut mieux: vaquer aux louanges et aux chants joyeux dus à ce jour. Comme les paroles de cette leçon nous offrent une matière abondante, à la réunion de demain je vous communiquerai ce que le ciel m'aura inspiré, afin que le souvenir d'une Vierge si grande n'excite pas seulement notre dévotion, mais édifie nos mœurs, et serve à notre avancement, à l'honneur et à la gloire de son fils Jésus-Christ Notre Seigneur qui est Dieu béni dans les siècles. Ainti
soit- il.
SERMON IL
Purifier, orner, remplir la maison!
t. iésm entra dans un château, et une femme nommée Marthe le reçut en sa maison *. C'est bien le lieu d'emprunter le cri du prophète : 0 Israël I Que grande est tu maison du Seigneur! et vaste théritage qui lui appartient1 1 Oui grande en effet, puisque comparée à cette demeure , la terre si étendue pourhiht n'est qu'un château. Quelle n'est pas la grandeur de cette patrie d'où tient le Sauveur, putàqUé quand 11 la quitte pour entrer dans le monde, on dit qu'il en- Ire en un étroit château? A moins que par ce met en ne dette ici entendre cette maison
du fort armé, du prince dé ce mondt, dbnt un plus fort vient enlever les armes et les dépouilles f. Hâtons-nous, frères, d'entrer dans cette large béatitude où l'on ne heurte personne, afin qu'avec tous les saints, nous puissions en comprendre la longueur» la largeur, la sublimité et la profondeur *; Et ne désespérons pas d'y réussir, puisque l'habitant de la céleste Patrie, le Créateur, n'a Kaé eu horreur de pénétrer en notre minérale château.
2. Mais pour quelle raison diéons-nbus que Jésus-Christ est entré dans un obâteAti,
CanUq. i, U *• • fctt© *, 88, «** • Bafttofci i!i» 24. * Luc x 38. — * Luc xi, 21, 22. — *Ephé* m, 10»
sinon pour faire allusion à son entrée dans le sein virginal de Marie? Une femme le reçut dans sa maison. 0 heureuse femme I qui a mérité de donner entrée chez elle, non pas seulement aux espions de la ville de Jéricho, mais au vaillant espion de celui qui, changeant comme la lune, emprunte chaque jour de nouvelles formes pour nous séduire. Heureuse lemme ! qui a mérité de recevoir, non-seulement les députés de Jésus fils de Navé, mais Jésus-Christ lui-même, le vrai fils de Dieu. Heureuse femme ! dis-je, dont la maison a été trouvée sans souillure , lorsqu'elle reçut le Sauveur, et en même temps remplie de tout ce qui pouvait la rendre agréable à son divin hôte ? Car quelle a dû être la plénitude de celle qu'un ange a saluée, en l'appelant pleine de grâces ? a qui il a annoncé que FEsprit-Saint descendrait en elle? et pourquoi? si ce n'est pour la posséder et la remplir ; si ce n'est pour que ce divin Esprit, venant où il abondait déjà, il se fit en Marie une surabondance qui refluât sur nous. 0 que nous serions heureux, à ces partums précieux, ces trésors de grâces, se répandaient sur nous, et si nous recevions tous d'une si grande plénitude! Car, Seigneur, Marie est notre médiatrice ; c'est par elle que nous avons reçu votre miséricorde ; c'est par elle que nous recevons aussi le Seigneur Jésus dans nos maisons. Nous avons chacun notre camp et notre maison : et la sagesse frappe à nos portes. Celui qui lui ouvrira la verra entrer chez lui et s'asseoir à table avec lui. C'est un proverbe vulgaire qui est sur toutes les lèvres, ou plutôt dans tous les cœurs : Il garde une terrible citadelle celui qui garde son corps. Ce n'est pas toutefois encore la sagesse qui consiste plutôt à réaliser ce texte : Garde (on cœur avec soin, car c'est de lui que sort la vie1.
3. Mais soit, et croyons avec la multitude qu'il a gardé un camp dificile à protéger celui qui a gardé son corps. Il faut chercher quelle garde ce camp requiert. A-t-elle vraiment protégé le camp de son corps, l'âme qui a laissé ses membres conjurés se livrer à l'ennemi ? Car il en est qui ont scellé un pacte avec la mort, un pacte avec l'enfer*. Le bien-aime s'est engraissé : il s'est fortifié, dilaté, étendu, et il s'est révolté •. Telle est la garde goûtée des pécheurs et qui sourit à leurs charnels désirs. Mais que vous en semble, mes frères? Faut-il ici se ranger du
1 Pror. iv, 83.— * Itaïe. xxvin, 15,— » Deutér. xxwi,
côté de là multitude 1 A Dieu ne plaise I Interrogeons plutôt un vaillant chef de la milice spirituelle. Dites-nous, ô Apôtre, comment gardez-vous votre camp? Moi, dit-il, je cours, non pas au hasard : je lutte non comme si je battais l'air. Je châtie mon corps, et je Le réduis en servitude, de peur d'être réprouvé , après avoir prêché les autres l . Et ailleurs : Que le péché ne règne pas dans votre corps mortel et n'obéisse pas à vos concupiscences*. Voilà une vigilance utile : et heureuse l'âme qui garde son corps de manière que l'ennemi ne s'en empare jamais ! Il fut un temps où cet impie était maître de mon camp, et commandait à tous mes membres. Quel mal il m'a fait ! J'en ai la preuve dans la désolation et mon indigence actuelle. Hélas ! il n'y a laissé ni le mur de la continence, ni l'avant-mur de la patience. Il a ravagé les vignes, déraciné les arbres, saccagé les moissons, car mon œil causait la perte de mon âme. Ah ! si le Seigneur ne m'était venu en aide, mon âme eût habité l'enfer. Je veux dire cet enfer inférieur où il n'y a plus la ressource de l'aveu, et d'où on ne sort plus.
4. Mais elle avait déjà son cachot et son enfer. Surprise au début de sa conjuration criminelle, elle a été emprisonnée chez elle, en sa propre demeure , et livrée à des bourreaux tirés de sa famille. Son cachot c'était sa conscience : ses bourreaux sa raison et sa mémoire, bourreaux cruels, sévères, sans pitié, et elle était presque au pouvoir d'autres bourreaux prêts à la dévorer. Mais béni soit le Dieu qui ne m'a pas livré à leurs dents impitoyablesIBéni soit le Dieu qui m'a visité et rachetél Comme mon ennemi se disposait à me plon- ' ger dans le cachot inférieur, à brûler mon camp de feux éternels, et à rendre à des membres parjures leur juste salaire, un plus fort est survenu. Jésus est entré dans le château ; il a lié le fort et lui a enlevé ses armes ; et des vases d'ignominie il a fait des vases d'honneur, li a brisé les portes d'airain et les fermetures de fer, et il a tiré le captif de son cachot et des ombres de la mort. Le captif est sorti parla confession de ses fautes. C'est là le balai qui a purifié et nettoyé le cachot qui , orné de la verdure de la discipline régulière, de cachot se transforme en une maison. La femme a donc sa demeure où elle peut recevoir celui à qui elle est redevable de tant de bienfaits. Malheur à elle si elle refuse de le recevoir, si elle ne
II Cor. tx, 26, 27. — * Rom. vi, 12.
POUR L'ASSOMPilOxN DE LA B. V. MARIE.
le garde pas, si elle ne le contraint pas de rester chez elle quand le soir Tient. Car le démon expulsé revient, et il trouve ia maison nettoyée et ornée, mais sans hôte.
5. Elle reste donc déserte la maison de cette femme qui a négligé de la rendre digne de recevoir le Sauveur. Et comment, dites- vous? Purifiée par la confession des fautes passées, ornée par l'observation des règles religieuses, une maison peut être indigne de recevoir la grâce et la présence du Sauveur? Assurément, si on n'en purifie que l'extérieur, et si, pendant qu'on la jonche extérieurement de fleurs, elle est intérieurement pleine de boue. Comment ose-t-on se persuader que l'on puisse recevoir le Seigneur dans une semblable demeure ? Est-il croyable qu'il voudra habiter dans des sépulcres blanchis, qui, en paraissant beaux au dehors, sont remplis au dedans de souillures et de corruption? Je veux que, trompé quelques instants par ces vaines apparences, il essaie d'y mettre le pied, et qu'il commence même à les honorer de îa grâce de sa visite; ne se retirera-t-il pas bientôt avec indignation? ne s'empressera-t-il pas de fuir, en criant : Je me suis jeté dans un 'bourbier sans fond. Car l'apparence de la vertu n'est qu'un mode qui n'a aucune solidité ; ce n'est qu'une superficie qui couvre un abîme sans fond , et sur laquelle on ne peut s'appuyer avec sûreté. Celui qui pénètre tout, et qui fait sa demeure dans le plus secret des cœurs, peut-il être trompe? S'il a horreur d'habiter dans un cœur indiscipliné et dans un corps de péché, il n'a pas moins d'aversion de ceux qui n'ont que l'apparence et les dehors de la vertu ; il s'en éloigne, et les fuit '. Or, n'est-ce pas une hypocrisie détestable que de se contenter de paraître extérieurement exempt de péchés, pendant qu'on se met peu en peine de les extirper intérieurement? Croyez, mes frères, que le vice ne fait qu'y prendre chaque jour de nouveaux accroissements, que l'ennemi malin, chassé en apparence de cette maison qui n'aura été que vidée, et non pas purifiée, y rentrera bientôt avec sept esprits encore plus méchants que lui. Le chien revenu à son vomissement sera beaucoup plus détestable qu'auparavant.Et celui qui, après avoir été extérieurement absous de ses fautes se fera de nouveau un jeu de les commettre, comme un pourceau qui retourne au bour-
bier après s'être lavé, deviendra beaucoup plus qu'auparavant un enfant de malédiction et de colère.
6. Voulez-vous que je vous fasse comprendre ce que j'entends par une maison vidée et non purifiée? Considérez un homme qui s'est confessé et qui a fait divorce avec des crimes qui pouvaient lui faire redouter les effets de la divine justice. Maintenant il accomplit extérieurement les préceptes, mais il n'y a en quelque façon que ses mains qui agissent. Son cœur est sec, c'est la coutume qui le dirige ; il est semblable à la génisse d'Éphraïm .que l'on a dressée à fouler le grain ; il ne manque à rien de ce qui est extérieur et de peu d'importance: mais pendant qu'il s'attache à écraser des moucherons, il avale des chameaux, sans s'en apercevoir. Car dans son cœur il est esclave de sa propre volonté ; il est intéressé, avide de la gloire, ambitieux ; si tous ces vices ne le tyrannisent pas à la fois, il y en a toujours quelqu'un qui le domine. C'est ainsi que l'iniquité se ment à elle-même. Hais Dieu ne peut être trompé. Cependant afin de se mieux séduire et tromper lui-même, cet homme dissimulé méprise les remords de sa conscience, il étouffe le ver qui le ronge intérieurement; il s'imagine, parce qu'il règle bien les dehors, que l'intérieur est en sûreté. Les étrangers, dit le Prophète, ont consumé le fruit de ses travaux, et il l'ignore1. Il dit: Je suis riche, je n'ai besoin de personne ; et ne voit pas qt/il est pauvre, malheureux, et misérable*. Car à la première occasion le pus renfermé dans l'ulcère éclate. L'arbre qui n'a été que coupé et non arraché, repousse en nombreux rejetons, et forme bientôt une forêt. Voulons-nous éviter ce danger, mes frères ? appliquons la cognée à la racine de l'arbre, et non aux branches. Qu'on ne nous voie pas seulement exacts aux pratiques extérieures, qui, par elles-même, servent de peu ; mais qu'on trouve en nous, dans tous nos exercices, un esprit vraiment spirituel, en un mot cette piété solide qui est utile à tout .
7. Une femme nommée Marthe le reçut en sa maison et elle avait une sœur nommée Marie. Elles sont sœurs : elles doivent avoir la même demeure. L'une est occupée à un ministère actif, l'autre écoute attentivement la parole du Seigneur. C'est Marthe qui orne la maison : Marie la remplit ; car elle s'applique à écouter Jésus-Christ pour que la
Tom. IV.
1 Osée vu, 9. — » Apoc. ni, 11.
so
SEhtfÔtfS DE SAINT BERNARD
maison ne Soit pas tide. Mais à qui appartient-il de la nettoyer ? Si nous le trouvons, la maison où le Seigneur reçoit l'hospitalité sera et propre, et ornée, et habitée. Donnez ce soin à Lazare si vous le voulez bien. Les liens de fraternité qui l'unissent à ses sœurs font que cette maison ltii est commune avec elles. Je parlé de ce Lazare déjà mort depuis quatre jours, déjà exhalant l'infection et qu'une voix puissante tire du sein de la mort: ii représente assez bien la pénitdnce. Que le Sauveur entre donc et visite souvent cette maison purifiée par Lazare pénitent, ornée par Marthe, et remplie par Marie appliquée à la contemplation intérieure.
8. Mais la curiosité portera peut-être à demander pourquoi l'Evangile ne fait ici aucune mention de Lazare. La raison se trouve, selon moi, dans la comparaison que le récit avait en vue. L'Esprit-Saint voulant désigner une demeure virginale, a passé à dessein sous silence la pénitence qui accompagne le péché. Ne croyons pas que cette maison ait jamais été souillée et ait eu besoin de la purification de Lazare. Si elle a reçu de ses parents la tache originelle, la piété nous défend de penser qu'elle ait été sanctifiée dans le sein de sa mère, en un moindre degré que Jérémie, ou qu'elle n'y ait pas été remplie du Saint-Esprit plus encore que Jean-Baptiste. Sa naissance ne serait pds honorée d'une fête, si elle n'était pas née sainte. Enfin, comme il est certain que la grâce seule a purifié Marie de la contagion originelle, comme la grâce seule nous en lave maintenant au baptême, et l'enlevait jadis seule sous la pierre de la circoncision \ si (ce que la piété nous porte à croire) Marie a été exempte de tout péché personnel, la pénitence a donc dû être loin de son cœur ttès-innocent. Que Lazare se trouve chez ceux dont la conscience a besoin d'être pu-
rifiée des œuvres mortes: qu'il 86 retire chez les blessés endormis dans les sépulcres, et qu'au lit virginal on ne rencontre que Marthe et Marie ! Car c'est elle qui durant trois mois a servi humblement Elisabeth grosse et âgée l : c'est elle qui gardait et méditait en son cœur ce qu'on disait de son fils1.
9. Ne vous étonnez donc plus si la femme qui reçoit le Seigneur est appelée Marthe et non Marie, puisque dans cette unique et grande Marie vous trouvez et l'activité de Marthe, et le repos fécond de Marie, foute la gloire de la fille du Roi vient du dedans : cependant les franges d'or de son vêtement sont couverts d'ornements variés. Elle n'est pas une vierge folio : c'est une vierge prudente, qui a une lampe et une lampe pleine d'huile. Àvez-vous oublié cette parabole évangélique qui nous montre ces vierges inseu* sées expulsées des noces8? Leur maison était cependant propre, puisqu'elles étaient vierges; elle était ornée, puisque toutes, folles et sages, avaient préparé leurs lampes; mais elle était vide, parce que les vierges avaient oublié l'huile. C'est pourquoi l'époux céleste ne daigne ni entrer chez elles, ni les recevoir à ses noces, il n'en est pas ainsi de cette femme forte qui a brisé la tête du serpent. Car,entre autres éloges qu'on lui décerne, on dit d'elle : Sa Lampe ne s'éteindra pas dans la nuitk. Ce qui est un blâme dirigé contre les vierges folles qui, à l'arrivée de l'époux au milieu de la nuit, se plaignent trop tard et disent : Nos lampes sont éteintes. Elle s'est donc avancée, cette vierge glorieuse, avec une lampe dont l'éclat a ravi les anges et leur a fait dire : Queue est celle-ci qui s* avance comme l'aurore, belle comme la lune, clwisie comme te soltit *? Elle brillait d'une lumière plus éblouissante, elle qu'avait comblée de l'huile de sa grâce le Christ Jésus son fils, Notre-Seigneur.
1 Luc i, 56. — ' Id. h, 19. — 'Math* wv, 1, 43. — • ProV. *xxi, 18. — * Cantiq. Vi, 0.
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POUR L'ASSOMMlON fcE LA B. V. MARIE.
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SERMON III
Dû i}Imet Marthe et Lazare» (Luc x> 38» 42*)
! . Jésus entra dans une bourgade, et Une femme Hofnmée Marthe te reçut dans èd maison. Pourquoi, mes frères, de deux sœurs, ude seulement reçoit-elle le Seigneur, et encore est-ce celle qui semble inférieure à l'autre? Car Marie a choisi la meilleure part; au témoignage de celui que Marthe a reçU: Marthe semble être l'aînée, et c'est l'action plutôt que la contemplation qui commence l'œuvre dû Salut. Jésus-Christ loue Marie, mais il est reçu par Marthe. Jacob aime Rachel, mais Lia lui est substituée à son insu. Se plaint-il de la fraude, on lui dira que la coutume défend de marier les plus jeunes avant leurs aînées1. Si votre pensée se reporte sur cette maison d'argile, il sera facile de connaître comment Marthe y reçoit le Seigneur de préférence à Marie. Ce que dit l'Apôtre, glorifiez et sortez Dieu dans votre coros *, est dit à Marthe et non à Marie ; car eUe fait Usage du corps qui pour l'autre est un obstacle. En effet le corps corruptible avpesantit V âme, et abaisse V esprit sous le poids des soucis*, dt aussi des travaux. Marthe reçoit donc le Sauveur dans sa maison, sur la terre : Marie songe plutôt à être reçue par lui dané une maison que la main n'a pas bâtie, la deîiièure éternelle des cieux. Peut-être même l'a-t-eJle reçu aussi, mais en esprit : car le Seigneur est esprit.
2. Marthe avait Une sœur appelée Marie, gui étant niaise dite pieds de Jésus, écornait sa parole. Vou* voyez que l'Uhe et l'autre reçurent lé Verbe, celle-là dans Sa chair, celle-ci dans sa parole. Or Marthe, pleine de sollicitudes aOn de pourvoir aux besoins dé la vie, vint se présenter devant le Scigrteur, et lui dit : Vous vbitè mettez veu en Peine dé ce que ma sœur me laisse seule toute la charge de sertir. Auriez -vous crU, mes frères, que Ton put encore murmurer dans une maison où est të£u Jésus-Christ ? Maison foMuuée,
1 Geo. xxix, 23, 26. — ■ 2 Cor. vi, 20. — • Sages* dc,
et toujours heureuse la Communauté où Marthe se plaint de Mdriè ! Car il ne convient pas, c'est même un désordre, que Marie en- Vie le sort de Marthe. Où lisons-nous, en effet, que Marie se plaigtie que sa sœur la laisse jouir seule du repos de la contemplation ? Loin de nous, que celui qui n'a d'autre emploi que de vaquer à Dieu porte envie aux occupations dissipantes de ceuxcjui sont dans les différents offices du Monastère ; que Marthe se croie insuffisante et incapable de remplir ses fonctions ; qu elle souhaite même qu'on l'en décharge pour les confier à d'autres I Mais Jésus lui répondit : Marthe, Marthe, vous vous inquiétez et vous votis troublez pour bien des choses1. Considérez le privilège de Marie, d'avoir un tel avocat pour prendre sa défense contre tous. Le Pharisien est indigné % , la sœur se plaint ; les disciples même murmurent *. Dans toutes ces circonstances, Marie se tait, et Jésus parle pour elle. Marie, dit-il, a choisi la meilleure part, qui ne lui sera jamais ôlée. Voici l'unique nécessaire. C'est ce que le saint Roi-Prophète demandait avec tant de sollicitude et d'ardeur, lorsqu'il disait : J'ai demandé une chose au Seigneur, et pour ta chercher je ne mè donnerai aucun repos %.
3. Mais d'où vietit, mèS ftèreô, qu'il èsf dit que Marie a choisi la meilleure part? N'atons-nous pas coutume de lui dire, avec l'Èsprit-Saint, lorsqu'il lui arrive de Vouloir juger du trouble et de l'iilquiétude de Marthe, que V iniquité de l'homme est meilleure qu'une femme qui fait te bien 4? Ne lisonsnous pas dans l'Evangile, que celui qui sert Jésus- Christ sera honoré de son père* ? que ceiui qui veut être élevé au-dessus de& autres doit être le serviteur de tous 9? Enfin , quelle consolation pour Marthe au milieu de ses travaux, d'eiitendrc,fcomme pour lui insulter préconiser la £art que èa soeur a choisie 1 J]
* Luc. vn, 39. — f Math, xxvi, 8. — 8 Ps. lvi, 8. — < ÈC611. xdi, 14. — ' «Jean, xii, 26. —•Math, xx, 26
faut donc, à ce que je pense, de deux choses Tune , ou que Marie soit louée exclusivement du choix qu'elle a fait, et que nous soyons tous tenus de choisir avec elle le même parti; ou que nous disions qu'en choisissant la meilleure part , elle n'a pas laissé d'embrasser aussi l'autre ; et qu'elle n'a point tellement choisi un parti, qu'elle ait entièrement renoncé à l'autre. Qui fut jamais fidèle comme David, entrant et sortant, et se transportant partout aux ordres du roi l? Ne disait-il pas au Seigneur : Mon cœur est prêt, Seigneur, mon cœur est prêt*? La meilleure part, qui ne vous sera jamais ôtée, mes frères, consiste donc à être prêt à vaquer à votre utilité propre et à celle du prochain, non pas une fois, mais deux fois, mais aussi souvent qu'il est nécessaire. C'est là ce bon esprit qui ne change pas, à quelque épreuve qu'on le mette. Celui, nous dit l'Esprit-Saint, qui aura bien servi les autres, méritera d'être un jour étevé dans une bonne place1. Il ne dit pas que celui qui n'aura vaqué qu'à Dieu seul ne méritera pas une plus grande élévation. Ce qu'il y a de certain, c'est que celui-là sera le plus élevé, qui aura été le plus parfait sons ces deux rapports Il me reste encore un mot à dire. Ne semble-t-il pas, si toutefois on peut soupçonner cela de Marthe, qu'elle accuse de rester dans l'oisiveté celle qu'elle demandait avec tant d'instance pour l'aider dans son travail? Mais il faut être charnel, et ne pas comprendre ce qui est de l'Esprit de Dieu, pour regarder comme oisive une âme qui s'occupe* de son salut. Qu'elle apprenne donc de la bouche du Sauveur lui-même, que la meilleure part est celle qui demeure éternellement. N'est-elle pas ignorante et grossière: l'âme qui, étrangère à la divine contemplation, entre en cette région où l'on n'a pas d'autre occupation, d'autre pensée, d'autre vie?
4. Mais considérons, mes frères, comment la charité règle en nous ces trois choches : l'administration de Marthe, la contemplation de Marie, et la pénitence de Lazare. Car tout cela se trouve en toute âme parfaite. Cependant chacune de ces fonctions semble plutôt se rapporter à une classe spéciale de personnes; en sorte que les unes se livrent à la contemplation, les autres au gouvernement de leurs frères, et les autres repassent leurs années dans l'amertume de cœur, comme les blessés qui dorment dans leur sépulcre.
Ainsi, par exemple, il faut que Marie ait à l'égard de Dieu des pensées pieuses et élevées, que Marthe ait pour le prochain des sentiments pleins de bonté et de miséricorde et que Lazare ait de lui-même des idées humbles et basses. Que chacun considère le rang qui lui sied. Si en cette cité se trouvent ftoé, Daniel, Job, leur justice les délivrera, dit le Seigneur : mais ils ne délivreront ni leurs fils ni leurs filles '. Nous ne flattons personne : plaise à Dieu qu'aucun de vous ne se séduise lui-même ! car ceux qui n'ont ni fonction, ni charge, devront s'asseoir aux pieds de Jésus avec Marie, ou au fond du sépulcre avec Lazare. Pour Marthe, comment ne se troublera-t-elle pas, elle qui porte la sollicitude de tant d'intérêts ? Mais pour vous qui n'êtes pas soumis à la même nécessité, il vous faut l'une de ces deux choses : éviter le trouble et vous réjouir dans le Seigneur : ou, si cela vous est encore impossible, ne pas répandre vos inquiétudes sur tant d'objets, mais, à l'exemple du Prophète, les concentrer sur vous-mêmes \
5. Je le répète, afin qu'on ne cherche pas une excuse dans l'ignorance: vous, mon frère, qui n'avez point à construire, ou à guider une arche avec Noé, au milieu des flots du déluge, vous devez être un homme de désirs ^omme Daniel, ou, comme Job, un homme de douleur et de souffrance. Sinon je crains bien que votre tiédeur ne soulève le cœur de celui qui veut vous trouver ardent, et enflammé d'une charité puisée dans sa connaissance, ou si vous êtes refroidi dans cette même connaissance, vous voir éteindre dans les eaux de la componction les traits enflammés de Satan. Il faut aussi que Marthe elle-même sache que la qualité attendue de ceux qui ont une charge c'est la fidélité. Et elle sera fidèle si elle dédaigne ses intérêts personnels pour chercher ceux de Jésus- Christ , de sorte que son intention soit pure ; si elle préfère la volonté de Dieu à la sienne, en sorte que ses actions soient bien réglées. Car il en est dont l'œil n'est pas simple et qui ont reçu leur récompense. Il en est qui sont le jouet de tous les mouvements de leur cœur, dont toutes les offrandes sont souillées, parce qu'ils cherchent sans cesse leur volonté. Venez maintenant avec moi écouter un chant nuptial, et considérez comment l'Epoux en appelant l'Epouse n'omet rien des trois points que j'ai indiqués, et n'y ajoute rien. Levez-vous, dit-ii, hâtez-vous, mon
* I Rois xxu, 14. — » P». lvi, 8. — » I Tim m, 13. » Ezéch. xiv, 14, 16. — » P«. xu, 7.
POUR L'ASSOMPTION DE LA B. V. MARIE
amie, ma toute belle ma colombe, et venez l. N'est-elle pas une amie, elle qui attentive uniquement aux intérêts du Seigneur sacrifie au besoin jusqu'à sa vie pour lui ? Toutes les fois en effet qu'elle se dépense pour le salut d'un des plus petits de ses serviteurs, eile s'immole spirituellement pour lui. N'estelle pas belle , elle qui contemplant sans voile la face du Seigneur, se transforme à son image, allant de clartés en clartés sous l'illumination de l'Esprit de Dieu 2? N'est-elle pas une colombe celle qui gémit et qui pleure dans les trous et dans les cavernes du rocher *, comme si elle était ensevelie sous ces pierres?
6. Une femme nommée Marie le reçu, en sa maison. Il est certain qu'ils tiennent la place de cette femme ces officiers voués par la charité fraternelle aux divers services de la maison. Puissé-je moi-même mériter d'être rangé parmi les dispensateurs fidèles! A qui encore mieux appliquer cette parole du Seigneur: Marthe, Marthe, tu es bien empresste, qu'aux prélats, si toutefois ils apportent dans leur gouvernement la sollicitude et le zèle ? Ou qui donc se trouble pour beaucoup de choses, sinon celui sur qui pèse tout ensemble la sollicitude et du repos de Marie, et de la pénitence de Lazare, et de ceux qui reçoivent de lui, leurs fardeaux? Voyez Marthe inquiète : voyez Marie elle-même troublée par plus d'un souci. Je parle de l'Apôtre qui, rappelant aux supérieurs leurs devoirs, porte lui-même la sollicitude de toutes les églises. Il s'écrie : Qui donc est jaibœ sans que je Le sois avec tut? Qui est scanaalise sans que je brûle k? Que Marthe reçoive donc Marie dans sa maison, puisque le soin de cette maison lui est confié. C'est une médiatrice : quelle obtienne le salut et pour elle et pour ses subordonnés; qu'elle reçoive la grâce selon qu'il est écrit : Que tes montagnes reçoivent le satu* destiné au peuple ; et les collines ia justice*! Que ses autres coadjuteurs participent à ces biens, selon la qualité de leur ministère ; qu'ils ac-
4 Gantiq. n, 10. — » II Cor. m, 18. — * Caûtiq., u. 14. — ♦ II Cor. xi, 29. — »Ps. uxxi, 3.
cueillent Jésus-Christ, qu'ils le servent, qu'ils l'assistent en ses membres, celui-ci dans les frères malades, cet autre dans les pauvres, cet autre enfin dans les hôtes et les pèlerins.
7. Pendant que tout le monde est ainsi livré à des fonctions actives, que Marie goûte, dans le repos, combien le Seigneur est doux. Qu'elle se tienne avec piété et dans le calme aux pieds de Jésus, l'ayant sans cesse devant elle, recueille les paroles de la bouche d'un Dieu dont la vue charme, et dont le langage est plein de suavité. La grâce en eflet est répandue sur ses lèvres, il est le plus beau des fils des hommes ; que dis-je ? Sa gloire éclipse même celle des anges. Livrez-vous à la joie et à l'action de grâces, ô Marie ! Vous avez choisi la meilleure part. Heureux les yeux qui voient ce que vous voyez et les oreilles qui méritent d'entendre ce que vous entendez I Quel bonheur pour vous de recueillir en silence le souffle de la divine parole, dans ce silence où il est si favorable à l'homme d'attendre Dieu. Soyez simple, non-seulement sans ruse, ni dissimulation , mais dérobez-vous à cette multiplicité d'occupations afin qu'il s'entretienne avec vous, Celui dont la face est si belle, et les accents si doux. Gardez-vous d'une chose; n'abondez pas dans votre sens, et ne prétendez pas être plus sage qu'il ne convient: car en cherchant la lumière vous pourriez tomber dans les ténèbres, séduite par ce démon du midi, dont ce n'est pas ici le lieu de parler. Car Lazare, qu'est-il devenu ? Où Tavez-vous déposé ? Je m'adresse à ses sœurs qui ont enseveli leur frère par la prédication, le ministère, l'exemple et la prière. Où donc l'avez-vous mis ? Il a été caché sous la terre : il gît sous la pierre, et il est difficile de le trouver. Il sera donc convenable de réserver un quatrième discours à ce mort de quatre jours, afin qu'à l'exemple du Sauveur, entendant cette parole, celui que vous aimez est malade1 1 nous aussi nous restions ici un jour de plus.
1 Jean xi, 3.
SERMON IV
De* quatre jours de Lazare; éloge de la Vierge.
1. C'est l'heure pour toute chair de parler, quand la Mère du Verbe incarné est reçue dans les cieux: et l'humaine mortalité ne doit pas suspendre ses louanges, quand la nature humaine seule, clans la personne de la Vierge, est exaltée par-dessus les esprits immortels. Si la piété nous détend de taire la gloire de Marie , la stérilité de nos pen-r spes est impuissante à rien concevoir, nos lèvres ne sauraient rien dire qui réponde à un tel sujet. C'est poqr cela que les princes de la cour céleste eux-mêmes, à la vue d'une si grande nouveauté, s'écrjent avec l'accent de l'admiration : Queue est cehc-ci qui s'élève du désert, inondée de délices 7 Comme s'ils disaient : quelle est grande ! ou d'où vient une pareille abondance de délices à une âme qui monte du désert ? Nous n'en goûtons pas de semblables, nous que, dans la cité 4e Dieu, réjpuit un fleuve impétueux, et que la vue de }a gloire éternelle abreuve au torrpijt des voluptés d'en haut. Quelle est celle-ci , qui de cette région placée sous le soleil et OÙ il n'y a que labeur et douleur> affljptiqp d'esprit, monte inondée de délices spirituelles ? Comment ne pas appeler de pe npm la YÎrgjnité unje à la maternité, l'humilité la plus éclatante, la charité distillant ses rayons (Je miel, la miséricorde, la plénitude de la grâce, la prérogative d'une gjojre unique? Au sortir du désert de cette vje la Reine dp mOPde est apparue môme aux saints anges, comme FEglise le phante, belle, suave, et comblée de délices. Qu'ils cessent pourtant de s'étonner des dpljpes puisées dans ce désert, puisque le Seigneur ayant déployé sa bonté notre terre a donné son fruit ". Pourquoi admirer les délices qui comblent Marie quand elle quitte cette terre déserte? Admirez plutôt Jésus-Christ descendant pauvre du sein de la plénitude du royaume céleste. Le fils de Dieu abaissé au-
dessous des anges est bien W fffOfliRô pipa saisissant que la mère de Dieu élevée audessus des anges. L'anéantissement 4e Jésus-Christ est devenu notre plénitude, et ses misères sont les délices du monde. Car lorsqu'il était riche \\ s'est fait pauvre pour nous enrichir de son indigence1, 1-ZignQminie de la croix est devenue la gloire des croyants.
2. Mais notre vie se hâte encore vers le tombeau Pour en tirer un mort de quatre jours. Il y cherche celui qui doit être, s'il m'en souvient, le sujet de ce discours, il y cherche Lazare, afin d'être à son tour cherché et trouvé par lui. Car ce qui montre la charité de pieu, c'est que nous ne l'avons pas aimé les premiers : il nous a prévenus. Allons, Seigneur, cherche? celui quevpus aimez afin de le porter à vous aimer et à vqus chercher. Oui, cherche?: le lieu où ils l'ont mis : il gît enfermé, lié, chargé. Il gît dans la geôle de la conscience, il est retenu dans les liens de la discipline, le fardeau de la pénitence le recouvre et l'écrase comme une lourde pierre, surtout s'il est privé de cet amour fort comme la mort ; et eu tout ceja, Seigneur, U sept mauvais, car voilà quatre jours qu'il est là. Je suis persuadé
que vos pensées me devancent, et yous comprenez de quel Lazare je veux parler ; c'est certainement 4e celui qui mort au péché se inénage une ouverture daqs Ja muraille pour vpir les ah°mipations infinie? f et perverses de son çeeur dépravé et insondable, et selon
un autre prophète, il pst entré d?US la pierre, il s'est cache dans une fosse profonde devant les regards irrités du Seigneur8.
3. Seigneur, il sent déjà mauvais, car il est ici depuis quatre jours. Qu'est-ce à dire? Peut-être le premier venu ne comprend-il pas tout d'abord cette infection et ces quatre jours. Pour moi j'y vois ce premier jour de
1 Cantig. vin, 5. — » P». lxxxiv, 13.
) I. Cor. tm, % ~ * fizéel. TOI, 8, 9. — * Tsaîe. n, 10.
POUR L'ASSOMPTION PE LA B. V. MARIE
|a crainte qui brillant en nos cœurs pous fait mourir au péché, et qous ensevelit, pour ainsi dire, en nos consciences. Le second de ces jours se passe en lutte et en combats. Car d'ordinaire, au début d'une conversion, la mauvaise habitude nqus livre des assauts plus violents, et c'est à peine si on peut éteindre les traits embrasés du démon. Le troisième est le jour de la douleur, où chacun repasse ses années dans l'amertume de son âme, et est plus occupé à déplorer les péchés passés qu à fuir les fautes à venir. Vous êtes surpris que je voie là des jours. Des jours pareils méritent d'être ensevelis ; ce sont des jours couverts de nuages épais; des jours de deuil et d'amertume. Suit un jour de honte, peu différent des trois autres : une horrible confusion enveloppe l'âme malheureuse, trop occupée à considérer le nombre et l'excès de ses crimes, et à se remettre sous les yeux les sombres images de ses désordres. Un esprit, en cet état, ne se dissimule rien: il distingue, il aggrave, il exagère tout ; il est sans pitié dans le jugement qu'il porte de lui-même. Utile sévérité, cruauté qui appelle la miséricorde, qui se concilie aisément la grâce du Dieu dont l'âme prend contre elle-même le parti. Cependant Lazare sort de la tombe, et ne reste pas plus longtemps au milieu d'une telle infection. Une chair infecte est voisine de la corruption, et celui qui porte trop loin la contusion et la tristesse esi bien près du désespoir. Donc, ô Lazare ! sors du tombeau. Un abîme en appelle un autre : un abîme de miséricorde et de lumière appelle un abîme de misère et de ténèbres. La bonté de Dieu est plus grande que vos crimes, et là où le péché abonde il fait surabonder la grâce. Lazare, sors ei viens f. Il semble dire : Jusques à quand les ténèbres de la conscience t'envelopperont-elles ? combien de temps encore te livreras-tu sur la couche à la componction ? viens, sors, respire à la lumière de ma miséricorde. Et c'est ce que vous avez lu dans le Prophète : Je te mettrai à la bouche te frein de ma louange pour que tu ne périsses pas V Et un autre prophète disait, plus clairement encore, en parlant de luimême : Mon âme s'est troublée en elle-même. Cesi pour eeta que je me souviendrai de vous*.
4. Mais que signifie ce langage : Otez la pierre, et plus loin, déliez-le *? Après la visite consolante de la grâce le pécheur cessera-t-
*'Jcnn xr, 39, 43. — - ' Jean xi, 39, 44.
« Isaïo xlviii, 0. rr *P* *u, *
il de faire pénitence, parce que Je royaume de Dieu est proche de lui, ou secouera-t-il la discipline, provoquant sa perte avec la colère du Seigneur? A Dieu ne plaise ! qu'on ôte la pierre, mais que la pénitence reste, non plus
£our presser et écraser l'âme, mais pour fortier et affermir l'âme rendue à la vie et à laforce : qu'elle trouve sa nourriture à faire la volonté de Dieu, ce qu'elle ignorait naguères. Ainsi la discipline n'entrave plus le cœurlibre selon ce texte : La loi n'a pas été portée pour les justes*: elle le régit de son plein gré, et le guide dans le chemin de Ja paix. Sur cette résurrection de Lazare, le Prophète chante plus clairement encore : Vous ne délaisserez pas mon âme dans l'enfer ; par, comme je me souviens de l'avoir dit au second jour de cette fête, une conscience coupabie c'est l'enfer, c'est le cachot de l'âme. Vous ne permettrez pas que votresaint (non le sien, mais }e vôtre, celui que vous avez sanctifié) connaisse la corruption. Il touchait à la corruption, ce mort de quatre jours qui déjà commençait à exhaler une odeur infecte. Il touchait à une complète dissolution, et à cet abîitie où l'impie, quandily est parvenu, ne sait plus que mépriser. Mais prévenu par une voix puissante et rendu par elle à la vie, il s'écrie, en sa reconnaissance : Vous m'avez révèle les routes de la vie ; vous me remplirez de joie avec votre visage f. C'est à cette contemplation que vous avez appelé mon âme en la tirant de l'enfer, quand mon cœur était en proie à de cruelles anxiétés, en considérant le spectacle abominable de ma conscience; Jesus-Chrtst s'écria donc d'une voix forte; Lazare sors et viens ; oui voix forte, qui tire sa magnificence moins de sa sonorité que d? sa bonté et de sa vertu.
5. Mais où allons-nous? Ne suivions-nous pas la Vierge s'élevant au-dessus des'Cieux? Et voilà qu'avec Lazare nous descendons dans l'abîme. Notre parole glisse et tombe des splendeurs de la vertu dans la corruptioq d'un cadavre cnscvpli depuis quatre jours. Pourquoi cela, sinon parce faue notre poids nous emporte? Nous étions entraînés par une matière d'autant plus abondante qu'elle nous est plus familière. Je reconnais mon incapacité, et je confesse mit faiblesse. Rien ne me charme, mais rien aussi ne m'cfilraie plus que de parler des gloires de la Vierge-Mère. Car, taisant ici l'ineffable privilège de ses mérites et sa prérogative singulière, le monde entier l'entoure de
Tim. I, 9. — • P4, XV, |0« llc
se
tant d'amour et d'honneur que toutes les bouches brûlent de la célébrer. Cependant tout ce qu'on dit sur un sujet supérieur à l'éloge, précisément parce qu'on a pu le dire, semble moins agréable et moins acceptable. Tout ce que l'esprit humain peut saisir d'une gloire incompréhensible semble n'être rien au prix de la réalité. Je loue en elle la virginité ; combien d'autres vierges après elle ! Je vante son humilité : mais il en est, en petit nombre peut-être, qui, dociles à l'enseignement de son Fils, se sont montrés doux et humbles de cœur1. Si j'entreprends de redire la grandeur de sa miséricorde, des hommes, des femmes aussi ont été miséricordieux. Mais il est un point où Marie n'a eu ni devancier ni imitateur ; c'est quand aux joies de la maternité elle a uni l'honneur de la virginité. Marte , est-il dit, a choisi la meilleure part*. Oui, la meilleure,car si la fécondité conjugale est bonne, la fécondité virginale ou la virginité féconde la surpasse. C'est là le privilège de Marie, il ne sera communiqué à aucune autre créature, il ne lui sera point ravi. Il est unique, il est inefiable : loin d'y atteindre, l'homme est même incapable de l'exprimer. Que sera-ce si vous songez de qui elle est la mère ? Quelle langue, quand ce serait celle d'un ange, sera jamais capable de vous louer dignement, vous Vierge-Mère; Mère. non d'une créature quelconque, mais mère d'un Dieu? Double nouveauté, double miracle, mais où tout offre une convenance parfaite. Une Vierge ne pouvait enfanter un autre fils, et un Dieu ne pouvait naître que de cette façon.
6. Il y a plus, si vous êtes attentifs : vous trouverez que Marie a possédé en un degré éminent toutes les autres vertus, même les plus communes. Quelle pureté, même angélique, peut être comparée à celle qui Ta rendue le temple du Saint-Esprit et l'habitacle du Fils de Dieu ? Et, si à nos yeux, le prix des choses se juge à leur rareté, celle qui la première s'est proposé de mener sur la terre la vie des anges est sans rival. Comment cela se /era-t-it, demandait-elle, car je ne connais point d'homme ? Résolution inébranlable de rester vierge qui n'hésite même pas, quand un ange lui promet un fils. Comment cela se fera-t-ii? D'une manière inusitée et inouie. Je ne connais pas d'homme ; \* ne désire pas de fils : je n'espère pas de "Orienté.
< . Qui pourrait exprimer combien fut pro-
1 M itb. xi, 29. — » Luo x, 42.
fonde son humilité? 0 précieuse vertu 1 lorsqu'elle est jointe surtout à une si grande pureté, à une si grande innocence: lorsqu'on la considère dans une âme qui n'a jamais été souillée du moindre péché, et qui possède la plénitude de toutes les grâces. D'où vous vient, ô bienheureuse Vierge, une telle et une si grande humilité ? N'ètes-vous pas celle qui a mérité d'attirer les regards du Seigneur, dont la beauté a touché le cœur du Roi ? Par l'agréable odeur de vos vertus, n'avez-vouspasété trouvée digne des chastes embrassements du céleste époux? Voyez l'accord merveilleux du cantique de notre vierge avec le chant nuptial. Le sein de Marie fut la chambre de répoux. Ecoutez Marie dans l'Evangile: Le Seigneur, dit-elle, a regarde Vhumitut de sa servante1. Ecoutez-la encore dans l'épithalame : Le parfum ae mon nara est parvenu iusqutau roi, lorsqu'il était sur son lit1. Car qu'est-ce que le nard, qui n'est qu'une petite plante basse et odoriférante, sinon l'humilité, dont la beauté et le parfum ont trouvé grâce devant Dieu ?
8. Qu'il taise, ô Marie, votre miséricorde, Celui qui se souvient de vous avoir invoquée dans ses besoins, sans que vous l'ayez secouru. Nous, vos humbles serviteurs, nous nous réjouissons de toutes les vertus que vous avez possédées : mais nous nous réjouissons de celle-ci, pour nous. Nous louons votre virginité, nous admirons votre humilité ; mais la miséricorde, qui vous porte à avoir pitié de nous, nous est bien plus agréable. Nous l'embrassons cette chère miséricorde, notre bonheur est d'y penser et de recourir à elle. Elle a obtenu la réparation du monde entier, le salut universel. Il est constant en effet qu'elle a embrassé dans sa sollicitude le genre humain tout entier, celle à qui il fut dit : A'e craignez pas, ô Marie, vous avez trouvé grâce* ', la grâce que vous cherchiez. O Vierge bénie ! qui pourra mesurer la longueur, la largeur, la sublimité, la profondeur de votre miséricorde? Sa longueur secourt, jusqu'au dernier jour, ceux qui l'invoquent. Salargeur remplit la terre, en sorte qu'on peut dire de vous aussi, que le monde est plein de votre miséricorde. Ainsi encore sa hauteur est telle qu'elle a restauré la cité d'en haut, et sa profondeur a valu la rédemption aux malheureux assis dans les ténèbres et les ombres de la mort. Par vous le ciel est rempli, l'enfer vidé, les ruines delà
* Luc i, 34, ^8. — > Cantiç. ; U, — • Lnc i, 30.
POUR L'ASSOMPTION DE LA B. V. MARIE (OCTAVE)
Jérusalem céleste réparées,lavie donnée aux infortunés qui l'attendent. Ainsi cette charité dont la puissance égale la tendresse sait compatir avec amour, et secourir efficacement, également riche dans les deux cas.
9. Mes frères, que notre âme altérée s'empresse de recourir avec ardeur à cette fontaine : que notre misère aille puiser avec sollicitude à ce trésor de miséricorde. Vierge bénie, nous vous avons suivie de loin, et de tous nos vœux, pendant que vous montiez vers votre Fils. C'est à votre bonté mainte-
nant de faire connaître au monde la grâce que vous avez trouvée auprès de Dieu. Que vos saintes prières obtiennent aux coupables le pardon, aux malades la santé, la force aux faibles, la consolation aux affligés, aide et salut à ceux qui sont en péril. Qu'en ce jour de fête et de joie, où nos louanges chantent votre très-doux nom, Jésus-Christ votre fils, Notre-Seigneur, Dieu béni dans les siècles, daigne nous combler des dons de la grâce, par votre puissante intercession. Ainsi soit-il.
SERMON