POUR LA NATIVITÉ DE LA B. V. MARIE M
l'aqueduc*
i. Le Ciel jouit avec délices de la présence de la Vierge féconde, et la terre vénère sa mémoire. Le Ciel possède tous les biens, la terre n'en a que le souvenir. Là haut la satiété, ici-bas l' avant-goût et les prémices : au Ciel la réalité, ici le nom, Seigneur, dit le Prophète, votre nom est éternel, et votre souvenir passe de génération en génération ! génération d'hommes et non d'anges. Voulezvous avoir la preuve que son nom et son souvenir seul est en nous, et que sa présence est réservée auxcieux? Voici comme vous prierez, dit-il : 0 Père qui êtes aux deux que votre nom soit sanctifié M Prière digne d'un fidèle: son début nous rappelle et notre adoption divine et notre pèlerinage terrestre, afin que nous sachions bien que tant que nous ne sommes pas au ciel nous voyageons loin deDieu,nous gémissonsen nous-mêmes, dans l'attente de l'adoption réservée aux enfants,et de la présence du Père. Le Prophète a donc particulièrement le Christ en vue quand il dit: l'Esprit, le Christ, le Seigneur est devant nous, nous vivrons à son ombre au milieu des nations*. Car au sein de la béatitude céleste, on ne vit pas à son ombre, mais plutôt à sa splendeur. C'est au milieu des splendeurs des saints que je vous ai engendré avant l'aurore, dit le Psalmiste*. Voilà le langage du Père.
2. Mais sa mère ne l'a point engendré dans la splendeur, elle l'a enfanté dans l'ombre, dans l'ombre qu'a projetée sur elle le Très-Haut. C'est donc avec raison que l'Eglise, non pas l'Eglise des saints qui habite les hauteurs et les splendeurs, mais celle qui voyage ici-bas, chante : Je me suis
(a) Voir les lettres 86, 142, 174 et 140.
> Ps. ci, 13. — « Math, vi, 9. — • Thren. iv, 20. — « Ps. ccxix, 3.
assise à l'ombre de celui que j'avais désiré, et son fruit est doux à mes lèvres** Elle avait demandé qu'on lui indiquât la lumière du midi où l'époux fait paître son troupeau. On l'en reprit et elle ne reçut que l'ombre au lieu de la pleine lumière, que l'avant-goût à la place du rassasiement. Elle ne dit pas : Je me suis assise à l'ombre que j'avais désirée, mais à l'ombre de celui qui était l'objet de mes désirs. En effet, ce n'est pas l'ombre qu'elle avait sollicitée, mais le radieux midi, mais la pleine lumière de la pleine lumière. Et son fruit, dit-elle, est doux à mes lèvres ; c'est-à-dire, à mon goût. Combien de temps encore resterez-vous sans m'épargner, et ne me laisserez-vous pas avaler ma salive?
Combien de temps encore sera-t-il dit : Goûtez et voyez que le Seigneur est bon *? Oui, il est doux au goût, suave au palais, et l'Épouse a bien sujet d'éclater en cris d'action de grâces et de louanges.
3. Mais quand sera-t-il dit : Mangez, amis, et buvez, enivrez-vous, mes bien-aimés*ï Que tes Justes se réjouissent, dit le Prophète, mais en vresence de Dieu \ Et Notre-Seigneur de son côté a dit à ses apôtres : Vous êtes restés avec moi dans mes tentations : aussi je vous prépare un royaume comme mon Père m'en a prépare un, afin que vous mangiez et buviez à ma table 5. Mais oixlEn mon royaume, dit Jésus-Christ. Heureux mille fois celui qui mangera le pain du royaume de Dieu ! Que votre nom soit donc sanctifié, ce nom qui vous met en nous, Seigneur, et vous fait habiter en nos cœurs par la foi, puisque votre nom a déjà été invoqué sur nous! Oui, que votre règne arrive! Vienne enfin le règne parfait, et que l'imparfait disparaisse.
1 Cantiq. n, 3. — s Ps. xxxin, 9. — * Gantiq. vi, i. — * Ps. lxvii, 4. — » Luc xxn, 28, 30;