‹ Œuvres de Saint Bernard (volume 3)Chapitre 28 sur 179 · POUR LA NATIVITÉ DE LA 6. V. MARIE · texte numérisé non relu

POUR LA NATIVITÉ DE LA 6. V. MARIE

le sancttiaire de fcÉsprit-Sâint. Ge n'est pas une vierge folle, elle n'a pas seulement de l'huile, elle en possède la plénitude. Elle a préparé en son cœur de mystérieuses ascensions, elle s'est élevée tout ensemble, comme nous l'avons dit, et par sa vie et par la prière. Elle s'en alla en toute hâte à travers les montagnes et salua Elisabeth ; elle demeura trois mois occupée à la Servir, afin que déjà cette mère pût dire à une autre mère ce que son fils dit plus tard ati fils illustre d'Elisabeth : Laissez-moi faire; car c'est ainsi qtfil convient que nous remplis*sions toute justice1. Oui elle franchit vraiment lés montagnes, celle dont la justice s'élève comme les montagnes de Dieu. Ce fut là la troisième ascension de la Vierge. afin qu'un triple lien fût plus difficile à rompre. Sa charité brûlante la poussait à la recherche de la grâce ; la virginité brillait en sa chair, son humilité éclatait dans les services qu'elle rendait à Elisabeth. Car s'il est vrai que celui qui s'élève sera abaissé, qu'v a-t-il de plus sublime que cette humilité ? Elisabeth s'étonnait de voir Marie venir à elle et elle disait : D'où me vient ce bonheur que la mère de mon Seigneur daigne me visiter •? Mais qu'elle s'étonne plutôt qu'à l'exemple de son fils, Marie vienne pour servir et non pour être servie. Aussi est-ce avec raison que ce chantre céleste s'écriait à son sujet, et avec un accent d'admiration : Quelle est celle-ci qui monte comme l'aurore, belle comme la lune, brillante comme le solett, terrible comme une armée rangée en bataillât Elle s'élève en effet au-dessus du genre humain, elle monte jusqu'aux anges, elle les dépasse, elle dépasse toute créature céleste. Il faut du reste qu'elle puise au-dessus des anges cette eau vive qu'elle doit répandre sur les hommes.

10. Comment cela se fera-t-Mî dit-elle, je ne connais pas (Phomme. Non-seulement cette créature sainte de corps et d'esprit avait gardé sa chair immaculée, mais elle était résolue à la garder toujours ainsi. L'ange lui répond : Ls Esprit-Saint surviendra en vous, et la vertu du Três-Baut vous couvrira de son ombre \ Ne m'interrogez pas, semble-t-il dire ; c'est ici un mystère oui me surpasse; je ne saurais répondre. L' Esprit-Saint, et non pas un esprit angéhque , surviendra en vous, et la vertu du Très-Haut vous couvrira de son ombre. Ce n'est pas moi qui opérerai ce prodige. 0 Vierge sainte, ne

i Math, m, 15. — * LUc 1, 43. — • Ga&tiç. VI, 9, ~ * Lue i, 34, 35.

tous arrêtes pas mente parmi les anges ; la terre dévorée de soif attend de vous, pour se désaltérer, une eau venue de plus haut. À peine les aurez-vous dépassés que vous trouverez Celui que votre âme aime. Je dis à peine ; ce n'est pas que votre bien-aimé ne soit incomparablement plus élevé qu'eux: mais parce qu'entre lui et eux vous ne trouverez aucun intermédiaire. Passez donc, passez au-delà des Vertus et des Dominations, des Chérubins et des Séraphins, afin d'arriver jusqu'à Celui dont ils se disent les uns aux autres : Saint, saint, saint est le Dieu des armées1. Le saint qui naîtra de vous sera appelé le fils de Dieu «. C'est la fontaine de sagesse, le Verbe du Père au plus haut des deux. Ce Verbe, par votre intermédiaire, se fera chair, afin que celui qui dit : Je suis dans te Père et te Père est en moi%\ dise néanmoins : Je suis sorti de Dieu et je suis venu*. Au commencement était le Verbe, dit saint Jeau. Déjà la source jaillit, mais seulement en elle-même. Le Verbe était en Dieu\ habitant au sein d'une lumière inaccessible, et le Seigneur disait dès le commencement: J'ai sur vous des pensées ae paix et non d'affliction 8. Mais vos pensées sont à vous, et nous ne les connaissons pas. Qui connaissait en effet les pensées du Seigneur? Qui avait été son conseiller? La pensée de paix s'est donc traduite en une œuvre de paix. Le Verbe s'est fait chair et il habite en nous. Oui, par la foi, il habite en nos cœurs, il habite dans notre mémoire, il habite dans notre pensée, il descend jusqu'à notre imagination. Quelle idée en effet l'homme se faisait-il jusque-là de Dieu ? Ne s'en forgeait -il pas en son cœur une idole?

11. 11 était incompréhensible, inaccessible, invisible, la pensée même ne pouvait l'embrasser. Et il a voulu être compris, vu,

{>ensé. Comment, dites-vous? En gisant dans a crèche, en reposant sur un sein virginal, en prêchant sur la montagne, en passant la nuit en prière, en se laissant suspendre à la croix, défigurer par le trépas, en se montrant libre entre les morts, en commandant t l'enfer, en ressuscitant le troisième jour, en montrant à ses apôtres,dans les traces des clous qui le percèrent, les signes de sa victoire, enfin en s'élevant devant eux jusque dans les hauteurs célestes. Chacun de ces événements n'inspire-t-il pas des pensées vraies, pieuses, saintes? Quand je les repasse

* Isaîe vi, 3. — * Luc i, 35. — 8 Jean xiv. 10. — Id, vin, 42, — * Id# !,!. — • Jéréffl. xxut, H.

en mon esprit, c'est à Dieu que je pense et dans chacun il est mon Dieu. Méditer ces choses c'est sagesse ; en redire le doux souvenir, le souvenir suave comme l'amande du fruit abondant produit par la verge sacerdotale cueillie par Marie dans les hauteurs célestes pour nous enrichir, c'est selon moi, prudence. Oui, c'est dans les hauteurs, et plus haut que les anges, que Marie l'a prise, elle qui a reçu le Verbe du sein même du Père selon ce qui est écrit : Le jour l'annonce au jour l. Le Père est bien le jour, puisque le jour du jour c'est le salut de Dieu \ Mais la Vierge aussi n'est-elle pas un jour ? Oui, et un jour brillant, un jour étincelant, puisqu'elle s'avance comme l'aurore à son lever, qu'elle est belle comme la lune, et éclatante comme le soleil.

12. Considérez donc comment Marie par la plénitude de la grâce s'est élevée jusqu'aux anges , et comment elle les a surpassés quand l'Esprit-Saint est survenu en elle. Les Anges ont la charité, la pureté, l'humilité. De ces vertus quelle est donc celle qui n'a pas brillé en Marie ? C'est du reste ce que je vouç ai montré plus haut, comme j'ai pu , Montrons maintenant sa supériorité. A quel ange a-t-il été dit: L Esprit-Saint surviendra en vous et la vertu du Très-Haut vous couvrira de son êmbre. C'est pourquoi le saint qui naîtra de vous sera appelé Fits de Dieu ? La vérité est sortie de la terre, et non d'une créature angélique ; elle n'a pas pris la nature angélique, mais la race d'Abraham.

C'est déjà un grand privilège pour l'Ange d'être le ministre de Dieu : Marie a mérité l'honneur plus grand d'être sa mère. La fécondité de la Vierge constitue donc sa gloire suréminente, et ce privilège la rend d'autant supérieure aux anges, que le nom de Mère en lui-même surpasse la qualité de simple serviteur. Telle est la grâce trouvée par celle qui déjà était pleine de grâce : brûlante de charité, rayonnante de pureté, pleine d'humilité elle a conçu, sans connaître d'homme, elle a enfanté, sans ressentir les douleurs auxquelles la femme est condamnée. Ce n'est pas assez: le fruit qui naît d'elle est appelé Saint, c'est le Fils de Dieu.

13. Du reste, mes frères, faisons tous nos efforts pour que la Parole venue jusqu'à nous de la bouche du Père, par l'intermédiaire de la Vierge, ne reste pas inutile, mais, par cette même Vierge, rendons grâce pour grâce.

• Ps. xvili, 3.— Id. xcv, 2.

Nourrissons-nous dé son souvenir en soupirant après sa présence. Aidons les flots de la grâce à remonter vers leur source, afin qu'ils en découlent avec plus d'abondance. S'ils ne remontent pas à cette source, ils se dessèchent, et infidèles dans les petites choses nous ne méritons plus de recevoir des faveurs plus grandes. Or c'est bien peu de chose que le souvenir comparé à la présence, c'est bien peu relativement à l'objet de nos désirs : c'est beaucoup relativement à ce que nous méritons. Encore une fois le souvenir est bien au-dessous du désir, mais il dépasse bien nos mérites. C'est donc avec sagesse que l'Epouse se félicite grandement d'avoir reçu ce peu. Car après avoir dit : Indiquez-moi où vous paissez, où vous revosez à l'heure du midi ' , ne recevant presque rien en comparaison des biens immenses qu'elle avait sollicités, et au lieu du pâturage de midi ne goûtant que le sacrifice du soir, elle ne murmure pas. Comme il n'est que trop ordinaire, elle ne cède pas à la tristesse : mais elle rend grâce, et se montre en toutes choses plus dévouée. Elle sait que si elle est fidèle dans l'ombre du souvenir, elle obtiendra indubitablement la lumière de la présence. C'est pourquoi, vous qui vous souvenez de Dieu, ne vous taisez pas, ne gardez pas le silence. Mais ceux qui ont le Seigneur présent n'ont guère besoin d'être exhortés, et ces paroles d'un autre prophète : Jérusalem loue le Seigneur , Loue ton Dieu, ô Sion * , sont plutôt des paroles de félicitation que d'avertissement. Ceux qui marchent dans la foi ont besoin d'être exhortés à ne pas demeurer muets et à ne pas répondre à Dieu par le silence. Car il parle, il a pour son peuple des paroles de paix, il en a pour ses saints, et pour tous ceux qui se convertissent sincèrement. Vous serez saint avec le saint, innocent avec l'innocent9, est-il dit. Il écoutera celui qui l'écoute, et il parlera à celui qui lui parle. Vous le forcez donc au silence en vous taisant vous-même. Mais quel est ce silence? Il consiste à ne pas louer Dieu. Ne vous taisez pas, dit lsaïe, ne restez pas en silence devant lui, ;usqvla ce qu'il affermisse Jérusalem, et qu'il la rende l'objet des louanges de la terre *. Les louanges de Jérusalem sont de douces et belles louanges. A moins de croire que les Anges habitants de Jérusalem mettent leurs délices & se louanger mufacilement, et à se tromper par de vains et stériles éloges.

1 Gantiq. i, 6. — ■ Ps. gxlvu* t. — • P*. xvn, 26. — • lsaïe ucii, 6, 7.

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