‹ Œuvres de Saint Bernard (volume 3)Chapitre 30 sur 179 · Comment verrons-nous Dieu dans le · texte numérisé non relu

Comment verrons-nous Dieu dans le

créatures? comment le posséderons-nous en nous-mêmes? C'est ce que nous pouvons conjecturer en partie par les prémices de l'Esprit que nous recevons ici-bas. Pour la connaissance de Dieu en lui-même, elle nous est totalement inconnue; c'est une connaissance merveilleuse et si haute, que nous ne pouvons même en concevoir une idée. Mais comment verrons-nous Dieu dans les créatures? Nous pouvons le comprendre dans une certaine mesure, puisque déjà on le voit de cette façon. Aussi les philosophes, au témoignage de l'Apôtre, ont-ils vu les perfections invisibles de Dieu dans ses œuvres visibles s. Mais on a beau monter dans cet ordre de conception et comprendre la puissance, la sagesse, la bonté avec laquelle l'éternelle Majesté a tout fait, gouverne tout, ordonne tout, ce que l'on saisit n'est rien au prix de la réalité. Un jour viendra où (je l'ai dit dans le sermon précédent), nous suivrons l'Agneau partout où il ira : nous le rencontrerons dans toutes les créatures, nous nous réjouirons en tout ce qui est justement la joie du Seigneur notre Dieu. Réjouissonsnous donc en toutes, mais de lui-même uniquement, comme lui ne jouit pas des créatures, mais de lui-même.

5. Pour ce qui regarde la manière dont nous posséderons Dieu en nous-mêmes, nous pouvons, par ce moyen, nous en faire une

* Pa, xlvii, 14. — * Luc vi, 38. — sRom. i, 20»

dée au moins incomplète. Il est certain qu'il y a trois sortes d'âmes, ce qui a fait avancer aux sages mondains que l'âme humaine est raisonnable, irascible, et concupiscible. La nature et l'expérience quotidienne nous montrent, en effet, dans l'âme, ces trois forces. Or de même que, relativement à notre raison, la science et l'ignorance sont une habitude et une privation, ainsi en estil du désir et du mépris, relativement à l'appétit concupiscible, et de la joie et de la colère relativement à l'appétit irascible. Dieu remplira donc notre raison de la lumière de la sagesse, en sorte que nous posséderons pleinement toute science. Il remplira notre force concupiscible de sa Justice , en sorte que nous ne désirerons qu'elle : nous en serons nous-mêmes remplis, selon ce qui est écrit : Heureux ceux qui ont faim et soif de la Justice, car ils seront rassasiés !. Car rien ne peut combler les désirs de l'âme ; rien, excepté la Justice, ne saurait la rendre heureuse. Quand donc Dieu aura rempli de justice notre force concupiscible, l'âme repoussera tout ce qu'elle doit dédaigner; elle souhaitera tout ce qu'elle doit désirer, et en toutes choses elle ne cherchera que ce qu'elle doit souhaiter. Nous avons donc raison de rapporter la Justice à notre force concupiscible, qui nous rend justes ou injustes. Pour la force irascible, quand Dieu l'aura remplie, Une parfaite tranquillité régnera en nous ; nous serons comblés d'une paix divine qui nous plongera dans une joie et une félicité souveraines. Voyez si ce n'est pas dans ces trois choses que réside la béatitude de l'âme : plus de science qui enfle, parce que la justice est là ; plu? de tristesse puisqu'on a la joie en partage et qu'on ne peut plus dire : Entasser la science c'est entasser la douleur u9 plus de justice ni indiscrète puisque la science l'assiste, ni onéreuse puisqu'elle est unie à la joie ; enfin plus de joie ni inepte, puisqu'elle a avec elle la science, ni impure puisqu'elle est inséparable de la justice.

6. Mais dans tout cela notre homme extérieur n'a rien reçu encore. Or pour que la gloire habite notre terre *, pour que toute la terre soit remplie de la majesté du Seigneur4, selon l'expression d'un autre prophète, il faut quatre choses à cet homme

* Math, v, 6, — » Ecclc. i, 18. — » Ps. LXXX1V, 10. — * Ikiïo Vi, 3

extérieur formé, on le sait, de quatre éléments. Ne soyez pas surpris que celui qui est plus misérable ait plus de besoins, puisque vous lisez dans le Psalmiste : Mon âme a soif de vous : et de combien de façons ma chair elle-tnême ria-t-ellepas besoin de vous 7 Que notre terre ait donc l'immortalité qui la préserve de la crainte de rentrer dans la poussière: car une fois ressuscité notre corps ne meurt plus ; la mort perd tout empire sur lui. Hais quel avantage de vivre toujours dans les misères et les souffrances qui affligent un corps assujetti à la corruption? N'est-ce pas là mourir sans cesse? 11 faut donc que ce corps possède l'impassibilité, car c'est du désordre de nos humeurs que viennent, dit-on, nos souffrances. Notre corps désire aussi l'agilité de l'air qui est un des éléments de sa composition pour n'être point importuné par son propre poids. Aussi les corps des bienheureux seront-ils doués d'Une légèreté et d'une agilité telles que sans retard, sans difficulté, ils pourront, à leur gré, égaler dans leur course la rapidité de la pensée. Après cela que manque-t-il à la parfaite béatitude du corps? La beauté, nous l'aurons dans toute sa perfection, et nous pouvons la rapporter à la partie ignée qui est en nous. Car, dit l'Apôtre, nous attendons le Sauveur qui reformera notre corps abject sur le modèle de son corps éclatant*, réalisant ainsi cette promesse j Les justes brilleront comme le soleil dans le royaume de leur Père*. Ainsi Dieu remplira nos âmes, quand il leur communiquera Une science parfaite, une justice partaite, une joie parfaite. Ainsi la terre entière sera remplie de sa majesté, quand. le corps sera devenu incorruptible, impasssible, agile, semblable enfin au corps glorieux du Christ. Ne sont-ce pas là les sept pains avec lesquels le Sauveur a rassasié quatre mille hommes, et dont les restes recueillis, par les Apôtres ont rempli sept corbeilles 4? Nous nous nourrissons de ces pains, quand, dans une douce méditation, nous ruminons nos bienheureuses espérances , en attendant le jour où heureux, non plus de l'espérance mais de la réalité présente à nos yeux, nous mériterons de recevoir, en quelque sorte, autant de corbeilles remplies des débris de ces pains.

< Ps. lxxu, 2. — * Philipp. iu,20,21. — *MSth. xm# 43. — * Maih. xv, 32f 38.

POUR LA FÊTE DE TOUS LES SAINTS

SERMON V

1. Ce jour est pour nous un jour de fête, et cette solennité compte parmi les solennités principales. Mais de qui est-ce donc la fête? De quel apôtre? De quel martyr ? De quel saint? D'aucun en particulier, et de tous ensemble. Nous savons tous en effet que la fête que nous célébrons aujourd'hui est appelée et est véritablement la fête de tous les Saints ; oui de tous, qu'ils soient au Ciel ou qu'ils habitent la terre : car il y a les saints du Ciel et les saints de la terre, et, parmi ceux de la terre, lesunsy sont encore, et les autres sont déjà au Ciel. On célèbre donc la fête de tous les saints ensemble, sans toutefois les confondre dans un culte absolument uniforme, ce qui n'a rien d'étonnant, la sainteté n'étant pas uniforme chez tous. Il existe une différence souvent bien grande entre un saint et un saint. Je ne veux pas dire seulement que l'un est plus saint que l'autre : ce qui serait une question de quantité plutôt que de qualité. Je veux dire qu'ils sont autrement saints, et non pas seulement plus ou moins saints les uns que les autres. Peutêtre est-ce entre les anges et les hommes que l'on peut établir cette différence de sainteté et de solennité. Car il n'y a guères lieu d'honorer, ce semble, le triomphe de ceux que l'on sait n'avoir jamais combattu. Cependant il faut honorer , bien que d'une autre manière, ces esprits, amis de Dieu, à la volonté duquel ils ont toujours été attachés avec autant de bonheur que de facilité. A moins de croire qu'ils ont combattu en restant courageusement fidèles au milieu de la chute de leurs compagnons, sans entrer dans le conseil des impies, et en redisant : Pour moi it m'est bon de m' attacher au Seigneur l. Célébrons donc en eux la grâce qui les a prévenus de ses douces bénédictions; honorons la bonté de Dieu qui ne les a pas amenés à la pénitence, mais qui les a tenus éloignés de tout ce qui exige pénitence , et qui, au lieu de les arracher à la tentation 9 les en a préservés.

1 Vs. LXM1I, 28.

2. Il y a dans les hommes un autre genre de sainteté qui demande des honneurs d'uni! autre nature: c'est la sainteté de ceux qui sont venus du milieu des tribulations cl qui ont blanchi leurs robes dans le sang do l'Agneau1; qui, après des luttes nombreuse s, triomphent au Ciel, le front ceint d'une cou • ronne, pour avoir vaillamment combattu.

Y-a-t-il une troisième classe de saints? Ou* ilyen a une, mais cachée, tlya les saints qji militent encore, qui combattent toujours qui courent sans avoir atteint le but. Je su > peut-être téméraire deles appeler des saiou cependant je sais que l'un d'eux n'a \>\* craint de dire à Dieu: Gardez mou âmt parcequeje suis saint*. Et l'Apôtre confident des secrets divins a dit d'une façon j-iui claire: Nous savons que tout contribue »iv bien de ceux qui aiment Dieu, et que ydécret appelle à être saints* . Voilà le mot a sainteté différemment employé, cl d*!>i^r.sr tantôt ceux dont la sainteté est conseniu.fr tantôt ceux qui sont seulement |>rcd<»*t.:}" à la sainteté. Cette dernière paini'ir <<r cachée en Dieu, elle est comme clos«- ; auss l'honorons-nous d'une façon en i|'je;guc sorte cachée. L'homme ne sait en ell>i s u est digne d'amour ou de haine, mai* lotr. est incertain et réservé pour l'avenir \ Une la fête de ces saints se célèbre donc dans <e cœur de Dieu, car le Seigneur connaît cciii qui sont à lui, il sait ceux qu'il a choisis dès le commencement. Qu'elle se passe au milieu de ces esprits administrateurs envoyés pour exercer leurs fonctions en faveur de ceux qui recueilleront l'héritage du salut: pour nous il nous est interdit de louer un homme durant sa vie. Et comment la louango serait-elle sûre quand la vie elle-même ne Test pas ? // n'y aura de couronné que celui qui aura bien combattu, dit la trompette céleste". Et écoutez des lèvres mêmes du législateur la loi du combat : Celui qui persévérera jusqu'à la fin sera sauvé*. Mais vous ne savez quel est celui qui persévérera, celui

1 Apoc. vu, 14. — • Ps. lxxxv, 2. — • Rom. vin, 28. — * Eccle. ix, 1, 2. — » II Tim. nâ 5. — • Math, x, 22

qui combattra selon la loi fixée : vous ne savez quel est celui qui recevra la couronne.

3. Louez la vertu de ceux dont la victoire est désormais certaine ; exaltez-les par des chants de fête, puisqu'on peut célébrer leurs couronnes. Cette nuit nous avons chanté les saints; nous disions: Craignez le Seigneur vous tous qui êtes ses saints l. Hais ce n'est point à ceux-là que nous parlions. Non, nous n'exhortions pas à craindre Dieu des âmes qui ont persévéré jusqu'à la fin, car il est écrit : La crainteri habite plus nos frontières. Nous nous adressions plutôt à ces saints qui ont besoin de se garder avec un soin infini à cause des périls qui les environnent. Us n'ont pas en effet à lutter seulement contre la chair et le sang, mais contre les principautés et les puissances, contre les princes du monde et des ténèbres, contre les esprits de malice répandus dans les airs1. Oui, ils ont besoin de vigilance ceux qui sont attaqués de près comme de loin. Et quand tant de luttes les assiègent au dehors, les craintes ne peuvent manquer au dedans; et c'est avec justice qu'il est dit: Craignez le Seigneur vous tous qui êtes ses saints. Toute notre béatitude consiste donc à craindre Dieu, puisque l'Ecriture dit : Heureux thomme qui est toujours tremblant1 , et que le psalmiste dit aussi : Heureux tous ceux qui craignent le Seigneur, et qui suivent ses voies \ Mais bien autrement heureux ceux en qui la charité arrivée à la perfection a chassé la crainte, qui ne marchent plus en tremblant, qui s'exhalent en louanges dans la maison qu'ils habitent, comme le dit encore le Psalmiste : Heureux ceux qui habitent votre maison, Seigneur : ils vous loueront dans les siècles des siècles*. Notre félicité, notre fête est dans la crainte de Dieu : leur félicité et leur fête est tout entière dans les cantiques et les transports d'allégresse.

4. C'est pour cela qu'on peut louer en toute sécurité les hommes qui ne vivent plus de leur vie, mais de celle de Dieu, car la vie humaine n'est qu'une tentation. Or il y a à les louer une double sécurité, si cependant, à bien voir les choses, cette sécurité n'est pas simplement une. En effet nous n'avons rien à craindre de louer des hommes vraiment dignes de louanges : n'hésitons pas à combler d'éloges ceux qui sont si bien absorbés dans la gloire que nos panégyriques ne sauraient les toucher. Il n'y a plus de place

* Ps. xxxiii, 10. — * Ephés. vi, 12. — » Prov. xxyui 14. — * Ps. cxxYH, 1* — • Ps, uuniii, 5.

pour la vanité là où la vérité règne seule. Mais quelle est, direz -vous, la gloire des saints? Car ils ne se glorifient pas eux-mêmes puisqu'il est écrit : Que ta bouche ne te loue pas ' . Ils ne se louent pas non plus mutuellement: appliqués exclusivement à louer leur Créateur en qui réside toute leur béatitude, ils n'ont guères le loisir de s'adresser des éloges mutuels; aussi le Prophète s'écriet-il, comme nous venons de le rappeler: Heureux ceux qui habitent votre maison.

Seigneur; ils vous loueront aux siècles des siècles. Toutefois je n'admets pas que les saints soient dépourvus de gloire, surtout quand l'Apôtre dit : Nos tribulations actuelles et légères nous valent dans V éternité un poids immense de gloire * ; et quand le Prophète ajoute: Visitez-nous wr votre salut, afin que nous voyions les biens que vous répandez sur vos élus, que nous partagions la joie de votre peuole, et que vous soyez loué avec votre héritage •. 11 ne dit pas : afin que vous soyez loué par votre héritage, mais avec votre héritage, pour nous faire entendre que les louanges à venir seront communes. Mais si l'héritage de Dieu le loue, qui louera l'héritage ? L'Apôtre nous l'apprend. Alors, dit-il, chacun recevra la louange qui lui est due. Et de qui? De Dieuk. Quel panégyriste que celui-là ! Que de semblables éloges sont dignes d'envie! Heureux commerce de louanges où il est également doux de louer et d'être loué.

5. Mais pourquoi louer les saints? Pourquoi les glorifier? Pourquoi même cette fête? A quoi bon des honneurs terrestres à ceux que, selon la véridique promesse du Fils, le Père céleste honore lui-même ? Que leur font nos éloges ? Ils sont rassasiés de gloire C'est vrai, mes frères, les saints n'ont aucun besoin de nos biens, et notre dévotion ne leur procure aucun avantage. En vénérant leur mémoire nous servons nos intérêts et non les leurs.Et voulez-vous savoir quel profit nous revient de ce culte? Je vous l'avoue, à ce souvenir je sens mon cœur s'embraser d'un violent et triple désir. On dit vulgairement : ce que l'œil ne voit pas le cœur ne le sent pas. Mon œil c'est ma mémoire : se souvenir des saints c'est en quelque sorte les voir. C'est ainsi que notre lot est dans la terre des vivants, et ce lot n'est pas médiocre, si toutefois, comme il sied, l'amour accompagne le souvenir. Ainsi, dis-je, notre vie est au ciel, non pas toutefois comme leur

* Piov. xxvii, 2. — « il Cor. iv, 17. — » Pb. çy, *# 5. ♦ I Cor. 4, 5.

POUR LA FÊTE DE TOUS LES SAINTS

vie. Les saints en effet y sont substantiellement : nous n'y habitons que par le souvenir. Ah 1 quand serons-nous donc réunis à nos pères ? Quand leur serons-nous présentés en personne? Car c'est là le premier désir que leur souvenir excite ou accroît en nous. Il nous fait aspirer après l'heure où nous jouirons de leur société si enviable, où nous mériterons de devenir les concitoyens et les commensaux des esprits bienheureux, de nous mêler à l'assemblée des patriarches, aux phalanges des prophètes, au sénat des apôtres, aux légions innombrables des martyrs, aux collèges des confesseurs, aux chœurs des vierges, de nous fondre, enfin et de nous réjouir dans la communion des saints.

6. Le souvenir de chacun d'eux, comme autant d'étincelles, ou plutôt de torches ardentes, enflamme les cœurs pieux, et leur communique la soif de les voir et de les embrasser, au point qu'ils se croient au milieu d'eux, qu'ils s'élancent avidement tantôt vers tous, tantôt vers les uns ou les autres. Du reste quelle négligence, quelle lâcheté, quelle paresse, si nos affections et nos soupirs ne nous arrachaient pas à cette terre, pour nous porter avec la rapidité ; de la flèche au milieu de ces heureux bataillons 1 Malheur à nous ! Malheur à nos cœurs endurcis 1 Oui malheur à cause du péché que l'Apôtre reproche aux payens qu'il accuse d'être sans affection ' 1 L'église des premiers-nés nous attend, et nous restons insensibles. Les saints nous désirent, et nous n'y songeons pas. Les justes nous appellent et nous sommes sourds à leur voix. Réveillons-nous, mes frères; ressuscitons avec Jésus-Christ; cherchons les choses d'en haut, goûtons les biens du Ciel: Désirons ceux qui nous désirent: hâtonsnous vers ceux qui nous attendent, et que les vœux de nos cœurs nous devancent auprès d'eux. Hélas ! dans cette vie qui nous est commune ici-bas, nulle sécurité, nulle perfection, nul repos : et pourtant qu'il est déjà doux d'y habiter ensemble comme des frères 1 Toutes les contrariétés qui nous y arrivent,au dedans ou au dehors,sont allégées par la compagnie de nos frères, avec qui nous n'avons qu'un cœur et qu'une âme dans le Seigneur. Mille fois plus douce, plus délicieuse, et plus heureuse sera l'union exempte de tout soupçon et de toute dissension, et au sein de laquelle nous serons

' Rom* i, ai.

enchaînés par les nœuds d'une charité parfaite. Comme le Père et le Fils sont un, ainsi serons-nous un en eux.

7. Ce n'est pas seulement la société, c'est aussi la félicité des Saints que nous devons désirer. Nous souhaitons leur présence, que leur gloire soit également l'objet de nos vœux les plus ardents. C'est ici une ambition sans dangers : rêver cette gloire n'est point un péril. Car si nous disons: Seigneur , ne nous donnez pas la gloire, donnez-la à votre nom\ c'est un cri de cette vie puisque les Anges eux-mêmes disent ; Gloire à Dieu aw plus haut des deux et paix sur la terre aux âmes de bonne volonté1. Ne me touchez pas. dit Jésus-Christ, car je ne suis pas encore remontée mon Pfre '.'Ainsi parle le Verbe de gloire. Or le fils sage est la gloire de son Père. Gardez-vous donc, dit la Gloire, gardez-vous de me toucher. Ne cherchez pas présentement la gloire , fuyez-la plutôt. Non, ne me touchez pas, jusqu'à ce que nous soyons arrivés au Père, où toute gloire est pleine de sécurité* Là mon âme sera louée dans le Seigneur; que les doux l'entendent et se réjouissent aussi. Ne vous semble-t-elle pas avoir entendu cet avertissement^: Ne me touchez pas, car je ne suis pas remonte à mon Père, l'Epouse qui dans le cantique s'écrie: Fuyez, mon bienraimé% fuyez 4? C'est ce que nous avons rappelé plus haut: Seigneur, ne nous donnez pas la gloire, réservez la à votre nom. Aussi chantons-nous dans l'hymne de ce jour : Donnez la paix à vos serviteurs, et qu'à notre tour nous vous rendions gloire dans tous les siècles, selon la parole de l'Ange.

8. La vie de l'homma sur cette terre étant une tentation, nous devons y chercher la paix plutôt que la gloire, la paix avec Dieu, la paix avec le prochain, la paix avec nousmêmes. O gardien des hommes, pourquoi m'avez-vous mis en tuile avec vous, et suis- je à charge à moi-même*! C'est en effet une lutte voisine de nous, c'est une sédition intestine, une guerre plus domestique encore que civile, que ces révoltes de l'esprit contre la chair, et de la chair contre l'esprit. Mais d'où viennent-elles sinon de Tétât d'opposition où je suis relativement à vous?

Car vous êtes la vraie liberté , la vie , la gloire, la force, la béatitude, tandis que moi je suis pauvre , malheureux, misérable, couvert de confusion, abaissé profondément, mort à cause du péché au-

* Ps. cxiu, i. — * Luc h, 14. — » Jean xx, 17. -? • Cantiq. vm, 14. — > Job. vu, 20.

quel je suis vendu. Vous êtes la parfaite et sainte volupté, le repos des esprits bienheureux ; dès le commencement vous m'avez mis en opposition avec l'Eden (mot 3ui signifie volupté) , dans le travail et la ouleur. Et pourtant vous dites: Convertissez-vous à moi de tout votre cœur. Il est évident que nous nous sommes détournés de vous, puisque vous nous exhortez au retour, que nous sommes contre vous, puisque vous nous rappelez à vous. Mais comment nous convertir? Par le jeûne, est-il dit, les larmes et les gémissements *. 0 merveille 1 Etes-vous donc dans le jeûne, les pleurs et les gémissements? Ah ! loin de vous toutes ces choses, et vous bien loin d'elles. Votre règne est dans Jérusalem que vous rassasiez du pur froment. Là ni deuil, ni cri, ni douleurs ; on n'y entend qu'action de grâces, et accents de louanges. Que tes justes, est-il dit, soient comme dans un festin; qu'ils se réjouissent et tressaillent devant Dieu1. Comment donc nous convertir à lui dans le jeûne, les larmes et les gémissements? Quoi ! le juste le trouvera dans la joie et les transports, et celui qui n'est pas juste ne le trouvera que dans le jeûne, les pleurs et les gémissements? Oui, il en est ainsi; mais il s'agit du juste qui a déjà mérité la présence de Dieu, et non pas de celui qui vit encore de la foi. Si le Seigneur dit : Je suis avec lui dans la tribulation*, il veut parler de celui qui marche à la lumière de la foi, et non de celui qui déjà le contemple face à face. Tous les deux ont un même chef. Mais il ne s'offre pas sous les mêmes traits à tous ses membres. Aux uns c'est une tête hérissée d'épines, inclinée en croix, afin qu'ils t'humilient et soient de leur côté pénétrés 4e componction. Aux autres ce chef se montre glorieux, afin qu'ils soient glorifiés par lui, qu'ils se glorifient en lui, devenus semblables à celui qu'ils voient tel qu'il est.

9. C'est donc là le second désir que le souvenir des Saints allume en nous, afin que le Christ notre vie se montre à nous, comme il s'est montré à eux, et qu'à notre tour nops ap[ .naissions avec lui dans la gloire. En attendant notre chef s'offre à nous non pas tel qu'il est en lui-même, mais dans l'état où il s'est réduit pour nous, couronné non de gloire, mais des épines de nos péchés, selon ce que dit l'Ecriture : Sortez, filles çle Sion, et voyez Salomon sous le diadème dont sa mère Va couronné*. 0 Roi ! 6 Diadème! La

* Joël ii, 42. — « Pb. lxvii, 3. — • Ps. xc, 15. —

* Cantiq. ni , 2.

Synagogue marâtre et non mère a couronné notre roi d'une couronne d'épines. Rougissez donc do chercher la gloire, 6 membres, dont le chef est humilié à ce point, n'ayant ni aspect, ni beauté, ni forme! Il est Salomon c'est-à-dire, pacifique, du moins aujourd'hui : il ne donne encore ni la béatitude, ni la gloire, afin de vérifier l'éloge que les anges ont fait de lui et dans lequel ils apportaient la paix aux hommes et la gloire aux cieux. Rougissez d'être un membre délicat sous une tête chargée d'épines, et pour qui la pourpre est moins un honneur qu'une dérision. Vous verrez cependant en mille endroits ce jour honoré par la vanité des habits et le luxe des festins, si toutefois c'est là l'honorer et non pas le déshonorer? Je laisse à ceux qui le passent de la sorte le soin de prononcer. C'est leur fête qu'ils célèbrent, ce n'est pas celle des Saints. Ils cherchent leur plaisir plutôt que la gloire des saints. Ils rendront compté de leur conduite. Un jour le Christ viendra, on n'annoncera plus sa mort, afin que nous sachions que nous sommes morts aussi et que notre vie est cachée avec lui. Le chef apparaîtra glorieux et les membres glorifiés brilleront avec lui, quand il réformera notre vil cadavre sur l'image glorieuse de leur chef qui est lui-même. Que cette gloire soit pour nous l'objet d'une ambition absolue et sûre, de peur qu'à nous aussi il soit dit : Vous cherchez la gloire qui vous vient les uns des autres, et vous ne voulez pas de celle qui vient ae Dieu seul l.

10. Hais pour qu'il nous soit permis d'espérer une si grande béatitude, et d'aspirer après elle, il nous faut aussi désirer ardemment les suffrages des Saints, afin que ce que nous sommes dans l'impossibilité d'obtenir par nous-mêmes nous soit accordé par leur intercession. Ayez pitié de nous, oui ayez pitié de nous vous qui êtes nos amis \ Vous connaissez nos périls, vous connaisse! notre faiblesse : vous savez quelle est notre ignorance, et quelle est l'adresse de nos ennemis : vous savez et la violence de leurs attaques et notre fragilité. Je m'adresse à vous qui avez éprouvé nos tentations, qui êtes sortis vainqueurs des mêmes luttes, qui avez échappé aux mêmes pièges, et à qui vos souffrances ont appris la compassion. J'espère aussi des anges qu'ils ne dédaigneront pas de visiter leur race surtout parce qu'il est écrit : Vous visiterez votre espèce et

* Jean v, 44. 'Job. xix, 21*

SUR LA MORT DE 6. MALACHIE

vous ne péeherezpas * . Du reste si j'ose compter 6ur eux à cause de la ressemblance de substance spirituelle et de forme raisonnable que nous ayons avec eux, je crois avoir plus sujet encore de me confier en ceux gui ont l'humanité comme moi , et qui sentent nécessairement une compassion spéciale et plus intime pour les os de leurs os, et la chair de leur chair.

14. Enfin, en passant de ce monde à leur Père les saints nous ont laissé des gages sacrés. Leurs corps, en effet, reposent en paix au milieu de nous, et leurs noms sont immortels, parce que leur gloire n'est pas ensevelie dans leurs tombeaux. Ah I loin de vous, bien loin de vous, âmes saintes ! cette cruauté de l'échanson du roi d'Egypte qui rétabli dans son ancienne dignité oublia Joseph resté au cachot*. Us n'étaient pas membres d'un même corps : point de rapport entre le fidèle et l'infidèle, entre l'Israélite et l'Egyptien , pas plus qu'entre la lumière et les ténèbres. Egypte en effet signifie ténèbres, et Israël qui voit Dieu : et c'est pourquoi partout où était Israël la lumière luisait. Notre Jésus n'oublia pas ainsi le larron crucifié à ses côtés : il accomplit

sa promesse, et le jour même où ce voleur partagea les souffrances de Jésus-Christ, il partagea son règne1. Et nous aussi si nous ne sommes pas les membres de la tête à laquelle les saints appartiennent, pourquoi apporter aujourd'hui à leurs pieds des vœux « solennels et des félicitations si affectueuses? Celui qui a dit: Si un membre est glorifie tous les autres membres se réjouissent avec lui , a dit aussi : Si un membre souffre , tous tes autres souffrent*. Tel est donc le lien qui nous unit que si nous nous réjouissons avec eux ils compatissent à notre état : si par notre pieuse méditation nous régnons en eux, ils combattent en nous et pour nous par leur douce intervention. Ne doutons pas de leur bienveillante sollicitude à notre égard, puisqu'ils n'arriveront pas sans nous à la parfaite félicité, comme nous l'avons dit plus haut : ils nous attendent jusqu'à ce que nous ayons reçu notre récompense : jusqu'au dernier grand jour de fête , où tous les membres réunis à leur tête sublime formeront l'homme parfait, où Jésus-Christ Notre-Seigneur, digne de louanges et béni dans les siècles sera loué avec son héritage. Ainsi soit-il.

SUR LA MORT DE S. MALACHIE

ÉVÉQU2 M

SERMON PREMIER

Le ciel vous destine aujourd'hui , mes trèschers frères, une abondante bénédiction:

vous en priver serait une perte pour vous et un danger pour moi à qui paraît confié le soin de tous la dispenser. Je crains donc de vous causer ce dommage; je crains de me perdre si on pouvait dire: Les petits enfants ont demandé dupain et il n'y avait personne

(a) Mort en 1148. (Voir tome II, page 4SI.) 1 Job. vt 24, — « Geo. au

pour le leur donner1 . Je sais combien vous sont nécessaires les consolations célestes à vous qui avez généreusement renoncé aux attraits de la chair et aux plaisirs du monde. Personne ne saurait douter que ce ne soit par une disposition et un bienfait du Ciel que f Evêque Malachie s'est aujourd'hui endormi au milieu de vous, et y trouve une sépulture qu'il avait désirée. Si une feuille d'arbre

* Luo n. — » I Cor. 12, 86. — • Tbren. iv, 4.

même ne tombe pas à terre sans la volonté de Dieu, quel esprit pousserait l'aveuglement jusqu'à méconnaître dans l'arrivée et la mort de cet homme bienheureux un dessein de la bonté d'en haut ? Il est venu se reposer ici des extrémités de la terre, dans un autre but il est vrai, bien que son attachement particulier pour nouslui eût inspiréce désir bien connu. Sur la route il a rencontré bien des obstacles: on Ta empêché de se mettre en mer, jusqu'à l'approche de sa fin, et jusqu'à ce terme inévitable. Arrivé au milieu de nous au prix de tant de fatigues, nous l'avons reçu, comme un ange de Dieu, et avec un religieux respect de sa sainteté : et lui avec cette mansuétude et cette humilité si profondément enracinées en lui, nous accueillait avec un dévouement et une affection supérieurs à nos mérites. Il resta ensuite quelques jours au milieu de nous, en bonne santé, Attendant ses compagnons qui s'étaient dispersés en Angleterre, quand les vains soupçons du roi arrêtaient l'homme de Dieu. Tous so trouvant enfin réunis, il se préparait à partir pour la cour de Rome but de son voyage, quand soudain, arrêté parla maladie, il sentit qu il était plutôt appelé au palais du Ciel: dans s»s desseins de bonté sur nous Dieu ne vouLui pas qu'il mourût ailleurs, ni loin de Clairvaiiv.

2. Loin de trouver en lui aucun signe de mort, les médecins n'y voyaient même pas de traces de maladie sérieuse: lui cependant, I esprit joyeux, disait sur tous les tons que, celle année, Malachie devait quitter celle vie. U\ travailla contre lui, et par de ferventes prières adressées à Dieu, et partous les moyens qui étaient en notre pouvoir. Hais ses mérites l'emportèrent; les désirs de son cœur furent exaucés, et les vœux formulés par ses lèvres se réalisèrent. Tout alla au gré de ses sou haits, comme s'il eût choisi spécialement ce lieu d'après une inspiration de la clémence divine. Dès longtemps il avait aussi désiré être enterré le jour où l'on fait mémoire de tous les fidèles défunts. Mais ce qui mit le comble à notre joie, c'est que, Dieu l'ayant ainsi voulu, nous avions nous mêmes choisi ce jour pour transporter de l'ancien cimetière et déposer ici les ossements de nos frères. Pendant cette translation et les chants qui l'accompagnaient selon l'usage, le saint homme disait que ces chants le charmaient. Bientôt après il suivit lui-même ces défunts, s'étant endormi d'un sommeil très-doux et très-heureux. Nous rendons grâces à Dieu des dispositions arrêtées par lui ; nous le bénissons d'a-

voir honoré notre indignité du spectacle de cette belle mort, enrichi notre pauvreté du précieux trésor de ce corps, et soutenu notre infirmité par cette puissante colonne de l'Eglise. En tout cela il y a pour nous un signe qui nous persuade, ou que ce lieu plaît à Dieu, ou qu'il veut se le rendre agréable , puisqu'il y a amené, et de si loin, un personnage si saint, pour y mourir et y trouver un tombeau.

3. Mais la charité de ce bienheureux Père nous oblige à compatir affectueusement au sort de son peuple, et à déplorer vivement une mort cruelle qui porte à son Eglise malheureuse un pareil coup. Oui, elle est dure et inexorable la mort qui, dans un seul homme, en frappe une multitude : elle est aveugle et imprévoyante, elle qui enchaîne la langue de, Malachie, arrête ses pieds, entrave ses mains et ferme ses yeux, ces yeux habitués à attirer, par de pieuses larmes, le pardon du ciel sur les pécheurs ; ces mains si pures qui aimaient à s'exercer à des ouvrages laborieux et humbles, qui offraient si souvent pour les pécheurs l'hostie salutaire du corps du Seigneur ; qui s'élevaient dans la prière sans colère et sans amertume vers le Ciel : qui procurèrent aux malades tant de bienfaits, et qui opèrent de si éclatants prodiges : ces pieds si beaux du messager de la paix et de la bonne nouvelle ; ces pieds si souvent fatigués par un pieux zèle, et dont les traces mériteraient de respectueux baisers : enfin ces lèvres saintes du prêtre , dépositaires de la science ; cette bouche du juste qui racontait la sagesse, cette langue qui ne parlait que de justice et surtout de miséricorde, et qui a guéri tant d'âmes blessées. Et ne soyez pas surpris de l'injustice d'une mort engendrée par l'iniquité, ni de son inconsidération, puisqu'elle a eu la séduction pour mère. Ne vous étonnez pas qu'elle frappe sans discrétion, elle qui est le fruit de la prévarication ; elle est cruelle et sans raison , parce qu'elle a sa source dans les tromperies du serpent, et la folie de la femme. Pourquoi cependant l'accuser d'avoir osé frapper Malacnie, ce membre fidèle du Christ il est vrai, quand, dans sa fureur, elle s'est jetée sur le chef même de Malachie et de tous les élus ? Elle a assailli notre saint sans le blesser, mais elle s'est elle-même blessée. La mort s'est ruée sur la vie et la vie s'est renfermée dans la mort, et la mon s'est trouvée absorbée par la vie. Elle a dé* voré l'hameçon, et s'est prise elle-même au piège avec lequel elle croyait prendre-

SUR LÀ MORT DE S. MALACHIE

4. Hais on dira peut-être: Gomment la mort semble-t-elle vaincue parle chef quand elle sévit si librement contre les membres? Si la mort est elle-même morte, comment a-t-elle tué Malachie ? Si elle est vaincue , comment a-t-elle tant d'empire sur le monde, et pourquoi n'y a-t-il pas d'homme qui ne soit condamné à la subir? La mort est bien vaincue, en tant qu'oeuvre du démon et peine du péché : le péché l'est aussi , lui la cause de la mort: le démon est également vaincu lui l'auteur du péché et de la mort. Tout cela n'est pas seulement vaincu, mais jugé et condamné. La sentence est portée sans être encore promulguée. Déjà est préparé pour le démon le feu où il doit être précipité et il ne reste à sa malice qu'un court espace de temps. Il est devenu comme le marteau du céleste ouvrier, le marteau de la terre : il broyé les élus pour leur bien; il brise les réprouvés pour leur malheur. Au père de famille ressemblent ses domestiques, à savoir le péché et la mort. Le péché, bien qu'attaché avec le Christ, à la croix, ne régnait plus sur l'apôtre, mais habitait pourtant en son corps, durant sa vie. N'est ce pas lui en effet qui a dit: le ne fais plus cela; cfest le péché qui habite en moi *? Ainsi de son côté la mort qui n'est pas encore contrainte à s'éloigner de nous, a cependant perdu la puissance de nous nuire. Un moment viendra où il lui sera dit : O mort où est ta victoire ' ? Elle sera le dernier ennemi détruit. Mais présenment, par une disposition de celui qui a l'empire de la vie et de la mort, qui circonscrit l'Océan dans la ligne de ses rivages, la mort, pour les bien-aimés de Dieu, n'est plus qu'un sommeil rafraîchissant; le Prophète l'atteste en disant : Quand il aura aonné le sommeil à ses amis, ils jouiront de F héritage du Seigneur9. Pour la mort des pécheurs, elle est très-mauvaise, comme leur naissance est mauvaise, et leur vie pire que leur naissance. Hais précieuse est la mort des saints * qui finit leurs travaux, consomme leur victoire , leur ouvre les portes de la vie, et les conduit au sein d'une parfaite sécurité.

5. Il est donc juste, mes frères, que nous félicitions aujourd'hui notre saint Père Malachie, qui, comme un fidèle serviteur, a mérité de recevoir cette magnifique récompense. Si c'est un devoir pour nous de pleurer sa mort, ce n'en est pas un moindre de nous réjouir de sa vie. Car, n'en doutons pas, il vit, et d'une vie bienheureuse. Il a paru, il

1 Rom. vu, 17. — » I Cor. xv, 55< S. — * Id. cxv, 45.

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