‹ Œuvres de Saint Bernard (volume 3)Chapitre 38 sur 179 · Voilà le commencement, et voilà le · texte numérisé non relu

Voilà le commencement, et voilà le

» Ps. xLviii, 13, 21. — » Eocli. iv, %

4 Ps. exix, B#

SUR DIVERS SUJETS

milieu de votre vie. Quelle en est la fin ? Car il est dit d'elle que son souvenir empêche de pécher. La fin c'est la mort, le jugement, l'enfer. Quoi de plus horrihle que la mort? de plus terrible que le jugement? de plus intolérable que la pensée de l'enfer? Que craindra donc celui que ces choses ne font pas trembler, et ne pénètrent pas de terreur et d'épouvante? 0 homme, si vous aviez perdu la honte qui sied à une créature aussi noble que vous, si vous étiez insensible à la douleur et à l'affliction que ressentent les êtres purement charnels, du moins n'abdiquez pas la crainte, à laquelle la brute même est accessible. Nous accablons un âne de lourds fardeaux, nous le fatiguons au travail, il ne s'inquiète guère de tous ces traitements ; c'est un âne. Mais essayez de le pousser dans le feu, ou dans une fosse, il se défend autant qu'il peut, parce qu'il aime la vie et craint la mort. Ne vous semble-t-il pas juste que celui qui est aujourd'hui plus insensible que les bêtes soit un jour obligé de les suivre, et d'avoir dans les tourments une place au-dessous d'elles? Craignez donc, ô homme, craignez la mort qui vous séparera de tous les biens corporels et qui brisera par un cruel divorce les liens si doux qui unissent la chair et l'âme. Craignez le jugement où vous compa raîtrez devant le Dieu dans les mains duquel il est affreux de tomber, à l'examen duquel

rien n'échappe; craignez, car si le nèctié est en vous, vous serez irrévocablement privé de toute gloire, de tout repos, et séparé pour jamais de lasociété des bienheureux. Craignez l'enfer où vous serez la proie de feux éternels et immenses, en compagnie du démon et de ses anges, au milieu des brasiers préparés pour eux. Cette crainte est le commencement de la sagesse '. Le Prophète ne dit pas cela de la honte, ni de la douleur ; ni l'un ni l'autre de ces deux sentiments n'ont assez d'efficacité pour nous initier ainsi à la sagesse. C'est pourquoi la sagesse ne dit pas : Souvenez-vous de vos commencements, ou du milieu de votre vie, mais souvenez-vous de vos fins dernières et vous ne pécherez pas. L'esprit de crainte est, en effet, mille fois plus puissant et plus efficace, pour résister au péché que la honte et la douleur. Car la honte et la douleur trouvent une consolation quelconque, Tune dans le nombre des coupables , l'autre dans les joies du monde, la crainte n'en a pas. Et en voici la raison: Dans la mort vous n'emporterez avec vous ni peu, ni beaucoup des biens de ce monde ; au jugement vous ne pourrez ni tromper , ni résister , et dans l'enfer il ne reste aucune consolation ; une éternelle malédiction, des pleurs, des hurlements, des grincements de dents, voilà ce qu'il vous réserve.

SERMON XIII

Trois miséricordes et quatre pitiés»

I. Il y a de petits péchés, il y en a de médiocres, il y en a d'énormes, et il en est de même de la miséricorde qui est grande, médiocre, faible. Un grand pécheur a besoin d'une grande miséricorde, afin que la grâce surabonde là où le mal a surabondé. J'appelle petite miséricorde la patience de Dieu qui au lieu de punir le péché , l'attend à

pénitence. Je la nomme petite, non pas en elle-même, mais relativement aux suivantes, car cette patience de Dieu considérée absolument est une grande miséricorde. Dieu n'a pas attendu ainsi l'ange coupable ; il l'a précipité dans l'abîme immédiatement après

1 Ps.cz, X.

SERMONS DE SAINT BBMÎARD

sa faute; U n'a pas même différé le châtiment de l'homme, qu'il chassa du paradis aussitôt qu'il eut violé le commandcifleitt divin. Aujourd'hui cependant il attend, il dissimule, il supporte le pécheur* durant dix ans, vingt ans, jusqu'à la vieillesse) et.à là décrépitude. Et ai nous considérons la grandeur et le nombre des péchés qui se ctiirliiicttetit tous les jours, ne regarderonsfaôùS pàé comme légers ceux qui ont pourtant mérité tin prompt châtiment? Ne soyons donc pas surpris si les pieds même du Prophète ont chancelé , presque glissé * à la vuq dé la prospérité des méchants, et surtout lôrsdtfii entendait les pécheurs s'écrier : Estce que î)iéU connaît nos œuvres? Le Très- Èûut sail-il ce qui se passe ici-bas* . Mais c'est ici la gHice et là vertu de la croix de Jésus- Christ. Je bis y dit lé Seigneur $ je ne veux pas ta mort du pécheur, mais qu 'il se convertisse èl qu'il vibè*. Si je ne nie trompe, tfest ici le langage de Jésus-Christ ressuscité; il semble dire : qtle le Juif le veuille* ou qu'il ne le Veuille pa&, je VU ; je ne veux pas la mort du gêfctifetifr, mûl qui ai voulu mourir pour luj. Je Veux que itia mort lui profit» et lui soit XXÛe àbôhdàhtë rèdëmphbn.

' 2. , J'ai donc eu raison d'appeler petite cette miséricorde du Sjeigrieijr qui tar4.e à purlit et qui est prêt a pardonner; petite* non" ëh elle-tneme, niais si où la compare aux autres. Seule elle ne * suffit pas à nous sauver, elle ajoute plutôt à la sévérité de notre jugement; ce qui fait dire à Dieu : Tu as commis ces crimes, et j'ai gardé le silence*. Écoutons donc l'Apôtre tonner à son ordinaire contre le pécheur : Méprisez-vous, ditil, les richesses de sa bonté (il s'agit de Dieu) de sa patience qui vous invite à la.pénitence? Mais vous amassez un trésor de tolère pour le jour de la vengeance, par la dureté et t impénitence de votre cœur *. Oui, vous amassez des trésors de colère , au lieu des trésors de miséricorde que vous dédaignez, et vous rendez cette miséricorde inutile pour vous. Et comment cela? Par la dureté et l'impénitence de votre cœur. Or qui pourra briser

1 Ps. lxxii, 2, 3, il. — «Ezéch. xxxiii, 11, — » Pa. xlix, 21. — 4 1 Roui, ii, 4, 5.

cette dureté sinon celui qui dans sa passlbn a brisé les rochers? Qui donnera la Contrition aux cœurs sinon celui qui est lé principe de tout don parfait?

8; C'est là cette seconde miséHeof de* supérieure à la première et qui rfetopêche d'être infructueuse* et ae fee transformer en mortelle damnation, car elle ddrine dette pénitence saris laquelle totlté là patiente de Dieti* feu lieu de hoiis servir ndus défient fatale; Là première peut suffire fimir les fautes légères, et la pénitence quôtidiehnè a la vertu1 d'effacer ces péchés que ncraS ne pbuvdtiB éviter totalement, tant que nbds vivons dans un corps dé péché. Quant aux péchés plus graves et (Jui donnent là mott, fte treét pas asses de la pénitence* il f faut l'absteh tiotl totale. C'est chose difficile, et possible seulement à la puissance divine, d'dter de nos épaules le joug du pébhé ; car celui qui cotnmet le £éché en est l'esclave, et fie saurait eu être affranchi que par tine main toute-puidsante.

*. fit Voilà cette grande thiséricorde, si nécessaire aux grands pécheurs, et de laquelle il est dit ! 0 toum Dim, oytt pitié dé moi selon votre \frnwfo miséritôrd», éî efface* mes iniquités selon Ctmmmêfté tfe tos bontés1. Oh a déjà parlé des qtiatre fille* de la Miséricorde1; ce sont l'amertume mie Dieu

met feii itt>US< TëM&hémëht des dèfcâSionS du péché, là fefàe de résistance il M attitude du cœur. Tantôt Dieu envoie d'amers déplaisirs à l'homme engagé dans le péché, et les peines occupent si bien l'esprit qu'elles chassent les funestes délices du mal. Tantôt il écarte l'occasion du péché, et ne penne4 pas que notre faiblesse soit tentée. Quelquefois, il donne la vertu de résister au péché, dé tjiii est dne faveur plus grande encore ; nous sentons la tentation, et nous nous conduisons en homme en lui refusant notre consentement. Et enfin, en d'autres rencontres, il guérit nos affections, ce qui est la perfection même, en sorte que, non-seulemen' tious ne consentons pas à la tentation, mais nous ne la sentons même pas.

1 Ps. l, 1, 2. — * 3e serin, pour lo 6e Dim. après la Pentcc. . v

SUR DIVERS SUJETS

SERMON XÎV^

Ses tept dmu du Saùit-Espfit tfflpoitg dut «spl fefteti

l. LU toffem tsl tàtctiWtèik'é (fêta malice, qilâHd jigbtôttttt,, fa Vfertti et Mïgeisé fie Diëii, écfâse Sâtàjjl âpli,^ Seê piecU'. £/fê atteint <f uni exlrefhiîé a l autre avec force ., en précipitant du ciel VorguçiL et en dépôriiuâiit l'avare élans l^erifër . Elle dispose tout avec douceur* : au ciel où elle affermit leê. anges fidèles, dans le monde dontdle rachète les esclaves , dans les enfers d'où elle tire les captifs: ou* si vous préférez celte explication, disons que le Saipt-Esprit avec ses sept dons marche en Jrçtaiije rangée contre lés sept formes du, pécfié. Le premier aonA la ,Crainte> est opposé à la paresse i La craints remue rame, elle discute la conscience , e|le en se: coue l^Oiçourdissement mortel, elle éveille sa sollicitude* Aussi celui qui craint Dieu ne néfflife-t-ti-rien* > il tremble dans tous ses actes i . . .

2; Du reste* polir que la lutte soit plus vWej les mai lies de In cuirasse se serrent l'Une contre l'autre; etlatiédeui*dUSalut3'Uriitdan§lecœUr hummaàib curiosité q^ui le porte à s'occupe? des auirH. Qan le Sage Ta dit) il f a trois incommodités tftti chassent uri homme de sa maison ; tu fi*kée, Feau ynt déçvntte tt me maàtiaiséjkntme*. Le paneissedx n'est-it pas ex* posé à eeft trois inconvénients? UelUi qui fié» gK*e tes affaire ne chasse pafe la fumée* ne eomge pas sa femme, né hé pare pft»son toit* H faune fumée, ëtune fumée émisse et Wsuppditablê «ans les péchés que n'arrête aucun

délit4 tfë ftfciSéritttfdëj cftie h'étéiht jamait une laHflfe: Là tolonlé dëVietit fchà(|Ufe jwu* plus peRtettë* ^râCe à sa négligence, et l'in* dignatiOU du souverain juge ({ne h'apaiôè

* Sages, vn, 30; vxtt; lb: ** febdë.Viî; il -* PWf.

JOLJU, XLVI.

(a) Il y a de nombreuses variantes à ce sermon dans le ms.de Citeaux : elres mddiDent ped le Bëris . Ce sermon est cité dans les Fleun de S. Bernard, liv. VII, ch. xlyi;

.point la chante, celte chante qui couvre la jiiullitiidfe. dés iHiquités * tombe siir nous goutta a goutte. 11 est ainsi condamné à sortir de chez lui, a promener sûr les choses extérieures une çuribsitp inqhiète, celui <jui dédaigrie de s'étudier lui-même > oublieux du passé* iqdîfférent a\i présent,; et sans prévoyance te i'a venir» Evidemmentc*^ silé a pour ennemie la Piété* qui rappelle râtîle à eiiermên>e, comme ta curiosité l'en éloigne- Aussi la piété est Je vrai çiilte de DieU ; elle adore anns le co3Ur Celui qu'elle sait y faîrtsoU séjour. La curiosité mène à l'expérience du mal, en sorte que l'âme dissipée se laisse facilement aller au péché, tombe inconsidérément dans le piège et rencontre à tout moment deS jouissances pernicieuse* . L'ËspMt de science est diHgé contre cette maHieut-buse expérience j il nbUs apprend à thdlsir le biëni à repousse* le mal j il nous Wvëlë ce qu'il est dangereux et ce qu'il «st utile d'espêrimenteh

ft. ttepéndâttt fcliëÉ beaucoup, reîpérlènee dégénère éii pa§âiou . vous troutes ees dêgFë§ ëti Dida, la flilë de Jaedb, SdHie puUr

¥ëifr les îëmmëS étffthtëees St ëhlëtéë par *tndf fllS dU HH dé Sidlëlft kjUl Itt ébffômpit; piiiS eSSavft fl'aabUfcif sA deulëut- Vil? se» cmmi; eH Sof té qUë sôH ftttlë m\BL tldlëmftiëht âttathéë à éëttfe flllB*. Of; Je dis qljé ëëlui riUi niépriéë la lui; tjUl àbândoHHë Hlbdttêtëté, dit adied à là pudébr, passe ,de l'expérienrie dit niai; A fdttiolir du thtkP, feëlort le ldtigagë du Prophète; Il a pët-dU totalement la crairite du Seigrieur ; Il nJbbëil pltis qU'à là Vbix dëS pîissldtiS et du plaisir; sa Maison é'eSt ôa volbrtté. toritre cette viblericë de la cohcUpiscfence combat la fa>rfcë. tl n'y a, en effet, qu'Une main puissante qui puisse la dortipter. Dans ce but, que l'homme jeûne, qu'il châtie sa chair,

1 Gen. xxanr, 1, 8. — * Pu; ulxii, 7.

qu'il la réduise en servitude, de crainte qu'un aspic ne sorte de la couleuvre, et que la concupiscence n'engendre l'habitude. Comment la fragilité humaine, si misérable et si digne de pitié est-elle entraînée au crime par l'habitude mauvaise, sans y être poussée par la concupiscence et la violence des désirs? Ah! plût au ciel que tout le monde l'ignorât! C'est que quiconque fait le mal devient l'esclave du mal1, l'esclave du démon, à la suite duquel il marche dans toutes les routes mauvaises où l'entraîne cet esprit qui le tient captif.

4. Or, l'habitude est une chaîne lourde et fatale plus aisée à délier qu'à rompre, selon ce proverbe que l'adresse vaut mieux que la violence. De sorte que comme la force est d'ordinaire repoussée par la force, l'ardeur des désirs mauvais est détruite par la ferveur de l'esprit. Déjouez ainsi les artifices du démon et à la mauvaise habitude opposez le Conseil. Car si vous recourez à la violence, et si vous comptez sur les châtiments corporels pour triompher de la tyrannie de l'habitude, il est à craindre que vos efforts ne soient inutiles et que vos forces ne s'épuisent avant la passion que l'habitude a transformée en une seconde nature. Le Conseil vous est donc nécessaire, qu'il vienne soit de l'Ange même du grand Conseil, soit d'un homme vraiment spirituel habile à discerner les suggestions de Satan, et à indiquer les remèdes qui les paralysent. Otons l'occasion du péché, et la facilité d'y tomber. Nous lisons, mes frères, qu'un ermite attaqué dans son désert par des pensées impures en fut guéri par l'adresse de son Abbé. Cet Abbé ayant appelé secrètement un autre frère lui prescrivit d'accabler d'injures le religieux tenté, et de se plaindre cependant comme s'il était l'insulté. Le pauvre religieux fut tellement bouleversé et confus, qu'il oublia bientôt sa tentation obstinée, et, que quand on le questionnait à ce sujet il répondait tout émerveillé : Eh ! quoi ! on me permet à peine de vivre, et j'aurais le loisir de céder à des idées impures1 ?

5. Hais peut-être n'a-t-on pas encore trouvé celui à qui appartient le triomphe, et qui doit emporter la couronne. Le mépris naît de l'habitude mauvaise. Souvent on pèche avec d'autant plus de liberté qu'ayant abdiqué l'espérance on lâche la bride à toutes

1 Jean vin, 34. — *S. Jérôme, épître à Rustiq. yen lo milieu.

ses passions, et on court avec une rapidité effrayante à l'abîme, selon ce qui est écrit : Le pécheur arrivé au fond du précipice méprise1. Il faut donc que l'esprit d'intelligence combatte ce mépris, en éclairant les ténèbres du cœur, en y versant la lumière de la divine miséricorde et l'abondance de la compassion. Aussi l'intelligence doit-elle s'élever vers les choses divines, vers ces choses si hautes que la raison est impuissante à les comprendre et que la foi même ne les saisit qu'avec peine, comme par exemple cette doctrine de l'Apôtre : La grâce a surabondé là où avait abondé le péché*.

6. Si le mépris persiste, il est nécessairement suivi de la malice, et dans son désespoir ce malheureux n'a plus qu'une consolation; puisqu'il n'a plus de part dans le bien, qu'il trouve au moins sa joie dans le mal, et dans le désordre. Il ne lui reste donc qu'un remède; c'est que la Sagesse entre en lutte contre la malice , et qu'elle la renverse de sa main invincible. Autrement comment délivrer celui qui est entré àBabylone, s'il n'est prévenu des douces bénédictions du ciel, si un clou ne chasse l'autre clou, si des charmes criminels et perfides ne sont détruits par les joies el l'onction de l'Esprit ?

7. Il est donc vrai, la Sagesse victorieuse atteint avec force d'une extrémité à l'autre, déracine chaque vice en particulier, et lui substitue une vertu. La paresse secouée, l'esprit de crainte remplit l'âme ;|la curiosité expulsée, la piété en prend la place ; l'expé rience du mal disparait devant la science ; la concupiscence est abattue par la force, la mauvaise habitude par le conseil, le mépris par l'énergie de l'intelligence; la malice s'enfuit devant le règne de la sagesse. Or, dans ce triomphe, la crainte réveille l'âme infortunée que la négligence avait plongée dans un lourd et dangereux sommeil. Les douceurs de la piété gagnent le cœur séduit par la curiosité ; la science lui fait connaître et regretter le passé. La force relève les abattements de la concupiscence; le conseil délivre des chaînes de l'habitude ; l'intelligence tire de sa prison le captif que le mépris y avait jeté. Et enfin, dressant la table, la sagesse ranime et rassasie d'aliments salutaires l'âme affamée et mourante.

1 Prov. xvin, 3. — » Rom. v,

SUR DIVERS SUJETS

SERMON XV

Sur. la recherche de la sagesse:

î. Que faisons-nous ; en ce monde, mes frères? je vous le demande, qu'y faisonsnous ? Si nous prétendons nous sauver de ce siècle, pourquoi hésiter et délibérer sur lui ? Nous voulons en sortir ; pourquoi donc traîner nos chaînes après nous ? Elles sont d'or, je le suppose; mieux vaut pourtant être libres sans elles qu'esclaves par elles. Oublions leur valeur et songeons qu'elles sont un obstacle. A la nécessité de notre condition déjà si dure, n'allons pas ajouter la glu de la cupidité, ni les nœuds d'une vaine sollicitude. Mais que peut faire un captif dans ses chaînes ? C'est peut-être une question inutile, puisque si on met les hommes aux fers, c'est plutôt pour les empêcher d'agir, et pour les faire souffrir. Les chaînes sont autant des entraves à l'action que des instruments de souffrance. Cependant il faut faire quelque chose ici-bas : il y faut faire pénitence, et la pénitence est moins action que passion. Oui, nous avons à faire quelque chose en ce monde et non pour le monde. Quoi ! on lit qu'Adam fut placé dans un jardin délicieux pour y travailler1, et on aurait la folie de s'imaginer que ses enfants y ont été mis pour y rencontrer l'oisiveté à la place de l'épreuve? Travaillons donc non à acquérir une nourriture périssable ; mais à accomplir l'œuvre de notre salut. Travaillons à la vigne du Seigneur afin de mériter le denier de la vie éternelle. Travaillons avec la Sagesse qui nous dit : Ceux qui travaillent avec moi ne pécheront pas*. Le monae est un champ, dit la Vérité, creusons pour y découvrir le trésor qu'il cache : ce trésor c'est la sagesse elle-même qui sort des lieux les plus secrets. Nous la cherchons tous, et tous nous la désirons passionnément.

2. Mais il la cherche vainement celui qui la cherche en son lit, car on ne la rencontre

1 Geo. u, 15, — » EcclU xxiv, 30,

point dans- la terre de ceux qui vivent au sein des délices. Ce lit est étroit, et vous y cherchez un géant? Ce lit est le vôtre, et vous espérez y trouver celui qui n'a jamais habité une maison étrangère ? Si vous cherchez, cherchez bien; convertissez-vous et venez 4. Et d'où sortir pour chercher, demandez-vous ? de votre lit. De quoi devezvous vous convertir et vous détourner ? de vos voiontes propres*. Mais si je ne trouve pas la sagesse dans mes volontés, où la rencontrerai-je ? car mon âme en est avide ; et si elle la trouve, elle ne sera pas satisfaite si je ne la possède avec abondance, dans une mesure large, serrée, entassée ; dans une mesure qui déborde en mon sein. Et mes désirs sont justes, car heureux l'homme qui trouve la sagesse, et qui abonde en prudence '. Cherchez-la donc pendant qu'on la peut trouver ; invoquez-la pendant qu'elle est voisine de vous. Et voulez-vous savoir combien elle en est voisine ? La parole est près de vous, dans votre cœur, sur vos lèvres *, pourvu que vous la cherchiez avec un cœur droit. Elevez donc votre cœur, sortez de votre lit afin de ne pas entendre en vain l'avis qu'on vous adreese de tenir votre cœur en haut. Ainsi, vous aurez la sagesse dans votre cœur, la prudence inondera vos lèvres, mais ayez soin qu'elle les inonde sans se répandre trop au dehors.

3. En effet, vous avez trouvé un rayon de miel dans la sagesse ; n'en mangez pas avec excès, vous le rejetteriez. Mangez-en de façon à en avoir toujours faim. La sagesse a dit elle-même : Ceux qui me mangent auront encore )avm de moi \ Ne croyez pas en être si richement pourvu ; n'en prenez pas jusqu'à satiété, de peur qu'on ne vous ôte ce que vous croyez avoir, parce que vous avez cessé trop tôt de la chercher. Il ne faut pas

' Isaie xxx, 12. — * EcclL xvm, 30. — • PrOY. III* 13. ^ * H91D. x, 8, — * EcçU. xju V, 89.

tous lasser de là chercher, ni de l'invoquer dans le temps où onla peut trouver, et où elle est près de nous ; car, Salomon l'a dit encore: S'il n'est dos bon de manger trfm jjfi miçl, ainsi celui qui veut sonder la rwJM$$ seva écrase mts sa gioire1. Pourquoi donc, ô Pilate, interrogez-vous le Seigneur en particulier ? pour qu'il vous dise à l'oreille qu'estce que la Vérité ? C'est trop pour vous. On ne donne point aux chiens les choses saintes ; on ne jette pas des perles a^x pourxpaux, Cherchez plutôt le goût de la' foi, et gardezvous de la satiété de l'intelligence. Aussi est-ce avec raison, mes frères , que filète se retira tout ébloui, et que, sans attendre la réponse de Jésus, il revint vers les Juife ; fl s'était élevé trop haut en demandant ce que c'est que la vérité".

À. Cherchons donc la sagesse dans le cœipr, la sagesse qui vient de la fpi, selon la recommandation que l'Apôtre nous adresse dfe n'êifiê pas feus sages qu'il ne faut l'être, mais de Vitre avec sobriété*. La sagesse sobre consiste dans le regret dés péchés passés, dans le mépris des biens présents, dans le désir des récompenses futures. Oui, vous l'ave? vraiment rencontrée si voqs pleure? vos désordres, si vous dédaignez ce que cette vie fous offre d'enviable, si vous aspirez de toute votre âme après l'éternelle féljcité. Vous l'avez trouvée, si vous avez de toutes ces choses une idée juste ; si vops regardez les premières comme pleines d'amertume, et §i vous êtes résolu à les fuir ; si vous méprisez les secondes comme périssables et fugitiveg, si vous estimez les dernières parfaites, dignes de vos désirs et (le vos affections. Oui elle est

sobre ; elle ne provoque pas le vomissement, cette sagesse que le froid de la crainte inspirée par le souvenir des péchés, et la ferveur 4e }a vérjté échauffée par les divines promesses défendent de la tiédeur des fatales préoccupations de cette vie. Ainsi vous n'êtes exposé ni à rejeter la sagesse, ni à en être rejeté ; car si celui-là est heureux qui a trouvé ta sagesse, heureux est aussi celui qui demeurera dans ta sagesse1 , ce qui se rapporte peut-être à j'pjnradance dont parle l'Ecrtiure. 5. Ôr la sagesse ou la prudence afflue sur nos lèvres de trois manières : quand nous cpnfessons de bouche np§ iniaui^és, cjûaqd nous rendons grâces ' quand noi^ tenons un langage édifiant. Car, si on croit du cœur pour iq îusttcê, 01} confesse de bouche vour le sahtt a. D'ailleurs , le juste conçmencç var s'accuser lui-même % ; ensuite il glorifie le Seigqeur ; et en troisième lieu (si la sagesse abonde en lui à ce point), il doit édifier le prochain. Mais la sagesse (^oit-elle aussi abonde^ dans les œuyres? Assurément, cherchons bien et pops trouyerons qu'elle j abonde en trois manières. Un saie, en effet, a dit jadis : Que la sagesse se dépeignait en trois maniées \ pour n)oi^ si voqs n'avez pas up sentiment préférable à émettre, je crois qu'à l'égarc} des qeuvrèsj c*est avoir une juste abondance dp sagesse ope 4e se garder fidèlement dans la coptinence, la patience et l'obéissance, de façon à mortifief ~W l'obéissance la volonté propre, à éloigne f >ar la continence topt plaisir charnpl et nopdain, et fa supporter courageusement par

la patience Içs affftçttoes & ççtte ?ifc

SERMON XV

2b tPûk âertt de kmiyê* te tuffiUmu $w ks penséti*

|. Il faudrait, mes frênes, apporter plus d'attention et de soin à ups pensées. Je dis ans nàtres qui fournissent sans eesse une matière à de ai saintes méditations. Nuit et

' * Prov* xxv, 27. — ttomma, 8S» — * Usa» xn,«.

jour nous chantons au nous li sens les parties des prophètes et des évangélistes, et ces par rqles nous menacent de l'enfer, ou nous promettent la gloire du royaume céleste. D où

1 Eccli. xiv, 32. — ■ RoQt Z, 10. — • Prov, xyu, 17. -î * 1& xziii 20. T

SUR DIVERS SUJETS

Tiennent (towtent de pensées raines, nuisir

Sibles, bûnteusps, fjuj, §ajî§ pesse, tantôt par J'impurpté at la vaine g|pire, tantôt par l'orjpiefl et J'amnition, PW toutes les passions enfln, nous tourmentent au poirit que nous respirons à peine dan§ la gérénité (les saintes pensées ? Malheur, malheur à la tiédeur et £ l'assoupissement de nqs pœurs I ?{ous npu?

abandpnnons § pps vanités an lieu de non? élever aussitôt jusqu'aux biens du Seigneur,

soit naturels, soit spirituels, gpit éternels. Les biens natures sppt granqs; les spirituel le sont davantage, et les éternels les surpassent tops. ftoi:3 trouypns une réparation dans les premiers, un exerpicê dans le? Recouds ; les derniers uuvrent devant nPH? l'horizon immense de la béatitude. Si vous ne pouvez arrêter l'œil de yotre méditation sur (es biens éternel, parce qu'Us sont trop élevés et surpassent tout sentiment, tournez-le vers les biens dp la grâce qui se trouvent dans j'e*ereipe des verjus, et reconnaissez avec quelle pureté de pou?

science, et quelle liberté d'esprit on doit

vivre dans la chasteté, lecharjté, la patience. J'bumijité et dans toutes les autres yertu$ qui rendent une âme agréable à pieu, imita? bje au* gommes, et facile à fléplifr. Ce but est-il encore trop élevé pour vous, et dépasse? t-il votre faiblesse, abaisse; vos rpgarqs sur les biens de la nature qui dqivpnt ypus ptrç aussi familiers que vous Vè\ep àvous-iuèpie. Si je les appelle biens de Je nature, pe n'esf pas qu'ils Sflient totalement étranger* à la

grâce; mais je leur donne ce npm parée qu'ils étaient en quelque sprte innés à là nature, enté* en elle, ayant le péché qui a gâtç en npus et la personne et la nature. Pepute,

|ls ne »pt plus autant en notre pquyoir, $ raison de la blessure qui npus a atteinte; bien qu'babituellemeut nou? }es sentipns en npus et hors de nous, autant par laraispuque'paf uns sentiment». Et parce que uqu* ?ommè?

composés de corps et d'âme* spipn ta pawl*

de l'Apôtre, il non? faudra commencer P« 1» partie animale, par les J>iep« dij eprp»;

afin que ee «ni **t ammal «$$» ôe m est

8. Or tniM le* biens 4u tforp* et cepx qua nous lut devons se résument dan« !*.«»#; Riep 4e piu§ à lui donner, k ehercbei? p«rçç lui : \\ faut «'t?n tenir là, rjenGbafnefc pufcf

gu'|l pe produit pas 4e font, «t W'4 M\ per Ja mnrt. Mais igi se gaçhe un mm m» je ne dois pas vous taire. La volupté dresse

des embQcbeq $ la santé, et Ja fiôùtsuttiftitap façon si subtjlp, qu'il est dlfftcije de Ja recpfr

Ïjaître et dé' s'en défendre. Qrj si on se re$$ 'esclave de la volupté san; pgard pour }a

santé, on n'est p}u8 dans la nature, onlui.éSt assujetti, pj ei|e ^^ ^ m*m ^ j. ^^

en pédant l'empire à la yolupté. Pe $ yjeqt que beaucoup de gens se sppt laissés aH^f

ou pour mieux dire sont tombés en des pas?

sjons $( br»ta}es, qu'Us préfèrent lft volupté

a ta santé, et se plongent en Ses RÏaisirs an»

leur appprleront, ils le savent, Ses dRUleurç pruel}es et fatales. Or, pqmme la sapté est J§ bien naturel dn corps, te bfpn "naturel du pqeur est la pureté, puisqu'on np peut voir Djeu avec un <eil impur, et que le cœur

humain a été créé pour voir son auteur, ityajs s'il faut prendre soin de la santé du pprps, il faut être plus inquiet encore de la pureté du pepur, partie plus noble que Jp pprps. Nous entendons ipï par pureté, dans tpus nos aptes, rendre humblement témPi-

gpage au Seigneur dans la prière, et k

l'jiomme dans la confession, et dire : Je cm? fesserai çqntre moimon injustice au Seigneur, ef voys, vfion Dieu, vqu$ iriwez ^Wdçmi fïfflpiéfé cfç mon péché *,

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