pt parce que J'bpmme est un anima
flegme à }a société, il faut passer de ce qiu jjst en npus à pe pi est autPur de UPUS, afin d'agir, s'il se peut, ta pai* avep tPUt le mPUde. En effet,, la Ipi de la sppiéfé naturelle est celle-pj : faire à aptrui ce que pouç
vpulonsqu'pn nous fas§e> ei traiter les autres
ppmmp ÙPUS voulons être traité^ Ainsi?
ppmme npus devons la santé à notre corps, la
{pureté ànptre e*ur, npus deypns la pai^ à nos» rères. rassoni maintenant au* sainte qui, de pe cachot de nfltre mortalité, put pripleur toi yprç le* jpies du ciel. Certainement upu* 4evens les imiter, puisqu'ils ont été ici-boa passibles eqmn*p »ws, flu'Uj nous ont lait
connaître les routes de la yjp quite PUt P&ft MUrups ave^ UM per^ypranpe infatigable.
Quant à peux qui «put wrlte 4e cette vie 4onf une vertu et une pémtpnee mpins parfaitest
nous leur de^PPS compassion et prière, puifb
gU'ite appartiennent à la même pâture qu« pops, afin aup le père les purifie ayee misét
rieprte, pbange m t>i#nfaite ses pbatwente, et les ren4e enân parti^ipaute de» joies de la pité bienheureu9eY Pb fluotl u» taur^ii trouve uq m*i» tawean m^t rt |i pleurfli tl mugit, et lui rend, si j'osa 4I<^> la» «ovpw*
de la fraternités Qu'est-ce donc que l'homme
1 1 Cor. xv, 46. -
1 Pi. xxxi, 5,
ne doit pas à l'homme, lui que la raison instruit et que l'affection guide? Ainsi imitation aux âmes saintes,, compassion aux moins parfaites : suivre les premières, gémir sur les secondes.
4. Quant aux anges bienheureux nous devons solliciter leur assistance, et par des gémissements secrets, et par des larmes abondantes, afin qu'ils présentent nos prières à la Majesté suprême, qu'ils nous rapportent ses grâces, eux, esprits chargés d'un ministère et envoyés au secours des héritiers du salut *. Enfin du Maitre de toutes choses sollicitons sa bonté; la bonté est sa nature, avec la compassion; il pardonne, sans considérer le nombre de nos offenses. Ah ! qu'il prenne pitié de nous selon la grandeur de ses miséricordes. Nous lui devons l'amour, la soumission, le respect et l'humilité ; l'amour, car il nous a créés et comblés de biens ; la soumission, il nous est supérieur, il nous a prescrit cette dépendance, il est terrible en ses desseins sur les enfants des hommes. C'est ainsi que nous devons la santé à notre corps, la pureté à notre cœur, la paix au prochain, l'imitation aux saints, aux morts la compassion ; qu'il nous faut solliciter le secours des anges, et la miséricorde de Dieu et tirer tout cela du trésor des biens naturels, afin de savoir qu'après avoir rempli tous ces devoirs nous ne sommes encore que des serviteurs inutiles, et que nous n'avons fait que ce à quoi nous étions tenus. Aussi trouveraiton à peine un commandement imposé à l'homme qui dépasse ses forces et les énergies de sa nature. Or, comme nous l'avons dit, ces biens nous réparent et nous rétablissent en quelque sorte dans notre premier état, nous revenons à cette douceur primitive de la nature, conservant aux choses leur rang, à celles qui sont en nous, à celles qui nous entourent, comme à celles qui sont placées au-dessus de nous. Et voilà pour les biens de la nature.
5. Quant aux biens spirituels qui nous exercent à tendre aux biens éternels, ce sont les mêmes que les précédents, et néanmoins si on les considère d'une autre façon ils en diffèrent, tout en se confondant avec d'autres dont l'énumération serait trop longue. Les uns sont conformes à la nature, les autres lui sont supérieurs. Dans l'exercice spirituel, nous ne devons pas la santé au corps, il faut plutôt le réduire en servitude, l'affliger, le condamner au travail, selon cette parole
a un homme spirituel, et grandement spirituel: Je châtie mon corps et je le réduis en servitude1. Nous ne devons pas seulement au cœur la pureté, cette pureté qui nous porte à confesser simplement et humblement nos péchés, mais encore une pureté, qui mette dans nos intentions, nos pensées et nos œuvres une telle circonspection que notre vie soit féconde, et notre réputation glorieuse, non au profit de nos intérêts personnels et de notre considération, mais en vue de la gloire de Dieu et de notre Père céleste. Ce n'est pas assez de vivre en paix avec nos frères, il faut de plus savoir la garder avec les ennemis de la paix, supporter tout le monde, sans être soi-même à charge à personne. De plus, nous ne devons pas seulement aux morts la compassion et la prière. Réjouissons-nous avec eux dans l'espoir de leur félicité prochaine, car encore que nous ayons lieu de nous affliger de leurs souffrances dans le séjour de l'expiation, nous devons éprouver une joie plus vive à la pensée qu'ils seront bientôt près de Dieu qui essuiera leurs larmes, et que le deuil et les pleurs finiront pour eux. Quant aux âmes, aux anges bienheureux, nous ne devons plus seulement imiter les unes et solliciter l'appui des autres; il faut désirer ardemment leur présence, souhaiter d'être avec elles, de voir ces colonnes du ciel qui soutiennent le monde, et en qui luit et resplendit l'image glorieuse et magnifique de la divinité. Enfin, ce n'est pas uniquement la bonté que nous avons à chercher en Dieu, nous avons aussi à diriger vers lui toutes nos affections, afin de nous aimer en vue de lui, de contempler sans cesse cette Majesté qui produit tout, qui embrasse tout, et qui est l'unique objet sur lequel les créatures raisonnables aspirent à fixer leurs regards.
6. Telles sont les routes de la vie spirituelle. Une âme religieuse s'y complaît et s'y dilate, oubliant tout ce qu'elle a laissé derrière elle, constamment appliquée à mai^ cher en avant, c'est-à-dire vers les biens éternels, vers la palme de la vocation divine. Le bienheureux Apôtre saint André dont nous célébrons la fête ne s'élevait-il pas ainsi au-dessus de la nature , lorsqu'il s'écriait : 0 bonne croix, longtemps désirée et préparée enfin à mes désirs 1 Je viens à toi hardiment et joyeusement? C'est vraiment ici le cri d'un homme altéré, et qui s'est élevé des biens de la nature à ceux de la
* Hébr. i, 44.
* I Cor, n, 27.
SUR DIVERS SUJETS
grâce. Il se glorifie non-seulement dans l'espérance, mais dans les tribulations. Il sort du tribunal qui l'a condamné, joyeux d'avoir mérité d'endurer des affronts pour le nom de Jésus-Christ. Et c'est avec élan , avec ardeur qu'il court au supplice, comme on s'élance k une fête ou à un triomphe.
7. Or, ces biens éternels sont des biens que lœil n'a pas vus, ni l'oreille entendus, qui ne sortent pas de cette patrie, qui ne connaît que la joie et la félicité. Là, rien ne manque, là règne une abondance capable de combler tous les désirs. Et quelle abondance ! On n'y trouve rien de ce que vous repoussez, on y rencontre tout ce que vous voulez. Ahl s'écrie le Prophète, que la paix habite votre forteresse, et que l'abondance remplisse vos tours1. Ces tours toutes de pierreries, selon un autre prophète , et où Dieu doit nous rassasier non de l'écorce du sacrement mais de la fleur même du froment. Si donc nous ne devons manquer de rien, si rien ne doit nous être caché, peut-on douter que là nous ne rencontrions la consommation de la gloire ? Non, rien ne nous sera caché, et voilà cette sagesse qui doit rassasier la curiosité de l'homme. 0 sagesse, qui nous révélera tout, tout au ciel et sur la terre! Par elle nous boirons à sa source la connais-
sance absolue. Plus de soupçons à craindre, plus de complots à redouter ; car, au dire de saint Jean, cette cité ressemblera au plus pur cristal !, et comme nous voyons nettement les objets à travers le cristal, ainsi pénétrerons nous toutes les consciences. Mais qu'importe que rien ne nous manque, que rien ne soit caché pour nous, si nous restons exposés à la crainte et à l'anxiété ? Aussi, plus de crainte au ciel, et voilà cette puissance qui fortifie la faiblesse humaine. // a placé La paix à vos frontières, dit le Psalmiste, et consolide tes fermetures de vos portes*. Aucun ennemi n'y peut entrer, aucun ami n'en peut sortir. Là donc où régnent une abondance, une sagesse, une puissance souveraines, doit se rencontrer également la plénitude de la béatitude, relativement à la félicité de l'homme. Tels sont les biens de la nature, de la grâce, et de la gloire, les biens de l'humanité, de la vertu, de l'éternité. Songeons à ces choses, ruminons-les, mes frères, et selon le précepte de la loi, ruminons-les encore8. C'est la vie, la vie de notre esprit. Ainsi les saintes pensées nous conserveront et avec le saint Prophète, nous dirons: Seigneur, la méditation de mon cœur est sans cesse devant vous ; vous êtes monprch tecteur, vous êtes mon Rédempteur \
SERMON XVII
Triple garde de îa main, de la langue, du cœttr.
1. Nous nous plaignons tous que la grâce nous manque. Mais la grâce a peut-être plus sujet de se plaindre que nous lui manquons. En eflet, cette grâce de la dévotion que nous cherchons est une chose de cœur, et il se prive de cette faveur celui qui néglige de préparer en lui à la grâce une demeure intérieure. Du reste, quel soin peut-on pren-
* Pfc cm, n.
Ton. IV.
dre de son cœur, quand on ne veille ni sur ses lèvres, ni sur ses mains? Vous n'avez pas commencé, ne vous étonnez pas de n'être pas arrivé à la perfection. Pour y «irriver, commencer ne suffit même pas, il Tant continuer. Avoir les mains pures, c'est beaucoup pour un séculier ; pour un moine c'est un mal et un grand mal de ne pas les tenir
1 Apoc. xxi, 19. — ■ Ps. cxlvii, H, 13. — * Lévit. xi, 3. — ♦ Ps. xviii 15.
exemptes de toute souillure. On veut même en nos mains une pureté plus grande, une justice plus abondante que dans celles des séculiers. A eux il est dit : Fuyez la fornication l; que celui qui volait ne vole plus*. On leur défend d'autres désordres semblables qui ferment le ciel à ceux qui s'y livrent. Devonsnous craindre aussi ces souillures dans nos œuvres, et ces impuretés dans nos mains ? Mais plus nos mains sont pures, plus une tache, même légère, les rend difformes. Et comme une tache, fdt-clle petite , gâte un beau vêtement, ainsi la plus légère désobéissance nous souille. D'ailleurs, ce n'est plus ici une tache légère, mais une ditlormitâ notable que la négligence que nous apportons dans l'observation des moindres préceptes. C'est donc à observer fidèlement toutes les pratiques que nous devons employer les commencements de notre conversion, alors que la lumière est en nous, bien que faiblement; à moins qu'ils ne croient avoir en eux une grande lumière ceux à qui la Vérité a dit : Quand vous aurez fait tout ce qui vous a été prescrit, dites : Nous sommes des serviteurs inutiles, nous n'avons fait que notre devoir*? Mais vous me direz peutêtre : le but de cet avertissement est de nous porter à pratiquer l'humilité. Soit, mais est-ce une humilité contraire à la Vérité? Cependant si on nous trouve encore plus négligents dans le soin de nos actions, il n'est pas de sage qui avertisse celui qui avale un chameau de prendre garde à un moucheron.
2. Mais, nos mains purifiées, nous ne pouvons encore passer à la pureté du cœur, avant d'avoir purifié nos lèvres, ce qui doit être notre second souci. Si vous dites que peu de gens savent bien régler leurs paroles, vous saurez par là que la perfection est rare, et peu commune en ce monde. Qui redira, en effet, la souillure que peut contracter un organe si petit en lui-même? Que d'impuretés amassées sur des lèvres îmmorliiiées? Dans quels dangers nous jette une bouche à laquelle la circonspection est étrangère 1 11 y a une langue qui se répand sans cesse en discours oiseux ; une langue sans pudeur ou superbe, instruments l'une de l'impureté, Vautre de l'orgueil. Il y a encore une langue trompeuse et une langue méchante répandant partout l'une le mensonge et l'autre la flatterie, médisant tantôt en lace, tantôt eu secret. Si nous devons rendre compte au jurje-
* I Cor. vi, 18.— « Ei lies, iv, 28. — » Luc xvn, 10.
ment de Dieu de toutes les paroles inutiles *, avec quelle rigueur serons-nous donc jugés sur une parole de mensonge, sur une parole malveillante ou injurieuse, sur un mot superbe ou lascif, sur une basse flatterie ou sur une dé traction?
3. Mes frères, qu'elle est vraie cette sentence : Les longs discours fourmillent de péchés* \ En effet, sans parler du reste, si une parole est oiseuse lorsqu'elle n'est pas dictée par un motif raisonnable, quel motif assigner à celle qui est contraire à la raison! Gardez-vous bien, mes frères, d'estimer peu de chose le temps perdu en entretiens inutiles; ce temps est si favorable, et si précieux pour le salut ! Le temps passe sans retour, il est irréparable, et l'insensé ne comprend pas la perte qu'il fait. Mais, dit-on, il est bien permis de s'entretenir pour passer une heure (a). Pour passer le temps ! pour passer une heurel L'heure que Dieu vous avait donnée pour faire pénitence, obtenir le pardon de vos péchés, conquérir la grâce et mériter la gloire l Ce temps que vous deviez consacrer à attirer sur vous la divine miséricorde, à vous mêler à la société des anges, à soupirer après l'héritage perdu , à aspirer après la félicité qui vous est promise , à réveiller une volonté languissante, à pleurer enfin les fautes de votre vie ! Est-ce ainsi que les laboureurs se conduisent quand s offre jnfin à leur désir la saison propre aux semailles, et les vignerons quand vient ceUe de tailler la vigne? Se livrent-ils à d'autres occupations, sont-ils heureux de rencontrer des passe-temps qui les excusent de couler ces jours sans rien faire? Et les marchands au moment des foires ont-ils l'habitude de s'amuser et de perdre les occasions de profit et de gain? Et les pauvres et les mendiants enfin, quand se présente le distributeur d'aumônes si souvent appelé, cherchent-ils des distractions? cèdent -ils leur place à d'autres pauvres, pour se retirer à l'écart, et se cacher dans les coins des places publiques?
4. Encore si on ne perdait en paroles que le temps de la vie ! N'en voit-on pas y perdre
* Math, xii, 36. — * Prov. x, 19.
(a) De ce passage on a pu conclure que les religieux Cisterciens avaient quelquefois un moment pour s'entretenir. C'est pour cela que dans son éloge d'Humbert, S. B rnard blâme les discours inutiles, les bavardages, les médisances des religieux. Il y avait du reste chez eux un grand respect du silence,— Voir serm, 111* sur l'Aveat n° 5, etc. etc.
la vie même; noh-seutoment leur vie personnelle , mais celle de leurs frères? Les médisants qui sont en horreur en Dieu ne perdent-ils pas la vie? La vie fuit ceux qu'elle hait, et ceux qu'elle fuit sont condamnés à mourir. Ne meurt-il pas aussi celui qui boit le poison que lui présente une langue médisante? En effet, cette langue lui ravit doucement la vie de la charité, et à son insu l'amour fraternel se refroidit en lui. Un jour aussi peut-être cette médisance arrivera aux oreilles de celui qui en est l'objet; les paroles volent, et après avoir passé par tant de bouches il est difficile qu'elles n'aient pas été augmentées, et qu'après avoir tant voyagé elles ne soient enfin rapportées à celui qu'elles offensent. 11 en sera donc blessé, il s'irritera, la charité s'éteindra dans ton cœur d'autant plus facilement qu'elle semblait en lui plus vivante. Si mon ennemi eût médit de moi, dit le Prophète , je Vawais enduré*. Je le veux, la personne qui écoute la médisance est prudente, et se tient sur ses gardes : de son côté celui que la médisance attaque s'y tient aussi, s'il est sage ; l'un pour ne point se laisser empoisonner ; l'autre , pour n'être point troublé par le scandale. Cependant la langue médisante leur donne la mort , autant du moins qu'il est en son pouvoir; elle se la donne à elle-même. Elle la donne au premier dont elle blesse la conscience, au second en qui elle détruit la charité. N'estce pas là une langue de vipère? Oui, puisque d'un souffle elle tue trois personnes. N'est-ce pas une lance? Assurément, et une lance bien aiguisée , puisque d'un coup elle perce trois cœurs. Leur langue, dit le Prophète, est un glaive acéré*. Oui, la langue d'un médisant est un glaive à deux ou plutôt à trois tranchants.
5. Et dites-le sans crainte, cette langue est plus cruelle que la lance qui transperça le côté de Notre-Seigneur. Elle aussi elle blesse le corps du Christ, un de ses membres, et elle le blesse non plus mort , mais elle lui donne la mort en le frappant. Elle est plus malfaisante que les épines mises sur la tète de Jésus par la férocité des soldats, que les clous mêmes enfoncés par la méchanceté consommée du Juif dans les pieds et les mains du Sauveur. La raison en est que si Jésus-Christ n'eût pas préféré la vie de son corps mystique, que la médisance attaque, à celle de son corps naturel, il n'au-
rait pas livré celui-ci à une mort cruelle, m à l'ignominie de la croix. Et nous disons cependant : C'est si peu de chose qu'une parole ; la langue de l'homme n'est qu'un peu de chair tendre et molle ; le Sage luimême n'en fait pas grand cas. Je l'avoue, une parole est chose bien légère, elle voie rapidement, mais quelle blessure elle fait! Elle passe vite, mais elle brûle; elle pénètre instantanément dans une âme, mais elle n'en sort plus si aisément; elle est bientôt prononcée, mais on ne la retire pas de même ; elle vole sans peine, aussi viole-telle facilement la charité. Une mouche morte, n'est rien, et pourtant elle gâte le parfum le plus suave1. La langue est un membre tendre et délicat, et pourtant qu'il est malaisé de la tenir! En soi ce n'est rien, mais quelle force et quelle puissance dans son usage! Ce petit organe, si vous n'y prenez garde, est un grand fléau. Mince, aplatie, c'est un instrument parfaitement propre à vider le cœur, vos consciences le savent trop, je crois, à moins que nous soyons tous si parfaits, que nos longs entretiens n'aient jamais rendu notre âme vide, nos méditations froides, nos affections arides, l'holocauste de nos prières moins riche, grâce aux paroles que nous avons dites ou entendues; cependant c'étaient des paroles.
6. Si la langue se laisse facilement emporter aux paroles , elle s'ouvre le cœur avec la même facilité, de sorte que plusieurs, tout en sachant se taire, n'ont guère profité de cette précaution pour ne s'être pas assez mis en garde contre la langue des autres. Celui qui vous parle est sage, religieux, il craint Dieu; je le veux bien, mon frère; je vais plus loin, c'est un ange et un ange de lumière. Cependant veillez, de peur d'entendre des discours qui vous blesseront. Je ne prétends vous inspirer de soupçon contre personne , mais simplement vous prémunir contre la langue, surtout dans les entretiens communs. La simplicité de la colombe est une excellente chose, mais n'oubliez pas ici la prudence du serpent. Marie n'écouta pas même une parole angélique sans la peser attentivement, Elle se demandait, dit l'Évangile, quelle était cette salutation1 . Aussi vous qui avez appris d'une fréquente expérience quel mal nous causent nos entretiens, vous serez bien inspiré d'apporter dans les conversations inévitables, non-seulementdes lèvres circonspectes, mais des oreilles pru*
Pa. uv, 13. — » Id. lvi, &
1 Eccle. x, i. — * Lpo i, 29.
dentés. J'insiste «ir ce degré des progrès de la vie religieuse, n'en soyez pas surpris; il y a parmi nous plus d'âmes qui appartiennent à cette classe que d'âmes parfaites.
7. Hais si je pousse à l'excès le procès que je fais ici aux paroles, souvenez-vous que c'est la langue qui s'élève contre les désordres de la langue , pour trouver une excuse, en ne s'épargnant pas elle-même, et en précauiionnant les auditeurs contre les dangers auxquels elle les expose. La parole est un vent , mais pas toujours un vent brûlant. Levez-vous, Aquilon, dit le Cantique, venez vent du midi, soufflez sur mon jardin pour que ses parfums se répandentx. La parole a son utilité, et la langue produit souvent des fruits très-précieux. La vie du juste, par exemple, vient de la foi, et la foi vient de l'ouïe et l'ouïe suppose la parole de Dieu. Comment vivre si on ne croit pas? et comment croire si on n'entend pas? Comment entendre enfin une parole qui ne nous est pas annoncée? Il faut donc apporter à ses paroles d'autant plus d'attention et de sollicitude que l'Écriture nous apprend que la mort et la vie sont sur notre langue1. Si elle ne donnait que la vie, les retranchements seraient inutiles, et si elle apportait toujours la mort, il faudrait la supprimer totalement. Mais dans ces conditions il faut mettre à nos lèvres une sentinelle, une garde de circonspection, de façon qu'elles ne soient pas éternellement fermées aux paroles qui édifient, ni ouvertes aux paroles pernicieuses. Veillons donc, mes frères, veillons sur nos actions, pour ne pas omettre ce qui nous est prescrit, pour ne pas faire ce qui nous est défendu. Le Prophète nous exhorte à cette double vigilance quand il nous dit : Evitez le mal et faites le bien9. Veillons sur nos paroles pour qu'elles n'offensent point Dieu, qu'elles ne nuisent pas au prochain. Heureux celui qui dans les entretiens est retenu par cette double crainte, qui songe que deux genres d'auditeurs l'écoutent ; premièrement
le Dieu de majesté entre les mains de qui il est terrible de tomber , secondement le prochain dont il est si facile de scandaliser la faiblesse.
8. Je ne suis pas pleinement convaincu cependant qu'il faille estimer parfait celui qui ne scandalise pas par ses paroles, à moins que ce ne soit par comparaison au premier qui ne veillait que sur ses actions. Car la Vérité parlant dans l'Évangile de ces serviteurs vigilants qui attendent l'arrivée de leur maître dit : Si le maître arrive, à la troisième veille et trouve ses serviteurs ainsi disposés, bienheureux seront-ils1. Ce qu'on ne peut entendre ni de la première, ni de la seconde veille. Cette veille est celle qu'il faut exercer sur son cœur, et c'est à elle que le Sage nous exhorte parce que du cœur procède la vie1. Or, elle consiste, à mon avis, en deux points : le premier c'est que l'âme doit veiller soigneusement sur le troupeau de ses pensées et de ses affections. Et on a raison de confier cette garde à celui de qui les deux autres dépendent, à moins, ce qu'à Dieu ne plaise, que ces deux autres ne soient que dissimulation, et n'aient que la seule apparence de la piété et de la vertu. Car demême que l'eau qui sort d'une fontaine ne peut ni refluer, ni s'arrêter, ni jaillir, avant d'avoir rempli son lit, parce qu'elle est retenue ailleurs, ainsi l'esprit de l'homme sera toujours incapable de réfléchir sur luimême, de goûter le doux repos de la dévotion, de s'élever à une haute contemplation, tant qu'il ne veillera pas sérieusement sur sa langue et sur ses mains. Donc , mes frères, si nous cherchons la grâce des divines visites, si nous désirons goûter les consolations spirituelles, demandons-les de cette façon ; si nous voulons que le ciel nous soit ouvert, frappons ainsi à la porte. Enfin veillons de ces trois manières, si nous souhaitons d'être admis aux noces avec r Époux Jésus-Christ, Notre-Scigneur béni dans tous les siècles. Ainsi soit-il.
Gint. |v, 16, — • Prov. xvni, 21. — • Pa. xavi, 27. * Luo xn, 38. — • Pror. xv, 23
SUR DIVERS SUJETS
SERMON XVIII
De la joie spirituelle, ou de ces paroles de V Apôtre : Le royaume de Dieu ne consiste
ni dans le boire, ni dans le manger, etc. Rom. >;iv, 17.
i . Nous courons après la joie ; pourquoi nous écarter de la route? Sans doute, il y a joie dans le royaume de Dieu, mais elle ne vient pas en première ligne. La joie qui vient du royaume de Dieu n'a rien de charnel, de mondain, elle ne finit pas par les pleurs, elle change, au i traire, les tristesses en plaisirs. Ce n'est pas la joie de ceux qui mettent leur bonheur à mal faire, mais la véritable joie du Saint-Esprit. Et d'où peut-elle venir sinon de la justice et de la paix ? Que ces deux vertus sortent donc comme le miel coule de ses cellules, afin qu on puisse plus aisément recueillir cette liqueur liquide encore. Le temps viendra où nous goûterons ce miel dans toute sa perfection. Notre joie alors sera si pure, si pleine, qu'au lieu de nous réjouir dans le Saint-Esprit, il deviendra lui-même l'objet de notre félicité. Un jour notre joie spirituelle sera si complète qu'elle cessera de dépendre des occasions extérieures, des œuvres de miséricorde, des larmes de la pénitence, des pratiques de la justice , des épreuves de la patience; elle découlera de la présence de cet Esprit que les anges aspirent à contempler. Or, en attendant cet heureux moment, la sagesse, ainsi qu'un sel excellent, nous assaisonne toutes choses , comme si elle n'était pas déjà une nourriture. Cependant avant de manger je soupire, et à peine ai -je le temps de respirer. Le sage trouve aux choses la saveur qu'elles ont. Pour celui qui a le goût de la sagesse même, celui-là est plus que sage, il est heureux, car c'est là voir Dieu tel qu'il est; c'est ce fleuve dont le cours impétueux réjouit la cité de Dieu, ce torrent de volupté, cette abondance qui l'inondent.
2. Mais présentement, Seigneur , le vin manque, il manque à ces noces le vin des joies charnelles et de la concupiscence mon-
daine. Leur vin, dit l'Écriture, est le fiel des dragons , F inguérissable venin de C aspic x . Ah ! mes frères, puisse ce vin nous faire éternellement défaut! Ce n'est pas un bon vin. Le bon vin ne vient pas de la vigne de l'impureté, on le puise dans l'urne de la purification , on ne le fait pas avec les raisins de Gomorrhe, mais avec l'eau de la Judée. Vous avez gardé le bon vin jusqtfici, dit l'Évangile*. En effet, le meilleur vin est. réservé jusqu'ici parce qu'il ne doit pas être fait d'eau, mais exprimé de cette grosse et belle grappe rapportée de la terre promise, sur un bâton, pendant que nous contemplons Jésus-Christ selon la chair et sur sa croix. Certes on peut bien dire que le vin manquait à celui qui disait : Mon âme a refuse toute consolation. Et il semble avoir voulu go ai adu vin fait d'eau, lorsqu'il ajoute : Je me eu 's souvenu de Dieu et je me suis réjoui*. Qr.el sera en lui l'effet delà présence de Dieu, puisque son souvenir seul lui cause tant dejcie? C'est aussi de celte façon, sans doute, que les Apôtres ont goûté l'eau changée en y'm, quand ils sortaient du conseil, joyeux d'avoir été trouvés dignes de souffrir des affronts pour le nom de JésusK N'est-ce pas un vin fait d'eau que la joie engendrée par les affronts? Ainsi s'accomplissait déjà la promesse que la Vérité leur avait faite en ces termes : Votre tristesse se changera en joie *, c'est-à-dire votre eau sera convertie en vin. Vous êtes surpris que l'eau se change en vin, mais elle se change aussi en pain. Avezvous oublié de manger votre pain, ce pain dont vous lisez : Vous nous nourrirez d'un pain de larmes et vous nous abreuverez de nos pleurs dans une large mesure t? Ecoutez quelle est cette mesure : II y avait là, dit saint Jean, six urnes de pierre destinées aux
* Deutér. xxxn, 33.*- * Jean n, 3, 10.— * Ps. lxxvi, 3, 4. — * Act v, 41. —«Jean xx, 16. — • P* uuux, G*
purifications des Juifs1. Si vous êtes un vrai Juif, non selon la chair, mais en esprit, vous servirez pendant six années, et la septième vous mettra en liberté. Vous serez purifié dans les six urnes, vous travaillerez six jours, vous serez délivré après six tribulations, et le septième jour le mal ne vous touchera plus. Et non-seulement vous serez délivré par ces six afflictions, mais vous en tirerez un excellent vin, quand, selon le langage de 1 Apôtre, vous commencerez à vous glorifier non plus seulement dans l'espérance , mais jusque dans la tribuiation\
o. Voilà donc cette double joie que vous trouvez dans le Saint-Esprit; la première naît de la pensée des biens futurs, et la seconde a sa source dans les souffrances de la vie présente. Dans ces deux sentiments rien de charnel, de séculier, de vain; il n'y a ici que l'esprit de vérité, que la sagesse céleste qui nous donne de part et d autre un avantgoût de ses suavités. Rr Jouissez-vous tov'ours clans te Seiqneur9 dit 1 Apôtre, le vous le répète, rp;ou;s«ez-vous. Et pour nous indiquer le snjet de cette double joie, il ajoute : Que voire mo'!e:!ïe soit connue de tous les hommes, car le Seigneur est orês*. Et qu'est-ce que la modestie sinon la douceur et la patience? li(\;ouissons-nous des biens que nous attendons, parce que Dieu n'est pas loin. Et réjouissons-nous aussi des maux que nous souffrons, afin que notre modestie soit connue de tout le monde. Car la tribulation engendre la oatience3 la natienec V épreuve 9 Véoreuve l'espérance, et V espérance ne trompe point*.
4. Or, afin que notre âme soit capable de cette double joie spirituelle, il nous faut
* Jean h. 6. — * Rom. v, 2, 3. — • Philipp. iv, 4, 5« *- * Rom. v. 4, 8.
deux choses également nécessaires pour exercer la justice et conserver la paix, deux choses que l'Écriture nous recommande instamment. Toute la pratique de la justice, en efiet, repose sur ces deux préceptes : ne faire à personne ce que nous ne voulons pas qui nous soit fait, selon la lettre des Apôtres aux Gentils *, et selon le langage du Seigneur lui-même aux Apôtres : Faites aux autres ce que votes voulez que les autres vous fassent*. Au reste, comme nous péchons tous en mille points, il est impossible que dans ce monde, et ce temps de scandales (les anges ne les ont point encore ôtés du royaume de Dieu, et nous ne sommes pas encore dans Fbeureuse cité dont la paix garde les confins) il est, dis-je, impossible de conserver entre nous une paix parfaite, si celui qui a offensé le prochain ne se met en garde contre une animosité hautaine, et si l'offensé ne se défend dune obstination inexorable.
5. Appliquons-nous donc, mes frères, à devenir humbles pour donner satisfaction à ceux qui ont quelque chose contre nous, et à pardonner facilement à ceux qui nous ont offensés ; la paix entre nous est à ce prix, et nous ne pouvons, même sans elle, obtenir le pardon de la miséricorde divine. Dieu n'agrée pas le présent de celui qui n'a pas commencé par se réconcilier avec son frère8, qui exige durement ce qui lui est dû, et traite impitoyablement son débiteur. Que si nous avons en nous ces trois choses, la justice, la paix, et la joie de l'Esprit-Saint, ne croyons pas pourcela posséderDieuennous; opérons notre salut avec plus de crainte et d'effroi, sachant bien que nous portons un si riche trésor en des vases plus fragiles que l'argile.
* Act, xv, 23.- » Malh. xi, 7, 12. — »Math. v, 24,
SUR DIVERS SUJETS
SERMON XIXW
«PT^Mi'
Sur les mêmes paroles de l'Apôtre : Le royaume de Dieu n'est ni dans te boirel
ni dans le manger. Rom. xiv, 17.
|. Saint Paul est aussi profond de pensées que sobre de paroles ; c'est ce que savait bien ce docteur moins célèbre par son éloquence que par les dons de la sagesse, lui qui dans chaque mot de saint Paul entendait autant de coups de tonnerre (b). L'Apôtre, en effet, parle si bien de toutes choses et avec tant de force et d'énergie, qu'il déploie dans ses discours un ordre merveilleux, une grande richesse d'idées et qu'il met entre ces deux choses une liaison saisissante. Le royaume de Dieu, dit-il, n'est ni dans œ boire, ni dans le manger, mais dans la justice, la paix, et la joie du Saint-Esprit. Que dites-vous à cela, vous esclaves de la gourmandise et de la luxure, qui adorez votre ventre, et même ce qui est plus bas encore, vous qui, au dire de saint Jacques, avez nourri vos cœurs et vos sens aans ta luxure l? Ah 1 écoutez, écoutez : Les viandes sont pour le corps, et non le corps pour tes viandes; mais un jour Dieu détruira îun et Vautre*. Malheur à vous qui dormez sur des lits d'ivoire, et qui, sur votre couche, vous livrez à mille désordres1; qui mangez le veau le plus gras du troupeau, qui buvez un vin soigneusement clarifié, etqui vous inondez de parfums exquis*. Fils des hommes, jusques à quand votre cœur sera-t-ii donc appesanti dans un corps trop délicatement nourri? Jusques à quand aimerez-vous la vanité*? L'embonpoint du corps, les délices charnelles, la satiété du ventre ou vous quitteront avant la mort, ou vous les quitterez vous-mêmes dans la mort. Car, dit le Psalmiste, quand le riche mourra it n'emportera rien de ses richesses, et sa
* Jacq. v, 5.— * I Cor. vi, 13.— • Amos, vi, 1* 4» 6#
— 4 Ps. iv, 5.
(a) Nicolas de Clairraux mentionno ce sermon dons •a leUre XXIV* a l'abbé de Gc.lçs,
(b) Saint Jérôme*
gloire ne descendra pas Mec lui ùU tombeau, lis sont entassés dans F enfer comme des brebis et la mort les dévorera1. Que ce mot est vrai : comme des brebis! Dépouillés de leurs richesses, tondus sévèrement et de près, ces riches seront jetés nus dans les flammes éternelles. Et la mort les décorera. Ils mourront toujours sans perdre la vie, ils vivront éternellement sans que la mort les consume. Ici la chair est la proie des vers; et là l'âme est livrée aux flammes, jusqu'à ce que réunis par un lien malheureux, elles partagent les mêmes tortures, après avoir partagé les mêmes vices.
2. 0 délicat, c'est au sein des délices et des richesses que tu attends la confusion et la mort. Non, le royaume de Dieu n'est ni dans le boire, ni dans le manger, ni dans la pourpre, ni dans le fin liu, puisque ce riche enveloppé de ces tissus n'en tombe pas moins aux enfers*. Où est-il donc? Dans tajusticef la paix, la joie du Saint-Esprit. Entendez, remarquez que la joie vient en dernier lieu. Et vous, ô enfants d'Adam, passant pardessus la justice et la paix, vous prétendez intervertir Tordre des choses, mettre la fin au commencement et le commencement à la fin? Tout le monde, en effet, veut la joie, mais la joie ne peut être le partage de tous, car s'il n'y a pas de paix pour l impie*, il n'y a pas davantage de joie pour lui. Non, non, impies, les choses n'iront pas au gré de vos désirs. 11 faut d'abord pratiquer la justice, chercher la paix, la poursuivre, puis vous posséderez la joie, ou plutôt elle vous possédera. C'est ainsi que les anges ont d'abord réalisé la justice, en restant dans la vérité et en se séparant du transfuge de la vérité. Puis ils ont été affermis dans cette paix qui
> Ps. xlyiij, 18, «. ~ * Lu<> *yi, 19, 22, -: ' bai» t&Yin, 22; et lyh, 21*
surpasse tout sentiment, car ils sont parvenus au comble de tous les honneurs, et personne parmi eux ne murmure, personne n'éprouve un sentiment d'envie.
3. Mais toi, ô Jérusalem, loue le Seigneur; loue ton Dieu, ô Sion, parce qu'il a consolidé tes portes, il a béni tes fils, il a établi la paix sur tes frontières1 Redouble tes éloges; tes portes sont fermées par des gonds et des serrures si puissantes qu'aucun ennemi n'y peut pénétrer, qu'aucun ami n'en peut sortir. Tes fils sont en toi, ils y sont comblés de toutes les bénédictions spirituelles dont Jésus-Christ est la source. Plus de crainte sur tes confins, Dieu y a établi la paix ; plus de tentations pour toi ; la foule confuse des pensées n'arrive plus dans cette région. Le bourreau aux mille ruses n'approche pas de tes murs, ni de tes fils, et l'être immuable affermit et ressemble tout dans son unité. Toutes ces parties, dit le Psalmiste, sont liées et unies entre elles*. C'est pour la troisième fois que les enfants puisent joyeusement les eaux des fontaines du Sauveur. Ils contenu plent à l'œil nu, si j'ose dire, l'essence de la divinité, sans être trompés par les images corporelles. Telle est la joie finale, qui n'aura pas de fin.
4. Et nous, malheureux, nous avons été chassés de cette heureuse région. Nous sommes descendus ou plutôt tombés dans la vanité de cette vie. Les enfants de Sion, dit le Prophète, ces enfants illustres jadis couverts d'or, comment sont-ils devenus des vases de terre*? Enfants de Sion, c'est-à-dire de cette cité sublime bâtie par le Seigneur et où il se montre en sa gloire ; enfants de la Jérusalem d'en haut, qui est libre, qui est notre mère; enfants illustres par la noblesse de leur condition, couverts d'or par l'image de la divinité, comment sommesnous déchus de cet état glorieux, et changés en vases d'argile, dans ces corps de terre et de boue? Les anges, mes frères, paient .à Dieu la dette de la justice, conservent la paix entre eux, et ont la joie en partage. C'est ainsi, ô homme, qu'il faut te conduire ; ne va pas ravir ce qui est à toi au mépris de la justice due à Dieu, et de la paix due au prochain; la justice est une vertu qui rend à chacun ce qui lui appartient. Or, vous ne devez pas seulement au Créateur la justice, mais plusieurs justices. Le Seigneur est juste, dit le Prophète, et il aime la justice *. Votre justice est comme les
* Ps. cxlvh, 12, If. — * Pa. cm, 3. — 8 Thren. îv, 2. ~ * Ps, x, 8.
montagnes de Dieu1. Il dit bien comme les montagnes de Dieu, puisque Dieu a accumulé en vous des montagnes de miséricorde.
5. Et d'abord il vous a créés, avec les autres êtres, il vous a discernés spécialement, et vous a conféré une dignité réservée. Pour donner la vie à ces êtres, il a dit un mot et ils ont existé. Mais ensuite cette divine majesté animée d'un ardent amour pour vous vous a rachetés. A-t-il suffi ici d'une parole? Non, mais Jésus-Christ a mis trente années à opérer votre salut ici-bas, il a été cloué à la croix, livré à la mort, exposé aux insultes. Votre Dieu est devenu votre frère, il a pris votre nature, préférablement à la nature angélique, puisqu'il est né de la race d'Abraham. La création vous est commune avec le reste des êtres ; mais votre fraternité avec Jésus-Christ est une faveur spéciale. Il a fait pour vous quelque chose de plus ; il vous a pris par la main, il vous a tirés de la voie large et spacieuse qui conduit à la mort, il vous a rangés parmi les justes. Qu'a-t-il dû faire qu'il n'ait fait? Quel cœur, fût-il de rocher, ne serait amolli par des bienfaits si grands et si multipliés? Donc tout ce que vous êtes, tout ce que vous pouvez, vous le devez à celui qui vous a créés, rachetés, et appelés.
6. Mais après avoir payé à Dieu la dette de la justice, il faut la paix. Tant qua nous habiterons ce vase d'argile, sous cette fragile enveloppe de l'humaine nature, nous ne pouvons nous soustraire totalement au scandale. Si donc vous vous souvenez que votre frère a quelque chose contre vous, demandez-lui humblement pardon ; avez-vous quelque chose contre lui, soyez facile à l'indulgence, et alors tous les membres seront en paix. Toujours disposés à ces deux vertus, la charité et l'humilité, nous ignorerons les dissensions. Apprenez de moi, dit Jésus- Christ, que je suis doux et humble de cœur*. Doux : ceci regarde la charité, la charité qui est patiente et bonne; humble : ceci se rapporte à la vertu propre de la parole. Ceux qui agiront ainsi trouveront la joie du Saint- Esprit. Je dirai ce que l'expérience sait, ce qu'ignore celui qui ne l'a jamais éprouvé ; car Vhomme animal ne comprend pas les choses de V esprit de Dieu*. N'est-il pas vrai que souvent, dans nos prières, notre cœur s'émeut au souvenir des joies de la Jérusalem d'en haut, de cette Jérusalem notre mère, et que les larmes inondent le visage de ceux
» Ps, xxv. 7, — * Maltb. xi, 29, — » I Cor. », 14
SUR DIVERS SUJETS
qui méditent ces pensées? 0 si ces moments pouvaient durer ! Jérusalem, si jamais je t'oublie, que ma droite soit aussi vouée à l oubli; que ma langue s'attache à mon palais, si je ne me souviens pas de toi, et si je ne te mets pas au commencement de toutes mes joies1. Oui, au commencement de toutes les joies, puisque c'en est aussi le terme.
7. 0 mon Seigneur Jésus, quand déchircrez-vous le sac qui m'enveloppe, pour m'entourer de joie ? Ma joie alors célébrera vus louanges, et je ne connaîtrai plus la tristesse. Le commencement de la joie que nous ressentons quelquefois en cette vie, n'est qu'une goutte échappée de ce fleuve dont les flots
réjouissent 1* cité de Dieu* Mai? quand vien-
dra donc le temps où nous serons plongés et absorbés dans les profondeurs infinies de la source divine, parmi des félicités éternelles, en des flots qui se succéderont sans interruption? Ah ! quand irai-je paraître devant la face de Dieu ? Quand entrerai-je en son merveilleux tabernacle, jusqu'en son palais?
Quand verrons-nous toutes ces choses dans la cité du Dieu des vertus? Courage, mes fivres; appliquons-nous fidèlement à ces trois choses, et souvenons-nous toujours de cette parole : Mon ami, pourquoi ctes-vous venu ici l ? Nous n'y sommes pas venus, certes, pour y livrer hypocritement notre roi à la mort ; mais pour le servir, lui qui est béni dans tous les siècles. Ainsi soit-il.
SERMON XX
Sur ces paroles du Seigneur : Quiconque s'élève sera humilié; et quiconque s'humilie
sera élevé. Luc xyiiï, 14.
1. Si nous y regardons attentivement, mes frères, nous trouverons quatre degrés parmi les hommes. Premièrement, la souveraine félicité du ciel à laquelle nous aspirons ; secondement, la félicité intermédiaire du paradis d'où nous sommes déchus ; troisièmement, le malheur incomplet qui excite ici-bas nos gémissements ; et enfin, dans l'enfer, le malheur suprême qui cause notre trop juste effroi. Pour le dire bièvement, nous trouvons la vie, l'ombre de la vie, l'ombre de la mort et la mort. N'étant ni au premier, ni au dernier de ces degrés, nous craignons de descendre, nous désirons monter, et notre anxiété est d'autant plus vive , que nous nous voyons plus près du dernier degré que du premier. Et voilà qu'on nous dit : Quiconque s'élève sera abaissé, et quiconque s'abaisse sera élevé. Que veut dire ce double rapprochement de l'abaissement et de l'élévation ? Eh ! quoi, Seigneur, n'est-ce pas assez de nous avoir
humiliés dans votre vérité ? Vous exigez encore que l'homme s'abaisse lui-même ? Nous pouvons encore, en effet, être abaissés plus bas ; mais celui qui tombera là ne se relèvera jamais; et celui qui sera humilié de cette sorte espérera vainement l'élévation, puisque vous nous avez humiliés en un lieu d'affliction où la mort nous couvre de ses ombres. Notre vie touche à l'enfer ; comment nous abaisserons-nous donc plus bas? Quel avantage recueillerons-nous de notre sang, si nous descendons dans la corruption ? Plus bas que nous, il n'y a, en effet, que la corruption. Après l'ombre de la mort, il n'y a plus que la mort elle-même ; et après le séjour de l'affliction , le séjour même de la mort.
2. Celui qui Rabaisse sera élevé. Si Jésus- Christ avait dit: Celui qui aura été humilié sera exalté, j'aurais tressailli de joie, puisque j'ai été humilié et profondément humilié. Mais
* Ps» GBXVI, s, 6.
Matb. xxyi, 50«
il dit : Qui s9 humilie sera élevé : me voilà embarrassé. Je ne sais plus que choisir, ni que faire. Je désire une élévation qui m'est absolument nécessaire, puisque je n'ai pas ici-bas de demeure permanente, et qu'il n'est pas bon pour moi d'y rester quand je le pourrais. Mais descendre plus bas , c'est périr , puisqu'après la région inférieure que j'habite il ne reste que la région de l'enfer. Si je m'abaisse jusque là, plus d'espoir d'élévation ; si je ne m'abaisse pas , il faut désespérer d'être exalté, puisque celui qui s'humilie sera élevé, et lui seul. Si je le fais . je suis mort; si je ne le fais pas, j e renonce à m'élever, et je ne puis échapper aux mains de la mort. Mais si cela vous semble difficile, considérons du moins ce qui précède.
3. Celui qui s9 élève sera abaissé. Comment, en eflet, celui que la Vérité humilie peut-il s'exalter lui-même ? Je ne dis pas où peut-il s'élever; je demande comment il le peut : ce n'est pas la place qui lui manque, c'est la vertu. Ce n'est pas le lieu, c'est le moyen. Il a grande envie de le faire, il n'en a pas la faculté. Que les hommes le veuillent ou non, c'est le cri de l'humanité tout entière que celui-ci : Vous m'avez humilié dans votre vérité1. Or, quiconque est humilié dans la vérité est vraiment humilié, et faussement exalté. Et qu'est-ce qu'être faussement exalté, sinon ne l'être pas vraiment ? Grâces donc soient rendues à Jésus-Christ de n'avoir pas dit : Quiconque s'élèvera sera élevé. Quels efforts, en effet, nous tenterions pour nous élever, si nous croyions cela vrai, puisqu'aujourd'hui nous sommes travaillés de la passion de nous élever, malgré la certitude de n'y pas réussir ! Et c'est peut-être pour cela qu il a dit : Celui qui s'étlve sera abaisse : allusion, non à un résultat impossible, mais à un sentiment extravagant.
4. Et combien voyons-nous de personnes humiliées sans être humbles, frappées sans ressentir les coups, à qui on donne des remèdes qui ne les guérissent pas. Ce sont ceux qui rêvent des délices dans les épines ', qui se dissimulent à eux-mêmes, et les péchés qu'ils commettent, et les périls du chemin qu'ils suivent, et les ténèbres qui les aveuglent, et les
* Ps. cxvtîi, 7?). — * Voir imitai de J.-Gv liv, III, eb, xx, «t plus loin ser. XXVI IL
pièges qui les çntomttni, et lç séjour d'affliction où ils vivent, et le corps de mort qu'ils habitent, et le joug écrasant qu'ils portent, et le poids plus lourd encore qui charge leur conscience, et enfin la sentence terrible qui les attend. Tel était celui à qui saint Jean reçut l'ordre d'écrire dans l'Apocalypse : Tu dis, je suis riche, je n'ai besoin de rien, et tu ne sais pas que tu es pauvre, misérable, digne de compassion, aveugle, nu1. Mais qu'on ne s'étonne pas de la vaine et mensongère élévation des hommes, puisqu'ils sont euxmêmes vains et menteurs. La vérité les abaisse, et la vanité les exalte; ils préfèrent les ténèbres à la lumière : ils embrassent ardemment la vanité qui les élève , ils sont à la piste du mensonge. Et Dar tous les moyens, désirs, affections, dissimulation, efforts frivoles, ils luttent et se révoltent contre la vérité qui les humilie.
5. Mais avons-nous fait quelque chose? Je crois que nous avons trouvé comment l'homme s'humilie : c'est en adhérant à la vérité qui l'abaisse, sans dissimulation, et dans un sentiment sincère de piété. Je me garderai donc bien désormais, autant aue je le pourrai, delà dureté du cœur ; je sonderai mon âme , je gémirai , de peur que ma plaie, devenue insensible, ne devienne aussi incurable. Je serai cet homme du Prophète, considérant ma pauvreté sous les coups de l'indignation divine, de peur que mon àme ne soit du nomnre de celles dont la Vérité a dit : Je tes ai frappées, elles n'ont rien senti *; et ailleurs : JSous avons soigné Babutone, et elle n'est pas gum'e*. C'est une médication énergique que l'humiliation, mais l'orgueil est une maladie plus grande encore ; et plaise à Dieu qu'elle si soit bien soignée qu'elle finisse par guérir. Je me réconcilierai donc avec mon adversaire, je me soumettrai à mon juge; j'endurerai l'aiguillon qui me perce pour éviter une seconde blessure. Et c'est là, je crois, ce que le Seigneur a dit : Celui qui s'élève sera abaissé, et celui qui s'a* baisse sera élevé. Comme s'il disait : celui qui regimbe contre l'aiguillon en sera piqué deux fois ; mais on épargnera celui qui en souffrira les atteintes, et cédera à la colère de Dieu.
1 Apoc. m, 17. — * Jérém. v, 3. — * M. u, 9%