POUR LA CONVERSION DE SAINT PAUL
en apparence mais commises sciemment.
Que personne ne dise en son cœur: Ceci n'est rien ; je ne me mets guère en peine de m'en corriger. Quel mal y a-t-il à demeurer dans ces péchés légers et véniels? Mes frères, ce langage c'est l'impénitence, c'est le blasphème contre le Saint-Esprit, blasphème irrémissible. Paul a bien été blasphémateur, mais non contre le Saint-Esprit, puisqu'il était dans l'ignorance et l'incrédulité, et parce qu'il n'a pas blasphémé contre l'Esprit-Saint, il a obtenu miséricorde.
6. Qui êtes-vous, Seigneur? Et le Seigneur loi dit: Je suis Jésus de Nazareth que lu persécutes. Je suis le Sauveur à qui tes poursuites s'attaquent. Je suis celui de qui il est dit dans la loi : (tu lis cette prophétie sans savoir qu'elle est réalisée :) Il sera appelé Nazaréen1. Et lui : Seigneur > que voulez-vous que je fasse? Voici un modèle parfait de conversion. Car c'est comme s'il eût dit : Mon cœur est prêt, Seigneur, mon cœur est prêt1, je suis disposé à accomplir sans trouble tout ce qu'il vous plaira de m'ordonner*. Que voulez-vous que je fasse? 0 paroles courtes, mais pleines de sens, mais efficaces, mais dignes d'être exaucées I Qu'il se trouve peu de personnes dans cette disposition d'obéissance parfaite, qui aient tellement renoncé à leur propre volonté, que leur propre cœur même ne leur appartienne plus; qui ne "soient sans cesse appliquées qu'à étudier non ce qui leur plaît, mais ce qui plaît au Seigneur, lui disant sans cesse : Que voulez-vous que je fasse ? ou ces autres paroles de Samuel : Parlez, Seigneur, parce que votre serviteur écouter. Mais, hélas! nous avons beaucoup plus d'imitateurs de cet aveugle dont il est parlé dans l'Évangile, à qui le Sauveur demanda ce qu'il voulait qu'il lui fit 5. Quelle miséricorde, quelle bonté de votre part, ô mon Dieu I Le maître a-t-iljamaischerché à faire la volonté de son serviteur ? Cet infortuné était vraiment aveugle, puisqu'il n'a pas fait attention à un pareil renversemem,qu'il n en a pas été saisi d'étonnement, etque, dans sa surprise, il ne s'est point écrié en tremblant : N'en usez pas ainsi envers moi, Seigneur ; mais dites-moi plutôt ce que vous voulez que je fasse ? Car il est dans l'ordre que ce soitmoiquichercheàconnaîtreetàfaire votre volonté, et non pas vous à connaître et à faire la mienne. Il n'est personne de vous, je crois, mes frères, qui ne sente que les choses eus-
* Math, h, 23. — » Ps. cvn, 2. -- » Ps. cxvill, 60. * **oif ni, 10. — • Luc xvui, 41*
sent dû se passer ainsi. Cependant n'arrivet-il pas, hélas ! tous les jours, que la pusillanimité et la perversité de plusieurs nous force d'agir à leur égard comme le Sauveur envers l'aveugle, en leurdemandanteequ'ils veulent que nous leur fassions ; bien loin qu'à l'imitation de notre Apôtre ils ntfus disent : Que voulez-vous que je fasse? Au lieu, comme ils y sont obligés, de n'être attentils qu'à étudier la volonté de celui qui leur tient la place de Jésus-Christ, ils n'en font pas même de cas lorsqu'ils la connaissent. Leur obéissance n'est pas pleine, ils ne sont pas disposés à se soumettre à tout, ils ne se proposent pas d'imiter en tout Celui qui n'est pas venu ici bas pour faire sa volonté mais celle de sou Père. Us discernent, ils jugent, ils choisissent dans les commandements au'on leur fait ce à quoi il leur plaît d'obéir ; ils distinguent, dans les ordres de leurs Supérieurs, ce qui est de stricte obéissance d'avec ce qui ne l'est pas, de manière que leur Supérieur est souvent dans la nécessité de leur obéir. Je conjure ceux qui se cômportcntainsid'ouvrirlesyeux. Qu'ils ne seflattent pas, parce qu'on les tolère, parce qu'on pa raît condescendre à leur faiblesse; qu'ils rougissent dune conduite aussi déraisonnable, quel'onpasseraitàneineàdesenfants; de peur qu on ne leur dise un iour: Qu'ai-je dû faire pour vous, que je n'aie pas fait ? et qu'abusant de la bonté et de la patience de leur Supérieur, ils ne mettent enfin le comble à leur réprobation.
7. Seigneur, dit-il, que voulez-vous que je fasse ? Levez-vous, entrez dans la ville, et là on vous dira ce qtfil faut faire. 0 Sagesse, qui disposez véritablement tout avec douceur I Vous envoyez à un homme, pour connaître votre volonté, celui à qui vous parlez par vous-même; pour nous faire comprendre combien la vie sociale est avantageuse, et afin que celui que vous enseignerez par un homme apprenne par cette grâce à secourir lui-même les hommes. Entrez dans la ville. Voyez, mes frères, que ce n'est pas sans un dessein prémédité de Dieu que vous êtes entrés dans cette maison, qui est comme la Cité du Dieu des vertus, pour y apprendre à faire la volonté duSeigneur. Soyez convaincus que c'est lui qui vous a inspiré une frayeur . salutaire , qui a converti votre cœur au désir de lui obéir. C'est lui qui vous a dit : Levez-vous, entrez dans la ville. Mais considérez, par les paroles qui suivent, combien la simplicité volontaire et la douceur chrétienne sont des vertus précieuses. Saul
ayant ouvert les yeux ne voyait rien, et se laissait conduire par la main, par ceux qm raccompagnaient. Heureux aveuglement , par lequel ces yeux, autrefois éclairés pour commettre le crime sont aujourd'hui privés d'une si funeste lumière par la conversion !
Ce qu'on nous dit, que Paul resta trois jours en oraison sans prendre de nourriture, regarde surtout les nouveaux convertis, qui ne goûtent pas encore les consolations divines . Qu'ils attendent donc le Seigneur avec patience, qu'ils prient sans interruption, cherchant, demandant, frappant, parce que le Père céleste les exaucera quand il sera temps ; il ne les oubliera pas toujours. Il viendra et ne tardera pas. Si vous avez la patience de suivre le Seigneur pendant trois jours, n'ayant pas de quoi vous nourrir, ayez confiance, il est plein de bonté et de miséricorde, il ne vous renverra pas à jeun.
8. Ananie reçoit Tordre d'imposer les mains à Saul ; ce n'est pas parce qu'il le désire, qu'il y consent aussitôt, mais parce qu'il le trouve suffisamment disposé. Vous voyez, mes frères, déjà la pratique de la doctrine que Paul doit enseigner par la suite à son Disciple en lui défendant d'imposer
trop vite les mains à personne *. Saul vit un homme qui lui imposait les mains, et il recouvra la vue. Ne croyez pas, mes frères, que Paul recouvra la vue aussitôt après cette vision; mais il attendit l'imposition des mains d'Ananie dont il avait en songe prévu l'arrivée. Je dis ceci, mes frères, parce quç je crains qu'il ne s'en trouve parmi vous qui, se croyant suffisamment éclairés par leurs songes ou leurs propres pensées, ne souffrent pas qu'on les conduise par la main, mais s'érigent en conducteurs des autres, quoiqu'ils ne soient, par leurs emplois, encore chargés de rien, bien qu'on ne leur ait encore rien confié, qu'on ne les ait pas constitués pour veiller sur la conduite de ceux qui ayant les yeux ouverts ne voient rien. Une pareille présomption n'appartient qu'à ceux qui roulent dans leur esprit de vains projets, et qui ne courent qu'après la bagatelle. Evitons ce vice, mes frères. Choisissons d'être abjects et méprisés, et d'être conduits par la main. Apprenons la douceur et l'humilité à l'école de Notre-Seigneur Jésus- Christ, à qui honneur et gloire soit dans toute l'éternité. Ainsi soit-il.
SERMON II
i. Aujourd'hui Paul a été converti, ou plutôt Saul converti est devenu Paul. Il est devenu comme ce petit enfant de l'Evangile dont Notre-Seigneur a dit : Si vous ne voufi convertissez, et ne devenez comme ce vêtit enfant, vous n'entrerez pas dans le royaume des deux1. Peut-être voulait-il parler de lui-même : car ce grand Dieu digne de toutes louanges est aussi le petit enfant qui nous a été donné. Et il se révèle à nous, non pas sous les traits de la grandeur, mais sous les traits d'un enfant, afin de nous donner un doux et efficace exemple de nécessaire abaissement. Tournez-vous donc vers ce petit enfant, afin d'apprendre à êlrç petit,
et devenez-le en vous convertissant. Ecoutez, en effet, avec quelle évidence il vous présente dans son enfance un modèle de conversion, vous proposant en sa personne les vertus de l'enfance : Apprenez de moi, dit-il, que je suis doux et humble de coeur1. Les deux caractères de l'enfance sont l'humilité et la mansuétude : l'un est extérieur, l'autre est intérieur: et ce sont là deux grandes vertus. Cette petitesse et cette grandeur ne forment qu'un enseignement unique. Aujourd'hui donc Paul se convertit et cessa d'être Saul. Aujourd'hui, il est devenu humble et doux de cœur. Il y a une preuve de l'humilité de son cœur dans cette confession sortie de ses
* Math, xiii, X
* I Tim. v, 22. — * Math, xi, 29*