‹ Œuvres de Saint Bernard (volume 3)Chapitre 43 sur 179 · MM · texte numérisé non relu

MM

De trois sorte* de jugements j le jugement propre , le jugement des hommes

et celui de Dieu.

I . Que Fhomme nous considère comme les ministres du Christ, et les dispensateurs des mystères de Dieu. Le ministre de Jésus-Christ doit vivre de manière que sa conduite extérieure permette de juger en lui l'homme intérieur qu'on ne voit pas, et qu'il ne puisse être jugé ni par autrui, ni par lui-même, mais qu'il dise avec le même Apôtre : Pour moi, ie me mets fort peu en peine d'être jugé par vous ou par les hommes ; je ne me juge pas moi-même; mon juge, c'est le Seigneur*. Or, dans ces paroles, il faut remarquer trois sortes de jugements : celui des hommes, le nôtre, celui de Dieu. Les hommes jugent des choses extérieures qui tombent sous les sens : ils ne peuvent juger des intérieures. C'est pour cela qu'il est écrit : Qui connaît ce qu'il y a dans l'homme, sinon l'Esprit qui est en lui * ? 11 n'appartient donc qu'à l'esprit de l'homme de juger des choses qui sont dans l'homme. Dieu au contraire en porte un jugement parfait; aussi l'Apôtre avoue n'avoir pu se dérober à cette appréciation divine, bien qu'il se fut mis au-dessus de l'opinion des hommes et de son jugement personnel. Il dédaignait bien le jugement des hommes, celui qui

* 1 Cor. ivf 1, 3, 4. — * I Cor. xi, il.

disait : Pour moi, je me soude fort neu d'être juge par vous ou par qui que ce soit. Il ne redoutait guère plus le sien, quand il ajoutait : Je ne veux pas me juger moi-même, bien que ma conscience soit sans reproche. Restait pour lui le jugement divin dont il dit : Mon Juge, c'est Dieu.

2. Chacun néanmoins doit s'efforcer d'être irrépréhensible d'abord aux yeux de Dieu, puis à ceux des hommes. C'est ce que dit ailleurs le même apôtre : Faites le ôîen nonseulement devant Dieu, mais aussi devant les hommes '. Devant les hommes nous sommes irrépréhensibles de trois manières : dans notre attitude, nos actions, nos discours. Dans notre attitude , qu'elle n'ait rien de singulier qui nous fasse remarquer; dans nos actions, qu'elles ne méritent aucun reproche; dans nos discours, qu'ils ne provoquent pas le mépris. Nous avons également trois manières de faire le bien devant Dieu : la pensée, l'affection, l'intention. La pensée doit être sainte selon ce qui est écrit: La pensée sainte vous gardera. L'affection doit être pure et l'intention droite. Or, ces trois choses sont dans l'âme, et elles y ont leur

' Rom. su, i7.

siège particulier : la pensée dans la mémoire, l'affection dans la volonté, l'intention dans la raison.

3. Mais afin de mieux voir leur emploi et leur différence, empruntons un exemple aux choses extérieures. Dans le corps, si une difformité affecte seulement la peau, il perd sa beauté, mais sa santé n'est pas atteinte. Si, au contraire, la putréfaction ou quelque tumeur livide s'est logée dans la chair, ce n'est plus la beauté, c'est le salut du corps qui est en péril. Que le mal augmente et gagne les os et la moelle, alors il faut désespérer de la vie. Ainsi en est-il des maux de l'âme. Quand le péché s'insinue dans la mémoire par la pensée sans obtenir pourtant le concours de la volonté, ni son assentiment délibéré, j'avoue bien qu'il y a là pour l'âme quelque difformité qui la rend indigne d'entendre ces mots de l'Epoux : Vous êtes toute belle, ma bien-aimée !. C'est une tache, mais ce n'est pas une maladie. Que si la volonté préoccupée de la pensée du mal éprouve quelque sentiment de plaisir, la raison résiste, l'âme est malade, elle n'est pas morte, bien qu'obligée à crier : Seigneur, guérissezmoi et je serai guérie f. Ce qui la tue, c'est la raison se portant au péché par l'intention. Car alors elle consent, et il est dit de cette situation: U âme qui péchera mourra*. David déplorait autrefois en la personne d'Adam pécheur ces trois degrés, quand il disait à Dieu qui le chassait à travers le monde: Vous avez appesanti votre main sur moi. Et parce que les désirs charnels sont la peine du péché : // riy a rien de sain dans ma chair à la vue de votre colère, et même ma raison a perdu sa force : // riy a point de voix en mes os à la vue de mes crimes1*. Le même Psalmiste, chantant les mêmes

1 Cantiq iv, 7. — * Jérém. svu, U. — 8 Eeéoh. xvm, 4, — * P». xxxvn, 3, 4.

degrés dans la personne du juste , s'écrie : Je me suis souvenu de Dieu et :e me suis réjoui et j'ai été exerce l. La joie est venue de la volonté et l'exercice de la raison.

4. Or, afin que la multiplicité des pensées n'écarte point Dieu de la mémoire, car elles y affluent comme une foule bruyante sous le vestibule d'une grande maison, il faut y établir un portier, le souvenir de notre profession, afin que l'esprit accablé de pensées mauvaises se gourmande lui-même et se dise : Quoi ! tu es prêtre, tu es clerc, tu es moine : dois-tu donc t'arrêter à des idées pareilles ? Quand on s'est voué à la sainteté, peut-on laisser entrer en son cœur rien de mauvais ? Un serviteur du Christ, un ami de Dieu peut-il s'arrêter un instant seulement i de pareils objets? Ce langage dissipera le flot des pensées illicites devant le souvenir de la profession qu'on a embrassée. Il faut en faire autant à la porte de la volonté qu'assiègent d'ordinaire les désirs charnels, semblables aux serviteurs qui habitent une maison. Mettons-y pour portier le souvenir de la patrie céleste. Il repoussera les désirs mauvais comme un clou repousse un clou, et recevra sans délai celui qui a dit : Me voici à la porte, et j'y frappe*. Enfin au sanctuaire de la raison il faut établir une sentinelle si forte, si inflexible qu'elle ne ménage personne. Tout ennemi public ou secret qui osera en approcher, qu'elle l'écarté. Cette sentinelle, c'est le souvenir de l'enfer. Du reste, ne nous désolons pas s'il arrive à la mémoire de recevoir une pensée vague, ou à la volonté un sentiment impur. Mais ce qui est grave, ce qui est dangereux, c'est que la raison perde la rectitude de l'intention.

» Ps. lxxvi, 4, — ■ Apoc w,3û»

SIR DIVERS Sl'JETS.

SERMON XXXIII

Sur ces paroles du psaume xxm: Qui montera sur est montagne eu Seignew*?

1 . Mes frères, puisque nous nous efforçons continuellement de monter, que nous cherchons tous l'élévation, que nous y aspirons, et que nous travaillons à l'atteindre, c'est une exhortation juste que celle qui nous porte à monter jusqu'au lieu où nous trouverons le bonheur et la sûreté, d'où nous ne pourrons plus décheoir et qui sera notre éternel séjour. Mais si le prophète demande qui montera sur cette montagne, ce n'est pas uniquement pour nous en inspirer un vif désir, c'est encore pour nous apprendre les moyens d'y réussir. Heureux celui qui a préparé en son cœur les degrés qui conduisent à cette montagne et qui languit et se consume du désir d'entrer dans les parvis du Seigneur! Cette montagne est riche en effet, elle offre tous les biens réunis, c'est la montagne des voluptés éternelles, c'est la maison de Dieu. Et bienheureux , Seigneur, ceux qui habitent en votre maison; ils vous loueront durant les siècles1. Ecoutez un témoin fidèle nous assurer que cette maison est une montagne : O Israël, que grande est la maison du Seigneur, que vaste est son domaine! Il est grand, son étendue est infinie; il est élevé, il est sans bornes '. Mais non-seulement ce lieu est une montagne, c'est la montagne des montagnes, il s'y trouve plusieurs demeures et plusieurs montagnes. Ses fondements enfin sont posés sur les saintes montagnes 8.

â. C'est ce que le saint prophète Isaïe n'a pas tu : La maison du Seigneur, dit-il, sera une montagne préparée à la cime des monts, et elle s'élèvera aitrdessus de toutes les collines*. Et comment donc la montagne des montagnes ne serait-elle pas assise sur la joie de la terre, elle qui renferme des félicités si abondantes, ou plutôt la plénitude même de l'abondance? Elle sera une mon-

1 Ps. lxxxiii, 5. — > Bamchin, 24, 25. — • Pa. lxxxvi, — * Isa!, ii, 2.

tagne de paix, une montagne de joie, une montagne de vie et d'éternelle gloire, et toutes ces montagnes réunies ne formeront qu'une montagne de parfaite félicité. Et n'est-ce pas une montagne de paix que la paix qui surpasse toute paix et tout sentiment? Oh ! la montagne sublime que la paix dans le cœur, la paix dans la chair, la paix du côté des méchants, la paix avec tous nos frères, la paix du côté des démons, la paix avec Dieu, et une paix qui n'aura pas de fin. La joie régnera aussi, cette joie décrite par le Seigneur dans l'Evangile, une joie pleine, assurée, que personne ne nous ravira. Nous aurons aussi la vie, nous la posséderons abondante. La venue parmi nous d'un si grand pasteur doit nous faire ressentir ses effets; or, comme il le déclare lui-même, il est venu vers ses brebis, pour qu? elles aient la vie, et une vie abondante*. N'est-ce pas encore une montagne que ce poids éternel de gloire qu'on trouve dans les cieux? Tout cela cependant, et tout ce qu'on peut imaginer de plus souhaitable, tout cela réuni ne forme que cette mesure de félicité, mesure comble, entassée, parfaitement pleine et qui déborde de tous côtés8. C'est comme si réunissant plusieurs montagnes, les unes d'or, les autres d'argent, les autres de diamants, d'émeraudes, de pierres précieuses, ou bien d'écarlate, de pourpre, de fin lin, et d'autres riches matières, vous n'en formiez qu'une seule. Tout en effet nous sera rendu au centuple. Et ceux qui auront bâti avec de l'or, de l'argent, des perles, seront tout surpris de voir leurs petites constructions transformées en montagnes. Du grain de semence jeté en terre par eux, ils recueilleront non-seulement des gerbes abondantes, mais des gerbes amoncelées, des gerbes innombrables.

1 Jean xyi, 24, 22, — » id. x, 10. — * Loo vx# 98,

3. Qui montera donc à la montagne au Seigneur, et qui se tiendra en ce lieu saint? Celui dont le cœur, dont les mains sont purs. Bienheureux celui-là, si toutefois il existe. Mais qui pourra se flatter d'avoir les mains pures et le cœur chaste? Personne n'est sans souillure sur la terre, pas même l'enfant d'un jour *. Néanmoins il y en a un innocent parmi les coupables, pur parmi les impurs, libre entre les morts. Mais il est seul. C'est celui duquel il est écrit : Personne n'est monté au ciel, que celui qui en est descendu, le Fils de t homme qui est au ciel fi. Ses mains étaient innocentes, puisqu'il n'a jamais commis de péché, et ses bonnes œuvres lui permettaient de dire aux Juifs : Qui d'entre vous me convaincra de péché3 ? Comment douter que son cœur ait été très-pur puisqu'il était personnellement uni à la Sagesse divine exempte de toute tache et dont la pureté pénètre tout? Il n'a pas reçu son âme en vain, celui qui eut seul la puissance de quitter la vie et de la reprendre à son gré*. Non il ne l'a pas reçue en vain, ni dans sa vie» ai dans sa mort, ni dans sa résurrection.

4. Mais comment n'a-t-il point fait au prochain un serment trompeur, ni reçu son âme en vain, ni rien fait inutilement s'il a reçu seul la bénédiction divine? Est-ce ainsi qu'il fallait que le Christ souflrît, ressuscitât et entrât dans sa gloire ° ? Cette gloire lui appartenait. Quel est pour nous le fruit de son sang si nous descendons tous dans la corruption? Quelle est la vérité de ses promesses, si, comme nous l'avons rappelé plus haut, personne n'est monté au ciel que celui qui en est descendu? Qu'il reçoive la bénédiction, j'y consens. Pourquoi la miséricorde? Mais, si vous êtes attentifs, il ne la recevra pas seul, ou il ne la recevra pas pour lui seul. Poursuivez les paroles du Prophète, et voyez comment, bien que d'une façon couverte, il introduit ici une multitude. Il parlait d'un seul et il disait : // recevra la bénédiction. Mais aussitôt il la transmet à une génération et s'écrie : Voici la génération de ceux qui cherchent le Seigneur, nous apprenant à voir ici dans celui dont il parle l'unité non de personne, mais d'esprit. L'un est l'époux , l'autre l'épouse, et nous savons qui a dit : Ils ne sont plus deux mais une même chair \ C'est ainsi qu'il montera, qu'il recevra la bénédiction. Mais ceux qui la recevront de lui monteront aussi avec lui ou plutôt en lui ; sur quoi écoutez le Prophète : Le législateur

1 Job xiv, 4, selon les sept.— «Jean m, 13.— Md.viii, 46.— * Jean ni, 13. — » tue sxiv, 20.— • Math, xa, 16.

donnera la bénédiction, et ils iront de vertu en vertu l . C'est pourquoi Jésus-Christ devait souffrir et ressusciter des morts, afin que la pénitence et la rémission des péchés fussent prôchées en son nom *, la pénitence pour recouvrer l'innocence, et la rémission des péchés pour obtenir la pureté. Car, bienheureux celui non pas en qui Dieu n'a pas trouvé, mais à qui il n'imputera point de péché*. J'ai trouvé, dit-il, un homme selon mon cœur*. Cet homme peut-il pour cela se glorifier d'avoir le cœur chaste? Non, puisque les étoiles elics-mémes ne sont pas pures devant lui*. Mais Dieu ne méprise pas un cœur contrit et humilié 6. Un cœur contrit est bien près d'un cœur pur, et c'est là être selon le cœur de Dieu, puisque Dieu est près des cœurs troublés. C'est le bon Samaritain, vrai prochain du voyageur tombé aux mains des voleurs 7. Il ne fera donc pas au prochain un serment trompeur, il accomplira ses promesses : En vérité , je vous te aïs, vous siégerez sur des trônes et vous jugerez \

5. Cherchons donc aussi, mes très-chere frères, dans la mesure de nos forces l'innocence des mains et du cœur. Evitons avant tout le péché, autant du moins qu'il est possible à notre fragilité, évitons-le dans nos pensées, aussi bien que dans nos actes. N'ayons pas reçu vainement une âme raisonnable ; exerçons-nous aux bonnes œuvres et en tout suivons le jugement de la raison. Et n'a-t-il donc pas reçu en vain une âme humaine, l'homme qui, pareil à l'animal, se plonge dans les voluptés corporelles, et ne suit que les instincts de la chair? Le Prophète ajoute : Il n'a point /ait à son prochain un serment trompeur. De même que nous devons garder la pureté en nous, et l'innocence à l'égard du prochain, il faut aussi pratiquer en nous et envers nos frères des actes de piété et de vertu. Ne restons donc pas inutiles à nous-mêmes; nous aurions reçu nos âmes en vain. Ne soyons pas non plus inutiles à notre prochain, nous aurions l'air de lui avoir fait un serment trompeur. L'Esprit qui parlait par le Prophète connaît l'argile d'où nous sommes tirés, et l'avis qu'il prétend nous donner n'est pas simplement relatif au bien du prochain» Il nous parle de serment, pour nous rappeler une de nos dettes, et nous empêcher de manquer à la parole que nous avons donnée. Tous eu effet, nous avons fait un serment à ceux en

* Pb. lxxxiii, S. — * Luc xxiv, 46,47. — * Ps. xxx, à — * Act xm, 22. — » Job. xxv, 5. — • P*. l, 19. — * Luc x, 30, 36. — * Matb. six» 28.

SUB DIVERS SUJETS

sr,

compagnie desquels nous sommes entrés dans runité de l'Église, et cette profession de la foi chrétienne demande que celui qui vit, ne vive plus pour lui-même, mais pour celui qui est mort pour nous.

6. Et ne me dites pas : Je vivrai pour lui, mais pas pour Vous, car Celui-là n'a pas seulement vécu pour tous, il est aussi mort pour tous1. Or, comment peut-il vivre pour Jésus- Christ, celui qui ne sinquiète point de ceux que Jésus-Christ aime si tendrement? Comment vit-il pour Jésus-Christ, celui qui n'accomplit point sa loi et n'observe pas son commandement? Et quelle loi donc, ditesvous, quel commandement? Voicimoncomnandement, dit Jésus-Cbrist, c'est que vous )Ous aimiez les uns les autres, comme je vous xi aimés*. Et l'Apôtre ajoute : Portez le far- Jeau les uns des autres, et ainsi vous observerez la loi du Christ*. N'allez pas croire, je vous prie, que le bien que vous faites à votre prochain soit purement gratuit, ni qu'il vous soit facultatif de l'omettre. C'est une dette que vous avez contractée par serment, et à laquelle votre profession vous oblige. Celui-là donc recevra la bénédiction du Seigneur et la miséricorde de Dieu son salut. Celui-là, parce qu'un seul reçoit la récompense. Mais afin que vous ne pensiez pas que le Prophète parle d'un seul homme exclusivement : Voici la génération de ceux qui cherchent le Seigneur. Celui-là recevra la bénédiction parce que la tète et le corps ne forment qu'un Christ. Mais il forme en même temps toute une génération parce qye tous arriverons tous à la mesure de tâge oarfait du Christ.

7. On peut dire encore que le Seigneur ui-mème est cette montagne du Seigneur tant il est dit : Qui montera sur cette montagne, ou qui habitera ce sanctuaire? Il est cette pierre qu'aucune main humaine n'a taillée, et qui en se développant est devenue une montagne immense '. C'est lui qui élevé de terre a tout attiré à lui'. Pourquoi, ô Juifs, doutez-vous de l'élévation de cette montagne sur laquelle Dieu se plaît à habiter7? Cesty disent- ils, par Béelzébuth, prince des démons, qu'il chasse les démons. Détestable soupçon, blasphème criminel! Jésus- Christ est le Prince, un grand Prince, à l'empire duquel les démons ne sauraient échapper, tandis que leur royaume à eux croulera8. Le royaume de Jésus-Christ est

* II Coh v, 15. — » Jean xni, !4. — » Galat vi, 2. — * Ephés. iv, 13. — * Dan. n, 34, 35, 45. — 6 Jeanxii, tt. — ' Pa, livix, 16 17. — • Math* xii, 24» 23.

uni, parfait, sans fin1. Quelle différence entre ce Prince et ces princes ! toint de comparaison entre cette montagne grasse, fertile, et ces montagnes qui ne sont que grasses. Oui, votre Béelzébuth est une mon tagne grasse, mais non fertile, elle est plutôt sous le poids d'une malédiction qui la condamne à une stérilité éternelle. C'est une montagne, il s'est élevé; une montagne épaisse, ses écailles sont serrées les unes contres les autres, et son cœur a la dureté du lait coagulé.

8. Pour Jésus-Christ c'est une montagne aussi, mais fertile, abondante: montagne par sa hauteur, compacte par la masse des fidèles unis à lui , féconde par la charité. Voyez comme il attire présentement tout à lui, comment il s'unit toutes choses par une union substantielle, personnelle, spirituelle, sacramentelle. Il a en lui le Père, avec lequel il n'est qu'une même substance, il a pris l'humanité avec laquelle il ne forme qu'une même personne, il s'est associé l'àme fidèle avec laquelle il ne forme qu'un esprit; il a pour épouse l'Eglise de tous les élus qui ne forme avec lui qu'une seule chair. Peut-être même aurais-je dû appeler charnelle cette union ; j'ai préféré la nommer spirituelle, estimant cette qualification plus convenable, surtout l'Apôtre disant : Ce sacrement est grand, je dis en Jésus-Christ et dans l'Eglise1. Assurément elle est très-fertile et très-grasse la montagne où Dieu se plaît à habiter, aussi l'a-t-il inondée de l'huile de l'allégresse préférablement à toutes les autres. C'est la montagne des célestes aromates, la montagne des grâces spirituelles, où l'Esprit n'est pas descendu en une mesure restreinte, mais avec une magnifique plénitude. Montagne élevée qui contient tous les trésors de la sagesse et de la science et où habite toute la vérité de la nature humaine, avec la plénitude même de la divinité. Montagne sublime, immense, où se réalise la restauration du ciel et de la terre, de sorte que Dieu est tout en tous9.

9. Venez donc, mes frères, montons à cette montagne ; si le chemin vous en paraît difficile, déchargeons-nous de notre fardeau, s'il nous semble étroit, rapetissons-nous; s'il est long, hâtons-nous d'y marcher; enfin s'il est pénible, crions vers Jésus-Christ : Attirez-nous après vous, et nous courrons à l'odeur de vos parfums \ Heureux celui qui courra si bien qu'il puisse arriver au but, ou

* Luc i, 33. — » Ephés. v, 32. -: » IMd. i, 10. — * Cant. x, 3.

plutôt qui méritera d'être reçu et admis sur cette grande et vaste montagne, dans la plénitude du corps de Jésus-Christ. Heureux ce* lui qui monte sur cette montagne avec une telle ardeur et tant de persévérance , que trouvé digne d'être introduit dans ce sanctuaire il y soit présenté à Dieu le Père, il en contemple la vertu et la gloire i , à savoir : Jésus-Christ notre Seigneur, la montagne des montagnes, la montagne riche et féconde. Aussi c'est en lui que nous avons paru par

la prédestination éternelle, sous les yeuî de celui qui nous a aimés et nous a eus pour agréables en son Fils bien-aimé, en qui il nous a élus avant la création même du monde1. Mais alors nous le connaîtrons oomme nous sommes connus*, quand cette montagne si élevée et si riche, devenue plus élevée et plus riche encore, attirera tout à elle, elle qui est le Dieu béni par dessus toutes choses dans les siècles des siècles. Ainsi soit-il.

SERMON XXXIV

Du commentaire d'Origène sur le chap. x, verset 16, du Lévitique.

t. Je crains, mes frères, que quelquesuns d'entre vous n'aient été blessés par un 1>assage de la lecture d'hier. Il est tiré de 'homélie d'Origène sur le chapitre du Lévitique qui défend l'usage du vin à Aaron et à ses enfants, quand ils doivent s'approcher de l'autel. Oui, les paroles suivantes peuvent être nuisibles à quelques-uns, s'ils les prennent dans leur sens propre et à la lettre : Mon Sauveur, dit Origène, maintenant encore pleure mes péchés , et h reste dans la tristesse, tant que nous persistons dans terreur. Il dit encore d'autres choses analogues, avec plus d'éloquence que de circonspection, plus de véhémence que d'exactitude. Que signifie donc ce bruit sourd et inaccoutumé ? Qui donc murmure ainsi ? Je sais bien que ceux qui ont l'intelligence de la loi divine trouveront à critiquer dans les paroles que je viens de citer ; mais je n'en dois pas moins m'occuper de ceux qui ont moins de lumières, et il ne s'agit pas ici seulement du sentiment d'Origène. Qu'il ait peut-être parlé avec hyperbole, c'est son affaire et non la nôtre. Cependant je crois devoir vous rappeler ici ce que nous apprennent les saints

Pères, qu'il y a des passages de cet auteur tout à fait contraires à la foi, et que, par conséquent, nous ne devons les lire qu'avec précaution. Mais, encore une fois, nous ne cherchons pas en ce moment quel a été le sentiment d'Origène. Tout ce que nous désirons, c'est que vous n'ayez tous que des croyances orthodoxes, sans vous laisser émouvoir des paroles de cet écrivain.

2. Gardons-nous de croire qu'il y ait dans le ciel ni tristesse, ni péché. Là, nul ne peut ni pécher, ni gémir, comme jamais sur la terre on n'eût connu la peine, si le péché ne l'y eût devancée. Il n'y a dans le ciel que sainteté et joie comme il n'y a dans l'enfer que péché et châtiment du péché. Mais dans l'état intermédiaire, c'est-à-dire ici-bas, on trouve ces deux choses, et c'est pour cela qu'aucune n'a atteint son degré suprême. Nous souffrons tous en plusieurs choses, parce que nous péchons tous en plusieurs *. Aussi, comme il n'y a dans le ciel place ni pour la souffrance, ni pour la douleur, le Fiis unique du Père, voulant racheter l'homme par sa Passion, s'est revêtu d'une chair capable de souffrances. Il ne pouvait

- P». LXJI, 3.

* Ephéa. i, 4. — f I Cor. xin,U. — ■ Jacq. m, 3,

SUR DIVERS SUJETS

souffrir dans sa nature divine ; il s'est donc montré sur la terre et il a conversé avec les hommes ', afin de s'abaisser lui-même dans ce lieu de souffrance. Il a consenti à ressentir ici-bas le trouble, la frayeur et l'ennui, à passer par toute sorte de tentations, et cela à cause de la ressemblance du péché qu'il portait, bien que personnellement exempt de péché. Jésus, dis-je, a répandu des larmes véritables sur la terre, il a été vraiment triste, il a vraiment souffert, il est vraiment mort, et a été vraiment enseveli ; mais après sa résurrection, toutes ces misères ont disparu. Ne cherchez plus votre bien-aimé dans votre petit lit, il est ressuscité, il n'est plus ici. Ce sont les paroles de l'Épouse : J'ai cherché dans mon petit lit celai que chérit mon âme ; je toi cherché et ne Foi point trouvé*. Ce fut Marie-Madeleine qui chercha Notre-Seigneur dans sa couche, elle le chercha dans le tombeau, et ne l'y trouva point. Les gardiens la trouvèrent plutôt, et lui dirent: Pourquoi cherchez-vous parmi tes morts celui qui est vivant? Il a été un moment avec les morts, mais il n'y est plus ; et quand il y était, alors même il était libre. A la vérité, il s'est troublé , il a donné sa vie , il s'est offert, mais c'est qu'il l'a voulu \ Il a été assujetti à toutes ces infirmités, non par nécessité, mais par sa volonté propre. Aussi la faiblesse en Dieu était plus forte que les hommes *, puisque, alors même, il était grand parmi les petits, fort parmi les faibles, libre parmi les morts.

3. Il me semble que parfois aussi dans nos tribulations il se rencontre une sorte de liberté ; c'est quand les sentiments d'une charité libre et générale nous portent à endurer, pour les péchés de notre prochain, les souffrances de la pénitence ; que nous pleurons, que nous jeûnons, que nous nous maltraitons pour lui, et payons des dettes que nous n'avons pas contractées ; ce qui faisait dire à saint Paul : Libre à l'égard de tous, je me suis fait F esclave de tous*. Mais tout cela n'est rien en comparaison de Celui qui n'a jamais péché, n'a jamais rien dû à la mort, n'a jamais mérité l'affliction. Car, bien que le prochain n'ait pas droit d'exiger de nous ces mortifications volontaires, Dieu nous les demande pour lui; et s'il s'en trouve parfois qui semblent donner au prochain au delà de ce qu'ils lui doivent, personne pourtant n'a jamais rendu à Dieu tout ce qu'il est

1 Baruch. ni, 18. — * Cantique des cantiques ni, 1. — * Mathieu xxviii, 5, et Luc xxiv, 5. — • Isaïe un, 7. — • ICop. i, 25. — • Id. w, 9*

tenu de lui rendre. Pour moi, dit l'Apôtre, je me soucie fort peu des jugements que vous pourrez former sur moi, je ne veux pas même méjuger moi-même1. Remarquez ce qu'il dit ailleurs : Jugeons nous-mêmes, et nous ne serons point jugés *. Et encore : L'homme spirituel sait discerner toutes choses *. Il ne dit pas juge, mais discerne, ce qui implique le choix et l'épreuve ; comme il dit encore autre part : Heureux celui que saconsciencene condamne pas en ce qvtil a cru bien faire *. Il se souciait donc peu d'être jugé par ceux à qui il savait n'avoir rien refusé de ce qu'il leur devait, et qu'il n'avait jamais offensés ; il avait plutôt rendu service à tout le monde, et sa conscience en paix lui faisait dire avec franchise : Qui de vous est faible, sans que je le sois avec lui? Qui est scandalisé sans que je brûle*? Car il s'était fait Juif avec les Juifs pour gagner les Juifs à Jésus-Christ , et avec ceux qui n'avaient pas la loi, il agissait comme si cette loi n'existait pas ; en un mot, il se faisait tout à tous, afin de les sauver tous 9. Il avait donc raison de dédaigner les appréciations de gens qu'il n'avait jamais offensés, et au milieu desquels il avait exercé son ministère avec honneur. Hais il ne se condamnait pas lui-même dans les choses qu'il croyait pouvoir faire, s'accordant parfaitement ce qu'il se devait à lui-même, châtiant son corps, ayant compassion de son âme, et veillant sur son cœur, afin que sa conscience ne lui reprochât aucun péché. Mais, dit-il, ce nf est pas là ce qui me justifie, car c'est le Seigneur qui est mon juge \ Je ne puis décliner son jugement. Je me croirais juste que je n'oserais pas lever la tête parce que toutes mes justices sont devant lui comme un linge immonde9. Non, personne n'est juste en sa présence, personne.

4. Toute créature raisonnable est forcée de dire à Dieu : J'ai péché contre vous ; mais il est digne d'estime celui qui peut dire en toute vérité: Contre vous seul9. Seul, Notre- Seigneur a été vraiment libre parmi les morts, lui qui n'a jamais commis de péché et dont la justice s'élève comme les montagnes de Dieu. Du reste, il n'est plus parmi les morts ; il les a quittés avec un corps et un cœur transformés ; et il est entré dans les puissances du Seigneur, délivré de toute infirmité, dépouillé de ces vêtements honteux dont il parut autrefois revêtu aux yeux du prophète Zacharie 10; il en a pris d'autres

1 1 Cor iv, 3.— « Id. xi, 31.— » Id. n, 45.— *Rom. xnr, 22. — » II Cor. xiv, 29. — • I Cor. ix, 22.— ' I Cor. iv, *. — 8 Isaîe lxiv, 6. — • Ps. l, 6. — 10 Zach. m, 3.

magnifiques et éclatants, comme il le dit lui-même : Vous avez déchirJ mon sac, et vous m avez environné de joie1. Car il a pris substantiellement le corps et l'âme humaine, et il a eu les sentiments de l'âme et du corps, mais il est glorifié dan? tous les deux; ce que le Prophète a voulu résumer en ces termes : Le Seiqneur a régné, il s'est revêtu de beauté et de force*, de beauté dans la gloire éclatante de son corps, de force dans Tétat inaltérable de son âme. Mon âme, disait-il, est triste jusqitàla mort%\ et il ajoutait ensuite en inclinant la tête : Tout est consommé k9 afin qu'on ne puisse désormais soupçonner en lui aucune faiblessse.

5. Mais, dit Origène, si l'apôtre de Jésus- Christ pleure sur quelques-uns qui ont péché autrefois et n'ont point fait pénitence de leurs fautes5, que dirai-je de celui qui est appelé le Fils de la Charité ? Et il poursuit : Après avoir cherché nos intérêts, il ne nous chercherait plus nous-mêmes, il ne songerait plus à ce qui nous regarde, il ne s'attristerait plus de nos égarements, il ne pleurerait plus sur nos malheurs et nos afflictions, lui qui a pleuré sur Jérusalem8? Et plus loin:

Maintenant que le Seigneur est plein de miséricorde et de compassion, il pleure avec ceux qui pleurent, il déplore la misère des pécheurs, avec plus de tendresse que son apôtre. Car il ne faut pas croire que saint Paul pleure sur les péchenrs, et que Notre- Seigneur retienne ses larmes. A prendre ces paroles à la lettre, ne puis-je pas dire que c'est encore chercher le bien-aimé dans le lit ? Un mort ne sait point chercher l'objet de ses affections ailleurs que dans le tombeau, un malade ailleurs que dans sa couche, un petit enfant hors de son petit lit. Mais, comme nous l'avons déjà dit, Jésus-Christ n'a pas été moins glorifié dans son âme que dans son corps, il l'a même été d'autant plus que l'âme est plus grande, plus susceptible de gloire que le corps ; il ne peut doue pas plus pleurer les siens que les laisser dans l'oubli. Mais quand la faiblesse humaine deviendra-t-elle susceptible d'un sentiment de compassion, sans ressentir elle-même la misère? Quand pourra-t-elle aimer celui qui souffre ou qui est en danger, sans prendre sa part de cette douleur ou de ce trouble ? Mais si cela est au-dessus de nos forces, rien n'est impossible à Dieu? Il peut donc et se conserver à lui-même, et conférer à tous les

* Pb. xxix, 12. — * Pa. xcn, 1. — » Mathieu xxvi, 58, — * Jean xix, 30. — • H Cor. xn,21. — * Luc xix, iU

hommes délivrés des infirmités de la chaif , revêtus de la vertu d'en haut, et entrés dans les puissances du Seigneur, cette charité qui le porte à se réjouir avec ceux qui sont dans la joie, mais non à verser des larmes avec ceux qui pleurent, charité qui l'unit si intimement et si efficacement à ceux qu'il aime, qu'elle subsiste éternellement sans aucun trouble. Et certes , nul doute que cet amour ne soit de beaucoup supérieur, de même qu'on estime la médecine qui guérit les plaies (si elle existe) sans perdre par cette guérison ni sa vertu ni sa substance, plus précieuse que celle qui, pour donner la santé, perd sa force et se corrompt. Par conséquent, si Notre- Seigneur a jadis pleuré sur Jérusalem , il n'est plus maintenant dans un état à verser des larmes, pas plus qu'il ne peut mourir, après être une fois mort et ressuscité ; pas plus qu'après être descendu dans le sépulcre et l'avoir quitté, on ne 1'; saurait maintenant retrouver.

6. Cependant, même aujourd'hui , son amour est infiniment plus grand et plus efficace que l'amour de ceux qui pleurent pour les pécheurs, ou donnent leur vie pour leurs frères, bien que, à dire vrai, son œuvre étant terminée, il ne fasse plus ni l'un ni l'autre. C'est un effet de notre faiblesse, si notre filet n'est pas encore retiré de la mer, s'il y ramasse indistinctement toute sorte de poissons. Car, non-seulement Notre - Seigneur, mais les Apôtres, mais tous les saints qui sont avec lui, ont déjà touché le port; ils n'ont point confondu indifféremment leurs poissons ensemble, ils n'ont retenu que les bons dans leurs barques, et ont rejeté les autres l. Ah 1 combien de méchants poissons ai-je été parfois forcé de tirer 1 Que d'esprits inquiets et fâcheux j'ai souvent amassés dans mes lilets, lorsque mon âme s'est attachée à vous ? Je félicite ceux qui font des progrès ; un bon poisson est un véritable sujet de joie ; je prends en compassion ceux qui manquent de courage ; je pleure avec ceux oui pleurent ; je suis inquiet avec ceux qui sont en danger ; je suis infirme avec les malades, et je brûle de zèle avec ceux qui sont scandalisés. Toutes ces choses sont dures et amères ; ce sont de mauvais poissons, mauvais, non pour la coulpe, mais pour le châtiment. Dieu veuille que nous ne soyons pas accablés par la multitude des mauvais poissons, par une trop grande timidité ou parla violence delà tempête, jusqu'à ce que nous arrivions au port

< Math, xui, 47, 48,

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désiré, où nous puissions séparer les bons des mauvais. Alors les pleurs et les cris, la douleur et la crainte disparaîtront de notre

séjour, et Ton n'y entendra plus retentir que l'action de grâces et les Cantiquoâ d'allégresse.

SERMON XXXV

Sur tes ttois ordres de F Eglise, discours adressé aux Pè*es réunis en chapitre (a)

1 . Cette mer vaste et spacieuse qui désigne certainement ce siècle plein d'amertume et d'inconstance, est traversée pai trois sortes de personnes qui la passent chacune à sa manière, sans y faire naufrage. Ces trois sortes de personnes sont Noé, Daniel et Job i : te piemier l'a passée dans un vaisseau; le second sur un pont, et le troisième à gué ; et ces trois hommes sont la figure des trois ordres de l'Eglise. Noé a conduit l'arche et Fa empêchée de périr dans le déluge ; en lui je reconnais le modèle des prélats de l'Eglise. Daniel, homme de désirs, qui gardait l'abstinence et la chasteté, représente l'état des pénitents et des continents, voués exclusivement au service de Dieu. Et Job qui, dans l'état du mariage, faisait un bon usage des biens de ce monde, figure le peuple fidèle qui possède justement les richesses de la terre. Nous avons à parler ici du premier et du second état, puisque nous sommes en présence de nos vénérables frères et co-abbés qui sont les prélats de notre ordre, en présence des moines qui représentent Tordre des pénitents. Toutefois, il ne faut pas que nous, abbés, nous quittions ce rang, à moins que par hasard (ce qu'à Dieu ne plaise), l'éclat de notre dignité ne nous fasse oublier les obligations de notre profession. Je ne dirai qu'un mot de l'état des gens mariés, dont la condition nous touche peu. Ce sont eux surtout qui passent cette grande mer à

* Ezèch. jov9 il*

(a) Le chapitre de Citetûx, se tenait aux Ides de tepembre. — Ce sermon est cité au livre VIII, des Fleurs li. xxvi» et 37.

gué ; ils ont à parcourir un chemin pénible, long et périlleux, et qu'il est impossible d'abréger. Et ce qui nous en montre encore mieux les dangers, c'est que nous y voyons avec douleur périr une infinité de personnes, tandis que très-peu passent d'une manière convenable. Il est très-difficile, surtout aujourd'hui que la malice prévaut, d'éviter, au milieu des orages de ce monde, le gouffre des vices et l'abîme des crimes.

2. Les continents passent sur un pont qui leur offre un chemin à la fois plus court,

1)lus aisé et plus sûr. Mais laissons de côté es louanges, et attachons-nous plutôt à montrer nos périls : il y a à cela plus de fruit et d'utilité. Sans doute, mes trèschers frères, votre route est droite et mille fois plus sûre que celle des personnes engagées dans le mariage; n'allez pas cependant la croire sans danger, car il y a trois choses à appréhender : vouloir vous égaler aux autres, regarder en arrière, vous arrêter au milieu du pont. Ce pont étroit, cette voie resserrée ne permettent aucune de ces trois choses. C'est pourquoi, contre le premier de ces dangers, il nous faut demander avec le Prophète : Que le pied de l orgueil ne nous ébranle point, parce que ceux qui commettent V iniquité y ont péri% . En second lieu, il est certain que celui qui met la main à la charrue et regarde en arrière, tombe dans l'abîme qui le recouvre sous les flots. Enfin celui qui veut s'arrêter, non pas en désertant sa profession, mais en négligeant son avancement, ne peut éviter la chute, poussé et ren-

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