‹ Œuvres de Saint Bernard (volume 3)Chapitre 46 sur 179 · Tome. IV · texte numérisé non relu

Tome. IV

Dieu. C'est par la vertu de sa grâce que nous avons exécuté la courageuse résolution dont se glorifiaient les Apôtres. Pcut-clreme sera-t-il permisde me glorifier sans folie;car, disons la vérité, ilcnesticiquiontquittcplus qu'une barque et des filets (a). Si les Apôlrcs ont quitté cela, c'clait poursuivre le S«itf neur présent dans la chair. Mais taisons-nous et laissons parler le Seigneur lui-même. Parce que vous m'avez vu, Thomas^ vous avec cru ; heureux ceux qui n'ont pas vu, et qui ont cru1. On prophétise encore (pourrait-on dire) d'une façon plus excellente,quand, sans s'arrêter aux choses du temps, on ne s'attache qu'à celle de l'esprit et de l'éternité. Quel trésor inestimable que la chasteté dans un vase fragile, et que la vertu est bien plus éprouvée dans la faiblesse de la chair 1

8. Hais rencontrer en un corps mortel une vie toute angélique, l'espérance des prophètes dans le cœur, et dans tous les deux la perfection des Apôtres, n'est-ce pas le comble des grâces? Que rendrez-vous au Seigneur pour tous les biens que vous en avez reçus ? Voilà un état sublime : mais en décheoir quel péril l Ne sont-ce pas là comme trois cieux où nous montons ? Aussi que celui qui est debout prenne garde de tomber. Je voyais, dit Jésus-Christ, je voyais Satan, tomber du ciel comme la foudre*. Il tombait de bien haut, aussi s'est-il brisé, et sa blessure est-elle irrémédiable. C'est désormais un esprit qui s'en va et ne revient point. Voulez-vous marcher sur ses traces? Satan est tombé, voulez-vous imiter sa chute? Oh! qu'il vaut bien mieux pour vous rester ferme dans les voies du Seigneur, et dans la grâce que vous possédez. Le bonheur n'est pas sur les routes du péché. Heureux plutôt, ô mon Dieu, celui qui place en vous son appui ! Il ira celui-là de vertu en vertu, jusqu'à ce qu'il jouisse de la vue du Dieu des dieux en Sion, qu'il contemple sa bonté envers les élus, et glorifie le Seigneur en son héritage. Or, les élus forment votre héritage, ils sont des dieux, tous fils du Très-Haut.

9. Aussi, mes frères, puisqu'il est trèsvrai et très-certain que c'est ici la race de ceux qui cherchent le baigneur, qui cherchent

• Jean xx, 29. — * Luc x, \S.

(a) Des hommes appartenant aux plus nobles familles entraient alors dans l'ordre de Liteaux, et affluaient surtout à Clairvaux, comme S.Bernard le reconnaît lut* même. ' V. sermon 1, Pour la Dédie. u° 2. Lire le prologue d'Ernald au 2" livre de la vie do saint, etl'ôpitre de Pierre de Roya, n°9.)

la face du Dieu de Jacob, que vous dirai -je autre chose que ce que nous dit le même prophète : Qu'il se réjouisse le cœur de ceux qui cherchent le Seigneur; cherchez-le et soyez fortifiés; cherchez constamment son visage l ? Et ce que dit un autre : Si vous cherchez ■ , cherchez-le dans la simplicité du cœur ' . Et qu'est-ce à dire? Ne cherchez rien comme lui, ne cherchez pas autre chose que lui, ne cherchez rien après lui. Cherchez-le dans la simplicité du cœur. Une nature simple demande un cœur simple ; aussi c'est avec les simples que Dieu aime à converser. L'homme au cœur double est inconstant dans sa conduitek. Celui que vous cherchez ne saurait être trouvé par ceux qui ne croient que pour un temps, et se retirent à l'heure de la tentation. 11 est l'éternité ; on ne le saisit que par la persévérance. Malheur aupécheurqui marche par deux routes*, car personne ne peut servir deux maîtres*. Aussi cette intégrité, cette perfection, cette plénitude n'aiment point la duplicité. On est indigne d'elle

quand on ne la cherche pas avec un cœur parfait. Si le chien qui retourne à son vomissement, si le pourceau purifié qui se replonge en son bourbier1 sont des objets d'horreur, Dieu vomit aussi de sa bouche l'âme tiède et lâche. Mais l'hypocrite, mais le traître que deviendront-ils? Si celui qui fait l'œuvre de Dieu avec négligence est maudit1 y que ne mérite point celui qui y porte la fraude et la tromperie ? Fuyons cette duplicité, et gardons-nous de l'hypocrisie des Pharisiens. Dieu est la vérité, et il veut des cœurs qui le cherchent en esprit et en vérité. Si nous ne voulons point chercher le Seigneur en vain, cherchons -le véritablement, cherchons-le sûrement et avec persévérance; ne cherchons point autre chose pour lui., ni avec lui, ni hors de lui. Car il est plus aisé que le ciel et la terre passent que de ne le pas trouver si on le cherche ainsi, de ne pas le recevoir en le demandant ainsi, ou de ne pouvoir entrer quand on frappe â la porte de cette manière.

SERMON XXXVIII

2* Pour le temps de la moisson. Sur ces paroles de l'Apôtre : Tout contribue au bien

de ceux qui aiment Dieu. (Rom. vin, 28.)

1 Nous paraissons pauvres et nous le sommes en effet ; mais si nous avons reçu l'esprit de Dieu afin de connaître les grâces qui nous sont données, nous en avons reçu aussi une grande gloire et une grande puissance : A tous ceux qui l'ont reçu, dit saint Jean , il a donné la puissance de devenir ewfants de Dieu 7. N'est-ce pas une grande puissance que celle des enfants de Dieu, puisque tout concourt à les servir? L'Apôtre ne doutait point de cette vérité, lorsqu'il disait : Tout contribue au bien de ceux qui aiment

1 Pa. civ, 3. — * Iaaïe xxi. — • Sages, i, 1. — * Jacq. i 8. — * Eccli. ix, 14.— •Lwcxvi, 13. — 7 Jean i, 12.

Dieu*. Mais on me dira peut-être -. que m'importe? Et même on pourra ajouter dans la pusillanimité du cœur: que ceux qui brûlent de cet amour filial envers Dieu, dont les cœurs sont embrasés, de ces sentiments de tendresse, se glorifient, s'ils veulent de la puissance donnée aux enfants de Dieu. Et que ceux qui aiment Dieu en vérité, croient tant qu'ils le voudront, que tout concourt à leur bien, pour moi, je suis un pauvre, un mendiant ; je ne sens point cet amour filial et je suis privé des sentiments d'une véritable dévotion. Hais écoutez ce qui suit, car il

1 II Pierre n, 22. — * Jérém. xlviix. — * Rom. viu, 28,

dc laisse, dans l'Écriture, aucune place au désespoir, celui qui dit dans un autre endroit : Afin que nous ayons l'espérance par la patience et par la consolation des Écritures l . Ce sentiment de tendresse que tous cherchez est la paix et non la patience, on le goûte dans la patrie et non pas sur la route, et ceux qui sont arrivés là n'ont plus besoin de la consolation des Écritures.

2. Quant à nous, demandons l'espérance à la patience et à la consolation des Ecritures, encore que nous ne puissions déjà posséder la paix. C'est pourquoi l'Apôtre après avoir dit que tout contribue au bien de ceux qui aiment Dieu 9 ajoute prudemment: De ceux qui sont appelés saints selon son bon plaisir. Et ici, ne vous effrayez pas de ce nom de saint, puisque Dieu ne parle pas des saints qui le sont selon leur mérite ou leur désir, mais selon son bon plaisir et selon sa volonté , suivant ces paroles du prophète; Conservez mon âme parce que je suis saint * . Saint Paul lui-même encore sous le poids d'un corps corruptible ne croyait pas être arrivé à cette sainteté dont nous parlons : Tout ce que je fais maintenant, dit-il, c'est d'oublier ce qui est derrière moi pour avancer toujours, je cours sans cesse vers la palme de la vocation céleste1. Vous le voyez, il n'avait pas encore obtenu la récompense, mais il restait résolu à parvenir à la sainteté. De même, si vous êtes décidé à fuir le mal et à faire le bien, à conserver la grâce que vous avez reçue, et à avancer constamment dans la vertu, si vous avez la volonté de ne pas rester plus longtemps dans le mal que la fragilité humaine vous aurait fait commettre, si vous en avez un grand regret, avec le ferme propos de vous en corriger dans la mesure de vos forces, il est indubitable que vous serez saint; vous restez obligé pourtant à vous écrier sans cesse : Conservez mon âme, parce que je suis saint.

3. Voulez-vous donc savoir de quelle manière tout concourt au bien de ces saints? Le temps ne me permet pas de m'arrêter ici aux détails, puisque la cloche nous prescrit de unir et de nous rendre à la prière du soir ;

mais écoutez en un mot comment tout est mis à notre service et contribue à notre bien. Que nos ennemis eux-mêmes soient nos juges ; et s'ils sont pour nous, qui sera contre nous? Si nos adversaires travaillent à notre profit, comment toutes choses ne nous seront-elles pas favorables ?

4. Or il est évident que nous avons deux sortes d'ennemis à combattre, à savoir le mal que nous commettons et celui que nous souffrons, ou, pour parler plus clairement, la coulpe et la peine. Or, bien que ces deux choses nous soient contraires, nous nous les rendrons favorables, si nous le voulons, de façon que la peine nous exempte de la coulpe, et que celle-ci nous délivre de la peine. Il faut donc que nos cœurs soient touchés de componction, et que nous pleurions nos péchés passés, sur la couche de notre conscience ; si bien que cette pénitence volontaire que nous souffrons adoucisse les remords de la conscience, et brise les dents du péché qui ronge notre cœur, et nous apporte l'espérance du pardon. Cette pénitence n'efface pas seulement les péchés passés; elle nous préserve encore pour l'avenir ; elle repousse les vices qui nous attaquent, et les détruit avec une telle force, qu'ils n'osent plus jamais, ou n'osent que rarement dresser leur tête envenimée. Ainsi la peine fait que la coulpe n'existe plus ou n'existe qu'en partie. La coulpe à son tour supprime la peine ou la diminue. Ce n'est pas qu'il n'en reste absolument rien, ou que la quantité en soit amoindrie, ce qui ne serait pas expédient. Mais elle agit de manière, ou qu'elle ne soit plus une peine, ou qu'elle soit beaucoup moindre ; elle n'existe plus, ou elle est supportable. Quiconque ressent véritablement le poids du péché et la blessure de son âme, est bien moins sensible à la peine extérieure du corps, si même il la ressent. Il ne verra plus un travail dans ce qui le préservera des péchés de l'avenir, tout en effaçant ceux du passé. Ainsi le saint roi David ne s'émut pas des injures qu'un sujet vomissait contre lui; il se souvenait des persécutions que lui suscitait Absalon, son fils '.

» Rom* xv, 4. - • P* lkxv. - » Philipp. m, 13, li. * II Roi» m, i i.

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