SERMON LXX(À
De la vigilance et des soins du salut.
1. Nous avons été donnés en spectacle au monde, aux anges et aux hommes1, et ainsi, tout à la fois, aux bons et aux méchants. Car, la passion de l'envie chez les uns,* un sentiment de miséricorde chez les autres, les pousse à avoir sans cesse l'œil sur nous ; les premiers sont heureux de nos défauts, les autres de nos progrès. Nous sommes ainsi en spectacle, placés parfois entre le ciel et l'enfer, comme entre le cloître et le siècle. Des deux côtés on examine avec soin notre conduite : des deux côtés on se dit : Ah ! s'il pouvait venir à nous ! L'intention sans doute est différente, mais le désir est le même ; si les regards de tous sont ainsi fixés sur nous, pourquoi les nôtres s'écartent-ils, pourquoi sont-ils seuls à ne pas nous considérer ? A droite et à gauche nous sommes observés avec tant de soin, et seuls nous détournons les yeux de notre conduite, seuls nous négli-
geons de nous examiner nous-mêmes ; nous ne craignons pas les esprits qui nous trompent, et nous ne respectons pas ceux qui veulent nous être utiles. Les Justes, est-il dit, m* attendent jusqu'à ce que vous me donniez
ma récompense *. Et aussi : les pécheur* m'ont attendu pour me perdre *. D'un côté Ton me prépare l'enfer, de l'autre la couronne de gloire, et, placé dans cette alternative, je puis m'amuser et hésiter! Et même je ne suis ni attiré par le désir de la récompense, ni effrayé par la crainte des supplices ! je n'éprouve ni envie, ni terreur en des points si importants; et je demeure dans l'insensibilité la plus funeste! Ah! réveillons-nous enfin, mes frères, et ne négligeons point nos âmes, pour les-4 quelles d'autres veillent avec un si grand zèle, soit pour les sauver, soit pour les perdre.