‹ Œuvres de Saint Bernard (volume 3)Chapitre 58 sur 179 · SERMON LXXXIII(B · texte numérisé non relu

SERMON LXXXIII(B

Qu'il faut recevoir avec précaution les louanges humaines.

Vous avez trouvé du miel ? N'en mangez pas trop ; la satiété pourrait vous causer des vomissements1. Par miel on peut entendre ici la faveur des louanges humaines ; et c'est avec raison qu'on nous conseille, non pas de nous priver de cet aliment, mais d'y éviter l'excès. En effet, il est des moments où nous pouvons recevoir la louange des hommes avec fruit, lorsque nous n'y envisageons que la charité pour le prochain, et le salut de ceux qui deviennent par ce moyen plus soumis à ce que nous souhaitons d'eux. Ainsi, cette discrétion observée, on peut sans crainte manger de ce miel avec cette modération. Que si l'on dépasse ces bornes, il y aura mal et dommage à en manger.Or celuilà mange de ce miel avec excès, qui attache totalement son cœur aux applaudissements et aux louanges qu'on lui donne, qui s'enor-

gueillit de ses éloges, et qui s'en repaît. Le saint Prophète demandait à Dieu d'éviter ce vice, donnant aux louanges non plus le nom de miel, mais celui d'huile, qui n'a pas moins de douceur que l'autre : Uhuile du pécheur n% inondera pas ma tête1. Voulezvous savoir quand est-ce que celui qui mange du miel sans mesure rejette ce qu'il a pris avec excès? C'est lorsque cherchant uniquement les applaudissements des hommes dans les louanges dont il se rassasie, il est contraint de rejeter avec peine et inquiétude, ce qu'il avait pris avec un malheureux plaisir, quand il sèche d'envie et de jalousie contre celui dont il entend publier les avantages ; car alors l'âme livrée i la vanité, et bouffie de son orgueil, s'imagine qu'on ne peut louer les autres qu'à son préjudice, et avec un notable amoindrissement de sa propre estime.

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