DE LA BIENHEUREUSE VIERGE &JARIE
SERMON PREMIER
De la triph miséricorde*
I. Aujourd'hui, une Vierge llère introduit le Seigneur dans le temple même du Seigneur. Joseph aussi présente à Dieu, non son propre fils, mais le fils de Celui qui fait de cet enfant l'objet de ses complaisances. Siméon le juste reconnut celui qu'il attendait , et une veuve , Anne , célèbre ses louanges. Ces quatre personnages ont célébré, les premiers, la procession de ce jour qui, depuis, en tout lieu, chez toutes les nations est célébrée avec transport. Qu'elle ait été petite et modeste alors,
pourquoi s'en étonner? Il était petit aussi celui à qui s'adressait cet accueil. Aucun pécheur n'y trouva place : tous ces personnages étaient justes, ils étaient tous saints, tous parfaits. Mais, Seigneur, n'en sauverezvous pas d'autres ? Ah ! que votre corps grandisse, et avec iui la miséricorde ! Hommes et animaux, vous sauverez tout Seigneur,
Îuand vous dilaterez votre miséricorde*, «ans une autre procession, la foule précède,
1 Actes, ix, 1, 8. — * Pb. xxxv, 7, 8*
la foule suit : ce n'est plus une vierge qui porte le Christ : c'eshin ânon. Il ne dédaigne personne, pas même ceux qui croupissent dans le péché, comme les animaux dans leur fange; non, il ne les dédaigne pas, et si les apôtres étendent là leurs habits, si leur doctrine, leur justice, leur obéissance, leur charité couvrent la multitude des péchés, il ne les réputera pas indignes de l'honneur de marcher avec lui. Et cette gloire qui semble le lot d'un si petit nombre, il nous Fa réservée. Après l'avoir accordée aux anciens, comment la refuserait-il à ceux qui viennent après eux?
2. David, roi et prophète, a tressailli à la pensée de voir ce jour: il Ta vu et il en a été réjoui. S'il ne l'avait pas vu, comment pouvait-Il chanter: Seigneur, nous avons reçu votre miséricorde au milieu de votre temple *? David a donc reçu cette miséricorde du Seigneur; Siméon l'a aussi reçue, ainsi que nous tous prédestinés à la vie, puisque le Christ était hier, qu'il est aujourd'hui, qu'il sera à jamais. C'est au milieu du temple que se rencontre la miséricorde, ce n'est pas dans un coin obscur, ni dans une hôtellerie, parce qu'en Dieu point d'acception de personne. Elle est à la portée de tous, offerte à tous , nul n'en est privé que celui qui la refuse. Seigneur, mon Dieu, vos eaux s'épanchent et coulent sur la place : néanmoins, il est une fontaine qui vous est réservée et où l'étranger ne boit pas. Celui qui est à vous ne mourra pas qu'il n'ait vu le Christ du Seigneur, afin de s'en aller en paix. Et pourrait-il ne pas s'en aller en paix celui qui porteleChristensoncœur? Le Christ est notre paix, lui qui par la foi habite en nos cœurs. Hais comment t'en iras-tu donc d'ici, toi, âme misérable, qui n'as pas Jésus pour te guider? Car il en est qui vivent dans l'ignorance de Dieu. Pourquoi? parce que la lumière est venue dans le monde, et que les hommes ont préféré les ténèbres à la lumière ; et la lumière, est-il dit, luit dans les ténèbres et les ténèbres ne l'ont pas comprise*. Comme si l'on disait: Les eaux coulent sur les places publiques, et personne n'y boit : la miséricorde est au milieu du temple et personne de ceux qu'attend une éternelle condamnation n'approche d'elle. 0 malheureux! au milieu de vous se tient celui que vous ne connaissez pas: de sorte que mourant avant d'avoir vu le Christ du Seigneur, vous ne quittez pas la vie en paix ; vous êtes empor-
tés par des lions rugissants prêts à vous dévorer.
3. Nous avons reçu, ô mon Dieu, votre miséricorde au milieu de votre temple! Cette action de grâces est bien différente de ce cri gémissant: Seigneur! votre miséricorde est dans le ciel, et votre vérité au-delà des nuées1. Et quoi? vous semble-t-il que la miséricorde était au milieu du temple quand le Christ n'était encore qu'esprit au milieu des seuls habitants du ciel ? Mais dès qu'il se fut abaissé au-dessous des anges, qu'il lue devenu le médiateur de Dieu et des hommes, la pierre angulaire, et qu'il eut pacifié par son sang le ciel et la terre, alors Nous avons reçu, Seigneur, votre miséricorde au milieu du temple. Nous étions par nature des enfants de colère, mais nous avons obtenu miséricorde. Fils de l'ignorance, de la lâcheté, de la captivité, nous avons rencontré la sagesse, la force, la rédemption. L'ignorance d'une femme séduite nous avait aveuglés : la mollesse d'un homme entraîné et pris au filet de sa propre concupiscence nous avait énervés: la malice du démon nous avait justement rendus captifs loin de Dieu. C'est ainsi que nous naissons tous, premièrement ignorants du chemin qui mène à notre véritable demeure ; en second lieu faibles, sans énergie, en sorte que, connussions-nous la route delà vie, notre inertie personnelle nous serait encore un obstacle : enfin captifs sous le plus cruel et le pire des tyrans, en sorte que malgré toute la prudence et la force du monde, nous succomberions encore sous notre malheureuse servitude. Une si grande misère ne demande-t-elle pas une grande miséricorde et une grande pitié ? Ou si déjà nous sommes sauvés de cette triple colère, par Jésus-Christ devenu notre sagesse, notre justice, notre sanctification et notre rédemption1, quelle vigilance nous est nécessaire, (mes bien-aimés, pour qu'en nous la fin ne soit pas pire que le commencement ? Dieu nous garde d'un pareil malheur! N'allumons pas de nouveau sa colère ; et après avoir été enfants de colère par nature, ne le soyons pas par notre volonté propre.
4. Embrassons donc la miséricorde que nous avons reçue au milieu du temple, et avec la bienheureuse Anne, ne quittons pas la maison de Dieu. Le temple de Dieu qui estvous-inême est saint1 , dit l'Apôtre. La miséricorde est voisine de nous, voisine aussi est la parole puisqu'elle est sur vos lèvres et dans
1 Psi xlvuI i0. — * Jean, i, 5*
1 P»* xxxv, 6* — « I Cor. i; 30* — * I Con nr, 17.