‹ Œuvres de Saint Bernard (volume 3)Chapitre 7 sur 179 · POUR LA PURIFICATION DE LA BIENH, V. MARIE · texte numérisé non relu

POUR LA PURIFICATION DE LA BIENH, V. MARIE

votre cœur. Le Christ, par la foi, habite en effet vos cœurs. C'est là son temple, c'est là sa demeure, car vous n'avez pas oublié que Vàme du juste est le trône delà sagesse1. C'est une exhortation que je veux vous adresser souvent, ou plutôt toujours; je vous en conjure donc, mes frères, ne marchons pas selon la chair, de peur de déplaire à Dieu. Ne soyons pas les amis de ce monde, de crainte de devenir les ennemis de Dieu. Résistons au démon et il fuira loin de nous; nous suivrons librement les routes de l'esprit, et notre vie sera la vie du cœur. Car le corps

corruptible appesantit l'âme, l'énervé et l'amollit : cette demeure terrestre abaisse les pensées1 et les empêche de s'élever vers le ciel. Aussi la sagesse de ce monde est-elle folie devant Dieu1 et celui qui se laisse vaincre par le mal en devient l'esclave. Or, c'est dans le cœur que la miséricorde est reçue, dans le cœur que le Christ habite, dans le cœur qu'il tient à son peuple un langage pacifique , un langage qu'il fait entendre à ses saints et à ceux qui se convertissent du fond du cœur.

SERMON II

De Vordre et du mode de la procession du Christ dans le Temple.

1. Grâces soient rendues à notre Rédempteur qui nous a si richement prévenus de ses douces bénédictions, en multipliant nos joies par les mystères de son enfance. Nous avons récemment célébré sa Nativité , sa Circoncision, son Apparition : et voilà que luit aujourd'hui la fête de sa Présentation. Car c'est aujourd'hui qu'au Créateur est offert le fruit sublime de la terre : aujourd'hui une victime qui plaît et qui apaise est, par des mains virginales, présentée au temple, portée par ses parents, et attendue par de pieux vieillards. Joseph et Marie offrent un sacrifice de louange, le sacrifice du matin : Siméon et Anne le reçoivent. Ces quatre personnages commencent cette procession que , sous tous les climats, une joyeuse solennité rappelle à notre mémoire. Donc, puisque contrairement aux usages suivis par nous , dans les autres solennités, nous allons faire cette procession *, je crois utile d'en considérer soigneusement le mode et l'ordre. Nous allons nous avancer deux par deux, portant à la main des cierges, et des cierges allumés, non pas avec un feu vulgaire, mais avec un feu qui a été préalablement béni par le prêtre

* Voir rarm. svn, sur le cantique, ainsi que les notes. — * C'est & ce point que se rapporte cette objection d'Abeilard à 6. Bernard : (Lettre 5.) Vous avez retranché presque totalement nos vénérables processions*

dans féglise. Dans notre marche, les derniers seront les premiers, et le§ premiers les derniers, et nous chanterons, dans les voies du Seigneur, sa magnificence et sa gloire.

2. Nous avons raison de marcher deux à deux : c'est de la sorte, les saints Evangiles l'attestent, que les apôtres ont été envoyés par le Sauveur, pour nous recommander la charité fraternelle et l'union dans la vie3. C'est troubler la procession que de vouloir marcher seul ; ce n'est pas seulement se nuire à soi-même, c'est importuner les autres. Ainsi agissent ceux qui se séparent de leurs frères, qui vivent d'une vie animale, matérielle, et qui n'ont nulle sollicitude de garder l'unité de l'esprit dans le lien de la paix. Mais s'il n'est pas bon à l'homme d'être seul, il lui est aussi défendu de se présenter devant Dieu les mains vides*. Car, si les ouvriers que personne n'a loués sont accusés d'oisiveté *, ceux qui sont déjà retenus, si on les trouve inoccupés, quel sort mériteront-ils ? La foi sans les œuvres est une foi morte*. Et nos œuvres doivent être faites avec ferveur, avec un cœur ardent afin d'être des lampes en nos mains. Autrement, craignons, si nous sommes tièdes,

1 Sagesse ix, 15. — » I Cor. m, 19. — » Luc x, 1. — * Exodo xxiii, 15.— * Math, xx, 6. — « Jacq. n, 26,

d'être rejetés par ce]t|i qui dit en l'Evangile : Je sttis venu apporter le feu sur la terre : quelle est ma volonté, sinon qu'il s'embrase1 ? C'est là ce feu sacré et béni,que le Père a sanctifié et envoyé dans le monde, qui est aussi béni dans nos assemblées selon ce qui est écrit : Dans vos assemblées, bénissez le Seigneur votre Dieu1. Notre adversaire, qui se plaît à imiter d'une façon perverse les œuvres divines, a aussi un feu, le feu de la cpncupiscence charnelle, le feu de la jalousie et de l'ambition que le Sauveur est venu, non pas allumer en nous, mais y éteindre. Celui qui osera, dans le divin sacrifice, offrir ce feu étranger, mourra en punition de son crime, eût-il Aaron pour père.

3. Mais outre ce qui a été dit de l'union et de la charité fraternelle, des bonnes œuvres et de la ferveur, nous avons besoin de la grande vertu de l'humilité afin de nous prévenir mutuellement d'honneur : préférons-nous non-seulement nos supérieurs,

mais les plus jeunes d'entre nos frères ; c'est là la perfection de l'humilité et la plénitude de la justice. Et puisque Dieu aime celui qui donne joyeusement \ et que la charité a pour fruit la joie de l'Esprit-Saint, chantons, comme il a été dit déjà, chantons les voies du Seigneur. Chantons la magnificence de sa gloire*. Chantons au Seigneur un cantique nouveau, car il a fait des prodiges8. Si quelqu'un néglige d'avancer dans ces routes, de monter de vertu en vertu, qu'il le sache bien, sa vie est une station. Ce n'est plus une procession, ou plutôt c'est un recul ' car, ne pas avancer dans la route de la vie, c'est rétrograder, puisque rien ne peut rester immobile. Or notre progrès, je me souviens de vous l'avoir répété souvent, consiste en ceci : Ne croyons jamais avoir atteint le but: tendons toujours en avant : visons constamment à quelque chose de mieux : et ne cessons d'exposer notre imperfection aux regards de la miséricorde divine.

SERMON III

De r Enfant, de Marie et de Joseph.

I . Nous célébrons aujourd'hui, mes frères, la Purification de la bienheureuse Vierge Marie, qui eut lieu, selon la loi de Moïse, quarante jours après la naissance du Sauveur. Car il était écrit dans la Loi, qu'une femme qui aurait enfanté un fils selon le cours ordinaire de la nature, serait immonde pendant sept jours, et que le huitième l'enfant serait circoncis : ensuite, que, pendant qu'elle se purifierait, elle s'abstiendrait de l'entrée du Temple, c'est-àdire pendant quarante jours, après lesquels elle offrirait son fils au Seigneur, avec des présents8. Qui ne voit, par le texte même,que la Mère du Sauveur n'était pas comprise dans cette loi? Sur le point de déclarer que toute femme devenue mère est immonde, Moïse semble avoir redouté de porter un blasphème contre la Mère du Seigneur;

1 Luc xh, 49. — * Ps. lxvii, 27, — » Lévit. xn.

aussi commence-t-il par dire : Si elle a conçu d'un homme, etc. S'il n'avait prévu que la Vierge concevrait en dehors de ces conditions, quelle nécessité de préciser ainsi? Il est donc évident que cette loi ne comprend pas la Mère de Dieu, elle qui a enfanté un fils contre les règles ordinaires, comme l'avait prédit Jérémie, quand il s'écriait que Dieu allait opérer sur la terre un prodige inouï. Quel prodige? Une femme environnera un homme*. Elle ne le recevra pas d'un autre homme : elle ne le concevra pas à la façon ordinaire : mais en ses entrailles çhasteset intègres elle enfermeraun homme; en sorte que le Seigneur, y entrant et en sortant, selon le mot d'un autre prophète, la porte orientale reste cependant close 8.

2. Or, croyez-vous que connaissant ce qui s'était opéré en elle, Marie n'ait pu s'émou-

1 II Cor. ix, 7. — » Ps. cxxxvn 5. — 8 Id. xcvu. 1. — * Jérémie, jxi, 22. — Ezécb. xuv, 2.

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