‹ Œuvres de Saint Bernard (volume 3)Chapitre 61 sur 179 · SERMON LXXXVIII(A · texte numérisé non relu

SERMON LXXXVIII(A

Du bon usage des dons de Dieu.

4 . Comme il y a deuxchosesen Jésus-Christ, l'une qui nous est inconnue, sa génération divine, de laquelle il est dit : Qui pourra parler de sa génération i? l'autre connue, sa naissance humaine, et ses œuvres sur la terre, ainsi nous trouvons dans le Saint-Esprit une chose qui nous est cachée, savoir la manière dont il procède du Père et du Fils, à qui il est égal et coéternel, et une autre qui nous est révélée par lui-même, savoir la manière dont sa grâce opère en nous. En effet, il y a deux différentes opérations du Saint- Esprit, celle qu'il produit en nous pour nousmêmes, celle qu'il nous communique pour le prochain. Premièrement, il opère en nous pour nous, c'est-à-dire pour notre utilité, la componction, en détruisant en nous le péché. Secondement, il nous communique l'esprit de dévotion, par l'onction et la guérison de nos plaies. Troisièmement, il nous donne l'intelligence, il nous fortifie, et nous soutient d'un pain qui répare nos forces. Quatrièmement, il nous enivre d'un vin délicieux, en

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augmentant en nous ses grâces, et en nous communiquant son amour. Pour les autres dons, la sagesse, le conseil et les talents extraordinaires, ils nous sont donnés pour l'utilité du prochain. C'est pourquoi l'Apôtre parlant de la diverse distribution des dons du Saint-Esprit, ne dit pas simplement qu'on donne à lun la sagesse, et à l'autre la science; mais il ajoute, la parole de la science, la parole de la sagesse1, pour nous faire entendre qu'on nous communique ces dons pour le prochain, et l'édification d'autrui.

2. Mais il y a deux grands dangers à redouter dans ces opérations; n'allons pas partager avec le prochain celles qui nous sont données pour nous-mêmes, ni nous réserver exclusivement celles qui nous sont données pour le prochain. Car si nous retenons pour nous seuls, ce que nous n'avons reçu que pour Futilité des autres, nous manquons de charité, et l'on nous dira avec raison : Quelle utilité y a-t-il à cacher un trésor, et à retenir la sagesse*? Que si nous voulons que

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les dons de Dieu, que nous recevons en secret, soient connus, au lieu de nous contenter de plaire à Dieu dans le secret de notre cœur, nous perdons l'humilité, et c'est avec justice qu'on nous adresse ce reproche : Qu'avez-vous que vous ne rayez reçu1? Ainsi de tous les côtés nous sommes exposés à perdre l'humilité ou la charité. Et comment nous sauver sans humilité et sans charité ? L'ordre donc que nous devons tenir pour profiter de ces dons, c'est de nous étudier

premièrement à être remplis des sentiments de componction, et des autres vertus particulières, puis, si par la faveur du Saint-Esprit, nous recevons les autres dons en abondance, c'est-à-dire la sagesse et la science, ayons soin de les communiquer au prochain. Nous obtiendrons du Saint-Esprit ce don qu'on appelle discernement des esprits, en gardant pour nous ceux qui notis conviennent, et en communiquant au prochain ceux qui nous sont donnés pour son ' utilité.

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