Le premier degré de cette voie est la
1 Math, v, 25. — * Pb. xxx, 5. — » Prov. xxiv, 46. — Jofe uv, 2. — » Uaïe xxx, 21. — «Ps. **y™ft 6, X
rectitude de la volonté, le second sa force, le troisième, sa dévotion, et le quatrième, sa plénitude. Au premier degré l'âme consent par la pensée à la loi de Dieu, mais les oppositions de la chair l'empêchent de trouver la force de réaliser le bien qu'elle aime, et par faiblesse elle fait souvent le mal qu'elle hait*. Cependant elle est droite puisqu'elle est d'accord avec son adversaire et qu'elle déteste en elle-même ce qu'il réprouve. Au second degré l'âme non-seulement ne fait pas le mal qu'elle hait, mais le bien objet de ses affections elle le fait, avec peine il est vrai, disant avec le Prophète : A cause des paroles sorties de vos lèvres j'ai suivi des routes dures et pénibles*. Au troisième degré elle court le cœur dilaté dans la voie des préceptes divins, elle y trouve des délices, et des rictiesses. Tout inondée de l'huile de la grâce, et sachant (jue Dieu aime celui qui donne joyeusement3, elle se porte spontanément à toute sorte de biens, et avec David elle s'écrie : J'ai couru dans la route de vos préceptes, guana vous avez dilaté mon cœurk.ku quatrième de gré sont les anges qui font le bien pleinement, aussi aisément qu'ils le veulent. L'âme peut bien désirer d'arriver àce degré, elle n'y saurait atteindre tant qu'elle est dans un corps dont le poids l'appesantit. Quant à celui dont la volonté manque de rectitude, qu'il le sache, il trouve un obstacle dans l'intention charnelle. La volonté droite mais sans force en trouve un dans la mauvaise habitude, et la volonté dévouée sans être pleine est arrêtée par l'habitation terrestre qui emprisonne l'âme. Que celui dont la volonté est vicieuse prie; qu'il dise : Que votre volonté soit faite sur la terre comme au ciel1. Qu'il se regarde comme étant cette terre. Celui dont la volonté est droite a le ciel : en effet la distance qui
* Rom. vn, 16, 25. — » Pb. xvi, 4. — • Il ÛOtw U, 7. — •♦Pa.axviu.aa. — •Math, vi.tû.
SUR DIVERS SUJETS
sépare le ciel de la terre sépare aussi la volonté droite de la vicieuse. La même prière sied à celui dont la volonté est droite, mais faible : que celui-là se regarde aussi comme la terre. Pour celui dont la volonté est énergique, il a droit de s'appliquer cette expres-
sion ciel. Ainsi des autres, afin que l'âme tende constamment à monter. Car comme il est condamné celui qui persévère en une volonté mauvaise, ainsi celui qui ne cherche pas le progrès dans les autres volontés est répréhensible.
SERMON GXXV
Glorifier la sagesse de Dieu,
\ . Glorifiez et portez Dieu dans votre corps1. Ailleurs l'Ecriture dit : La sagesse a été justifiée par ses fils*. Et en priant nous disons : Que votre nom soit sanctifié*. Le Christ, vertu et sagesse de Dieu est justifié, sanctifié, glorifié par ses fils. Disons donc d'abord comment la Sagesse est justifiée aussi par ses fils. Dieu châtie tout enfant qu'il aime*. Mais sous les premiers coups, quand il est encore esclave de la loi, qu'il ne sait pas encore comment il sera enfant de Dieu, il murmure, il se prétend innocent, et crie que Dieu est cruel. Le Christ, la vertu de Dieu lui apparaît; mais il ne se montre pas encore en tant que Sagesse : le châtiment ne lui fait encore sentir que la puissance de la Vertu : l'intelligence ne lui permet pas encore de goûter la douceur de la sagesse. Le Christ atteint fortement cette âme par la correction, et la dispose suavement* par l'intelligence, en attendant qu'il lui inspire, comme à l'Apôtre, la joie dans les tribulations, et qu'elle sache que la tribulation engendre la patience, la patience répreuve, l'épreuve Vespérance, l'espérance qui n'est pas confondue*. L'homme alors sait qu'il n'est plus puni comme esclave, mais instruit comme un fils destiné à l'héritage. Il s'avoue pécheur, il reconnaît que Dieu est juste, et ainsi il justifie la sagesse sa mère.
2. Hais à quoi bon avouer nos fautes sous les verges, si une sainte continence ne nous en éloigne, selon ce qui est écrit: Soyez
* ICor. vi, 2P. — * Math, xi, 19. — » Math, vi, 0. — Hébr. xn, 6. — » Sagesse vin, 1. — • Rom. v, 3, 5.
saints, comme je suis saint moi-même1 ? Le fils doit ressembler à son père, de façon que le nom du père se trouve sanctifié dans la sainteté de ses enfants. C'est ce que tous les jours nous sollicitons dans la prière. Si notre Père se plaint de quelques-uns de ses fils déréglés et méchants, comme il s'en plaint : Chaque jour mon nom est blasphémé par vous au milieu des nations* : qu'il soit aussi sanctifié par les saints. Ne croyez pas que j'invente en disant que la sainteté c'est la continence; écoutez l'Apôtre dire aux Thessaloniciens : la volonté de Dieu c'est votre sanctification* , et afin que dans ce mot de sanctification vous ne voyiez pas autre chose que la continence, écoutez la suite : abstenez-vous de la fornication, et que chacun de vous sache posséder le vase de sa chair dans la sanctification*. Aussi qualifions-nous de saints ceux que nous voyons garder fermement la continence qu'ils ont vouée, et qui s'abstiennent non-seulement de toute action illicite, mais même de discours impurs, et il est écrit: Le sage demeure comme le soleil, l'insensé change comme la lune*.
3. Mais parce que le fils sage est la gloire de son père, il est nécessaire non-seulement qu'il sanctifie la Sagesse sa mère, par la stabilité de la continence, mais que de plus il la glorifie par les fruits des bonnes œuvres, comme la Vérité le dit en l'Évangile : Que votre lumière luise devant les hommes afin qu'ils voient vos bonnes œuvres, et qu'ils glo-
* Lé vit. xix, 2. — « Isale lu, 5. — • I Thess. xv,3. — * i Theas. iv, 3, 4. — • Eocli. xxvu, 12.
rifient votre Père qui est aux Cieux1. Aussi le Psalmiste traçant le portrait du fils de la Sagesse dit : Heureux f homme accessible à la compassion et qui prête à ceux qui sont dans le besoin1. Voilà une définition courte mais parfaite du Sage. Il est heureux au milieu des épreuves en confessant ses fautes, et il se réjouit de les voir expiées par la tribulation. Il a pitié de son âme, il cherche à plaire à Dieu par la beauté de la continence : il prête au prochain le fruit de ses bonnes œuvres. Voila le juste qui rend à chacun ce qui lui appartient, à Dieu la confession, à luimême la miséricorde, au prochain la charité. Ainsi la Sagesse se trouve justifiée par ses fils, quand ils confessent leurs péchés : elle est sanctifiée par le bien de la continence, elle est glorifiée par les fruits des bonnes œuvres. Le premier coup porté par la crainte
1 Math 16. — * Ps. m, 5.
de Dieu est dirigé contre la négligence, car la crainte nous excite à la vigilance. La négligence, vient-elle à prévaloir, engendre la curiosité. En effet, la terre de notre cœur laissée inculte produit des ronces et des épines, et l'âme qui ne trouve plus de repos en elle-même est forcée de se répandre au dehors. Voici comment la curiosité sort du cœur chassée par la piété. La piété est le culte de Dieu, et c'est par le cœur qu'on honore celui qui habite notre cœur. La curiosité, si elle n'est domptée, conduit à l'expérience du mal: l'âme en s'épanchant au dehors sur mille objets rencontre sans peine l'occasion d'une délectation funeste. La curiosité trouve un adversaire dans la science qui apprend à l'homme quelles expériences sûres ou dangereuses il peut faire. Mais si l'expérience du mal prévaut, elle engendre la concupiscence qui dégénère en affection du cœur.