SENTENCES
7. Le paresseux est lapidé avec du fumier de bœuf1. Les bœufs sont les hommes constamment appliqués à l'œuvre de Dieu, qui sèment dans les larmes et moissonnent dans la joie. A leurs yeux les biens du monde ne sont qu'un vil fumier. Mais le paresseux dont l'inaction excite les risées de ses ennemis est méprisé d'eux dans son oisiveté : tandis que les bœufs, c'est à savoir, les spirituels appliqués au travail, sont honorés de Dieu. Les esprits méchants nous voient-ils négliger les exercices spirituels, ils nous importunent l'esprit de pensées terrestres. On dirait du fumier de bœuf qu'ils ramassent et dont ils lapident le paresseux.
8. Qifil me baise d'un baiser de sa bouché*. Il y a trois baisers, le baiser de réconciliation, celui de rémunération, et celui de contemplation. Le premier se prend aux pieds de Dieu, le second à la main, et le troisième à la bouche. Dans le premier on reçoit la rémission des péchés, dans le second le don des vertus, et dans la troisième la connaissance des mystères. Ou encore, il y a le baiser de la doctrine, celui de la nature, celui de la grâce.
9. L'épouse a deux mamelles, la congratulation et la compassion. Elle a deux sortes de lait, l'exhortation et la consolation. Elle a trois parfums, la componction, la dévotion, la piété. La componction naît du souvenir des péchés, la dévotion du souvenir des bienfaits reçus, et la piété est inspirée par la vue des malheureux.
10. Revenez, revenez, Sulamite : revenez, revenez afin que nous puissions vous voir 8. Revenez premièrement de vos folles joies, secondement d'une inutile tristesse, troisièmement de la vaine gloire, quatrièmement d'un orgueil caché. La vaine gloire vient du dehors, des éloges des hommes. L'orgueil caché provient du dedans. Quand l'âme a quitté tous ces vices, l'époux la considère avec complaisance. Elle s'abstiendra donc de tout cela, afin de mériter ses embrassements, et c'est pour cela qu'on lui dit : Revenez, revenez, afin que nous puissions vous voir.
11. Trois choses exigent la vigilance des pasteurs sur leur troupeau, la discipline, la garde, la prière. La discipline : ils doivent corriger les mœurs, et empêcher le troupeau de périr victime de leur négligence. La garde : ils doivent entraver les suggestions de l'enfer, et préserver le troupeau des ruses de l'ennemi. La prière : elle est un obstacle
* Eccli. xxii. 2. — f Caut. i, 1. — » Ibid. vi, 12.
aux tentations et elle arme le troupeau contre sa propre faiblesse. Il faut la justice dans la discipline, l'esprit de conseil dans la garde, et dans la prière une affectueuse compassion.
12. L'auteur de toutes choses a créé deux êtres capables de le comprendre, l'homme et Fange. La foi et le souvenir justifient l'homme : l'intelligence et la présence béatifient l'ange. Et parce qu'un jour les hommes doivent égaler les anges, il faut, en attendant, qu'ils soient justifiés par la foi, et qu'ils s'élèvent dans l'intelligence. Car il est écrit : Vous ne comprendrez passivousnecroyezcTaborcP.
La foi est donc la route qui mène à l'intelligence : la foi purifie le cœur afin que l'intellect soit capable de voir Dieu. De même le souvenir de Dieu est une route qui nous achemine à sa présence. Eneffet,celui qui se souvient ici-bas des commandements de Dieu et les accomplit méritera de jouir un jour de sa présence.' Que les anges aient donc au ciel l'intelligence et la présence de Dieu : pour nous contentons-nous, en ce monde, de la foi et du souvenir.
13. Seigneur, nous sommes votre part, la part que vous avez conquise sur l'Amorrhéen par la force de votre glaive, et la puissance de votre arc*. C'est un glaive que votre parole vive et efficace * : votre arc c'est votre incarnation. Dans ce mystère, en effet, le bois de votre sagesse s'est courbé, votre divinité a daigné se prêter à une miséricordieuse flexion ;'.le nerf de votre chair a été violemment tendu, et votre humanité a reçu une ineffable extension. Nous sommes donc votre héritage, le peuple que vous avez acquis 4 par la parole de la prédication, et par le mystère de l'incarnation.
14. Dans la circoncision du Seigneur, il n'y a eu ni nerf rompu, ni os brisé ; on a conservé intact ce qu'il y avait de plus fort et de plus solide. Mais on ouvre la peau, on coupe la chair, on verse le sang afin de réprimer une dangereuse mollesse. Par la chair, entendez le péché dont elle est le siège, par la peau ce qui lui sert de voile, et par le sang ce qui l'aiguillonne. Or,la circoncision vraie, celle qui se fait non dans la lettre, mais dans l'esprit, consiste à écarter le voile des excuses par la componction du cœur et l'aveu des lèvres, à retrancher l'habitude du péché par une conversion sérieuse, et enfin, s'il est nécessaire, à fuir les occasions du péché et le foyer où s'alimentent nos passions.