SUR LA PURIFICATION DE LA BIENH. V. MARIE
voir et dire : Qu'ai -je besoin d'être purifiée? Pourquoi m'abstiendrais-je d'entrer dans le temple, moi qui ai mis au monde le Seigneur du temple ? Il n'y a rien eu d'impur, rien d'illicite, rien qui exige de purification dans sa conception et dans sa naissance; puisque d'ailleurs cet Enfant est la source de toute pureté, et qu'il est venu pour purifier le monde du péché. Qu'est-ce que l'observance légale trouvera à purifier en moi, devenue la plus pure de toutes les créatures et de toutes les vierges par cet enfantement immaculé? Il est vrai, ô heureuse Vierge, vous n'avez aucune raison qui vous oblige à vous purifier, vous n'en avez aucun besoin. Mais votre fils avait-il besoin d'être circoncis ? Soyez donc dans la multitude des femmes, comme Tune d'entre elles, puisque votre divin Fils a bien voulu être de même parmi les enfants des hommes. Il a voulu être circoncis ; et croyez-vous qu'il ne désire pas encore plus d'être offert à son Père ? Offrez donc, pour notre réconciliation, une hostie sainte et agréable à Dieu. Le Père éternel recevra avec joie cette oblation nouvelle, cette hostie d'un prix infini, dont il dit : Celui-ci est mon Fils bien-aimé en qui j'ai mis toutes mes complaisances1. Mais cette victime, ô mes frères, est encore trop délicate pour être offerte aujourd'hui, elle n'est que présentée au Seigneur. On lui substitue deux oiseaux, et aussitôt on la reprend. Un jour viendra où elle sera offerte, non dans le temple, ni entre les bras de Siméon, mais hors de la ville et entre les bras de la croix. Un jour viendra où cet enfant ne sera pas racheté par un sang étranger, mais où il rachètera les autres par son propre sang, parce que Dieu le Père l'a envoyé à son peuple pour le racheter. Ce sera alors le sacrifice du soir : aujourd'hui, c'est le sacrifice du matin. Celui-ci est plus agréable, mais celui-là sera la consommation et la plénitude de tous les autres. Le premier se fait peu de jours après sa naissance, le second aura lieu lorsqu'il sera parvenu à la force de l'âge ; et de l'un et de l'autre on peut dire ce que dit le prophète : // a été offert parce qu'il Va voulu *. Car s'il s'est offert aujourd'hui, ce n'est pas qu'il en ait besoin, ni qu'il soit soumis à la loi, c'est parce qu'il l'a bien voulu ; et s'il doit être un jour offert sur la croix, ce n'est pas parce qu'il mérite la mort, ni parce que la malice
* Matth. m, 17. — » Igaïe, un 7,
des Juifs doit l'emporter sur lui: c'est parce qu'il l'a bien voulu. Je vous offrirai donc, Seigneur, un sacrifice volontaire, parce que vous vous êtes volontairement sacrifié pour mon salut, et non par nécessité. 3. Mais que lui offrirons-nous, mes frères, et que lui rendrons-nous, pour tout ce qu'il a fait pour nous? Il adonné ce qu'il avait de plus précieux; la victime ne pouvait être d'un plus grand prix. Faisons donc tout ce qui est en notre pouvoir, offrons-lui ce que nous avons de meilleur, offrons-nous entièrement nous-mêmes. S'il n'a pas dédaigné de s'offrir pour nous, pourquoi différerionsnous?© mon Dieu! qui pourra m'assurer que vous consentirez à recevoir mon offrande ? Je n'ai que deux chétifs présents à vous présenter, mon corps et mon âme. Que pe puis-je vous les offrir parfaitement en sacrifice de louange ? Il est plus glorieux et plus avantageux pour moi que je vous sois offert que de rester à moi-même. Car, abandonné à moi-même, il n'y a dans mon âme qu'agitation et trouble. Mon esprit, au contraire, sera dans la paix et dans la joie, aussitôt qu'il vous appartiendra uniquement.
Dans le temps où Jésus était sur le point de mourir, les Juifs offraient à Dieu des hosties mortes. Maintenant, Je vis, dit le Seigneur, je ne veux pas la mort du pécheur, mais qu'à se convertisse et qtfil vive1. Le Seigneur ne veut pas ma mort , et j'aurais de la peine à lui sacrifier ma vie? Les hosties qui l'apaisent et qui lui plaisent sont les hosties vivantes. Or, pour que notre oblation lui soit agréable, voyons les trois qualités qu'elle doit avoir, figurées par les trois personnes qui étaient au temple dans l'offrande qui fut faite de Jésus. Il y avait Joseph, l'époux de la Mère de Dieu, cette Vierge Mère et l'Enfant Jésus. Que notre offrande soit donc accompagnée d'une constance virile désignée par Joseph; de la continence de la chair figurée par Marie; et d'un esprit humble , dont Jésus-Christ nous fournit l'exemple. Je veux dire, qu'en nous donnant à Dieu, nous le devons faire avec une mâle résolution de persévérer, avec uii grand désir de conserver une innocence virginale, et enfin avec une simplicité et une humilité d'enfant plus intérieures encore qu'extérieures. Ainsi soit-il.
Széeh. xxxiii, il.