MAIS QUI NE SONT PAS TOUTES DE SAINT BERNARD
PRÉFACE
Après avoir donné précédemment les ouvrages authentiques de saint Bernard, il nous reste à finir par ses œuvres supposées ou par celles qui ne sont pas de lui. Dans quel but, et en quel ordre le ferons-nous? C'est ce qu'il faut expliquer en quelques mots. Les pages qui vont suivre comprendront, avec la continuation de l'explication du Cantique par Gillebert d'Hoilande et les opuscules et les lettres de cet abbé, d'autres opuscules douteux et contestés, et qu'on a faussement attribués à saint Bernard. Viendront ensuite les sermons de l'abbé Guerric, disciple du saint Docteur, écrits dans le style et avec la piété de l'abbé de Clairvaux, et quelques lettres de Guige son ami aussi ; divers écrits sur la vie et les miracles de saint Bernard, quelques opuscules de l'abbé Geoffroi, des renseignements sur la canonisation du saint, avec les témoignages d'hommes illustres sur sa personne, enfin les vies du saint V
Le tome IV commence par l'explication du Cantique continuée par Gillebert ; elle se rattache naturellement à l'explication même de saint Bernard. Gillebert portait le surnom d'Hoilande. C'est aussi le nom d'une île ou d'une petite province, située entre l'Angleterre et l'Ecosse, et entourée par deux rivières de Welland et de Lind8. Dans cette île se trouvait le monastère de Swinshed gouverné par Gillebert*. Il appartenait au diocèse de Lincoln. Ce monastère parait avoir été double, formé d'hommes et de femmes (vivant à part), ainsi que le laissent entendre Aelred, abbé de Ridai, et certains sermons de Gillebert lui-même, adressés à ces religieuses. Aelred en effet, en son second sermon sur Isaïe, fait mention d'un monastère de vierges qui, « sous la conduite du vénérable et saint Père Gillebert, envoient tous les jours au ciel des fruits abondants de pureté. » Gillebert a prononcé devant ces religieuses quelques-uns de ses sermons sur le Cantique, le dix-septième et le dix-huitième, par exemple. On lit en effet dans le premier, au n° 8 :
1 Tirée de Mabffion.
' L'histoire de saint Bernard du R. P. Ratisbonne placée en tète de cette traduction résumant toutes ces vies, on n'a pas jugé devoir les reproduire.
* Ou Oyland, subdivision du comté de Lincoln.
4 Abbaye de Cîteaux, fondée en 1134 par Robert de Hoilande,d'où lui vient le nom de monastère de Hoilande sous lequel elle est souvent désignée. — On prétend que Jean-Sans-Terre y fût inhumé. (Diction, des abbayes. Migne. — p. 752.)
368 PRÉFACE
» Je vous recommande, Seigneur, ce Liban, ce chœur parfait de vierges, cette assemblée
de saintes femmes. »
Ces sermons, au nombre de quarante-huit, ont donc été adressés, partie à des moines, partie à des religieuses. Ils égalent presque ceux de saint Bernard sous le rapport de l'abondance, de l'élévation et de l'onction persuasive. Ces sermons qu'on a débarrassés de fautes sans nombre, ont été, à notre prière, collationnés avec le vieil exemplaire de Clairvaux, par notre pieux et religieux ami D. Jean-Baptiste de Noin ville, prieur de cette maison. Nous lui devons également un opuscule de Geoffroi, secrétaire de saint Bernard, contre les erreurs de Gilbert de la Porée, tiré d'un manuscrit de Longpont *. Pour l'abbé Gillebert, il mourut au monastère de l'Arivour, au diocèse de Troyes, comme l'indique en ces termes la chronique de Çlairvaux. « L'an du Seigneur 1172, Gillebert, jadis abbé de Hoilande, qui a fait sur le Cantique des cantiques des sermons à la manière du bienheureux Bernard, est décédé à l'Arivour. » On a joint à ces sermons quelques traités et lettres du même auteur. Jean Pitseg, en son livre sur les écrivains célèbres d'Angleterre, mentionne ces écrits avec des commentaires dfc Gillebert sur les psaumes, saint Mathieu, les Epîtres de saint Paul : il lui attribue aussi une vie de saint Bernard; c'est peut-être celle quia été composée par Guillaume de Saint-Thierry. Voyez suijGillebert des détails plus étendus dans Sixt de Sienne et Manrique, à l'année 1163, chapitre m.
Les sermons de Gillebert offrent à la lecture bien des choses remarquables et édifiantes, non-seulement pour les religieux, mais pour les ecclésiastiques. On trouvera au sermon VIII, n° 2, de fort belles considérations contre ceux qui s'attachent plus à la lecture qu'à la prière. Le XVIe, n° 5, traite des qualités du sermon. Le suivant montre que le premier venu ne doit pas se charger du ministère de la parole. Dans le XXVIe, n° 2, l'auteur reprend habilement les prédicateurs qui cherchent les applaudissements et la gloire, et il leur conseille d'accommoder leur parole à la capacité et à l'utilité des auditeurs. Ce sujet revient encore dans les sermons XXXI et XXXVI. Le XXIII* offre un beau tableau de la vie religieuse, et le XLVe reprend fortement les prélats trop occupés des soucis et des intérêts temporels. Le XLVIP recommande aux moines de s'appliquer à écrire, permission du reste qui ne doit pas être accordée à tout le monde. Les modernes ont loué la science théologique de Gillebert: cet éloge est justifié par divers passages de ses écrits, notamment par ce qu'il a dit du libre arbitre au sermon XXXIX, et du sacrement de l'Eucharistie au VIP. L'ardeur et la pureté de son zèle se montrent au XXXe, où il ne craint pas de reprendre le Pape Alexandre III. Ses traités et ses lettres ne sont pas d'une moindre valeur.
Pour les autres Opuscules contenus dans ces volumes, il n'est pas nécessaire d'en parler ici longuement. On trouvera en tête de chacun des avertissements qui leur tiendront lieu de préface.
1 Au diocèse de Soissons.
SERMONS
Dft
GILLEBERT D'OYIAND (OU D'HOILANDE)