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à ceux qui les ont, qu'il est criminel de penser qu'elles aient fait défaut à l'Epouse.
3. Il y a donc quelque chose de grand et de singulier dans cette découverte de l'Epouse se félicitant d'avoir saisi son bienaimé, et osant déclarer qu'elle ne le laissera point aller. Peut-être trouve-t-elle ici quelques prémices de la contemplation et de la gloire futures, ce qui lui fait ajouter : Jusque à ce que je Vintroduise dans la maison de ma mère et dans la chambre de celle qui m'a donné le jour : dans cette Jérusalem, notre mère à tous, dont le salut défend les murs, aux portes de laquelle retentissent les chants de louange, et dont les frontières sont gardées par la paix. En ce lieu de lumière et de joie, les vertus, apanage de cette vie laborieuse, ne peuvent être introduites : si leur mérite les y fait entrer, leur exercice en est exclu. C'est donc après avoir expérimenté en son bien-aimé une affection céleste, une saveur surnaturelle, que l'Epouse; dans sa joie et non pour se flatter, dit : Je ne le laisserai pas aller, jusqu'à ce que je f introduise dans la maison de ma mère. Mais, n'est-il pas déjà remonté à son Père? N'est-il pas entré au Ciel comme notre précurseur ? Comment donc l'introduirez-vous là où il vous a devancée? Vous avez plutôt besoin qu'il vous conduise, lui à qui il est dit : Guidez*moi dans la voie de vos commandements f. Je m'en vais, dit-il, pour vous préparer une place, puis je reviens et je vous prends avec moi1. Encore une fois, comment Tintroduirez-vous là où il est déjà monté ? Oui, il est monté en sa personne, mais dans la vôtre il est encore dehors : c'est donc en votre personne qu'il est introduit au lieu où il vous a devancé. Pourquoi n'en serait-il pas ainsi? 11 naît en vous, il s'y forme, et il ne serait pas introduit en vous? Mes petits enfants que f enfante de nouveau jusqu'à ce que Jésus-Christ soit formé en vous3. Jésus- Christ est donc enfanté en nous, formé en nous, non pas une fois, mais souvent, et par un enfantement réitéré. Nous ne pouvons nous donner à la fois toutes les vertus de Jésus-Christ; nous sommes même impuissants à en acquérir une seule parfaitement. Il nous faut des efforts incessants, et l'enfantement du Christ en nous ne s'opère qu'avec lenteur. Si donc Jésus-Christ nait dans ses membres, dans la personne de son Epouse, pourquoi n'y serait-il pas aussi introduit ? Car cet enfantement ou cette introduction de Jésus-Christ ne doivent pas se
1 P». csviii, 35. — • Jean xiv,2, S. — » Galat rv, 10
rapporter à sa personne, mais aux vertus et à la grâce. Par conséquent, comme l'enfantement, l'introduction de l'Epouse se reproduit sans cesse,, puisque l'Apôtre dit que nous siégeons avec Jésus-Christ dans les Cieux1. Mais comme il n'y a qu'une véritable session dans le Ciel, ainsi en est-il de l'introduction. Abraham parcourut la terre de promission avant de la posséder *. Heureux celui à qui il est donné de parcourir ces régions fortunées, et de fouler d'un pied rapide ce séjour dont la possession lui est destinée. S'il ne lui est pas permis de séjourner sur la montagne de Dieu, il peut y monter et la contempler dans l'ombre et à la hâte, sans doute, mais d'un regard qui pourtant le ranime et l'encourage.
4. Quand à l'introduction réelle et corn* plète, elle est insinuée par ces paroles : Jusqu'à ce que je l'introduise dans la maison de ma mère, et la chambre de celle qui m'a donné le jour. Heureuse l'âme qui a pu enchaîner le Verbe de Dieu, se l'unir intimement, l'avoir près d'elle en cet exil, jusqu'à ce qu'il lui soit donné de s'unir à lui dans l'intimité! Je ne le laisserai point aller, jusqu'à ce que je l'introduise en la maison de ma mère, dans la chambre de celle qui m* a donné le jour. Ce qui aura lieu, quand, en son corps et en son âme, elle portera pleinement, la céleste ressemblance : en sorte que la maison s'entend du corps, et la chambre de l'âme. Ou si vous l'aimez mieux, la maison désigne une possession sûre, et la chambre une possession secrète : la maison c'est la possession éternelle, et la chambre la possession intérieure : car il y a la maison de l'éternité, comme parle l'Ecclésiaste •, et la chambre de la charité : la chambre où vous ne priez plus seulement le Père, mais où vous l'adorez en esprit et en vérité. Dans la maison de ma mère, dit l'Epouse, elle ne dit pas de son père : et dans la chambre de celle qui m'a donné le jour. Elle sait la mesure qui lui convient, et c'est pourquoi elle étend son espérance jusqu'à cette éternité, cette vérité, cette charité, en possession desquelles l'Eglise des premiers nés est déjà entrée. Car, pour ce qui est des attributs propres à Dieu, il possède seul l'immortalité; il habite une lumière inaccessible *, et la plénitude de la charité de Jésus-Christ dépasse toute science. Puisse-t-il nous remplir de cette plénitude, lui le Dieu béni dans tous les siècles des siècles! Ainsi soit-il.
1 Ephés. ii, 6. — Gen. xii, 17. — • Eccle. xn, 5, — * I Tim. vi, 16.
SERMONS DE G1LLEBERT D' HO I LANDE
SERMON XI
Je le tiens, je ne le laisserai pas aller que je ne Vaie introduit dans la maison de ma mère, et dans la chambre de celle qui m'a donné la vie. Cantiq. ch. m, 4.
1. L'amour est chose délicate, et la moindre rencontre blesse la joie spirituelle. L'amour ne peut souffrir les occupations extérieures : il lui suffit de vaquer à ses propres affaires : le calme fait sa joie : le repos le charme et le ranime : et il veut avoir des heures libres pour s'abandonner aux délices intérieures. N'est-ce pas là ce que semble insinuer l'Epouse quand elle attire son bien-aimé dans le secret de sa chambre? Elle sait bien qu'on ne saurait le garder ni sûrement ni pleinement au-dehors, et qu'il est dur à l'àme aimante de se partager entre Jésus-Christ et le monde. Qu'il est dur d'associer aux droits de l'amour des préoccupations étrangères, et de jeter dans le secret céleste le trouble des choses mondaines! Je me suis souvenu de Dieu, est-il dit, et fai été réjoui, et j'ai été exercé, et mon âme est tombée en défaillance !. Si le souvenir de Dieu occupe et absorbe déjà l'esprit du prophète, comment pourra-t-il embrasser avec cet objet d'autres objets encore? L'Epouse a donc raison de chercher avec l'Epoux le calme de sa chambre, pour s'entretenir librement avec lui, jouir de lui à son gré et épancher enllui son cœur dans un complet repos. On voit qu'elle est conduite par l'esprit de charité, qu'elle parle avec l'attention d'une épouse, puisqu'elle cherche l'occasion d'exercer ainsi son amour.
2. Et nous, à peine avons-nous effleuré Jésus-Christ, senti quelque chose de sa sagesse et de sa douceur, goûté la contemplation, que non contents de cette grâce, et sans égard pour la mesure qui nous con-. vient, nous nous répandons au-dehors; fatigués du repos de cette chambre mystérieuse, nous avons hâte de sortir de sa douce quiétude. Je reposerai paisiblement en lui1 , dit le
« Ps/lxxvi, 4. — ■ Id. rt, 0.
psalmiste. C'était la part de Marie assise aux pieds du Seigneur; tandis que Marthe était troublée par la multiplicité de ses occupations. Le trouble est dans la multiplicité : il n'y a qu'une chose nécessaire1, et même véritablement douce. Qu'il est bon et doux en effet pour ceux qui s'aiment d'habiter ensemble! Et il n'y a d'habitation commune que dans l'amour qui fond les cœurs en un3. Et qu'est-ce que n'avoir qu'un cœur, sinon être enchaînés des liens de l'affection? L'amour rend le cœur humain agréable à Dieu et l'unit à lui. Nous lui serons semblables lorsqu'il nous apparaîtra '. Et pourquoi ne lui serions-nous pas semblables? L'incomparable beauté de la majesté divine se recommande elle-même aux aines pures en se révélant à elle : elle ravit leur affection» elle se les assimile en quelque sorte, en les empêchant de songer à d'autre objet. Le parfum nous attire, la vision nous transforme. Saint emploi de la contemplation : elle unit les cœurs et elle fond ensemble le cœur de l'homme et la majesté suprême. C'est ici un doux séjour. Nos vœux n'aspirent pas à aller plus loin, mais ils ne doivent pas rester en deçà. Ah! qui me donnera de me reposer là durant les siècles des siècles? Heureux celui qui peut dire du fond de son cœur : J'habiterai là, parce que j'ai choisi ce séjour* \ Mariea choisi la meilleure part qui ne lui sera point ravie '. Les sciences finiront; les prophéties auront leur terme; les langues cesseront6; seule, la contemplation ne finira jamais. Choisissez donc maintenant une part qui n'est pas ôtée, afin que votre âme dise : Le Seigneur est mon partage, c'est qourquoi je le contemplerai. Le Prophète dit : Je l'attendrai 7 : ce qui est vrai ; car on attend la
* Luc z, 39, 42. — » Pa. ucvh, 7. — • I Jean ni, 2. — * P*. cxxzi, 14. — » Luc. x, 42. — • I Cor. xm, 8.#- 7 Thren. m, 24.
SIJK LE CANTIQUE DE SALOMOiN.
plénitude d'un bien dont on tient déjà une portion. Celui qui jouit ici-bas du bien de la contemplation peut bien espérer un progrès en ce genre, mais pas un objet différent.
3. Ces biens nous sont tenus en réserve pour de nombreuses an nées, pour des années éternelles ; aussi, heureuse êtes-vous, ô âme qui en jouissez; mangez, rassasiez-7ous , cette part ne vous sera pas redemandée» elle vous sera, au contraire, rendue avec plus d'abondance. Voilà votre repos pour l'éternité ; j'habiterai là parce que c'est mon choix. Habitez -y vous-même, afin d'y être avec celui qui repose sur les chérubins, audessus de la plénitude de la science, et qui habite une lumière inaccessible. Que votre demeure soit donc dans la lumière de la contemplation : c'est là le séjour propre et comme le foyer de l'Eglise votre mère : c'est sa maison : tous les autres offices qu'elle exerce par une nécessité passagère, tendent à ce terme. L'action passe, la contemplation demeure. Il est bon pour vous d'être là : dressez-y votre tente : qu'il n'y en ait pas une pour votre bien-aimé et une pour vous, mais une seule pour vous deux. Introduisez votre bien-aimé dans ce tabernacle; entrez dans votre repos, afin de vous y délasser de vos travaux, comme Dieu se reposa des siens. Le septième jour Dieu se reposa du travail de la création ; et le septième aussi du travail de la restauration, la première fois, après avoir fait le monde, et la seconde après s'être refait lui-même dans le tombeau» et avoir réformé le genre humain. Si vous avez cherché, trouvé, tenu le bien-aimé, gardez-le bien, attachez-vous à lui, imprimez-vous en lui, afin que son image soit profondément gravée et rétablie en vous, et que vous portiez son empreinte. C'est ce qui aura lieu si vous vous attachez à lui, puisque celui qui s'attache à Dieu n'est avec lui qu'un esprit *. II arrivera comme pour une substance dure, que cette impression de lui en vous sera difficile ; mais si elle est laborieuse, l'union qui en résultera sera douce. Pénible est au sixième jour le travail de notre réforme ; mais après viendra le suave repos du Sabbat.
4. Ensevelissez - vous donc avec Jésus- Christ, par ce Sabbat, dans la mort. Car, Bienheureux les morts qui meurent dans le Seigneur. L'Esprit leur dit de se reposer de leurs labeurs. L'Esprit tient ce langage en apportant le repos et la grâce, et en rendant
1 Cor. vi, 17.
témoignage à notre propre esprit. L'Esprit dit cela en le réalisant. Il dit cela en le don* nant : L'Esprit leur dit de se reposer de leurs travaux. De leurs travaux : et non de leurs œuvres. Leurs œuvres les suivent *. Les œuvres suivent l'esprit, comme la chaleur le feu, l'ombre le corps, la lumière le soleil, et l'effet la cause. Celui qui se repose en esprit n'a pas besoin de chercher les œuvres : elles le suivent. Leurs œuvres : et quelles sontelles ? Quelles sont les œuvres de ceux qui se reposent? les œuvres de ceux qui sont morts en Jésus-Christ, qui ont été ensevelis avec lui, les œuvres de ceux qui jouissent du calme du Sabbat? Ce sont des œuvres de fête et de repos : car ces œuvres valent aux âmes le repos. Hâtez- vous d'entrer dans ce repos et ce sabbat, mais songez qu'il n'appartient qu'à ceux qui ontélé ensevelis avec Jésus-Christ, et après le sixième jour, où le vieil homme est crucifié et l'homme nouveau perfectionné. Car, c'est à cause du premier qu'il est dit, à ceux qui sont morts en Jésus-Christ, de se reposer de leurs travaux; et à cause du second qu'il est ajouté que l'homme nouveau ayant été créé le sixième jour, Dieu s'est, le septième, reposé de sas œuvres *. Et vous aussi ménagez-vous un sabbat; rachetez letemps,et réservez-vous des heures libres de toute occupation extérieure. 5. Hais prenez garde que vos ennemis ne tournent en dérision vos sabbats, que vos loisirs ne leur profitent, et que vous ne soyiezà eux,vous qui ne devez être qu'à Dieu Considérez à loisir que je suis Dieu*. Le repos est un bien : mais acquérez la sagesse en ces heures tranquilles 4, et écrivez-la sur toute l'étendue de votre cœur, car, large est le cœur que les soucis de la terre ne rétrécissent pas. Imprimez au fond de ce cœur des caractères indélébiles, et gravez sur ces tables spirituelles les signes de la sagesse, afin de pouvoir dire : La lumière de votre visage, Seigneur, est empreinte sur fious : et vous avez donné la joie à mon cœur 5. Réjouissez-vous ; coulez des jours de félicité avec votre bien-aimé : soyez dans les délices, selon qu'il est écrit, en entrant dans cette gloire. Au dire d'isaïe, le Sabbat est délicieux, saint, glorieux 6. Délicieux et saint : tout homme oisif est plein de désirs7 : mais tous les désirs ne sont pas saints. Ainsi il en est qui veulent devenir riches, et qui, par là, tombent dans les désirs nombreux, inutiles
1 Apoc. xiv, 1. — * Gcn. xi, 2. — 8 P.*. xlv, 11. — * Eccli. xxxviu, 25. — 5Ps. iv, 7. — fl haïe lviii. 13. — 7 Prov. xxi, 25.
SERMONS DE GILLEBERT D'HOILANDE
et même nuisibles. % Vous le voyez, l'Apôtre trouve un vice dans cette multitude de désirs. Que serait-ce donc s'ils étaient impurs ? Car combien, réduits à l'impuissance d'agir, se livrent en secret à des pensées qu'il est honteux de répéter, cherchant ainsi une consolation misérable? C'est donc pour distinguer la nature des désirs que le Prophète pe s'est pas contenté de dire : le Sabbat est délicieux y qu'il ajoute, il est saint et glorieux pour le Seigneur, afin que votre gloire ne soit pas dans la confusion. Si vous êtes dégagé de toute occupation, vous êtes dans le sabbat; si, dans votre loisir, vous étudiez et contemplez les joies du Seigneur, votre sabbat est délicat et saint, glorieux pour Dieu ; c'est un sabbat produit par un autre, et un repos né d'un autre repos. C'est déjà un repos excellent de ne pas se livrer au inonde : c'en est un meilleur de s'occuper
de soi-même et de songer aux moyens de plaire à Dieu. Mais le repos parfait consiste & s'oublier, pour ne songer qu'à Dieu seul, pour penser à ses intérêts, et aux moyens qui feront qu'à son tour il vous plaise. Que votre sabbat ne soit pas oisif : faites-y les œuvres de Dieu. L'œuvre de Dieu, c'est que vous croyiez en lui. Vous voyez par la foi. Présentement nous voyons à travers un miroir: c'est pourquoi appliquez-vous à voir, car la vision et surtout la vision de Dieu est une œuvre délicate. Vous n'avez pas à lutter désormais pour la foi , mais simplement à vous reposer délicieusement en elle. Elle est affranchie des contradictions d'un peuple hostile, et des oppositions de l'hérésie qui tendent à la pervertir. Faites-en donc le principal objet de vos pensées, afin que vous nourrissiez votre esprit de la vérité des desseins éternels de Dieu *.
SERMON XIIW
Je le tiens, je ne le laisserai pas aller, que je ne r introduise en la maison de ma mère.
Cantiq. ch. in, 4.
I. Us sont étrangers à ces desseins, ceux qui cherchent les nouveautés de paroles, qui forgent des dogmes inconnus, qui s'abandonnent aux désirs juvéniles, sans gravité, sans autorité, et qui répudient le passé. Vous n'avez rien à voir là où régnent ces luttes et ces confusions de pensées ; d'où la foi est absente, ou bien où elle flotte incertaine. Entrez dans le sûr asile de la foi; introduisez le bien-aimé dans la chambre de votre mère; que vos idées et vos sentiments touchant Jésus-Christ soient réglés par l'Eglise, et conformes à ses enseignements : voilà les œuvres qu'il faut opérer dans votre sabbat. Si votre repos est consacré à d'autres objets, aisément d'un esprit vide surgiront des pensées vaines et des
i I Tira, vi, 9.
' (a) Dans le manuscrit de Ciairvaux, ce sermon forme la suite du précédent
conseils empoisonnés. Il est écrit : Le champ de Vhomme paresseux est obstrué (Torties et d'épines *. Et l'Evangile dit aussi : Deux seront en un même lit : Fun sera pris et r autre laisse 8. C'est une sorte de lit que la vie oisive et tranquille menée dans le sein de l'Eglise, par ceux qui n'y remplissent aucune fonction ecclésiastique, qui n'y sont distraits par la sollicitude d'aucun emploi, mais qui jouissent, sous la direction d'autrui, d'un libre repos. Tout le monde pourtant n'use pas bien de ce repos qui devient pour beaucoup une occasion funeste.
2. Ce lit est bon, si l'âme en use d'une façon salutaire, et si le repos extérieur l'aide à jouir des saintes voluptés de la vision intérieure. Tels sont ceux qui seront tirés de la chambre de l'Eglise, pour être admis dans
1 Isaïe xxv, 1. — * Prov. xxiv, 30, 31. — » Luo xvii.
sur us cantique; de salomon,
celle où est Jésu»-Christ, et où ils vivront avec lui : car les aigles se rassembleront autour du corps *. Soyez donc aigle aux regards perçants. Accoutumez-vous à la contemplation spirituelle, demeurez à la cime des rochers ardus, entrez dans les cavernes de cette pierre qui est le Christ ; Entrez, dit Isaïe, en votre chambre, fermez-en la porte, cachez-vous-y un instant, jusqu'à ce que Vindignation soit passée*. Ou plutôt cachez-vousy sans retour, afin d'y jouir d'un bonheur sans fin. Entrez en cette chambre où règne la paix, dans les profondeurs de Dieu, car la paix vient de la force. Ne songez plus qu'à sa justice, afin que la justice et la paix y viennent à votre rencontre. Oui, souvenezvous de sa justice : car, qu'avez-vous que vous n'ayez reçu8? Heureuse justice dont vous maintenez par la lutte le règne en vous. Hais plus heureuse encore quand, au lieu de combattre pour elle, vous vous reposez en elle, quand vous la contemplez au lieu de la défendre, et que vous liez avec la vertu un doux commerce, au lieu d'avoir avec les vices de pénibles démêlés. Vous possédez l'une, sans être tyrannisé par les autres. Oubliant le passé et les misères de l'homme, vous êtes exclusivement occupé des intérêts de Dieu et de la justice qui donne en vous à la paix le baiser de réconciliation. Car, le royaume de Dieu c'est la justice, la paix et la joie*. Si c'est un royaume, pourquoi pas aussi une maison, une chambre? Son séjour est dans la paix et son habitation en Sion*. Entrez donc dans cette retraite de la paix extérieure et surtout de la paix intérieure, dans cette demeure de la spéculation, puisque tel est le sens du mot Sion. J'y dormirai en paix et f y jouirai d'un parfait repos9. Le Prophète veut parler de la contemplation, cette part excellente qui n'est pas ravie. L'Epouse s'est donc endormie avec le Bienaimé dans la chambre de sa mère, et dans les bras de l'Epoux elle a éprouvé un ravissement de l'âme. Aussi l'Ecriture ajoute : Je vous en conjure, filles de Jérusalem, et le reste.
3. Et vous aussi, si vous avez atteint, si vous avez saisi l'Epoux, tenez-le bien ne le laissez pas fuir, que vous ne l'ayez introduit dans la maison et la chambre de votre mère. Hais pourquoi essayer de vous persuader ce à quoi l'expérience vous invite et vous attire mieux que toutes les paroles? Si un cœur reposé a pu goûter en passant, et
1 Math, xxiv, 28. — * Iaaïe xxvi, 20. — 8 1 Cor. iv, 7. — * Rom. xiv, 17. • Ps. lxxv, 3. — • Id. iv, 9.
comme à la dérobée, les joies d'une méditation libre d'entraves, à quoi sera-t-il plus porté désormais, sinon à s'appliquer et à se donner tout entier à cet exercice ? Les premiers charmes de la contemplation attiraient l'Epouse, et la provoquaient au repos de la chambre où elle se flatte d'introduire son bien-aimé. Je ne le quitterai pas que je ne l'aie introduit. Ne vous semble-t-elle pas redire ce qui est exprimé dans ces paroles du psaume : Si je permets le sommeil à mes yeux, et le repos à mes paupières avant d avoir trouvé un lieu pour le Seigneur * ? Je quitte tout pour ne le pas quitter. Je regarde tout comme une perte, pour gagner Jésus- Christ, à cause de la joie suprême de sa présence. Si deux personnes dorment ensemble, elles se réchaufferont: mais une seule pourrat-elle se réchauffer*. C'est le langage de l'Ecclésiaste. C'est un bonheur d'êlre ranimé et enflammé dans les bras du Verbe (et le Verbe du Seigneur est ardent comme le feu), et de brûler de désirs spirituels : aussi ne laisserai-je pas mes yeux se fermer, ni mes paupières sommeiller, que je ne l'aie introduit dans la chambre de ma mère. Alors je goûterai un sommeil plein de douceur.
Ainsi Jean dormit-il sur la poitrine de Jésus, sur ce cœur où sont cachés tous les trésors de la sagesse et de la science de Dieu. Là est le lieu du vrai repos: là l'intelligence trouve sa sérénité : c'est le sanctuaire de la piété, et le séjour de la joie. Dormez là, afin d'y voir ce qu'il y a vu lui-même, le Verbe en son principe, le Verbe en Dieu et le Verbe- Dieu8, afin de rencontrer dans le Christ une existence coéternelle avec le Père, la différence de personne, et l'unité consubstantielle. Quoi de plus semblable au sommeil? L'œil humain ne peut pénétrer là, ni la raison y faire irruption. L'homme ne saurait voir ces merveilles et vivre. Il vous est donc utile de sommeiller ainsi dans l'oubli des idées et des affections humaines, pour songer de pareils songes. Voilà le lit des Apôtres qui nous ont engendrés en Jésus- Christ. Paul est comme une mère quand il dit : Mes petits enfants, que j'enfante de nouveau^ jusqu'à ce que Jésus-Christ soit formé en vous*. Voilà la mère : voulez-vous voir la chambre ? Notre conversation est au Ciel1. Voulez-vous voir le sommeil? Si nom sommes emportés comme hors de nous-même, c'est pour Dieu*.