‹ Œuvres de Saint Bernard (volume 3)Chapitre 91 sur 179 · Passez donc ici avec le Bien-aimé, et · texte numérisé non relu

Passez donc ici avec le Bien-aimé, et

1 Ps. cxxxi, 4, 5. — * Ecclé, iv, 11. — 8 Jean i, 1. — * Galat. iv, 19. — » Philipp. m, 20. — • II Cor. v, 13.

&EKMONS DE GILLEBERT D tiUlLANOE

<icmeurez-y. Méditez attentivement ces choses et soyez-y tout entiers ; ou si vous êtes incapables d'atteindre iusqiic-ia , ayez recours à un procède plus aise; vous ne pouvez encore reposer sur Je» cirur de Jésus, près de ce pui's de lïnl'aligable snjressc; reposez entre ses épaules, où vous contemplerez les exemples et les mystères de sa sagesse : oui entre ses épaules, car la marque de sa royauté est sur son épaule*. El à propos de Benjamin il est dit que l'ami du Seitjneur reposera entre ses épaules*. Jésus s'est repose et s'est endormi sur la croix, afin que vous reposiez avec lui dans la Toi et le souvenir de sa passion . ou plutôt parcourez l'espace compris entre ces points, cuire le cœur et les épaules, entre les mystères de la loi et la manifestation de ia venté. Etablissez ici votre maison et là votre chambre. Benjamin le bien-aimé du Seigneur demeurera tout le jour entre tes épaules, ainsi qu'en une couche nuptiale*.

voyez comme il trouve une chambre entre

les épaules. Et le cœur que sera-Mi pour lui? Il trouve partout un lieu propre a la contemplation, et entre les épaules et sur la poitrine. Mais sur la poitrine la grâce est plus abondante, car elle est le siège ne i amour, et de la pensée, ic point par lequel on s emr> ras se, et le côte qui permet de considérer à loisir le visage. C est donc avec raison que là est le lit de Jésus, et son trésor, car là sont et les délices de l'Epoux, et les richesses du Verbe: puisqu'en lui sont cachés tous les trésors de la science et de la sagesse de Dieu. Pénétrez dans ces trésors ; cachez-vous dans le secret de sa face, loin des agitations venues des hommes; que personne ne vous trouble, ne vous éveille malgré vous. C'est ce que renferme en effet l'adjuration suivante de l'Epoux, du Christ Jésus, qui vit et règne dans les siècles des siècles. Ainsisoit-il.

SERMON XIII

Je le tiens, je ne le laisserai pas aller. Cantiq. m, 4,

1. .1 :aut encore nous arrêtera l'explication de ce texte : Je le liens, je ne le laisserai point aller. Faut-il donc tant de zèle et de soin pour retenir l'Epoux quand on Ta saisi? S'il est vraiment l'Epoux il usera envers celle qui l'aime des procédés dont il est lui-même l'objet. Comment ne s'attachc-t-il pas de luimême à vous, et ne s'y enchaîne-t-il pas gratuitement? Le zèle impatient des amants les porte, malgré 1rs relus qu'ils reçoivent, à des ' instances imporl unes: ils mettent de côté toute honte. Vous dites tiiainlcuunt, Je ne le laisserai point aller ; on dirait qu'il veut s'en aller, si on ne le retient avec de pressantes instance*. S'il aime, comment peut-il vouloir s'éloigner, ou se laisser arracher? Peut-être êtesvous en proie aux soupçons nés de l'amour, et votre vif désir de le retenir vous inspiret-il la crainte superflue de le perdre. Cepea-

» tait », 6. — * Deutér. xxxin, i* ~ • I& ibid.

dant la crainte est fondée quand le succès est exposé ; elle s'explique au milieu des périls. Mais vous devez redouter bien davantage votre légèreté personnelle. L'Epoux est Dieu, il ne change pas, tandis que votre mobilité innée est toujours voisine d'une chute. Mais les oscillations d'une âme inconstante menacent de vous emporter facilement, si vous ne vous attachez solidement à lui.

2. Mais rapportons ces paroles à l'Eglise primitive. Elles semblent être les siennes, lorsque par une vue prophétique, elle défend les droits de la foi et de la charité contre les attaques des persécutions. Combien de tentatives ont eu pour but de rompre ou d'altérer le mariage spirituel de Jésus-Christ et de l'Eglise! Considérez les débuts de l'Eglise encore faible, alors que nouvelle épouse elle cherchait les embrassements du Christ. 0 Dieu 1 à quelles fureurs, à quelles perfidies n'a-ielle pas été en butte I II fallait en effet

SUR LE CANTIQUE DE SALOMON

qu'il y eût des hérésies et des persécutions pour l'attacher au Bien-aimé avec une ténacité proportionnée la violence qui tentait de l'arracher à sa foi et à sa confession. Qui donc, a-t-on dit en son nom, qui donc nous séparera de la charité de Jésus-Christ* ? Rien ne put alors ni corrompre la vérité de la foi, ni entraver la libre confession de Jésus- Christ. A cause deSion, je ne me tairai pas, et à cause de Jéntsalem, je ne me reposerai pas '. Aux Apôtres battus de verges dans la synagogue, on ordonne de se taire. A cause de Sion ils refusent de garder le silence, et à cause de celte Jérusalem charnelle, ils ne restent point en repos s. Elle était bien eliarnelle, en effet, cette synagogue qui, après avoir éteint en elle l'esprit vivifiant, voulait aussi le ravir à l'Eglise. Elle refusa de reconnaître le Christ, et fut livrée au sens réprouvé. Elle rejeta la pierre choisie et solide : elle garda la loi et méconnut Jésus-Christ ; elle prit la clef de la science, et, sans y entrer, elle empêchait les autres d'y pénétrer. Pourquoi nous fermer la porte à nous à qui Jésus- Christ a ouvert ? La clef de la maison de David est sur son épaule \ cette clef qui ouvre et personne ne ferme, qui ferme et personne n'ouvre. Il a ouvert aux Gentils et fermé aux Juifs. La cécité a frappé une partie d'Israël, jusqu'à ce que la plénitude des nations fût entrée dans l'Eglise. La Judée est aveugle, et elle n'a pas su trouver d'ouverture à travers le voile de la lettre. La Synagogue prêche le voile, et réprouve la vérité : elle ne sait ni offrir ni diviser comme il convient. Elle diviserait bien si elle distinguait la rigueur de la lettre de son interprétation, et si elle assignait des temps différents à l'ancienneté de l'une et à la nouveauté de l'autre : car il y a temps pour couper et temps pour coudre5. L'observation de la lettre a été prescrite, mais elle était une figure. L'Eglise divise ces deux choses et elle coupe ce qui avait été commecousu ; et si la synagogue connaît encore la lettre en son sens charnel, elle ignore celui qu'elle a tenu comme enveloppé et elle le laisse échapper quand il lui est révélé.

3. L'Eglise dit : Je le tiens, je ne le laisserai point aller. La synagogue la repousse et l'insulte ; mais l'Eglise ne redoute pas ces injures, elle ne tremble pas devant la face de l'ennemi nidu persécuteur. Le serviteur méchant dit en son cœur : Mon maître tarde bien à venir9. Aussi se met-il à frapper les enfants du

* Rom. vui, 35. — * Isaïo util, l. — » Acfc. v, 40, 42. * Isaïe xxii, 22. — } Eccle. m, 7.— «Math, xxjv, 48, 49.

Seigneur, qui le connaissent et qui annoncent son arrivée ; mais eux, à cause de Sion, ne se taisent pas, et ils ne restent pas inactifs à cause de Jérusalem. On peut frapper leurs corps, on ne peut expulser Jésus-Christ de leur cœur. La flagellation ne fait qu'y attacher plus solidement encore l'amour de Jésus-Christ. Ils sont battus dans les synagogues, jetés dans les prisons, traînés devant les tribunaux ; mais tous ces traitements leur deviennent un sujet de joie, parce qu'ils ont été trouvés dignes d'endurer l'outrage pour leur maître. Je le tiens, je ne le laisserai pas aller. L'Eglise l'a tenu parce qu'elle n'a pas craint. Elle n'a pas tremblé, quand la terre s'agitait, quand les puissants du monde remplissaient son cœur d'amertume. Un lien indissoluble l'attachait à son Epoux, le lien de la charité qu'on ne rompt pas, parce que la charité ne meurt pas. L'Epouse est restée confiante, parce qu'elle élait attachée par l'amour. Or, celui qui est uni à Dieu, est avec lui un même esprit >, et là où est l'esprit du Seigneur est aussi la liberté a. Aussi l'Eglise a-t-elle agi avec liberté, et gardé sa foi inébranlable. La foi semblait alors folie; la professer paraissait un acte honteux. Que dis-je, honteux ? C'était une démarche périlleuse. Et cependant l'Eglise n'a pas craint ceux qui ont la puissance de tuer le corps. Elle avait devant elle l'esprit de vie, le Christ, le Seigneur*. Aussi la séparait-on plutôt de la chair que de l'amour du Christ. Elle ne gardait rien d'elle-même pour garder Jésus* Christ. C'est pour cela qu'elle dit : Je le tien s y je ne le laisserai pas aller. Oui, au milieu de tant de perversité et de persécution elle l'a fidèlement tenu, à l'époque même où notre foi était encore toute jeune.

4. Jusqu'à ce que je l'introduise en la maison de ma mère. Déjà notre foi est introduite en lieu sûr. Personne ne l'attaque publiquement : ses persécuteurs sont devenus ses disciples. Ceux qui la voulaient pervertir, la défendent. Elle est passée du champ de la lutte dans nos demeures, de la mer au port. La fureur des princes contre elle s'est transformée en faveur, et les subtiles arguties des hérétiques se sont tues devant la vérité de l'enseignement catholique. Notre foi, notre Christ sont soustraits aux contradictions des peuples. Jésus-Christ est devenu le chef des nations ; il a cessé d'être un signe de contradiction. Après tant de luttes sanglantes de nos martyrs pour la foi, après tant de vio-

1 I Cor. vi, 17. — » II Cor, m, i7. — » Thren. iv. S».

SERMONS DE (iILLEBERT D'HOILANDE

lences terrassées, tant de fourberies hérétiques réfutées , quand la croix n'est plus un scandale, mais une joie, que le monde n'est plus un théâtre d'ignominie, mais que la grâce y triomphe; après tant de périls traversés, ne vous semble-t-il pas que l'Eglise ait introduit son Epoux d'une arène orageuse et militante dans l'asile de la paix et du repos? 5. A ses débuts l'Eglise naissante avait besoin d'attention pour empêcher que le Bienaimé si longuement attendu et à peine saisi, ne lui fût arraché. Aujourd'hui, le voilà introduit par la foi en lieu sûr, et comme dans la chambre, nuptiale ; lui sera-t-il permis de s'abandonner à la négligence et à l'incurie? Trouvera-t-elle dans le calme des périls qu'elle n'a pas rencontrés dans la tempête ? Or, n'eston pas en péril quand on meurt? Et sans les œuvres la foi est morte *. L'Apôtre recommande la foi, mais la foi qui opère par la charité1. Là où il y a œuvres d'amour, ou amour des œuvres, là est la vie de la foi. Hais s'il y a vérité dans la foi, liberté dans la confession, et que la vie qui vient de l'amour soit absente, ce n'est plus là ce triple lien qu'on ne peut rompre. Celui-ci se brise aisément. C'est une liberté imaginaire, celle qui ne prend pas naissance dans la racine de la charité; et une telle confession est moins une liberté qu'une licence. Elle est précaire ; elle ne s'appartient pas ; elle dépend de la faveur des princes, elle ne procède pas de la chaleur de la foi. C'est la ferveur de la charité qui donne vie à la foi. Et quand il la faut professer en face du danger elle languit, elle hésite, si elle ne tient pas sa liberté du bienfait de la charité. Or, la confession d'un mort est inutile, puisque le mort n'est plus. Donc, sans la charité, la foi est morte, et sa confession vaine. L'Apôtre dit : Que le Christ habite par la foi en nos cœurs \ Est-ce par une foi morte? Si la vérité est au-dedans, et la vie au-dehors, Jésus-Christ est divisé ; puisqu'il est lui vérité et vie. Vous n'avez donc pas totalement introduit le Bien-aimé quand la moitié de lui-même est encore dehors. Et s'il n'était pas même aimé de vous? Or, comment le serait-il, si la charité n'est pas unie à la foi *? Le Christ ressuscité des morts ne meurt plus ; il ne meurt plus lui-même ; mais prenez garde qu'il ne meure pour vous ou plutôt que vous ne soyez mort à ses yeux; et qu'elle affection peut-on avoir d'un mort ou pour un mort? Comment parler de Bienaimé quand il n'y a pas d'amour?Sile Christ

1 Jacq. h, 20. — » Galat. v, 6. — • Ephés. ni, 17. — * Rom. vi, 9.

habite par la foi en votre cœur, et s'il est hors du cœur par la charité, je crains bien, hélas 1 ce qui est trop vrai, qu'il ne soit qu'à moitié en vous, ou plutôt qu'il n'y soit mort. Je vis, dit saint Paul, non plus moi : c'est Jésus Christ qui vit en moi1.

6. Vous pouvez aussi employer cette parole, si vous êtes capable de dire avec l'Apôtre : La charité de Dieu est répandue en nos cœurs, par l'esprit qui nous a été donné1* Mais cette vie dans les uns est laborieuse, dans les autres libre, et pleines de délices spirituelles. Si vous êtes encore tout entier sous l'empire de la chair, sil'entrée de votre cœur est ouverte et familière au prince des ténèbres, si vous avez prostitué votre âme à des amants impurs, quel rapport peutdonc s'établir en vous entre le Christ et Bélial? Quelle société entre la lumière et les ténèbres? Mais si, par amour du Christ , vous déclarez la guerre aux vices, et à leur principe, vous tenez votre Bien-aimé, sans que votre trésor soit pourtant en sûreté, vous restez exposé aux troubles et vous ne jouissez pas encore de la tranquillité de la chambre nuptiale. La foi est au port, mais il faut fendre les vagues emportées de l'habitude mauvaise, les flots des tentations; ou bien il faut fuir ces périls. Au milieu de ces épreuves , tenez le Bienaimé ; empêchez-le de s'enfuir jusqu'à ce que vous l'introduisiez dans la maison de votre mère et dans la chambre de celle qui vous a donné le jour. Tenez-le avec labeur ; si vous étiez moins attentif et vigilant, il vous échapperait. Vous l'avez déjà par la foi et votre profession; ayez-le aussi par vos mœurs et votre vie. Vous n'avez plus à redouter de luttes pour votre foi ; toute la chaleur du combat spirituel se concentre sur la bonté et la sainteté de la vie. Voici des jours périlleux, où les hommes s'aiment eux-mêmes, cupides, superbes; où ils enfantent et propagent le mal *. A la naissance de la foi chrétienne, éclata une violente persécution contre ce nom ; aujourd'hui ce sont les mœurs qui sont corrompues , et qui répandent partout leur corruption. Les mauvais exemples gâtent les bonnes mœurs. 0 bon Jésus, attireznous à l'odeur de vos parfums, de peur que l'odeur funeste de ces fanges n'affadisse en nous le sel de la sagesse ! Que votre parole y dit saint Paul, soit toujours relevée par le sel de la grâce''. Est-ce la parole seulement? n'est-ce pas aussi la vue, l'ouïe, la marche, tout l'extérieur enfin qui doit être pénétré de

1 GalaL h, 20. — * Rom. v, 5. — * II Tim. m, 1, 5. — * CoIom. iv, 6.

SUR LE CANTIQUE DE SALOMON

la vertu de ce sel? Plaisez à tous, en tout comme moi *. Si les princes de l'Eglise sont affadis, que deviendront les peuples?

7. Et nous, mes frères, qui avons embrassé la profession religieuse, nous devons être le sel de la terre. Si en nous aussi ce sel s'est affadi, qui lui rendra sa saveur? Le prêtre est devenu comme le peuple ; le peuple à son tour imite la licence du prêtre. Les moines ressemblent aux mondains, et les mondains avec autant d'adresse que de vérité s'autorisent de notre exemple pour s'excuser. Pasteurs et peuples, religieux et séculiers se soutiennent et s'animent mutuellement au vice. Tous les celliers sont remplis et débordent de cette triste abondance fruit d'une vie honteuse ou tiède. Hélas ! avec quelle avidité nous aspirons nous-mêmes cet air fatal et corrupteur ! C'est une peste qui entre en nous par nos fenêtres. Bon Jésus ! quand donc viendra le jour (s'il arrive jamais), où la pureté des mœurs égalera celle de la foi, et où nous serons en paix avec la vertu aussi bien qu'avec la vérité? Quand pourrons-nous vous embrasser tout entier et à notre gré, dans la chambre paisible de la contemplation? Ils sont rares dans l'Eglise ceux qui sont parvenus à cet état, et cependant ils disent, comme s'ils n'y étaient arrivés qu'en partie : Je le tiens, je

ne le laisserai pas aller jusqu'à ce que je P introduise dans la maison de ma mère et la chambre de celle qui m'a donné la vie. Telle n'est pas la physionomie de l'Eglise entière; mais une grande partie peut répéter : Je le tiens, et je ne le laisserai point aller, que je ne V introduise en lamaison de ma mère^dans lachambre de celle qui m'a donné la vie. La foi est générale, les œuvres de charité le sont moins. Et cette distinction n'est pas seulement visible dans l'ensemble des croyants; ne la retrouvons-nous pas en nous ? Eh ! qui de nous donc est aussi pur, aussi intègre en ses affections qu'en sescroyances?Ah ! je le proclame grand celui qui, ferme dans sa foi, n'est jamais troublé par aucune passion. Celui-là, je le déclare, a pénétré jusqu'au secret de la chambre ; et heureuse chambre que la tranquillité du cœur. Dans les autres chrétiens la sagesse est laborieuse ; mais dans l'âme humble, tranquille, l'esprit du Seigneur se repose, et son séjour est la paix. Que notre entretien s'arrête, ou plutôt que notre esprit se repose en ce sanctuaire intime, afin que les fruits de notre expérience enrichissent l'entretien suivant, avec la grâce de Notre- Seigneur Jésus-Christ qui vit et règne dans l'unité du Père et de l'Esprit-Saint, dans les siècles des siècles. Ainsi soit-il.

SERMON XIV

Je vous en conjure, filles de Jérusalem, par les chèvres et les cerfs de nos champs, ne troublez . pas, n'éveillez pas ma bien-aimé e quelle ne le veuille elle-même. Cantiq. ch. m, 4,

1 . Il est évident qu'elle s'est endormie celle qui est l'objet de cette adjuration. Comment ne dormirait-elle pas, quand, avec le Bienaimé, elle est entrée dans la chambre de sa mère, dans le lieu des délices ? Elle dort quand l'approche du Bien-aimé la plonge dans l'extase. Je vous en conjure, ne la réveillez pas. Heureuse Epouse ! elle peut garder son Bien-aimé, et elle n'est pas contrainte à le voir s'éloigner. Gardez ce que vous avez ;

1 I Cor. x,32, 33.

gardez soigneusement la parole de vie ; repassez ce volume vivant , que Jésus a luimême ouvert, ou plutôt qui est Jésus. Plongez-vous en lui ; enveloppez-vous du linceul qui a entouré le Sauveur. Car il s'est revêtu de la lumière ainsi que d'un vêtement. Revêtez-vous du Bien-aimé, de Notre-Seigneur Jésus-Christ. Taillez-vous un mémorial dans cette pierre, un monument tout neuf où personne n'a été placé. Jésus-Christ est la pierre. On peut toujours découvrir en lui de nouvelles choses. On peut y atteindre des pro-

SERMON DE G1LLEBERT D'HOILÂNI'E

fondeurs inconnues. Que de retraites en lui ! Que d'innombrables trésors de sagesse ! Cet agneau n'a pas qu'une toison seulement, on peut le tondre toujours. Et quelles excellentes toisons que Tes sens mystiques, et les affections saintes ! Jésus-Christ est riche en ces matières : on ne saurait le dépouiller totalement. Je me réjouirai en vos paroles, est-il dit, comme celui qui trouve $ innombrables dépouilles1. Revêtez-vous de ces dépouilles; enveloppez-vous de ces toisons afin qu'elles réchauffent vos flancs * : car sa parole est comme un feu 8. Prenez-y votre repos et que votre sommeil y soit doux, scion Txepression de Salomon \ L'Epoux prolonge et protège ce sommeil de sa bien-aimée; il défend de l'éveiller. Je vous en conjure, dit-il, par les chèvres et les cerfs de nos champs. Voilà une adjuration d'un genre nouveau, et dont le mystère doit être aussi merveilleux que la forme.

2. Je cherche le symbolisme de ces animaux; et je vois désignées ici, la liberté de l'esprit, son agililé, cette légèreté qui l'emportent comme par bonds et par sauts, vers les hauteurs. Ne vous paraissent-ils pas ressembler aux chèvres et aux cerfs, ceux qui, tout en habitant un corps,se sont soustraits à toutes les incommodités de lachair,qu'unc sorte de légèreté spirituelle empêche d'en sentir le poids, et qui, grâce au bienfait de l'esprit, semblent étrangers à cette masse de matière? Us marchent en esprit, ils n'ont plus le sentiment des désirs charnels, ou s'il leur en reste quelqu'un, c'est un sentiment languissant, mourant, qui n'est plus qu'un souffle. Aces âmes l'Apôtre dit : Vous n'êtes plus dans la chair, mais dans l'esprit*. Et encore: Si nous avons connu Jésus-Christ selon la chair i nous ne le connaissons plus ainsi 6. L'homme est devenu tout spirituel, et s'est élevé aux célestes sollicitudes; il est monté sur les hauteurs.AussirEglise se dit-elle :Man Bien-aiméest devenu semblable à la biche , et au faon sur les montagnes de Béthel 7. C'est àces montagnes que vous invite celui qui dit: Si vous êtes ressuscité avec le Christ 8, etc. Paul veut que vous soyez comme une chèvre spirituelle, lui qui vous attire vers les montagnes, et qui met en vous l'image de ce faon. Comme nous avons porté l'image de l'homme terrestre, dit-il encore, portons celle de l'homme céleste9. C est un vaillant cerf aussi que saint Paul, car il dit : Notre conversation

* Ph. cxxiii, 162. — • Job. xxxi.20. — » Ps. cxvm, 110.

— * Prov. m, 24. — » Rom. vin, 9. — «II Cor. v, 16. —

Cantiq. n, P, 17 — • Colo«8. m, 1. — • I Cor. xv, 49.

est aux deux K Oh ! l'excellent cerf qui tient de l'esprit de Dieu sa vigueur et son agilité. Car l'esprit de Dieu est subtil, il meut tout. Oh 1 les cerfs véritables que l'esprit de Dieu prépare, à qui il révèle les profondeurs des m y stères, ces profondeurs qui cachent le faon béni ! Oh 1 la vraie chèvre qui, à tout ce qu'on lui propose ou impose peut dire dans l'infatigable élan de sa dévotion : Mon cœur est prêt. Seigneur, mon cœur est prêt *, et qui oubliant ce qui est derrière elle, s'élance toujours en avant 1

3. Voilà des choses qui s'adressent à tous. Ecoutez maintenant des enseignements qui conviennent à chacun, pour établir une distinction entre les animaux ici nommés, et ne pas les confondre. Dans lés cerfs, voyez la longueur de la vie, dans les chèvres la pénétration du regard. Un instinct naturel chez les cerfs, dit-on, les fait se défendre de la vieillesse, et reprendre la vigueur de la jeunesse, ranimer une vie prête à finir. Le Christ est moins un cerf qu'un faon : il pour partage une éternelle jeunesse, en lui rien de vieux, rien qui ait besoin d'être renouvelé. Il est aussi, comme la chèvre, doué d'une vue perçante. Personne en effet ne connaît le Père, sinon le Fils et celui à qui le Fils le daigne révéler *. Tout est sans voile à ces yeux. On doit aussi voir des chèvres spirituelles en ceux qui ont les yeux ouverts à la connaissance de Dieu, qui devenus spirituels jugent et pénètrent tout, et contemplent à face découverte la majesté de Dieu. Ils sont cerfs en ce qu'ils se transforment à l'image de Dieu, allant de clarté en clarté, comme guidés par l'esprit du Seigneur; qui dépouillant le vieil homme, se révêtent du nouveau créé dans la justice et la sainteté. Si leur piété languit et vieillit, ils en raniment la ferveur, et par des réparations fréquentes ils épargnent à la persévérance les fatigues de l'ennui : Ceux qui se confient au Seigneur, dit Isaïe, changei%ont leur force, non en perdant l'ancienne, mais en y ajoutant une nouvelle. Ils changeront leur force par des additions constantes. Ils courront sans se fatiguer, ils marcheront sans défaillir *. Ce changement est donc un progrès continuel, parfait, infatigable. Quelle précieuse force que celle qui permet des courses pénibles, et ne s'épuise pas. Elle est supérieure encore quand elle ne sent même pas le travail, et qu'elle franchit les difficultés, et déploie comme en une plaine l'agilité de ses pieds,

» Phllipp. nx, 20. — • P». lvi, 8. — • Math, xi, 2?. — * Isaïe xt, SI.

SUR LE CANTIQUE DE SALOMON

selon ce qui est écrit : Le courrier léger parcourt la route avec rapidité1.

4. Si l'Epoux parle ici des cerfs des champs, c'est que pour eux toutes les aspérités et les difficultés sont aisées et douces; elles sont sous leurs pieds, comme une plaine unie. La voix du Seigneur, la voix de l'inspiration intime se répand doucemenl au cœur ; et c'est elle qui enfante ces cerfs, et met à nu les mystères cachés. Car les choses voilées, et comme enveloppées de difficultés les plus épineuses, sont sans voiles pour ceux à qui Dieu donne des pieds agiles comme les pieds du cerf, que les injures n'arrêtent pas, qui se complaisent dans les tribulations, qui savent recevoir un mauvais traitement, qui n'y font pas attention, dans l'ardeur des désirs qui les emportent vers des régions plus élevées et plus profondes. Temps misérables que les nôtres ! Loin de suivre cette marche, nous prenons en mauvaise part les meilleurs procédés, nous y voyons des injures. Mous rencontrons presque partout des obstacles, nous nous heurtons contre les endroits unis, et nos pas glissent jusque sur les places % ainsi que le dit Jérémie. Nous nous plaignons de trouver tout embarrassé,car la route des paresseux est comme une haie d'épines3. Nous sommes contents d'avoir l'occasion de nous plaindre ; nous sommes toujours prêts à soupçonner ; le bruit d'une feuille qui s'envole nous effarouche4, et nous dépensons notre activité et nos paroles à nous créer des inquiétudes. Voilà pourquoi nous troublons trop souvent le repos des hommes spirituels, nous interrompons leurs loisirs, nousentravons le sommeil d'une âme appliquée à des pensées pus hautes, et nous l'arrachons aux heureux embrassements de l'Epoux.

5. Ces importunités que la perversité cherche, ou que la faiblesse produit, l'Epoux les écarte de son Epouse, quand il invite les filles de Jérusalem à je ne sais quelle légèreté spirituelle. En effet, quand il les adjure par les chèvres et les cerfs,illes provoque à imiter les hommes spirituels et à ne point importuner sa bien-aimée. Je vous en conjure, ne réveillez pas ma bien-aimée, qu'elle ne le veuille. Il vous est utile qu'elle s'éveille; mais attendez qu'elle le veuille. Il faut attendre la volonté de celle qui estchargée devous.Elle voudra quand l'esprit lui apprendra à vouloir. L'onction de l'esprit l'instruira. En Rattachant au Bien-aimé elle a hérité de son esprit. Aussi peut-elle dire : L'esprit du Sei-

1 Jérend. h, 21. — *Thron. iv, 18. — » Prov. xv, 19. — *Lévit.x*vi,36.

gneur est sur moi, par ce qu'il m' a pénétrée de son onction : il m* a envoyée évangéliser1. Elle vous évangélisera donc au temps marqué par l'esprit. En attendantlaissez-la boire ce qu'elle versera abondamment en vous. La grâce de la contemplation loin d'amoindrir la compassion,l'accroît, et ces transports de l'esprit inspirent la modération et les ménagements pour les faibles. Pendant le sommeil d'Adam une vile côte s'amollit et devient le sexe le plus faible ; elle tire du flanc de l'homme la société conjugale; ou plutôt Adam lui-même est changé en la femme sa compagne, et il passe en elle par une sorte de transformation. Aussi à son réveil il jeta le premier cri d'amour en se reconnaissant en sa compagne : Voilà l'os de mes os> et la chair de ma chair*. Et Paul ne vous paraît-il pas abaisser la dignité de l'homme jusqu'à la faiblesse féminine quand il se dit faible avec les faibles'? Eve est une sorte d'Adam spirituel, quand la fermeté apostolique compâtità ses inférieurs et que la sublimité de la vertu et de la science se proportionne à la capacité des infirmes. Si pour Dieu il est emporté comme hors de lui-même, pour le prochain il est sobre \ L'extase enivrée de l'esprit est un sommeil utile ; elle n'enseigne pas l'orgueil,mais plutôt la modestie. Je vous en conjure, filles de Jérusalem, ne réveillez pas la bien-aimée, quelle ne le veuille. Si l'esprit de Dieu l'a emportée loin d'elle-même, elle redeviendra sobre : si elle dort elle se réveillera, et elle vous communiquera avec mesure le vin qu'elle a trouvé. Elle sait le moment de partager les dépouilles à ses servantes, et de donner la nourriture à sa maison. Seraitelle sans pitié pour les filles nées de son sein, celle qui n'oublie pas ses servantes ? Cependa nt les bonnes filles s'esl i meut des serva n tes ; elles n'usent pas de leur liberté naturelle, quand elles songent qu'elles ont été délivrées par l'esprit de liberté: car elle sont vraiment libres celles que la vérité affranchit ; aussi ignorent-elles toute autre liberté que celle qu'elles tiennent de leur adoption. Et plus l'adoption est gratuite, plus le dévouement est profond. Elles sont donc à la fois filles et servantes; car plus il y a de condescendance dans l'adoption, plus juste est la dévotion dans la dépendance.

6. Ne la réveillez pas qu'elle ne le veuille. Oui, elle sait l'heure de partager les dépouilles à ses servantes, et de donner des aliments à ses domestiques. Ne craignez pas

* Isriïe lxi, i. — * Gen. n, 21, 23. — * I Cor. i3, 22. * — II Cor. v, 13. '•".-..

SERMONS DE GILLEBERT D'HOILANDE

d'elle ce qu'on lit: La fille de mon peuple est cruelle comme Fautruche du désert*. L'auteur a des espèces d'ailes, et cependant elle ne vole pas ; elle ne sait pas s'élever dans l'extase de l'esprit. C'est pourquoi elle n'a aucun souci de son espèce ; elle abandonne ses œufs à terre. Elle oublie qu'un pied peut les écraser ou une bête les briser. L'autruche ne sait pas s'élever jusqu'au sommeil de la contemplation; aussi est-elle sans compassion. Le sommeil spirituel de la mère est le profit de ses filles; et la prolongation de ce sommeii procure plus vite leur avancement. Aussi l'Epoux dit-il: Je vous en conjure, ne réveillez pas la bien-aimée qu'elle ne le veuille. Adjuration bienveillante qui épargne la mère, et qui se propose le progrès de ses filles. Car plus la mère considère et médite à loisir, plus elle revoit ses filles avec utilité pour elles. Plus son vol est élevé, " plus son retour est humble, et sa condescendance fructueuse. Pourquoi voulez-vous donc régler le temps mis par l'Epoux à la libre disposition de l'Epouse ? Ne réveillez pas, qu'elle ne le veuille. Et elle le voudra quand la vision du Bien -aimé aura disparu à ses yeux. Car sa présence disparaît vite. Je suis à mon Bien-aimé, et son cœur se tourne vers moi1. Pourquoi essayez-vous d'interrompre, avant l'heure, un aussi saint commerce? Quel heureux entretien ! Mais que la durée en est courte î Laissez-lui donc sa brièveté; pourquoi l'abréger encore? N'ôtez rien à des instants si rapides.Que l'Epouse jouisse librement d'une heure si fugitive. Vous voulez réveiller et rappeler à vous celle que Jésus a élevée si haut et dont il a absorbé l'attention? Car si elle dort, son cœur veille dans le Christ. Pierre et ses compagnons furent pris sur la montagne d'un sommeil profond et à leur réveil ils virent la majesté de Jésus. Fortuné sommeil qui enchaînait en eux le sens humain. En eux était appesanti et réprimé ce qui était d'eux, afin que, devenus comme aveugles et insensibles aux choses du monde, ils ne s'éveillassent que sous l'action de l'Esprit-Saint, et pour connaître les choses de Dieu. A leur réveil, ils virent la majesté*. C'est bien veiller que de voir de tels spectacles, d'apercevoir la gloire du Fils unique du Père, que d'entendre des paroles qu'il n'est pas permis à l'homme de redire. On ne peut la raconter cette vision à celui en qpai le Fils de Dieu n'est pas encore ressuscité. Prenez garde de redire cette vision à

1 Thren. iv, S. — « Cantlq. vxx, 10. — • Loo a, 32.

personne avant que le Fils de l'homme ne soit ressuscité d'entre les morts1. Cette vision ne peut être redite à celui à qui Jésus-Christ n'est pas ressuscité. Il avait été dit quelque chose d'analogue à Marie : Ne me touchez pas : car je ne suis pas encore remonté à mon Père*. On ne peut la redire à celui qui n'a pas été ravi au paradis, au lieu des délices, à ce lieu dont parlait Pierre: On est bien ici*. Et il est bien réveillé celui qui, avec Paul, est ravi en ce paradis \ qui monte, avec Pierre, sur la montagne, qui peut veiller une heure avec Jésus-Christ, que l'homme ne touche pas pour que le Christ l'excite et le réveille. Il a touché Pierre qui s'est réveillé et a vu sa Majesté. Et pour l'Epouse voyez en quel état elle s'éveille des embrassements de l'Epoux : Quelle est celle-ci qui s'élève comme une colonne de fumée1 ?

7. Mais rappelons ici notre discours qui tend aussi à s'élever, et réservons ce texte pour le début d'un autre entretien; réservonsle à celui qui a dit de lui-même : Je suis le principe, moi qui vous parle 6. Puisse-t-il être le principe et de nos paroles et de nos sentiments, afin que ce que nous disons de lui nous soit dit d'abord par lui. Parlez, Seigneur, parlez-moi, et parlez pour moi. Reprenez à ma place, non les filles de Jérusalem, mais celles de Babylone; commandez à la fille des Chaldéens de rester assise et de se taire. Bon Dieu, qu'il y a aujourd'hui de ces filles de Babylone qui ignorent les cantiques de Sion, et qui nous obligent à suspendre nos harpes ! Combien de fils d'Edom qui nous épuisent et nous privent de joies spirituelles! Vous défendez aux filles de Jérusalem d'importuner la bien-aimée. 0 Dieu! que ne me préservez-vous aussi des filles de Babylone ? Les importunités de la méchanceté sont bien plus dures que celles de l'amour. Mais je ne sais par quelle fatalité aujourd'hui les amants euxmêmes sont devenus méchants. Que de perversités l'âme a méditées dans le lieu saint! Je voudrais dire l'ennemi ; mais j'ai dit ce qui est plus désolant, les amis sont devenus ennemis : amis par la profession, ennemis par les sentiments : amis en apparence, mais sans réalité. Absalon était ami de David, puisqu'il était son fils : et quels crimes le scélérat n'a-t-il pas médités contre ce saint,le fils contre son père, Absalon contre David 1 Absalon signifie la paix du père. C'est un beau nom ; mais celui qui le portait en a

1 Math, rvn, 9. — « Jean xx, 17. — • Math, xvra, 4. * II Cor. m, 4. - • Cantiq. m, — • Jean vdi, 25.

SUR LE CANTIQUE DE SALOMON

répudié le sens. Il a ambitionné le trône de son père, et en a souillé le lit pdr l'inceste. David a pourtant eu un bonheur, celui de ne rencontrer qu'un persécuteur parmi tant de fils. Aujourd'hui, parmi les maîtres, quel est donc celui qui ne rencontre que les embûches d'un seul Absalon?Et ne sont- ce pas autant d'Absalon ceux qui, au dire de l'Ecriture, prêchent la paix et déchirent à belles dents ' ? Ils jalousent la place de leur père, ils souillent sa couche, en corrompant leurs frères par des murmures pervers : ils bouleversent les cœurs innocents où reposait doucement l'esprit du père. Il imite Absalon, celui qui cherche à être maître sans avoir les mœurs convenables à cette position, qui prêche la paix et qui déchire. Et c'est une morsure cruelle que cette vie indigne, c'est une mauvaise nourriture de laquelle il est dit : Le mal est doux à sa bouche, et il le cache sous sa langue * ; il le cache jusqu'au m ornent où il puisse vomir le poison qu'il a amassé. Quel mal Fa mi n'a pas fait dans le lieu saint ! Cequ'ii ne voit pas il le soupçonne. Ils ont placé leurs étendards en signe de trophées, et ils n'ont pas su ce qu'ils faisaient1. Ils mettent ce qu'ils ne trouvent pas : ce qu'ils exposent ensuite d'une façon trèsgrave. Leurs étendards : ce sont eux, quand ils mesurent les autres à leur méchanceté. Des étendards, des signes; comme si le Psalmiste disait : des signes seulement, sans vérité, des signes non pas certains, mais de simples soupçons. Et ils n'ont pas su ce qu'ils faisaient, car ils s'appuient sur des conjectures et non sur la connaissance.

V ennemi fait le mal dans le saint En quel saint? Dans le saint des saints, dans le saint qui a dit : Celui qui vous méprise meméprise *. C'est une témérité, selon l'Apôtre, de juger le serviteur d'autrui §. Et vous qui jugez votre maître, qui êtes-vous? Car juger le pouvoir c'est juger l'ordre de Dieu.

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