‹ Œuvres de Saint Bernard (volume 3)Chapitre 92 sur 179 · Enfin, Dieu fait entendre cette plainte · texte numérisé non relu

Enfin, Dieu fait entendre cette plainte

1 Michée m, 5. — * Job. xx, 12. — » Pb. lixhi, 3, 5. — * Luc. x, 16. — • Rom. xrv, 4.

Ils m'ont ravi mon jugement. Enfants des hommes, jusques à quand aimerez-vous la vanité, et chercherez-vous le mensonge? Vous aimez la vanité de la prélature, et c'est pourquoi vous cherchez dans vos prélats le mensonge d'un mauvais soupçon. Car, vains sont les fils des hommes, trompeuses sont leurs balances ', mensongers sont leurs jugements. Plût au Ciel que je fusse indifférent à leurs appréciations , préoccupé uniquement de l'attente du jour éternel ! Quand le temps sera venu, est-il écrit, je jugerai les justices1. Le juste juge lui-même déclare qu'il attend le moment de juger les justices ; et vous, avant le temps, vous osez juger ? Le Père a donné au Fils tout jugement; et vous exercez un droit que vous n'avez pas reçu, et vous l'exercez contre le Père ? Et contre le Père de qui toute paternité émane au miel et sur la terre? Une génération de vipères dévore sa mère, et d'une dent empoisonnée ronge la vie du docteur. Non, ce ne sont pas là des filles de Jérusalem, des filles de paix ; ce sont des filles de Babylone. Quand les reprendrez-vous en disant : filles de Babylone ne pleurez pas sur moi ; pleurez sur vousmêmes ? Car les outrages faits à ceux qui tiennent votre place retombent sur vous, et les murmures dont ils sont l'objet remontent jusqu'à Dieu. Ne vous livrez donc pas à des murmures qui nuisent aux autres sans vous profiter. Et vous, Seigneur, fermez la bouche qui profère l'injustice, mais non les lèvres qui vous chantent. Et pourquoi donc m'arrèter plus longtemps à ces plaintes ? Je n'ai pas ici pour but de pleurer sur nous, mais de célébrer les louanges d'autrui. C'est assez déplorer notre condition. Quittons les lamentations pour les chants ; il nous en donne et la pensée et le loisir, et il y ouvre nos lèvres, le Christ Jésus qui défend contre les importuns le sommeil de son épouse, et qui règne avec le Père et le Saint-Esprit dans les siècles des siècles. Ainsi soit-il.

1 P». lu, 10. — * Ps, lxxiv, 3.

SERMONS DE G1LLEBEKT D'HOILANDE

SERMON XV

Quelle est celle-ci qui s'élève à travers le désert comme la fumée des parfums ?

Cantiq. m, 6.

i. Voyez, mes frères, combien la tranquillité de l'esprit est efficace pour accroître en nous la grâce ; et quels fruits la bien-aimée recueille du repos intérieur de Jésus-Christ. Voyez, dis-je, en quel état elle sort des embrassements de l'Epoux. Ou plutôt ne me le demandez pas : interrogez sur ce point ses compagnes. Est-ce que pour elles aussi l'Epouse ne sort pas du sein de l'Epoux toute renouvelée, et avec une physionomie inaccoutumée? Et c'est ce renouvellement qui excite leur admiration. Quelle est celle-ci qui monte? Voyez ses progrès. Précédemment elle interpellait les gardes; elle leur demandait s'ils avaient vu le Bien-aimé. Ici elle s'élance, frappant d'étonnement ces mêmes gardes, et sous des traits nouveaux. Et comment ne sortirait-elle pas toute renouvelée des embrassements de l'Epoux? Il dit de luimême : Voici que je renouvelle toutes choses f . Il renouvelle donc même ce qui est nouveau. C'est un creuset : approchez-en l'or : s'il est pur il le rend plus pur encore : et le métal sortant de la fournaise jette un éclat plus vif. Le Christ n'est-il pas un creuset ardent? Votre parole est de feu ', dit David. Jetée dans ce creuset, et soumise à son action, une créature n'en peut sortir que nouvelle en Jésus-Christ. Ainsi, pendant qu'il priait luimême son visage fut transformé \ Et quand vous priez, il vous apparaît à vous-même tout autre. En lui-même il est un, il ne change pas : et cependant il renouvelle toute choses. La figure de Jésus- Christ fut changée pendant le prière : il a voulu vous montrer ainsi la vertu de la prière sur Tâme, et vous prouver qu'elle vous change jusqu'au plus intime de votre être, qu'elle fait de vous des hommes nouveaux, que l'oraison transforme, l'ournous, dit l'Apôtre,

contemplant à face découverte la gloire du Seigneur, nous sommes transformés à son image, allant de clarté en clarté, comme par V esprit du Seigneur l.

2. Peut-être l'Epouse elle-même est-elle sortie du sanctuaire de la contemplation, toute revêtue de l'image de l'Epoux qu'elle contemplait. Hais elle en est sortie du moins toute renouvelée, ce que prouve l'admiration de ses compagnes : Quelle est celle-ci qui s*élève ? C'est-à-dire , elle n'est plus la même qu'hier, qu'auparavant. Elle ne parcourt plus la cité, ni les rues, ni les places; elle ne passe plus à travers les gardes. Au lieu d'errer, elle monte par une route directe. Quel est donc ce soudain changement survenu en elle ? Quelle est eelle-ci qui s' élève. et s'élève à travers le désert? A ses yeux, ce monde à travers lequel elle monte est un vrai désert aride et stérile. Et comment l'odeur de ce désert est-elle devenue pour nous comme le parfum qui s'échappe d'un champ de blé mûr, béni de Dieu ? Combien sont attirés par le parfum de ce désert, et sont si bien retenus par lui qu'on ne peut plus les en arracher ? Ce parfum est une odeur de mort pour la mort. Ce que vous appelez richesse n'est que misère. C'est la terre de la soif, l'image de la mort, comme dit le Prophète Jérémie. La terre de la soif; car elle irrite les passions mondaines plus qu'elle ne les rassasie. Ce que le monde estime plénitude est stérilité : les fruits qui y croissent passent vite, et cette rapidité y retrace partout l'image de la mort. Or, comment croyez-vous respirer l'odeur de la vie où vous ne rencontrez que l'image de la mort ? La fécondité seule de Jésus-Christ exhale un parfum de vie. Il est le champ rempli, ce champ fertile, ce champ que Dieu

* Apoc. xxi, 5. — ■ P». cxvin, 140. — * Luc îv, 29. * II Cor. m, 18. — • Jéram. n,6.

SUR LE CANTIQUE DE SÀLOMON

le Père a béni. L'Epouse ne connaît pas d'autre champ ; en-dehors de lui elle ne voit qu'un désert aride, qu'une terre dévorée par le sel.

3. Quelle est celle-ci qui s'élève à travers le désert ? Votre cœur sera un. bon désert, s'il n'a été ni déchiré par le soc de l'ennemi ni arrosé de ses pluies, ni engraissé de sa rosée : si l'ivraie semée par lui n'y étale pas sa luxuriante moisson, si elle n'y repousse pas comme en un sol fécond. Que votre cœur soit stérile sous ce rapport, qu'il ne produise pas, qu'il ne produise pas même pareille semence ; Mon âme est devant vous comme une terre sans eau l. Fortuné désert qu'une âme pareille : désert enviable qu'une chair intègre, sans tache, que les concupiscences impures n'ont pas traversée, et qui ignore les semences des voluptés sensuelles. Celui gui sème dans la chair, de la chair recueillera la corruption1. Le beau désert qu'un sein virginal. Tel fut le sein de la Vierge bienheureuse et choisie, dont aucun sentiment impur ne blessa jamais l'intégrité Sa chair fut une terre déserte, non foulée, non arrosée, ou le Christ est apparu. Cependant, elle ne fut pas absolument déserte puisqu'elle a enfanté Jésus-Christ : elle a été arrosée, mais du fleuve des vertus. Aussi est-elle appelée le puits des eaux vives, qui s'échappent avec impétuosité du Liban : car sa candeur virginale répand sur nous des grâces spirituelles. Son chaste sein est encore un jardin fermé, dont les feux des désirs charnels n'ont jamais altéré la clôture : arrosé par de telles eaux, ce jardin a donné son fruit en son temps. Et voulez-vous savoir quel fruit cette terre déserte a produit? Osée vous l'enseigne : Le Seigneur amènera du désert un souffle brûlant , gui desséchera les sources de la mort1. Et quel autre que Jésus-Christ a séché ces sources de mort, lui qui nous a donné le désert d'un sein virginal ? Le Prophète a raison de dire un souffle, car devant nous est l'Esprit, le Christ, le Seigneur4. Il est aussi appelé le second Adam devenu Esprit vivifiant9. Sous l'action de ce souffle volent ces nuées apostoliques admirées par Isaïe6. Et qu'y a-t-il de surprenant qu'il soit appelé un souffle, puisqu'on lit de lui qu'il est une nuée? Le Seigneur montera sur mie nuée légère1. Et ici la légèreté n'est ni l'instabilité ni la mobilité : entendez parla une aptitude spirituelle, une

1 Ps. cxlh,6. — * Galat vt, 8. —•Osée xin, 15. —

* Thren. rv, 20. — * I Cor. vx, 45. — • Isaïe ix, 8. —

* Id. xn, 1.

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