CHAPITRE QUATRIÈME
Vocation des frères de saint Bernard et de plusieurs de ses amis.
a Je suis venu apporter le feu sur la terre, « dit Jésus-Christ; et quel est mon désir, sinon « qu'il s'allume ^ I 0
Ce feu divin, quand il descend dans une âme, la purifie et la transfigure. Son opération est analogue, en quelque sorte, à celle du feu matériel, quand il s'attache au bois : il le dessèche d'abord, et l'obscurcit de vapeurs épaisses; puis il pénètre peu à peu dans sa
» Guill., lib. I,cap ni.— « Matth., 11,28-29.—» Guill., I, m. ^ Luc, XII, 49.
substance, consumant tout ce qu'il y rencontre de grossier et d'hétérogène; enfin, il l'enflamme, le transforme, le remplit de splendeurs; et le bois, changé en feu, participe aux qualités du feu lui-même.
C'est ainsi que Bernard, après avoir passé par les divers degrés d'une épuration profonde, demeura entre les mains de Dieu comme un flambeau allumé, prêt à être posé sur le chan^ délier.
* Ps. cxLVii.— « S.Bcrn., hi Cant., scrm. xiv, post medinni
VIE DOMESTIQUE
Or l'homme, renouvelé en lui-même et animé du divin amour, ne tardé point à devenir, au milieu de ses semblables, un merveilleux instrument de salut ; et la puissance toujours croissante que Bernard était appelé à exercer sur son siècle se manifesta dès le moment où son cœur se donna irrévocablement à Dieu.
Le premier personnage que son exemple, encore plus que sa parole, arracha aux vanités, du monde, fut son oncle, le vaillant Gauldry, comte de Touillon. Ce seigneur occupait dans Tarmée un poste honorable; il était riche et renommé par sa valeur autant que par ses largesses *. A la voix de Bernard, il quitte le siècle, s'attache à son neveu comme à un père, et demeure jusqu'à sa mort au nombre de ses plus fidèles et de ses plus fervents disciples.
Après cette conquête éclatante, le zèle de Bernard ne connut plus de bornes ; comme la flamme qui embrase une forêt se communique de proche en proche, et s'étend indistinctement aux jeunes plantes et aux arbres séculaires, redoublant d'intensité à mesure qu'elle fait de nouvelles proies; ainsi Bernard, animé d'une charité brûlante, en laisse jaillir les saintes ardeurs sur ses frères, sur ses parents, sur ses amis, et enveloppe dans les mêmes feux les jeunes hommes et les vieillards, les femmes et les époux, les enfants et les pères.
Barthélémy est avant tous les autres touché de ses exhortations. Il était sur le point d'entrer au service du duc de Bourgogne; mais il choisit une meilleure part, et n'hésita point à s'engager dans la milice de Jésus-Christ.
André, aussi bien que Barthélémy, plus jeune que Bernard, avait été nouvellement reçu chevalier; et comme il se complaisait dans la perspective d'une carrière de gloire, il n'écoutait qu'avec répugnance les paroles de son frère; il combattait ses avis, évitait sa présence, s'irritait contre l'ascendant de sa vertu et de son éloquence. Mais un jour, au moment où Bernard déplorait l'aveuglement des hommes qui leur cache la vraie gloire et la vraie félicité, André s'écria d'un ton pénétré : et J'ai vu ma a mère *»!.... « En effet, ajoute l'historien, elle « lui apparut visiblement, et approuva par un « sourire plein de douceur la sainte résolution « de ses enfants. » André, stupéfait, ému jusqu'aux larmes, se jette au cou de son frère, et,
* Vir potens in ssculo et m sscularis militiîB gloria nomiaatu. (Alanos, Vita 2% p. 1255. Edit. Mab.)
* Vidi mntrêm ! Gaill. de Saial-Thierry. cap. in.
TOHE L
de soldat du siècle, devient soldat de Jésus- Christ.
Nous avons vu que Guido, l'aiué de toute la famille, était marié ; il tenait un rang considérable dans la société, et en remplissait chrétiennement les devoirs. Mais l'insistance que mit Bernard à le soustraire aux périls du monde, à le détacher des liens les plus légitimes; la facilité même avec laquelle Guido se prêta à ces douloureux sacrifices, nous permet de croire que des motifs de conscience, inconnus aux historiens, peut-être des engagements antérieurs, obligeaient Guido et les autres membres de cette famiUe privilégiée à se consacrer entièrement au service de Dieu.
Quoi qu'il en soit, Guido, dominé par le désir de la perfection évangélique, souhaitait ardemment de quitter la vie du monde pour embrasser les saintes austérités du cloître ; et il promit d'accomplir ce vœu si, d'après les règles de l'Église , sa femme y voulait consentir. Hélas 1 ce consentement lui semblait presque impossible de la part d'une jeune épouse, déjà mère, qui l'aimait avec tendresse. Mais à* l'heure même, saint Bernard, avec l'accent d'une inspiration sublime, lui répondit que sa femme y consentirait. La lutte en etTet ne dura pas longtemps : un miracle de grâce la fit cesser.
Bernard arrive : c'est la femme de Guido elle-même qui l'appelle ; elle veut le voir, elle veut lui ouvrir son âme. Malade et frappée d'une anxiété étrange, elle a entendu dans son cœur la voix mystérieuse qui a parlé au cœui de son mari; elle veut se consacrer comme lui au Dieu d'amour qui l'attire par les plus irrésistibles attraits de la grâce ; et en présence de Guido et de Bernard, après avoir prononcé son vœu, elle recouvra au même instant la santé du corps et la sérénité de l'âme. Les généreux époux se séparèrent d'un commun accord et suivirent leur héroïque vocation.
Guido devint le disciple, le compagnon fidèle, l'ami inséparable de Bernard. Mais sa femme entra au monastère de Juilly, près de Dijon, où elle pratiqua tous les exercices d'une haute vertu, ayant été proposée à la direction d'une nombreuse compagnie de vierges chré» tiennes ^
» GuUl. de S.-Th., cap. v, n. 22. — Alanus, Viia 2% p. 1292. — Plosieuis de eeux que Bernard gagna à Dieu étant mariés, et les femmes étant entrées dans les vues de leurs maris, on les envoya dans un monastère à Juilly, près de Dijon (ad muros Divionenses), où Ton observait la règle 4tf Bûnt Benoit. (Mabiii., ii«n.lib. LXXXll, ii» 51, p. 1082.)
A la tionvelle de ce qui se passait dans sa ^<flnille, Gérard, le frère puîné de Guido, manifesta un tif mécontentement. Il jugea, selon des Tues humaines, le 2àle de Bernard, etcon^ damna servèrement l'esprit de prosélytisme qui arait subjugué ses frères. Cette disposition hostile affligea Bernard, mais ne Tempécha point d'aller trouver Gérard qui était alors au camp de Grancey, au comble des honneurs militaires. <» Gérard, dit la chronique, était un «intrépide guerrier, d'une prudence conc( sommée, et tellement senriable, que tout le « monde le* chérissait * . » Il fit à son frère un accueil froid, lui reprocha l'ardeur de son zèle ; et opposant des objections spécieuses au langage de la yérité, il obscurcit sa conscience et ferma son copur. Alors Bernard, tout palpitant de charité fraternelle, et comme transporté hors de lui-même, porta la main sur le côté de son frère, et lui dit d'un accent propbé^ tique : « Je sais, oui, je sais que l'adversité « seule ouvrira ton cœur. Eh bien, le jour va Qt venir, et il viendra bientôt, où cet endroit a que je touche sera percé d'un coup de lance ; crct la plaie sera l'ouverture qui donnera i( entrée dans ton âme à la parole que tu re- (( pousses maintenant *. » Gérard déclara dans La suite qu'au moment où son frère prononça ces mots, il croyait déjà sentir un dard qui lui perçait le côté.
Peu de jours après rette scène, se trouvant à l'assaut du château de Grancey, il fut ft*appé d'un coup de lance à l'endroit même que Bernard avait touché du doigt. La blessure i^arul morielle; et Gérard, étendu sur le champ de bataille, demeura entre les mains des ennemis, qui le transportèrent dans leur camp et le retinrent captif.
Dans cette cruelle position , agité par des anxiétés étranges et désespérant de sa vie, il envoya en loute hâte chercher son frère. Mais Bernard ne vint pas ; il lui fit dire seulement ce mot : «( Ta blessure ne va pas à la mort, mais à la vie. »
L'événement justifia la prédiction. Gérard s'échappa miraculeusement de sa prison; et libre de ses chaines, il ne songea plus qu'à se libérer également des liens du monde pour suivre la vocation supérieure qui l'appelait, aussi bien que ses frères, dans les voies de Dieu.
Saint Bernard, devenu le guide et le père spirituel de tous les siens, n'avait point encore de projet arrêté sur le genre de vie qu'il em-
» oom.. îV, p. ndâ. — > Gujii.» IV, p. ios2.
brasserait. La vie religieuse était le grand objet de leurs aspirations; mais ils laissèrent à la Providence le soin d'en faciliter l'accomplissement et d'en déterminer la forme.
Un jour, étant entrés ensemble dans une église, pleins du désir de connaître la volonté de Dieu, ils entendirent la lecture de ce texte d'une épitre de saint Paul : « Celui qui a com- « mencé en vous cette bonne œuvre l'achèvera a et la rendra parfaite jusqu'au jour de Jésusce Christ S »
Cette parole les frappa comme d'un trait du ciel.
Illuminé d'une céleste espérance, Bernard assembla ses amis, ses proches et tous ceux qui lui étaient chers, pour enflammer leur piété, et leur communiquer les grâces abondantes dont son âme était inondée. Peu de personnes résistaient à ses énergiques exhortations, fortifiées par la puissance de son exemple. Aux uns, il montrait les déplorables illusions de la vie mondaine toute semée d'ccueils,où la vertu la mieux affermie risque de faire naufrage ; aux autres, les consolations intimes et les inépui-^ sables douceurs de la vie religieuse ; à tous, la nécessité pour l'homme, et surtout pour l'homme chrétien, de considérer sérieusement le but véritable de l'existence humaine, de marcher vers ce but avec courage et droiture, et de ne point échanger pour quelques plaisirs fugitifs, les éternelles joies réservées à l'âme fidèle.
a Le zèle qui m'anime, disait-il, ne vient a point de la chair et du sang, mais il naît du « besoin de travailler à l'œuvre du salut des tt âmes. La noblesse, la taille avantageuse, la « beauté du corps, les grâces de la jeunesse, a les terres, les palais, les hautes dignités, la « sagesse même du monde, tout cela est au « monde. Mais combien de temps dureront ces ce choses? Elles disparaîtront comme le monde, « avant le monde ; dans un moment, vous dis- « paraîtrez vous-mêmes du monde. La vie est «courte, le monde passe, et vous passerez <i avant lui. Pourquoi ne pas cesser d'aimer ce « qui cessera bientôt d'exister?... 0 mon frère, a écrivait-il à l'un de ses amis qu'il pressait de C4 se joindre à lui, venez sans plus tarder, et « attachez-vous à un homme qui vous aime a d'un amour fidèle et véritable. La mort ne a séparera point les cœurs que la religion a a unis. Le bonheur que je vous propose ne re- « garde ni le corps ni le temps ; il subsistera « indépendamment de l'un et de l'autre. Que
1 Philipp., I, G. '
TIE DOUESTIQUE*
f dis-je ? il paraîtra môme plus doux quand le « corpe sera détruit, quand il n*7 aura plus de
< temps pour tous. Quelle comparaison entre « les Trais biens et ceux que tous tenez du ff monde 1 Le plus grand de tous les biens est <f celui qu'on ne tous ôtera jamais. Et quel
< est-il ? L'osil ne ta point tu, Foreilk ne ta point c entendu^ le cceur de tliomme ne ta pas compris; a la chair et le sang n'en sont point capables ; « il n'y a que l'Esprit de Dieu qui nous le ré^ a Tèle. Heureux ceux qui comprennent cette a parole : Vou$ êies mes amis^ et je vous fais cona naître tout ce que mon Père m'a montré ^ »
Dans une autre occasion, répondant à un jeune docteur qui balançait dans ses résolutions :
Q Vous étonnes-Tôus, lui dit-il, d'être tou^ a jours flottant entre le bien et le mal, tandis « que Tcms n^aTez pas encore posé tos pieds 8 sur la pierre solide? Prenez une bonne fois ^ la résolution d'embrasser le joug de Jésus- « Christ, et ri^i ne s^^ plus capable de tous a ébranler. Oh 1 si tous compreniez ce que je « TOUX dire ! 11 n'y a que tous, ô mon Dieu,
< qui puissiez découvrir à l'œil de l'homme ce a que TOUS préparez à ceux qui tous aiment ! a Que celui qui a soif, dit le SauTCur, vienne d a moi, et je hn donnerai à boire. Venez à moi, vous c tous qui' étés chargét et fatigués, et je vous soU" a logerai. Craignez-Tous de manquer de force, c quand c'est la Vérité même qui promet de « TOUS soutenir ? Oh ! si j'aTais le bonheur de «TOUS avoir pour condisciple à Técole de a Jésus -Christ; si, après avoir purifié TOtre a âme, je pouTais y faire couler cette onction « qui enseigne toute Térité , avec quelle joie a ne rompraisrje pas aToc tous le pain brûlant «de l'amour, ce pain de l'immortalité que a Jésus-Christ distribue incessamment et aTeo a profusion aux pauTres de l'Évangile I Ne « ferais-je pas jaillir sur vous quelques gouttes a de cette céleste rosée que la divine Bonté ac- « corde à ses enfants, et que je voua prierais à ff votre tour de reverser sur moi ?... î'ai peine « à finir, tant il me vient de choses abondantes «à vous dire... Je prie Dieu de vous donner a l'intelligence de sa loi et de ses volontés ' ! &
L'influence que Bernard exerçait par ses paroles et ses lettres était si efficace, si vivifiante, que bientôt il se vit entouré d'une compagnie de jeunes hommes qui non-seulement changèrent de mœurs, mais s'attachèrent à sa destinée, pour le suivre dans la voie où Dieu
A Ex epist. cvn.
s Ex episU ccvi. Ad doct. Henric. Morbach.
l'avait introduit Tous ceux qui l'approchaient cédaient, comme par une vertu secrète, aux attraits irrésistibles de sa parole. Sa vocation, ôelle de ses frères, étaient en quelque sorte contagieuses; si bien que les mères, les épouses attachées à l'esprit du monde, faisaient des vœux pour que leurs flls, leurs frères, leurs maris n'entendissent pas la Toix du fervent apdtre.
Parmi les hcmimes généreiu qui dcTinrent ses disciples, il en est un dont la couTersion eut trop d'éclat à cette époque, pour que nous omettions d'en rapporter quelques chncon-* stances.
Le jeune seigneur Hugues, de l'illustre maison des comtes de Mâcon, aTait été l'ami d'enfance de Bernard. Une heureuse sympathie de pensées, de goûts, de sentiments, les aTait étroitement liés l'un à l'autre; et leurs âmes, toujours en accord et en harmonie, vibraient à l'unisson comme deux cordes d'une même lyre. Cependant, lorsque Hugues apprit les réso^ lutions de Bernard, son cœur en fut déchiré, et il pleura comme s'il avait perdu à jamais celui qu'on disait mort au monde. Ces deux amis (Perchaient à se rapprocher, mais par des raisons différentes. L'un espérait de ramener l'autre dans la carrière du siècle ; celui-ci , de son côté, nourrissait l'espoir de gagner à Dieu l'âme de son frère.
L'occasion d'une entrevue se présente : tous deux, profondément émus, s'embrassent et versent des larmes; longtemps la parole leur manque. Enfin ils rompent le silence; ils échangent quelques mots; mais l'âme de Hugues s'était fondue dans celle de Bernard ;et tous deux, se tenant serrés l'un contre l'autre, protestent qu'ils ne se quitteront plus et qu'ils vivront unis en Jésus-Christ.
Or il arriva que Hugues, obsédé par des sollicitations perfides, laissa faiblir à la fois l'esprit de piété et ses engagements. A cette nouvelle, Bernard accourt à Mâcon ; il trouve son ami à Ta campagne, au milieu d'une joyeuse compagnie de jeunes seigneurs. Une pluie battante les avait forcés de se grouper sous un abri. Bernard va tout droit à celui qu'il aimait ; il l'aborde et l'entraîne, malgré l'orage. « Hugues, lui dit-il, tu essuieras cet a orage avec moil » Et, dès qu'ils se trouvèrent seuls, la sérénité reparut instantanément au ciel et dans l'âme de Hugues. Depuis lors, ils demeurèrent ensemble, et nul effort humain ne put ébranler la conversion heureuse que Dieu avait opérée. « Ce même Hugues, ajoute
« un biographe contemporain, devint dans la «suite abbé du monastère de Pontigny et « éréque d'Auxerre ; église qu'il gouverne en- « core aujourd'hui de manière à montrer qu'il « n'a pas seulement la dignité épiscopale, mais « qu'il en a aussi la grâce et le mérite ^ 0
C'était une chose inouïe et sans exemple, en ce temps belliqueux, surtout dans la riante Bourgogne, de voir ce grand nombre de jeunes hommes renonçant aux plaisirs de leur âge, à la gloire de leurs noms, à l'opulence de leurs familles, aux prestiges du siècle, pour embrasser une vie austère et la pauvreté de Jésus- Christ. Saint Bernard lui-même en était étonné; et il en éprouvait un sentiment de bonheur qu'il exhale merveilleusement dans une de ses lettres.
« Le bruit de votre conversion, écrit-il à «Geoffroi de Péronne et à ses compagnons, « édifie et réjouit l'Église. Le ciel et la terre en a tressaillent de joie , et les fidèles bénissent le «Seigneur. Cette joie est l'effet de la pluie a mystérieuse que le ciel a fait tomber de nos a jours plus abondamment qu'à l'ordinaire, et « de cette bénédiction toute gratuite que Dieu tt destine à son héritage. La croix de Jésusci Christ n'est point stérile en vous, comme en « plusieurs autres qui sont rebelles à Dieu, qui «diffèrent de se convertir, et que la mort « surprend dans l'impénitence. Si les anges se «réjouissent de la conversion d'un seul « pécheur, combien plus doivent-ils tressaillir « d'allégresse à la conversion d'une multitude « de pécheurs, et de ces pécheurs dont l'exemple « est d'autant plus efficace, qu'ils sont dans la « fleur de l'âge et distingués dans le monde « par leurs talents et leur noble naissance.
« J'avais lu dans les Livres saints qu'entre « ceux que Dieu appelle à la foi, il y en a peu
« de sages selon la chair, peu de puissants, peu « de riches. Et je vois aujourd'hui, par un mi^- « racle de grâce, une chose contraire. Il en est « un grand nombre qui dédaignent la gloire « du monde, les charmes de la jeunesse, les «avantages de la naissance, et regardent «comme une folie la sagesse du siècle; ils « sont insensibles à la chair et au sang, inac- « cessibles aux sollicitations de leurs proches, « ne comptant pour rien les honneurs et les «richesses, pourvu qu'ils possèdent Jésus- « Christ. Quel sujet n*aurais-je point de vous « louer, si je vous regardais conune les auteurs « de ces actions magnifiques 1
« Dieu seul a transformé vos cœurs et a « opéré ces merveilles. C'est une œuvre extra- « ordinaire de sa grâce, et, puisque tout don « parfait descend du Père des lumières, il est « juste d'en faire remonter jusqu'à lui la gloire « et la reconnaissance ^ »
L'Église, affligée depuis longtemps par des maux de tous genres, recevait une grande consolation de ces conquêtes de l'Esprit de Dieu ; mais elle ne se doutait point encore des trésors de grâces qui lui étaient réservés, et des innombrables fruits de salut que porterait bientôt cet arbre nouveau dont l'humble semence germait dans le mystère. C'est ainsi qu'autrefois, lorsque tous les peuples de la terre s'abandonnaient à une hideuse idolâtrie, douze pécheurs d'Israël, méprisés et persécutés des hommes, se préparaient à renverser les temples des faux dieux, et à renouveler la face du monde.
Bernard et ses amis, retirés dans une demeure modeste à Châtillon, travaillaient énergiquement à leur propre sanctification, afin de se rendre plus aptes à procurer la sanctification des autres.