‹ Œuvres de Saint Bernard (volume 4)Chapitre 100 sur 319 · LETTRE XXXVII · texte numérisé non relu

LETTRE XXXVII

(Ecrite Pan 1128.) A THIBAULD, COMTE DE CHAMPAGNE *.

Il s'étonne d'éprouver un refus dans sa demande équitable et juste en faveur dUambert. Il l'engage en considération du souverain Juge k ne pas refuser k un malheureux sa pitié et sa protection.

A Thibauld, prince digne d'éloges, Bernard, serviteur des serviteurs de Dieu qui sont à Clainraux : paix et prospérité.

i. J'ai appris que tous tous étiez inquiété de ma maladie et je ne tous en suis pas peu reconnaissant. Car, en Toyant là Totre bonté enTcrs moi, je ne doute pas que tous n'aimiez également Dieu. Si ce n'était pour lui, en effet, est-ce que tous, si grand, tous daigneriez seulement connaître si peu de chose que moi ? Hais puisqu'il est certain que tous aimez Dieu et que tous m'aimez à cause de Dieu, je m'étonne qu'ayant osé, dans ma confiance en lui, TOUS adresser une petite demande qui n'est ni injuste, je crois, ni déraisonnable, je n'en aie pas moins été repoussé par tous. Si je tous aTais demandé de l'or, de l'argent ou quelque chose de cette nature, tel que je tous connais, TOUS me l'eussiez certainement accordé. Mais, que dis-je : si je tous aTais demandé ? N'ai-je pas reçu déjà de Totre libéralité de nombreux bienfaits sans les aToir recherchés? Par quelle raison n'ai-je donc pas mérité d'obtenir la seule chose que je sollicite, au nom de Dieu plus qu'au mien, et moins pour moi que pour tousmême? Quoi ! Jugez-Tous indigne de moi d'implorer, indigne de tous de m'accorder la grâce

< Tous les écrivains de ce temps font un grand éloge de ce prince qui mourut en 1152 et fîit enterré dans le monastère de Lagny-sur-Marne, de Tordre de saint Benoit.

d'un chrétien, quel que soit le crime dont on Tait accusé devant vous, puisqu'il s'en est justifié ? Ou si vous croyez que sa justification n'est pas complète, parce qu'il ne l'a pas présentée devant votre tribunal , admettez-le à la faire encore une fois devant vous, et qu'il obiienne ainsi votre pardon.

2. Ignorez-vous de qui vient cette menace : Quand j'en aurai choisi le temps, je jugerai la justice *? Que s'il juge la justice, combien plus ne jugera-t-il pas les injustices? Ne craignez-vous pas ce qui est encore écrit : On vous mesurera à la mesure dont vous vous serez servi ' ? Ne savezvous pas que Dieu, et loin de vous ce malheur, peut dépouiller Thibauld aussi facilement, et même beaucoup plus encore, que vous ne pouvez dépouiller Humbert? Dans des circonstances où la faute semble tellement inexcusable et si manifeste, qu'elle ne laisse aucun prétexte à la miséricorde, sans mettre la justice en péril, même alors vous ne devez vous en montrer le vengeur qu'en gémissant et en tremblant, et comme pressé par la nécessité du devoir plus que par l'amour du châtiment. Mais, dès que le crime imputé n'est pas connu pour certain ou qu'il est susceptible d'une excuse, vous devez non seulement ne pas la rejeter, mais même l'accueillir avec empressement, heureux que votre compassion puisse trouver place sans faire tort à la justice. Voici donc que je supplie pour la seconde fois Votre Excellence d'avoir pitié d'Humbert, comme vous voulez que Dieu ait pitié devons. Ou laissez-vous séduire par cette promesse du Seigneur : Bienheureux les miséricordieux, parce gueux-mêmes obtiendront miséricorde ' ; ou redoutez cette menace : Un jugement sans miséricorde pour celui qui n aura pas fait miséricorde *. Adieu.

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