ARCHEVÊQUE DE SENS
Au Souverain Pontife Honorius, ses serviteurs, si nous sommes jugés dignes de ce nom, Etienne de Citeaux, Hugues de Pontigny, Bernard de Clairvaux : tout ce qui est dû au plus vénérable des maîtres et au plus bienveillant des Pères.
Dans les monastères où nous demeurons et "
où nos péchés nous ont poussés, nous ne cessons de prier pour vous et pour l'Église de Dieu, qui vous a été confiée ; avec l'Épouse du Seigneur nous nous réjouissons de la fidélité du gardien, et avec l'ami de l'Épouse, de la fécondité des travaux. C'est pourquoi nous exposons fidèlement et hardiment à votre Paternité les oppositions que nous voyons avec douleur s'élever dans notre royaume contre cette Église notre mère. Le roi Louis, et combien ne le sentons-nous pas, nous qui sommes ses voisins, persécute moins les évêques, que leur zèle pour la justice, leur culte de la piété, et jusqu'à la régularité de leur vie. La prudence de Votre Sainteté peut le remarquer aisément en ce que ceux qui auparavant, grâce à leurs mœurs et à leurs habitudes mondaines, étaient vénérés comme illustres,' regardés comme fidèles, traités comme familiers, sont mis au rang des ennemis, maintenant qu'ils vivent d'une manière digne de leur sacerdoce et qu'ils honorent en toutes choses leur ministère. De là viennent les injures graves et les outrages par lesquels l'innocence de l'évêque de Paris a été attaquée sans être ébranlée, car le Seigneur a étendu sa main sur lui et a mis la vôtre devant lui. De là vient encore que maintenant le roi s'efTorce d'ébranler et d'abattre la fermeté du seigneur de Sens, afin qu'après avoir renversé le métropolitain, ce qu'à Dieu ne plaise, il puisse facilement, à son gré, sévir contre les suffragants. Enfin, qui doute qu'il veuille autre chose qu'attaquer la religion qu'il appelle ouvertement la destructrice de son royaume et l'ennemie de sa couronne ? Ce nouvel Hérode ne soupçonne plus le Christ dans son berceau, mais il envie son triomphe dans les églises. Nous ne croyons pas qu'il ait rien contre cet archevêque ; seulement il s'efforce d'éteindre l'esprit en lui comme dans les autres. Enfin, si l'on nous soupçonne d'être trompeurs ou trompés dans ce que nous attestons, un examen attentif de votre part le découvrira promptement, pourvu toutefois, comme nous le désirons vivement et comme nous vous en supplions avec instance, qu'il sorte de votre bouche, Très-saint Père, un jugement dans lequel, nous en avons l'assurance, vous garderez l'innocence et vous verrez l'équité. Autrement, renvoyer l'alTaire en la présence et sous l'autorité du roi, ce n'est autre chose, hélas I que livrer un homme à la haine de ses ennemis.