CHAPITRE PREMIER
Noviciat de saint Bernard. — Sa profession. — Prospérité de Glteaux. — Commencements
de Glairvaux.
«L'an 413 de rincamation de Notre-Sei- « gneur, quinze ans après la fondation de la a maison de Cîteaux, le serviteur de Dieu, Beranard, âgé d'environ vingt-trois ans, entra a avec trente compagnons dans ce monastère a gouverné par Tabbé Etienne, et s'assujettit au « suave joug de Jésus-Christ. Depuis ce jour, le a Seigneur versant sa bénédiction sur cette a vigne du Dieu des armées, elle produisit son a fruit, et étendit ses branches jusqu'à la mer a et au-delà des mers ^ x>
Cîteaux, qui naguère était sur le point de s'éteindre, comme un enfant condamné à mourir dans son berceau, sembla recevoir une seconde naissance à l'arrivée de Bernard et de sa nombreuse compagnie. Tous entrèrent immédiatement au noviciat, excepté un seul d'entre eux, que saint Etienne ajourna à deux ans, à cause de sa trop grande jeunesse : c'était le doux Robert, proche parent de Bernard, dont nous aurons à parler bientôt.
Dès son entrée dans la vie monastique, saint Bernard s'appliqua à réaliser lui-même l'avis qu'il donnait aux autres : « Si tu commences,
» Guill., JV, p. 1085, n<» 19Î
commence parfaitement : Si incipis, perfecte incipe ^ d En choisissant pour sa retraite la plus pauvre et la plus obscure des communautés religieuses, il espérait y demeurer inconnu et oublié des hommes; et désormais, ne songeant plus qu'à mourir avec Jésus-Christ, il embrassa la croix avec amour, s'y attacha avec force, et la porta généreusement à la suite du Maître bien-aimé. Toujours le regard élevé vers le but supérieur auquel il tendait de toutes ses puissances, il se disait fréquemment à lui-même, pour animer sa ferveur : Bernard, pourquoi es-tu venu ici? Bemarde, ad quid venisti •?
Et comme on lit de Jésus-Christ qu'il commença par faire, et qu'ensuite il enseigna '; ainsi Bernard travailla d'abord à son propre perfectionnement et pratiqua lui-même tout ce qu'il dut enseigner aux autres. Ses biographes racontent avec admiration les efforts qu'il fit pour se vaincre, pour maîtriser sa vivacité et dompter son humeur bouillante. 11 se soumit avec une régularité parfaite aux exercices les plus humbles et les plus crucifiants de la discipline de Saint-Benoît; et sa vertu se déve-
» GuilI., IV, p. 1083, n* 19.— « Ibid. — « Act., i, 1.