‹ Œuvres de Saint Bernard (volume 4)Chapitre 133 sur 319 · LETTRE LXXV · texte numérisé non relu

LETTRE LXXV

(Ecrite Tan il27.)

A ARTAULD, ABBÉ DE PRULLY ^

Il le détourne de fonder un monastère en Espagne.

A son très-doux ami et confrère^ à Fabbé Artauld^ le frère Bernard : salut.

Tout ce que des amh absents peuvent se porter de bienveillance et de tendresse, je crois que je vous le dois et que j'y ai droit de votre part, non-seulement à cause de notre communauté de règle et de profession, mais encore à raison des liens qui nous unissaient autrefois. Combien est ardent en chacun de nous ce dévouement si doux à tous deux et si légitime, nous ne pourrons jamais le voir ni le montrer plus clairement qu'en ne nous cachant pas les choses que nous apprenons l'un sur l'autre, si elles ne conviennent pas. J'ai entendu dire que vous vouliez fonder une abbaye en Espagne avec des religieux de votre sainte communauté. Je me demande avec un grand étonnement par quel motif, d'après quel conseil, pour quelle utilité, vous avez l'intention d'exiler vos enfants dans un pays si lointain, où il vous faudra chercher et construire, avec tant de dépenses et de peines, tandis que vous pouvez avoir près de vous un lieu tout bâti et bien préparé pour les recevoir '. Je ne pense pas que vous puissiez donner comme excuse que ce dernier endroit n'est pas à vous; car je sais avec certitude qu'il peut devenir votre propriété très-facilement, si vous le voulez. Est-ce qu'en effet le seigneur abbé de Pontigny qui le possède, le refuserait à votre demande? Tout au contraire, il lui serait très-agréable que vous voulussiez l'accepter, non que ce lieu soit commode, mais parce qu'il ne lui est pas nécessaire, comme vous savez. Nous avons beaucoup à craindre, vous comme moi, si nous n'observons pas avec soin dans nos œuvres ce que dit l'Apôtre : Faites en sorte que personne ne méprise votre jeunesse •, d'être promptement accusés de légèreté parce que nous sommes jeunes ; mais je suis assuré que

t Prully était nn monastère de Tordre de Clteanx dans le diocèse de Sens; il fut fondé en 1118 par Thibauld, comte de Champagne, et par Adèle sa mère, comme le rapporte Guillaume de Nangis dans sa Chronique. V. Annal, de Manriquo en 1118.

> Le lieu dont il s^agit est le lieu du Val*Luisant dans lequel Artauld, sur le conseil de saint Bernard, construisit un monastère en 1127, en y envoyant douze moines sons la direction de Vabbé Norpald.

• I Tim., IV, H.

vous agirez avec prudence et que vous choisirez le lieu qui est le plus proche et déjà bâti, puisque vous savez qu'il est à charge à votre ami qui le possède, tandis qu'il vous est nécessaire« Adieu*

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