‹ Œuvres de Saint Bernard (volume 4)Chapitre 134 sur 319 · LETTRE LXXVI · texte numérisé non relu

LETTRE LXXVI

A l'abbé des chanoines de saint-pierre-mont ' .

Ce qu*il faut faire avec un homme qui, après avoir longtemps vécu dans un monastère et sous l'habit religieux, était retourné dans le monde et s'était marié en secondes noces '.

Au très-révérend père des chanoines de Saint-Pierrc- Mont, le frère Bernard : les devoirs d'une aflection légitime.

Puisque vous avez daigné nous envoyer ce frère pour consulter notre petitesse, apprenez le conseil que nous avons cru devoir lui donner, sans préjudice d'un meilleur. Pour ne pas vous fatiguer par le récit superflu de choses que vous savez, voici le résumé de notre avis. Il est certainement dangereux et peut-être défendu à un homme de rentrer dans le monde après avoir vécu pendant un temps prolongé dans un monastère sous Thabit religieux, et de se rengager honteusement et stupidement en secondes noces, après avoir très-longuement et très-courageusement gardé la continence du vivant et avec le consentement de sa première femme. Cependant, puisque ce mariage, quel qu'il soit, a été célébré publiquement et solennellement, selon la coutume ordinaire et sans protestation ni plainte, il ne nous parait pas sûr pour cet homme de renvoyer sa femme malgré elle, s'il ne s'appuie préalablement sur le conseil ou sur l'ordre de l'autorité épiscopale, ou sur un jugement ecclésiastique et canonique. En attendant nous croyons que le péril si grand où il se trouve vous regarde en grande partie ; car lorsqu'il était résolu et qu'il demandait à accomplir son vœu, vous avez trop

^ L'abbaye de Saint^Pierre-Mont de Tordre de Saint-Augustin était située dans le diocèse da Toul, non loin du Mortain affluent de la Meurthe.

> Un homme après avoir passé quelque temps dans une maison religieuse et y avoir pris Thabit rentre dans le monde et se marie. Le mariage est4I valable ? Saint Bernard consulté n'exprime pas nettement sa pensée. « Ce mariage, dit-il, est dangereux et peut-être illicite : cependant il ne serait pas sûr pour le mari de renvoyer sa femme malgré elle. » La question a été tranchée par le concile de Trente, sess. xrir. Les vœux solennels avant le mariage créent un empêchement dirimant et rendent le mariage nul ; les vœux simples ne constituent qp*un empêchement prohibitif et rendent le mariage illicite sans Tannuler.

différé de l'entendre et le diable saisissant Foccasion, Ta précipité dans ces malheurs. Je vous engage donc et je vous invite dans un motif de pure charité à travailler de toutes manières, quoiqu'il vous en coûte de soins, de dépenses ou d'efforts, à délivrer ce malheureux : ou adressez-vous à la femme pour qu'elle le quitte spontanément et s'engage à la continence; ou allez trouver Tévêque, pour qu'il les fasse vehir et qu'il les sépare, ce qu'à notre avis il î)cut faire en vertu d'un jugement régulier.

LEHRE LXXVIL

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