A GUT *, ABBÉ DE MOLÊMES
II le console d'one grave injare qu*il a reçue et lui rappelle que la vengeance doit être tempérée par la miséricorde.
Dieu qui connaît tous nos sentiments et nous envoie les bons, sait avec quelle affection je compatis à votre malheur que j'ai appris. Mais quand je considère, non par qui, mais de qui cette tribulation vous vient, plus je prends part à votre chagrin présent, plus j'espère vous féliciter bientôt du bonheur futur; si toutefois, ne perdant point la prudence au milieu du trouble, vous partagez là-dessus mon sentiment, et
* Guy, second abbé du monastère de Molèmes après saint Robert. Il est question de lui dans les lettres 43, 44, CO.
que, comme le saint homme Job * , vous receviez de la main de Dieu avecégalité d'âme le mal et le bien ; si surtout, à l'exemple du saint roi David ", vous savez moins vous indigner pour tant de maux contre ces gens, bien qu'ils soient vos serviteurs, que vous humilier sous la puissante main de Dieu qui les a sans nul doute envoyés pour vous nuire. Mais comme c'est certainement à vous qu'il appartient de les corriger, puisqu'ils sont les serviteurs de l'Église qui vous a été confiée, il est jilste que ces méchants serviteurs soient punis d'une témérité si criminelle, et que le monastère soit en partie indemnisé de sa perte sur leurs propres biens. Cependant, pour que vous ne paraissiez pas en cela venger votre propre injure plutôt que frapper leur faute, je vous prie et en même temps je vous conseille de considérer moins ce qu'ils méritent que ce qui est digne de vous, à savoir, que la miséricorde s'élève au-dessus du jugement, et que Dieu soit glorifié dans votre modération. Au reste, nous engageons du fond de notre cœur et par votre bouche votre fils qui m'est si cher et pour vous etpoiur lui-même, à ne pas se laisser aller à son indignation tout juste qu'elle est, et à ne pas oublier le précepte du Seigneur, qui nous ordonne, quand on nous frappe sur une joue, de tendre l'autre ••