‹ Œuvres de Saint Bernard (volume 4)Chapitre 145 sur 319 · AUX ABBÉS ASSEMBLÉS A SOISSONS · texte numérisé non relu

AUX ABBÉS ASSEMBLÉS A SOISSONS

n les engage à traiter conrageusement Taflaire pour laquelle ils se sont réunis ; il leur recommande sérieusement le zèle du progrès spirituel ; qu'ils ne doivent pas s'arrêter aux médisances ni aux murmures de quelques personnes tièdes et dissolues.

Aux Révérends Abbés assemblés à Soissons au nom du Seigneur, le frère Bernard, abbé de Clairvaux, serviteur de leur sainteté : qu'ils voient, établissent et gardent ce qui est juste.

1. Je m'irrite de mes occupations qui m'enpèchent d'assister à votre réunion ; cependant, mon corps seul y manque. Car ni l'espace ni la multitude des affaires ne peuvent retenir mon esprit loin de vous ; et il prie pour vous, il vous félicite et se repose en vous. Non, dis-je, l'assemblée des saints n'aura pas lieu sans que j'y assiste ; ni l'absence de mon corps, ni la distance ne me priveront entièrement de la

^ Cette assemblée fut un des premiers chapitres généraux des moines noirs de la province de lieims. Elle parait avoir eu lien à cause de l'apologie de saint Bernard à Guillaume; ce dernier provoqua cette réunion à l'exemple des Chapitres de Cluny et de Ctteaux pour porter remède au relâchement qui s'introduisait dans l'observance de la règle. La réunion se tint à Saint- Médard sous la présidence de l'abbé Geoffroy qui, devenu plus tard évèque de Chàlons, mérita les éloges de Pierre le Vénérable. Dans la suite Innocent H voulut quUl y eût tous les ans des Chapitres généraux chez les moines noirs. V. let. 480.

compagnie et de la délibération des justes, surtout d'une délibération où Ton ne doit pas obstinément défendre ni superstitieusement conserver des traditions humaines ^ mais où l*on doit rechercher avec exactitude et humilité ce qui est bon, parfait, conforme à la volonté de Dieu. C'est là que mon ardeur m'emporte, que ma dévotion m'attire, que mon amour m'enivre, que ma volonté m'attache, que mon zèle me fixe.

3. De crainte donc que ceux qui vous disent : Courage, courage, ne vous raillent de vous être assemblés en vain, ce qu'à Dieu ne plaise I efforcez-vous, je vous en conjure, de sanctifier vos voies et vos désirs, qui ne pourront jamais assurément être trop bons. En admettant que, par hasard, vous puissiez être trop justes et trop sages, jamais certainement vous ne pourrez être bons outre mesure. Je lis bien : Ne soyez pas trop juste *, et encore : N'être pas plus sage qu'il ne faut '. Hais est-ce qu'il est dit : Ne soyez pas trop bon, ou ne soyez pas meilleur qu'il ne faut. Personne ne peut l'être. Paul était déjà bon, et cependant n'étant point satisfait, il oubliait ce qui était derrière, et, travaillant toujours à devenir meilleur, il s'avançait avec joie vers ce qui était devant lui *. Il n'y a que Dieu qui ne veuille pas être meilleur qu'il n'est, parce qu'il ne le peut pas.

3. Loin de vous et de moi ceux qui disent : Nous ne voulons pas être meilleurs que nos pères, et qui attestent ainsi la tiédeur et la dissolution de ceux dont ils sont les enfants, et dont la mémoire est maudite, parce qu'ils ont mangé des raisins verts qui ont agacé les dents de leurs fils. Ou si ceux-ci se glorifient de la sainteté et du bon souvenir de leurs pères, qu'ils imitent au moins la sainteté de ceux dont ils invoquent les permissions et les dispenses comme une loi. Sans doute saint Élie disait : Je ne suis pas meilleur que mes pères • ; mais il n'a pas dit qu'il ne voulait pas être meilleur qu'eux. Jacob a vu les anges monter et descendre le long de l'échelle • ; a-t-il vu l'un d'eux s'arrêter ou s'asseoir? Il n'est pas possible de se tenir sur le penchant d'une échelle fragile ; et dans les vicissitudes de cette vie mortelle, rien ne demeure dans le même état. Nous n'avons pas ici-bas de cité durable, et nous ne possédons pas encore la cité future, mais nous la cherchons, n faut que vous montiez ou que vous

1 Saint Bernard appelle aiusi les adoncissements et les mitigâtions apportés à la Règle par l'usage. Voy. let. 154.

* Ed., VII, 17. — • Rom., xir, 3.

* Philipp., ni, 13. — » Rois, xix, 4. — « Gen., xxviii, 12.

descendiez ; si vous cherchez à vous arrêter, vous serez nécessairement précipités. Certainement, celui-là n'est pas bon qui ne veut pas être meilleur, et dès que vous commencez à ne pas vouloir devenir meilleur, vous cessez d'être bon.

4. Loin de vous et de moi encore, ceux qui appellent bien le mal et mal le bien ; s'ils appellent mal le culte de la justice, quel bien considèreront-ils comme un bien? Le Seigneur, autrefois, prononça une seule parole * et les pharisiens se scandalisèrent. Ce n'est plus la parole, mais le silence qui scandalise les nouveaux pharisiens d'aujourd'hui. Vous voyez bien par là qu'ils cherchent un prétexte contre vous. Mais laissez-les, ce sont des aveugles conduisant des aveugles. Faites attention au salut des petits, non aux murmures des méchants. Il ne faut pas beaucoup vous inquiéter du scandale de ceux qui ne peuvent être guéris sans que vous deveniez malade. Vous ne devez pas vous attendre à ce que les choses que vous déciderez leur plaisent en tous points ; autrement, vous ne feriez que peu de bien ou pas du tout. Mais pensez beaucoup plutôt à leurs progrès, qu'à leurs désirs; vous leur serez plus fidèles en les attirant à Dieu malgré eux, qu'en les abandonnant aux désirs de leurs cœurs. Je me recommande à vos saintes prières.

LETTRE XCIL

(Écrite Van 1132.) A HENRI, ROI DBS ANOLAIg.

n demande aa roi sa protection poor les moines qu'il avait envoyés fonder un monastère en Angleterre.

A rillustre Henri^ roi des Anglais^ Bernard^ abbé de Clairvaux : que de son royaame terrestre il serve fidèlement le Roi des cieux et lui obéisse humblement.

On retient en vos États le bien de mon Seigneur et du vôtre, ce bien pour lequel il a voulu mourir, plutôt que d'en être privé. Je me suis résolu à le poursuivre et à envoyer de notre milice quelques hommes pleins de courage, pour le rechercher, le recouvrer et le * rapporter, si cela ne vous déplaît point. Aujourd'hui, j'ai fait partir en avant les éclaireurs que vous voyez devant vous ; ils doivent s'informer avec sagacité et nous faire un rapport fidèle de l'état de l'affaire. Assistez-les comme des ambassadeurs de votre Seigneur et rendez-

1 Matth. XY, 12.

lui Yotre hommage en leur personne ; pour moi, je le prie que, pour sa gloire, pour votre salut, pour le bonheur et la paix de la patrie, il TOUS rende illustre et heureux et vous fasse arriver à une fin paisible et bonne.

LETTRE XCin.

( Ëciite l'an iiâ2.}

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