LETTRE XCVI
( Écrite Taa 1132.)
A RICHARD, ABBÉ DE FONTAIHES, BT A SES COMPA- GNONS QUI ÉTAIENT PASSÉS DE LEUR ORDRE DANP CELUI DE CITEAUX.
n les loue de leur renouTellement dans la discipline religiense.
Quelles grandes choses nous avonsapprîses et entendu dire par nos frères, les deux Geoffroy 1 Ils nous ont annoncé comment depuis peu vous aviez été réchauffés par le feu du Seigneur et guéris de votre faiblesse, et comment vous aviez refleuri dans une sainteté nouvelle. C'est là le doigt de Dieu opérant avec délicatesse, renouvelant avec suavité, transformant avec succès et rendant, non pas les méchants bons, mais les bons meilleurs. Qui me donnera de passer chez vous et de voir ce grand spectacle? Car ce progrès n'est ni moins étonnant ni moins agréable que la première conversion; il est même beaucoup plus facile de trouver un grand nombre de gens du monde qui se convertissent au bien, qu'un seul religieux passant du bien au mieux. Oiseau rare sur la terre que celui qui s'élève même légèrement au-dessus du degré qu'il a pu toucher une fois par hasard en religion. Ainsi, mes bien-aimés, votre action, aussi glorieuse que salutaire, ne nous réjouit pas seulement, nous qui désirons ardemment être les serviteurs de Votre Sainteté, mais elle réjouit encore à bon droit toute la cité de Dieu, car ce qui est plus rare n'en est que plus éclatant. Hais il était nécessaire par précaution de franchir cette médiocrité voisine de la défaillance et de renoncer à cette tiédeur qui provoque Dieu à vomir ; et même la conscience exigeait qu'il en fût ainsi. Vous avez senti, en effet, s'il était sûr à ceux qui ont
1 Richard était ce prîenr da monastère de Sainte-Marie d'York qui en sortit a^ec douze religieux, comme nous l'avons dit ci-dessis, note sur la lettre 94. U mourut à Rome; il eut pour successeur dans son monastère un autre Richard, qui avait été prêtre dans le même monastère, et qui mourut ensuite à Clairvaux. Le monastère de Fontaines dans le diocèse d'York passa à la règle de Clteaux, Tan 1132. On raconte des choses merveilleuses de la ferveur de ces moines. Voy. Monaaticum Augiicmiunij lom. J, p. 733, 744. — Voy. encore ci-dessous let. 313 et 320.
fait profession d'une règle sainte, de s'arrêter à un degré au-dessous de la pureté de cette rè« gle. Je m'afflige et je gémis, de ce que, pressé par les tourments du jour et par l'impatience du courrier, je sois forcé d'exprimer par une maigre lettre la plénitude de mon affection et de renfermer dans un papier trop court mon ample charité. S'il manque quelque chose, le frère Geoffroy * y suppléera de vive voix.