‹ Œuvres de Saint Bernard (volume 4)Chapitre 150 sur 319 · AU DUC CONRAD · texte numérisé non relu

AU DUC CONRAD

U le détourne de faire la guerre an comte de Genève, de crainte qu'il ne s'attire la vengeance de Dieu.

i . Toute puissance vient de Celui auquel le Prophète a dit : La puissance est à vous, le gouvernement est à vous^ Seigneur; vous êtes au-dessus de toutes les nations •. C'est pourquoi, illustre prince, j'ai cru convenable d'avertir Votre Excellence de la déférence qu'elle doit avoir pour ce Maître terrible, pour Celui qui ôte la vie aux princes. Le comte de Genève, comme nous l'avons appris de sa propre bouche, s'est offert, et s'offre encore à vous faire justice sur tous les griefs que vous dites avoir contre lui. Si après cela vous continuez à envahir une terre étrangère, à détruire les églises, à incendier les maisons, à exiler les pauvres, à commettre des homicides et à répandre le sang humain, il n'est pas douteux que vous n'irritiez contre vous le Père des orphelins et le Juge des veuves. Lorsque vous l'aurez irrité, vous n'aiirez pas de profit à combattre, quels que soient votre courage et le nombre de vos soldats. Car il importe peu au tout-puissant Seigneur des armées que ceux auxquels il veut donner la victoire soient nombreux ou non, puisqu'il a fait, quand il l'a voulu, qu'un homme en a

^ Ce Geoflroy, homme religieux et saint, fondateur et reformateur de plusieurs monastères, fut envoyé à Fontaines par saint Bernard pour en former les religieux k la règle de Clteaux.

* Conrad, duc de Zeringen, songeait en eCTet, en ce temps-là, à faire la guerre à Amédée, comte de Genève, comme le rapporte Samuel Guichenon dans son Histoire des ducs de Savoie. Zeringen était un château maintenant ruiné, k un demi-mille de Fribourg en Brisgau. C'est de là qiie les ducs de Zeringen prirent leur titre ; ils tiraient leur origine des comtes de Habsbourg ; ils parurent au temps de l'empereur Henri III et s'éteignirent en 1357, en la personne d'Egon, leur sixième descendante Voy. Munster Posmog. liv. m.

* Parai, xxix, 11.

mis un millier en faite, et que deux en ont £iit fnir dix mille *.

2. Voilà ce que, touché par les cris des pauTres, pauTre moi-même, j'ai touIu écrire à Votre Magnificence ; car je sais qu'il est plus glorieux pour tous de condescendre aux demandes des humbles, que de céder aux ennemis. Ce n'est pas que je croie votre ennemi plus courageux que vous, mais je sais que le Dieu tout-puissant est plus puissant encore et qu'il résiste aux superbes, tandis qu'il donne sa grâce aux humbles. J'aurais été tous trouver, noble seigneur, si j'en avais eu le loisir. Hais j'ai pris soin de tous enToyer aujourd'hui, à ma place, ces religieux de notre monastère; j'ai l'espoir qu'ils obtiendront de Votre Dignité, par leurs prières et par les nôtres, ou un complet accord, si faire se peut, ou tout au moins une trêve, pendant laquelle il TOUS sera permis de traTailler à une paix durable, conformément à la Tolonté de Dieu, à votre gloire et au salut de la patrie. Au reste, si vous n'acceptez point la justice qui vous est offerte, si vous n'avez pas d'égard à nos prières, ou plutôt si vous n'écoutez pas Dieu qui, en notre personne, vous avertit dans l'intérêt de votre salut, que lui-même voie et juge. Car nous savons, et c'est ce que nous redoutons à juste titre, que de si grandes armées peuvent difficilement en venir aux mains sans un carnage considérable des deux côtés.

LETTRE XCVin,

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