EST ADRESSÉE
n répond à cette qautios: Ponrqsti entra tous let jnstei de rancienne loi, TÉgiise n'a-Mlecaosacré m lourde fête qu'aux Macbabées?
i. Foulques, abbé d'Épernay •, m'avait déjà écrit au sujet de ce que votre cbarité a fait
* Deat., ZXX11, 30.
< Presque tous les manuscrits portent ce titre ; cependant dans on manuscrit de Dteaux on trouve la suscription suivante : On la aufip»t99 écrite è Brunon de Cologne, tur le martifre des Muckabées, Celte supposition parait reposer sur ce qu'on conservait à Cologne des reliques des Machabées ; mais ces reliques n'y forent apportées qu'après la mort de saint Bernard, par révèqve Rainanld qui les avait obtenues à Milan de l'empereur Frédéric 1*'. Une ancienne édition donne pour suscription à cette lettre : On suppose qtifelle était adressée à Hugues de Saint-Victor.
* Foulques fat le premier abbé du monastère de Saint-Martin k Èpernay dans le diocèse de Reims ; il venait de l'abbaye de Saint-Léon de Tou],et il fut mis à la tête de Tabbaye de Saint- Martin en M 28, aussitôt qnc Tordre des Chanoines réguliers
demander à ma petitesse par le frère Hescelin* Je ne lui ai rien répondu ; je voulais, si par hasard je trouvais là-dessus quelque opinion des Pères, la lui transmettre plutôt que de lui donner une explication nouvelle, ou qui viaf de nous. Mais cela ne se rencontrant pas facilement, je vous fais, en attendant, connaître à tous deux mon propre sentiment, afin que,, si l'un d'entre vous vient à lire, à apprendre, ou à penser lui-même sur cette petite question quelque chose de plus raisonnable, il ne né* glige point à son toîir de m'en faire part. Vous demandez donc pourquoi nos pères ont jugé bon d'accorder aux seuls Machabées, entre tous les justes de Vantiquité, ce privilège singulier, qu'une fête solennelle serait célébrée chaque année en levr honneur dans l'Église, comme pour nos martyrs. Si je dis qu'ils ont été avec raison jugés dignes de la gloire des martyrs, puisqu'ils ne leur ont pas été inférieurs par le courage dans la souffrance J'aurai peut-être trouvé pourquoi on les a choisis,' mais non pas encore pourquoi on les a choisis seuls ; car, il est certain qu'il y en a d'autres parmi les anciens qui ont succombé avec une piété aussi ardente et qui n'ont pas mérité cependant d'être honorés avec la même allégresse. Que si la solennité d'une fête est enlevée à ces derniers sans injustice, parce que leur époque leur a ôté ce que leur vertu leur avait donné, pourquoi la même considération ne s'est-elle pas présentée au sujet des Machabées? Eux aussi, en raison de leur époque, ne sont point montés de suite aux joies du ciel, mais sont descendus dans les ténèbres de Tenfer ; car, on n'avait point encore vu apparaître le premier-né d'entre les morts, celui qui devait ouvrir aux croyants le royaume des cieux, c'est-à-dire l'Agneau de la tribu de Juda, Celui qui ouvre sans que pei^sonne ferme, Celui pour l'entrée duquel il serait dit avec une autorité souveraine aux puissances supérieures : Levez vos portes, ô princes ; levez-vous, portes éternelles^ et le Roi de gloire entrera *. Or, s'il ne paraît pas convenable de se souvenir avec joie d'une mort qui n'a point conduit à la joie, qu'on fasse de même pour ceux-ci, ou si l'on veut leur accorder les honneurs d'une fête à cause du mérite de leurs vertus, pourquoi ne l'accorde-t-on pas également à ceux-là ? 2. Faut-il dire que sans doute pour tous,
eut été introduit à Èpernay sur le conseil de saint Bernard et de Guy son frère. L'église de Saint-Martin fiil fondée par le comte Odon. Voy. Spicifeg.y t. xiii, p. 281. • Ps. xxin, 7
comme pour les martyrs, la religion a été la cause de la mort, mais que la mort ne s'est pas présentée aux uns et aux autres dans une forme identique ? Tous les martyrs, en effet, tant de l'Ancien que du Nouveau Testament, se ressemblent en ce point qu'ils sont morts également pour la justice ; mais ils diffèrent en ce que les derniers souffraient parce qu'ils observaient la justice ; les premiers , parce qu'ils reprenaient ceux qui ne l'observaient point ; les uns, parce qu'ils ne l'abandonnaient pas ; les autres, parce qu'ils annonçaient la perte des hommes qui l'abandonneraient. Pour résumer brièvement tout ce qui les distinguCi ceux-ci ont été martyrs de leur pratique de la justice ; ceux*làde leur amour pour elle. Seuls parmi les anciens, les Machabées ont gardé, non - seulement le principe, mais encore, comme je l'ai dit, la forme du nouveau martyre ; et, en conséquence, ils ont justement peut-être obtenu dans l'Eglise la gloire d'être fêtés de la même façon que les nouveaux martyrs de l'Église. Car, de même que nos martyrs, on voulut les contraindre de sacrifier aux dieux étrangers, d'abandonner la loi et la patrie, de transgresser même les commandements de Dieu ; ils refusèrent, et ils moururent.
3. Ce n'est point ainsi que sont morts Isaîe ni Zacharie, ni même enfin ce grand prophète Jean-Baptiste. Le premier, comme on le rapporte, fut coupé avec une scie; nous lisons que le second fut tué entre le temple et l'autel * ; le troisième fut décapité dans une prison. Si l'on demande par qui : par des injustes et par des impies. Pour quelle cause ? Pour la justice et pour la religion. Comment? Moins en confessant la justice et la religion, qu'en les proposant. Ils proposaient la vérité à ceux qui la baissaient : la vérité attirait sur eux la haine, et la haine, la mort. Quoique injustes et impies, les hommes ne persécutaient pas tant en eux la religion qu'ils ne la repoussaient de soi, et ils attaquaient moins en eux la justice qu'ils défendaient en soi leur propre injustice. Autre chose est de défendre son bien, autre chose d'envahir celui d'autrui . Il n'y a pas d'identité entre ne pas vouloir suivre la vérité et la persécuter; entre haïr ceux qui croient et s'indigner de leurs reproches ; entre fermer la bouche d'un confesseur et supporter impatiemment la réprimande d'un censeur. Enfin Hérode envoya chercher Jean et l'emprisonna. Pourquoi? parce qu'il prêchait le Christ, parce qu'il était un homme juste et bon ? Tout au contraire, il
• Matth., xxtfi, 35.
le respectait davantage à cause de cela et il faisait beaucoup de choses d'après ses avis» Mais c'est que Jean reprenait Hérode à cause d'J/érodiode femme de son frère Philippe * / voilà pourquoi il fut enchaîné, voilà pourquoi il fut décapité ; et s'il souffrit pour la vérité, ce n'est pas qu'il fût contraint de la renier; c'est qu'il parut la défendre. De là vient que le supplice d'un si grand martyr est célébré avec moins d'éclat que la fête de plusieurs autres saints qui sont beaucoup moins grands que lui.
4. Assurément si les Machabées avaient souffert pour la même cause et de la même façon, on ne ferait d'eux aucune mention. Mais comme une confession de la vérité identique à celle des martyrs chrétiens les a rendus semblables à ces derniers, c'est avec raison qu'un culte semblable leur est rendu. Qu'on ne s'arrête point à ce qu'ils n'ont pas, comme les martyrs, souffert nommément 'pour le Christ, car il n'y a pas de différence à souffrir sous la Loi pour les observations légales, ou sous la Grâce pour les commandements évangéliques. Dans les deux cas on est connu comme souffrant pour, la vérité et par conséquent pour le Christ qui a dit : Je suis la vérité^. Ainsi, les Machabées ont en celte occasion tiré plus de profit de la na* ture de leur martyre que de leur courage, puisque l'Église ne rend pas à présent de pareils honneurs même à ceux de nos pères qui ont en ce temps-là combattu pour la justice avec un courage égal. Je pense que l'on n'a pas cru convenable de célébrer par un jour de fête une mort qui, si glorieuse qu'elle fût, précédait la mort du Christ, surtout puisqu'avaut cette passion qui portait le salut avec elle, ce n'étaient point de joyeuses fêtes, mais de ténébreuses retraites qui recevaient les défunts. L'Église, comme on l'a dit, a jugé sagement qu'il fallait faire exception pour les Machabées parce que le genre de leur martyre leur donnait ce que leur refusait leur temps.
5. Nous honorons ainsi par un culte solennel, bien qu'ils soient descendus dans les enfers, non pas seulement les Machabées, mais encore ceux qui ont prévenu par leur mort la mort de la Vie déjà manifestée dans la chair, et qui l'ont fait soit comme Siméon et Jean-Baptiste, en mourant pendant que cette Vie était sur la terre, soit même en mourant pour elle, comme les Innocents. De plus pour ces derniers il eût été injuste assurément (jne l'innocent mourant pour la justice fût, môme pendant un moment, privé de quelque gloire. Jean aussi
* Marc, vj, 17, 28. — * Jean, xiv, G.
sachant que dès lors le royaume des cieux souffrait violence, cria : Faites pénitence^ car le royaume des deux est proche * ; puis, voyant en même temps que la Vie elle-même le suivrait bientôt, il reçut la mort avec joie. Aussi sur le point de mourir, il eut soin de faire interroger le Seigneur et il mérita de recevoir de lui toute assurance. Car lui ayant demandé par ses disciples: Etes-vous celui qui doit venir ^ ou en attendons-nous un autre* ? Après le récit de plusieurs miracles, il entendit ces mots : et bienheureux celw gui. ne se sera pas scandalisé à cause de moi. Par cette parole le Seigneur indiquait qu'il allait mourir et d'une mort qui pourrait être un scandale pour les Juifs, une folie pour les Gentils. A cettevoix de l'époux, l'ami de l'époux plein de joie s'avança le premier avec d'auiint plus d'empressement qu'il ne pouvait douter que l'époux ne fût au moment de le suivre. Or celui qui a pu mourir avec joie et avec une telle joie a pu aussi mériter qu'on célébrât avec joie sa mémoire. Ce vieillard, plein de vertus autant que de jours, qui, aux approches de la mort, portait la Vie dans ses bras, disait: Maintenant^ Seigneur^ vous laisserez aller en paix votre serviteur^ parce que mes yeux ont vu votre salut ' ; comme s'il disait: Je descends avec sécurité dans la prison, parce que je sens ma rédemption si proche. Celui qui meurt avec une joie si tranquille et avec une sécurité si heureuse mérite encore qu'on célèbre avec joie sa mémoire dans l'Église.
6. Au reste, par quelle raison regardera-t-on comme joyeuse une mort que ni joies ni fêtes n'accompagnent? D'où un mourant tireraitil sa joie, s'il était certain de descendre dans les ténèbres de l'enfer, sans emporter avec lui aucune assurance d'être bientôt consolé par son Libérateur? De là vient qu'un saint, entendant ces paroles : Mettez ordre à votre maison^ parce que vous allez mourir, et qu'il n'y aura plus de vie pour vous^ se tourna du côté de la muraille, pleura avec une grande abondance, et obtint ainsi que cette mort détestée fût un peu différée. 11 gémissait amèrement en disant : Au milieu de mes jours^ je dois aller aux portes de Venfer, et un peu après : Je ne verrai plus sur la terre des vivants le Seigneur^ mon Dieu; désormais je n'apercevrai plus aucun homme ni aucun habitant du lieu de repos *. Un autre disait aussi : Qui m'accordera cette grâce que vous me protégiez dans le tombeau, et que vous m'y cachiez, jusqu'à ce que votre fureur soit passée^ et
< Mattli., III, 2. — * Malth., xi, 3, 6.— » Luc, ii, 29. — ♦ Isaïe, XXXVII», i-!l.
que vous m'accordiez un délai, après lequel vous vous souveniez de moi^. Israël disait enfin à ses lîls : Vous conduirez mes cheveux blancs au tom^ beau*. Que voit-on en cela des joies solennelles et des pompes d'une fêle ?
7. Nos martyrs, au contraire, souhaitent de mourir et d'être avec le Christ, car ils sont certains que partout où sera le corps, les aigles se rassembleront sans retard. Oui, bientôt les justes tressailleront d'allégresse en présence de Dieu et se délecteront dans la joie. C'est là, c'est là, très-bon Jésus! que tout saint, aussitôt qu'il est enlevé de ce siècle méchant, est comblé de joie par la vue de votre visage I C'est là qu'une parole unique retentit au milieu d'une allégresse éternelle, parole de triomphe et de salut dans les tabernacles des justes. Notre âme s'est échappée comme un passereau du filet des chasseurs; le fileta été brisé, et nous avons été délivres*. Ceux qui étaient assis dans les enfers, au milieu des ténèbres et à l'ombre de la mort, pouvaient -ils donc prendre plaisir à chanter ces paroles, alors qu'il n'y avait personne pour les racheter ni pour les sauver; alors que nous n'avions pas encore été visités par l'Orient des cieux, par le Christ, prémices de ceux qui dormaient dans le tombeau? C'est donc à bon droit que l'Église, qui sait se réjouir avec ceux qui sont dans la joie et pleurer avec ceux qui pleurent, distingue quant au temps ceux qu'elle juge égaux quant aux mérites, et elle ne pense pas qu'il faille rendre un même culte au passage à la vie et à la descente au tombeau.
8. Ainsi, la cause du martyre en fait l'essence ; le temps et la manière en font la différence. Le temps sépare les Machabées des nouveaux martyrs et les unit aux anciens, mais la manière les sépare des anciens et les rapproche des nouveaux. Ces différences sont observées par l'Eglise, à cause des raisons que nous avons dites. Au reste, il faut appliquer à toute l'assemblée des saints devant Dieu ce que dit le saint Prophète : Précieuse est devant la face du Seigneur la mort de ses saints *. Or, qu'il nous expose pourquoi il l'appelle précieuse : Après qu'il aura donné, dit-il, le sommeil à ses bienaimés, voici qu'il leur donnera des fils, l'héritage du Seigneur, et la fécondité, sa récompense '. Ne croyons pas que les martyrs seuls soient aimés, puisque nous nous souvenons qu'il a été dit de Lazare : Notre ami Lazare dort •. Et enfin : Heureux ceux qui meurent dans le Seigneur'^.
« Job.,xiv,13.— « Gen.,XLU,38,— 8Ps.cxxin,7.— ^Ps.cxv, 15. — 8Ps.cxxvi,2, 3. — « Jean,xr, li. — ^ ^poc.^ ^^v, »-
Ce ne sont pas seulement ceux qui meurent pour le Seigneur, comme les martyrs, mais encore ceux qui meurent en lui, comme les confesseurs, qui sont heureux. Or, deux choses me paraissent donner du prix à la mort : ce sont la vie et la cause de la mort, mais plus celle-ci que celle-là; aussi la mort, recommandée par réyénement qui la cause et par la vie qui la précède, sera-t-elle du plus haut prix.