A UN ABBÉ
Qo'il fent essayer de toutes façons* d*amonder un religieux d'huioeor difficile; mais 8*11 est incorrigible, qu'il faut le chasser, de crainte que son commerce ne pervertisse les.autres.
1 . Nous VOUS donnons un conseil court, mais sincère au sujet de ce frère inquiet, qui trouble ses frères et méprise son supérieur. L'occupation du diable est de tourner dans la maison de Dieu, en cherchant quelqu'un à dévorer; il est de votre vigilance au contraire, autant que vous le pouvez, de ne jamais lui donner prise. Ainsi, plus il s'applique avec ardeur à séparer du troupeau une pauvre brebis malade, afin de l'emporter librement là où on ne pourra plus la lui ravir, plus vous devez résister de toutes les forces qui sont en vous, pour qu'il ne puisse l'arracher de vos mains, afin que votre ennemi ne dise pas un jour : Je l'ai emporté sur lui. Ainsi cherchez à gagner votre frère par tous les devoirs de la charité, c'est-à-dire par des
bienfaits, par de salutaires avertissements, par de secrètes réprimandes, par des exiiortations publiques, même par le dur châtiment des coups joints aux paroles; enfin, ce qui d'ordinaire est plus efficace, par les pieuses prières de vous et de vos frères adressées à Dieu pour lui.
2. Que si vous avez déjà fait tout cela sans succès, il faut avoir recours au conseil de l'Apôtre qui dit : Retranchez le méchant du milieu de vous *. Retranchez donc ce méchant, de crainte qu'il n'en engendre d'autres, car un mauvais arbre ne peut produire que de mauvais fruits. Retranchez-le, dis-je, mais non pas comme il le veut, c'est-à-dire en le laissant vivre à son gré, en dehors de la congrégation, avec une conscience mal assurée, contrairement à ses vœux, dégagé de toute soumission et ne dépendant que de lui seul, comme s'il en avait la permission * ; mais qu'il soit séparé, comme une brebis malade est séparée du troupeau, comme un membre pourri est séparé du corps, et que désormais il sache bien que vous le considérez comme un païen et comme un publicain. Ne craignez pas d'agir contre la charité^ si vous achetez la paix de plusieurs par le scandale d'un seul, surtout de celui qui par sa malice pouvait facilement troubler l'union des frères qui demeurent avec lui. Consolezvous par cette maxime de Salomon : Personne ne peut corriger celui que Dieu abandonne •, et par cette autre du Sauveur: Toute plante que mon Père n a pas plantée sera arrachée ^^ et par celle-ci de saint Jean l'Évangéliste sur les schismatiques : Ils sont sortis de chez nous^ mais ils n'étaient pas d'avec nous •; et encore par ces paroles de l'Apôtre : Si l'infidèle veut s'éloigner, qu'il s'éloigne *. D'ailleurs, il ne faut pas laisser la verge des pécheurs sur la part des justes, de crainte que les justes n'étendent leurs mains
* I Cor., V, 13.
> La manière de traiter les moines incorrigibles a varié selon les temps et les lieux. La règle de Saint-Benoit ordonne qu*on les chasse, ch. XXVIII et XXIX. Le concile de Tibur en 747, décide que leur expulsion ne peut avoir lieu que par un décret synodal. Pour les religieuses on suivait une marche différente. Une religieuse du monastère de Saint-Pierre de Metz ayant été expulsée après qu'on lui eut arraché son voile, un décret du concile de Metz de Tan 888, can.9, ordonna qu'on la reprit et qu'on la mit en prison dans son monastère. Au Xll^ siècle, les chanoines réguliers incorrigfhles étaient également expulsés. Au surplus sur la question de savoir si on avait le droit d'expulser des monastères les religieux intraitables, consulter Ilaellen, Disqnisitioncsroonasticx, dom Ménard et dom Martène, Commentaires sur la règle de Saint-Benoit.
3 Ed., vu, 14. — * Matth., XV, !3. — » I Jean, ii, «9. — • I Cor., VIT, 15.
vers riniquité. Car mieux vaut la mort d'un seul que celle de toute la communauté.
LETTRE cm.