‹ Œuvres de Saint Bernard (volume 4)Chapitre 159 sur 319 · A ROMAIN, SOUS-DIACRK DB LA COUR DE ROME · texte numérisé non relu

A ROMAIN, SOUS-DIACRK DB LA COUR DE ROME

Il le pousse à It Tie religieuse en lui inculquant le souvenir de le mort.

Bernard^ ahbé de Glalrvaux^ à son ami Romain : tout ce qu'on souhaite à un ami.

Vous avez bien fait, mon très-cher, de renouveler en nous par votre lettre votre doux souvenir et de vous excuser de votre très-pénible retard. Sans doute jamais l'oubli de l'affection qu'on vous porte n'a pu se glisser dans le cœur de ceux qui vous aiment, mais nous nous sommes cru, -je vous l'avoue, presque oublié de vous avant d'avoir vu cette lettre. Mettez donc maintenant fin à ces retards ; faites vite ce que vous avez écrit, et si votre plume a exprimé avec vérité vos sentiments, que vos actes confirment son témoignage. Que tardez-vous à enfanter l'esprit de salut que vous avez conçu depuis longtemps? Rien pour les mortels n'est plus certain que la mort, ni plus incertain que son heure, puisqu'elle viendra comme un voleur pendant la nuit. Malheur à ceux qui à ce moment seront dans la gestation! Si la mort survient avant qu'ils aient mis au jour le fruit salutaire, hélas l elle percera la maison et étouffera le germe saint. Car, au moment même ou ils diront paix et sécurité, la mort inopinée fondra tout-à-coup sur eux comme la douleur sur une femme grosse, et ils n'y échapperont point *. Je veux que, sans échapper à la mort, au moins vous ne la redoutiez pas, car le juste ne la craint pas, bien qu'il ne puisse la prévoir. Si d'ailleurs il est surpris par elle, il sera dans un lieu de rafraîchissement*. Le juste meurt sans doute, mais avec sécurité. Si par là il sort de la vie présente, il entre dans une vie meilleure. Votre mort sera bonne, si vous mourez au péché pour vivre à la justice. 11 est nécessaire qu'une telle mort précède, pour qu'ime telle vie la suive en toute assurance. Pendant que dure cette vie-ci, acquérez celle qui dure toiyours. Tandis que vous vivez dans la chair, mourez au monde, afin qu'après la mort de la chair vous conunenciez à vivre en Dieu. Que vous importe que la mort déchire votre corps comme un sac, si par là même la joie vous environne de tous côtés. Oh 1

* MatUi., X, 37. — « I Thess., v, 3.— » Sag., iv, 7.

combien sont heureux ceux qui meurent dans le Seigneur^ en entendant l'Esprit leur dire : Quils se reposeront désormais de leurs travaux \ Et non seulement il en est ainsi ; mais la joie d'un état nouveau vient s'y ajouter encore avec l'assurance de l'éternité. Ainsi la mort du juste! lui apporte le bonheur du repos, le bonheur plus grand de la nouveauté, le bonheur suprême de la sécurité. Au contraire la mort des pécheurs est très-malheureuse *. Ecoutez pourquoi : c'est qu'elle leur apporte le mal de perdre le monde, le mal plus grand d'être séparés de la chair, le mal infini d'être dévorés par les vers et par le feu. Allons donc, hâtezvous, sortez, retirez-vous; que votre âme meure de la mort des justes, pour que votre fin dernière ressemble aussi à la leur. Oh! combien est précieuse sous le regard du Seigneur la mort de ses saints ' 1 Fuyez, je vous le demande; ne vous arrêtez pas dans la voie des pécheurs; comment pouvez-vous vivre là où vous n'oseriez pas mourir? Soyez assuré que nous sommes prêts à courir avec des pains ^ au devant de vous dans votre fuite.

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