‹ Œuvres de Saint Bernard (volume 4)Chapitre 160 sur 319 · LETTRE CVI · texte numérisé non relu

LETTRE CVI

▲ MAITRE HENRI HURDACH ^.

n Texcite à embrasser la vie religieuse, et il loi en fait entreToir brièvemeat les délices.

A son cher Henri Murdach, Bernard, abbé de dairvaux : le salut et non sur cette terre de passage.

4. Qu'y a-t-il d'étonnant que vous flottiez entre la prospérité et le malheur, vous qui n'avez pas encore afTermi vos pieds sur la pierre? Si vous prenez la résolution et que vous fassiez le serment de garder les ordonnances de la justice du Seigneur, qu'est-ce qui pourra vous séparer de l'amour du Christ? Oh 1 si vous saviez I Mais que dirai-je ? L'œil ne voit pas sans vous, à Dieu, ce que vous avez pré-

* Apoc, XIV, i3.— * Pb. XXXIII, 22. — • Ps. cxv, 15.

^ Locutioa familière à saint Bernard, voyez lettre 107 et

• Cet Henri, anglais de naissance, était k la tète des écoles d'Angleterre, et il parait, d'après la fin de la lettre, qne Guillaume et Yves avaient été ses disciples. Henri finit par se rendre aux avis de saint Bernard ; il vint à Clairvaux, y fui moine, et en devint abbé. Plus tard il retourna en Angleterre, (ht le troisième abbé du monastère de Fontaine, et enfin, il fui nommé archevêque d'York, lorsque Gnillaume, qui occupait ce siège, eut été déposé par le pape Eugène lil. Voy. lettres 320 321; Guillelmus Neubrigensis, lib.I, cap. 7; Rogerius Hovedenus, an. 1140 ; Robertus de Monte Appendix ad Sigebertum.

paré à ceux qui vous aiment ^. Hais vous, mon frère, qui lisez les prophètes, m'a-t-on dit, vous croyez comprendre ce que vous lisez. Or, si vous comprenez, voyez assurément que Tobjet du texte prophétique est le Christ, et si vous désirez atteindre jusqu'àlui , vous y parviendrez plus vite en le suivant qu'en le lisant. Pourquoi cherchez- vous dans une parole le Verbe qui, fait chair, est aujourd'hui devant vos yeux? Car déjà il est sorti du mystère des prophètes pour se montrer aux regarids des pécheurs ; de la montagne ombragée et ténébreuse, il s'est élancé dans la plaine de l'Évangile, comme un époux qui sort de la chambre nuptiale. Que celui qui a des oreilles pour entendre l'écoute maintenant criant dans le temple : Si quelqu'un a soif, qu'il vienne à moi et qu'il boive '; et : Venez à moi^ vous tous qui travaillez et qui êtes chargés^ et je vous soulagerai *. Craignezv-ous donc de défaillir, quand la vérité promet de vous soulager? Certes, si vous vous délectez ainsi dans l'eau trouble des nuées de l'air, combien n'aurez-vous pas plus de plaisir à puiser aux sources très-pures du Sauveur ?

2. Ohl si vous aviez une fois seulement goûté de ce gâteau de froment dont Jérusalem se rassasie, comme vous lafeseriez volontiers aux lettrés juifs leurs croûtes à ronger. Oh 1 si jamais j'avais le bonheur do vous avoir pour compagnon à l'école de la piété avec Jésus pour maître 1 Oh 1 s'il m'était permis de placer le vase de votre cœur, déjà purifié, de façon qu'il reçoive l'onction qui enseigne toutes choses 1 Que j'aimerais à vous donner, à vous aussi, ces pains chauds, encore fumants, qui semblent, comme on dit, sortir à l'instant du four et que le Christ rompt souvent à ses pauvres, avec une céleste largesse I Si Dieu daigne quelquefois dans sa douceur laisser tomber sur ma pauvreté une goutte de cette pluie volontaire qu'il a réservée pour son héritage, puisse-t-il permettre que bientôt je la reverse sur vous et que je reçoive de vous à mon tour ce que vous aurez ressenti 1 Croyez-en mon expérience, vous trouverez quelque chose de plus dans les forêts que dans les livres. Les bois et les rochers vous enseigneront ce que des maîtres ne pourraient vous dire. Ne croyez-vous pas que vous puissiez sucer le miel de ]a pierre et l'huile du roc le plus dur? Est-ce que les montagnes ne distillent pas la douceur ? Le lait et le miel ne coulent-ils pas des collines, et les vallées ne renferment-elles pas le froment en abondance? Beaucoup de choses à vous dire

* Isaîe, LXiv, 4. — • Jean, vu, 37. — ' Maitii., xi, 28.

se présentent à moi, et j'ai peine à m'arrêter; mais ce n'est point une leçon, c'est une prière que vous demandez : aussi que le Seigneur ouvre votre cœur à sa loi et à ses préceptes. Adieu.

3. Yves et Guillaume forment le même vœu. Qu'ajouterons-nous encore ? que nous désirons vous voir, et pourquoi, vous le savez : combien nous le désirons, vous ne pouvez pas le savoir et nous ne pouvons pas vous le dire. Nous prions donc Dieu qu'il vous accorde de nous suivre où vous auriez dû nous précéder ; afln qu'en cela encore nous ayons en vous un grand maître d'humilité, puisque, maître, vous ne dédaignerez pas de suivre vos disciples.

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