A BRMENGARDE, AUTREFOIS COMTESSE DE BRETAGNE
Il lai expose simplement et aflectueusement les sentiments je son cœur et la force de sa sainte amitié.
A sa chère fille en Jésus-Christ, autrefois noble comtesse, maintenan t humble servante du Christ, Bernard, abbé de Clairvaux : les pieux sentiments d*une sainte affection.
Plaise à Dieu que je puisse vous ouvrir mon cœur comme la lettre qui est en ce moment
< Ermengarde, femme d'Alain, comte de Bretagne; elle fat très-bienfaisante poar les moines de Clairvaux, pour lesquels elle fit construire, en 1125, le monastère de Buze, auprès de Nantes. Le duc Conan son fils, après avoir commencé la construction de ce monastère, s'était arrêté dans son entreprise, sous TinQuence de mauvais conseils qu'il avait reçus. Saint Bernard se rendit en Bretagne, adressa an duc les plus durs reproches et ordonna à ses religieux de se retirer. Le duc rentra en lui-même et fit terminer le monastère. Ermengarde s'était retirée dans un monastère de religieuses. Mais le monde
sous vos yeux. Si vous pouviez y lire ce que le doigt de Dieu a daigné y écrire au sujet de mon affection pour vous, vous reconnaîtriez bien que ni la langue ni la plume ne suffisent à exprimer l'impression que l'Esprit de Dieu a pu faire sur moi au plus intime de mon être. Aujourd'hui, quoique absent de corps, je suis auprès de vous en esprit, mais il ne dépend ni de vous ni de moi que j'y sois visiblement. Il est cependant en votre pouvoir,' sinon encore de connaître, au moins de devi-| ner de quelque façon ce que je veux dire. Pénétrez donc dans votre cœur et jugez-y du mien, ou attribuez-moi autant d'affection pour vous que vous en ressentez en vous pour moi ; car si vous présumiez que c'est nous qui aimons le moins, vous qui aimez le plus, vous croiriez devoir vous préférer à nous, en pensant l'emporter sur nous en charité. Au reste, il convient à votre modestie de penser, au contraire, que Celui qui vous a inspiré de m'aimer ainsi et de me choisir pour le directeur de votre salut m'a inspiré un sentiment égal, afln que je m'acquitte vis-à-vis de votre affection. C'est à vous de voir comment vous me garderez avec vous ; car, pour vous avouer la vérité, quoiqu'éloigné je ne suis jamais séparé de vous. Voilà ce que, durant mon voyage, j'ai voulu vous écrire brièvement et en passant ; j'espère, si Dieu me l'accorde, que je vous écrirai plus longuement et avec plus de loisir.