‹ Œuvres de Saint Bernard (volume 4)Chapitre 177 sur 319 · LETTRE CXXIV · texte numérisé non relu

LETTRE CXXIV

(Écrite Yen Tan 1131.)

AD MÊME HILDEBERT, QUI N'aVÀIT PAS ENCORE RECONNU US PAPE INNOCENT ^

11 rengage à reconnaître comme pape légitime Innocent, alors exilé en France, à cause du schisme de Pierre de Léon.

Au prêtre grand et élevé en gloire^ à Hildebert, par la grâce de Dieu archevêque de Tours, Bernard, dit abbé de Clairvaux : qu'il marche selon Fesprit et qu*il examine tout avec Tesprit.

1. Je puis me servir vis avis de vous des paroles du Prophète : La. consolation s'est cachée à mes yeuXj parce que la mort a mis la division parmi les frères *. Quelques-uns, en effet, semblent, selon la parole d'Isaïe, avoir contracté

^ A la mort d'Honorius II, Grégoire, chanoine régulier de Latran et cardinal-diacre de Saint-Ange, fut élu pape par la majeure partie des cardinaux, et prit le nom d'Innocent; quelques autres cardinaux donnèrent la tiare à Pierre de Léon, petitfils d'un juif. Pierre de Léon, après avoir été moine quelque temps à Cluny, s'était rendu à Rome, était parvenu k se faire nommer cardinal, avait rempli plusieurs légations et s'était partout fait remarquer par le scandale de ses mœurs. Nommé pape, il prit le nom d'Anaclet U, parvint k s'empaier de Rome, en chassa Innocent, dépouilla les églises de leurs richesses qu'il distribua k ses adhérents. A l'exception de l'Ecosse et de la Sicile, presque toute l'Europe s'attacha au parti d'Innocent, grâce surtout aux efforts de saint Bernard. Le schisme, commencé en 1130, ne finit qu'en 1138, par la moit de Pierre de Léon et l'abdication de son successeur. (Voy. Uùtoire de saint Bernard.)

> Osée, XIII, 14.

une alliance avec la mort et fait un pacte avec Fenfer '. Car voilà qu'Innocent, cet oint du Seigneur, a été élevé pour la ruine et pour la résurrection de plusieurs.Ceuxquiappartiennenl à Dieu s'unissent volontiers à lui ; ceux qui se dressent contre lui appartiennent à rAntéchrisf ou sont l'Antéchrist lui-même. On voit l'abomination s'établir dans le lieu saint, et, pour s'en rendre maître, incendier le sanctuaire de Dieu. Elle persécute Innocent et avec lui toute innocence. Celui-ci fuit devant la face du lion *, comme dit le Prophète : Quand le lion rugira, qui ne sera effrayé 'PU fuit selon le précepte du Seigneur: Si l'on vous persécute dans une viUe^ fuyez dans une autre ^. 11 fuit, et en cela il se montre un homme vraiment apostolique, puisqu'il se fait reconnaître par sa ressemblance avec l'Apôtre. Paul, en effet, n'a point rougi d'être descendu dans une corbeille le long des murs et d'échapper ainsi aux mains de ceux qui en voulaient à ses jours. Il s'est sauvé, non pour épargner sa vie, mais pour laisser le champ libre à la colère, non pour échapper à la mort, mais pour acquérir à d'autres la vie; c'est donc avec raison que l'Église donne à Innocent sa place, puisqu'elle voit celui-ci marcher sur ses pas.

2. La fuite d'Innocent n'est certes pas stérile. U souffre à la vérité, mais il est honoré dans ses souffrances ; la ville le chasse, l'univers le reçoit. Des extrémités de la terre, on court au devant de sa fuite, en lui portant le pain, quoique Gérard d'Angoulême, nouveau Sémei, n'ait point encore cessé dans sa fureur de maudire David. Mais malgré le pécheur qui le voit et qui s'en irrite. Innocent est glorifié en la présence des rois, et il porte une couronne de gloire. Tous les princes n'ont-ils pas reconnu qu'il est vraiment l'élu de Dieu ? Les rois des Français, des Anglais, des Espagnols, et enfin des Romains, acceptent Innocent pour pape et l'acceptent comme l'unique évêque de leurs âmes. Achitopel, seul, ignore encore que son dessein s'est déjà découvert et s'est évanoui •. En vain, le misérable tâche-t-il de conspirer contre le peuple de Dieu ; en vain, complotet-ii contre les saints qui s'attachent fermement au saint, et qui refusent de Qéchir les genoux devant Baal. U ne parviendra jamais par ses artifices à faire régner son parricide sur Israël et sur la cité sainte qui est l'Église du Dieu

^ Isale, XXVIII, 15.

* Il y a ici un jeu de mots intraduisible et fondé sur la double signiûcation du mot Léo qui veut dire Lion et Léon. » Àmos., m, 8. — * Matth., x, 23. — » Il Rois. xv.i.

▼ivanf , la colonne de la foi et le fondement de la vérité. Un triple lien est difficile à rompre. Les meilleurs suffrages, l'adhésion du plus grand nombre, et, ce qui est encore plus efficace, le témoignage des mœurs recommandent Innocent à tous et l'affermissent comme Sou* verain-Pontife.

3. Pour cela, mon père, votre consentement, quoique tardif, est attendu aussi comme là pluie sur la prairie; nous ne désapprouvons pas votre lenteur, qui a un parfum de prudence et qui prévient le reproche de légèreté. Marie, elle non plus, ne répondit pas de suite à l'ange qui la saluait et elle réfléchit d'abord à ce qu'était cette salutation*. Il est ordonné i Timothée de n'imposer précipitamment les mains à personne *. Cependant, moi qui suis connu de vous, je dis : Rien de trop ; et comme ami j'ajoute : Ne soyez pas plus sage qu'il ne faut ». J'ai honte, je l'avoue, de voir que l'ancien serpent, avec une nouvelle audace, ne s'en prenant plus à des femmes ignorantes, s'attaque à la force de votre cœur et ose ébranler une telle colonne de l'Église. Mais nous avons confiance que, s'il l'ébranlé, il ne la renversera pas; car un ami de l'Époux se tient ferme et se réjouit à la voix de l'Epoux *, voix de triomphe et de salut, voix d'unité et de paix.

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